Transcription

Montolieu [-Polier, -Crousaz], Isabelle de, Lettre à Claude Arthus-Bertrand, Lausanne, 31 janvier 1815-02 février 1815

Lausanne 31 janvier 1815

j’ai reçu ce matin mon cher Arthus, votre lettre du 25, au moment ou j’allais
vous ecrire pour vous annoncer l’arrivée du ballot. je ne l’ai reçu que
le 28 au soir – et j’ai déja traduit 3 chapitres – de senses and sensibility  –
c'est vous dire que je ne perds pas de tems et que vous l’aures bientôt,
je ne puis pas dire cependant qu’il me plaise exessivement – il y à quelques
situations interessantes – quelques caracteres bien trouves, mais d’autres trop
vulgaires et sur le tout ce n’est pas un ouvrage tres distingué, mais il se
lira et s’oubliera comme tant d’autres. – je ne vous cache pas cependant
qu’il à grand besoin d’etre traduit par quelqu’un – qui le soutienne et le fasse
valoir, et qui surtout ne le traduise pas littéralement, j’y mettrai tous
mes soins pour moi même ; et puis-que mon nom doit y paraitre, mais
je vous avoue que je ne crois pas mériter à présent d’etre confondue
dans la foule des traducteurs ordinaires – et inconnus; et de n’etre pas
payée davantage, – il m’en coute mon cher Arthus de vous dire cela
moi mème –, mais faites le dire par qui vous voudres, – et j’ose etre
sure qu’il ne se trouvera personne – qui ne vous dise, – qu'un
ouvrage traduit par Mdme de Montolieu à plus de prix et de
valeur que s’il etait traduit par un autre qui ne se nomme pas,
ou qui n’a pas aquis les mèmes droits à la faveur du Public,
j’insiste donc positivement pour en avoir 600 francs sans
condition, bien sure que c’est la même chose pour vous – et que
celui la, quoi que tres médiocre pour lui mème, sera bien plus
vite vendu que les autres, - il est de l’Auteur d’orgueil et préjugé 
je ne me rappelle pas à présent de son nom – mas je le saurai
et je le mettrai à la tête de ma traduction, – j’aurais preferé
que vous m’eussies donné à traduire ce dernier – que je connais
par la bibliothèque Britannique, qui en à fait un long extrait
l'année dernière, vous pourres le voir dans les po de ce
<1v> journal – il m’a paru tres joli, je ne sache pas qu’il y en ait d'autre
traduction, – ordinairement ces Nos font paroitre en entier les
ouvrages dont ils ont tiré des morceaux, – j’ai eu soin de leur
ecrire que je traduisais Sense and sensibility - pour n’etre pas en
concurrence avec eux, et je vous conseille de vous hâter pr orgueil et prejugé

il est vrai mon cher Arthus que j’ai eté confondue de vous devoir
autant d’argent quoique votre compte soit juste à quelques bagatelles pres
qui ne valent pas la peine d'en parler, … comme les 1er exemplaires – de mes
ouvrages envoyes par la poste - que je croyais etre gratis, – mais il est
sur que dans ce moment cela me dérange plus que je ne puis vous
le dire, votre dernier envoi des Robinsons – venu beaucoup trop
tard – apres le nouvel an, se vendra lentement, et ne me donne
pas d’argent pour le moment, ma gentille voisine mlle Dufourney Grasset
pretend avoir quelques réclamations à vous faire et ne me donne rien pour le moment,
1 mot biffure j’avois compté sur un ½ payement de vous pour cet hiver
mon fils est absent, la diette l’a envoyé en mission dans le Tessin, – c'est toujours
à lui que j'ai recours au besoin, – et vraiment je ne sais que devenir.
vous me rendries donc un vrai service d’ami de retarder de quelques
mois l’aquit de ce 1 mot écriture compte – dont vous pouves toujours vous payer
par vos 1 mot écriture, ou tout ce que nous avons et aurons encore à
traiter ensemble, - et de vouloir bien remettre quelque somme à
mr Martin – sur vos payemens echus, je vous en aurai une
véritable obligation. ah, mon cher Arthus si jamais je deviens
riche – ce qui n’est guère probable, – et si je redevenais jeune, ce qui
l'est encore moins, je vous ferais beaucoup de jolis romans que je
vous donnerais pour rien, – avec bien plus de plaisir je vous assure
que de marchander avec vous, – mais n’est-il pas un peu cruel
d'avoir 60 ans; d’avoir fait paraitre 60 volumes, – et d'etre obligée
d’en ecrire encore – et de marchander sur ce qu’ils valent,
je suis lasse de griffoner des papiers sans en etre plus à mon
aise, – je suis lasse de la vie plus que je ne puis vous le dire, et
<2r> si Dieu vouloit exaucer mes vœux tout ce que vous imprimeries
de moi serait un article néocrologique dans le Mercure, – pour lequel
je me reccommande d’avance à la plume amicale de Mr Giraud en
lui faisant mes complimens, – vous auries du me dire ce qu’il
pense de l'ouvrage de mdme Cazenove d'Arlens, et s’il lui plait autant
qu’à moi, je vous le demande pour votre premiere lettre, – voila
un mot de ma sœur – et une affaire en règle la santé est meilleure
et je vous remercie de vous etre arrangé avec elle, mlle
Dufourney m’enverra aussi un mot pour vous que je joindrai
à cette lettre.

j’ai à faire en ce moment au dela de mon tems et de mes forces:
nottre traduction. – la correction du Robinson – les idyles pour
lesquelles Burgdorfer me presse, des nouvelles en Allemand pour la
rose des Alpes, – mes chateaux suisses, – trouves vous que ce soit
asses - outre une correspondance asses Etendue, – et beaucoup d'amis
qui veulent me voir.. je finis donc en comptant que vous
m’accorderes – comme vous le dites, tout ce que je vous demande -
600 francs pr la traduction Anglaise – et un retard
de payement pour votre Compte, je vous en remercie
d’avance – et je suis avec une sincere amitié votre bien devouée

Isabelle de Montolieu

faites moi le plaisir de mettre dans les ballots que vous
m’enverres de mes ouvrages un exemplaire des romans anglais
que vous faite traduire à Paris en en retenant un des miens
en echange.

je vous avertis qu’il m’est impossible de m’astreindre à traduire
litteralement, je change ce qui me deplait et même quelques fois les
noms propres. Il me semble que pour un roman le devoir
<2v> d’un traducteur est moins la fidelité à son original, que de
le rendre aussi agréable qu’il est possible – il n’en est pas de même
d’un livre d’histoire ou de morale qui demande la plus grande exactitude.
je sais asses bien l’Anglois, mieux même que l’Allemand qui est bien
plus difficile – j’ai d’ailleurs ici tous les secours possibles pour cette
langue – si donc vous avies une fois un ouvrage Anglais plus serieux
de science, d’histoire – de morale & & qu’il vous convient de faire traduire
je l’entreprendrais volontiers

voila une lettre d’Alexandrine Dufourney qui attendra dit elle votre
réponse avant de me payer le montant de votre Compte – c'est elle qui
a retardé ma lettre – d’un courrier – c’est aujourd’huy le 2 Fevrier, pres de
la moitié du 1r vol. anglais est traduit et copie, dois je vous faire
passer volume apres volume – ou attendre que le tout soit fait.

mlle Dufourney Grasset vient de me rémunerer
46 L sur le compte. je vous prie de lui rendre service
si vous le pouves je l'aime beaucoup.


Adresse du destinataire

A Monsieur
Arthus Bertrand, libraire
rue haute feuille n° 23
A Paris


Note

  Public

Traduction établie dans le cadre du partenariat avec le Dictionnaire sur l'histoire des femmes en Suisse.

Citer comme
Montolieu [-Polier, -Crousaz], Isabelle de, Lettre à Claude Arthus-Bertrand, Lausanne, 31 janvier 1815-02 février 1815, cote ACV, P Château de La Sarraz, G 26. Selon la transcription établie par Marion Curchod pour Lumières.Lausanne (Université de Lausanne), mise en ligne le 05.11.2026, version du 05.11.2026, url: https://lumieres.unil.ch/fiches/trans/1646/.
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