, Anthropologie ou Science générale de l'homme: Boulologie, Tome I, [Lausanne], [1750]-[1788]
ANTHROPOLOGIE
IV Partie
BOULOLOGIE
ou
Science de l'homme consideré com=
me doué de volonté, d'activité, de
liberté, et des regles morales qu'il
doit suivre dans ses determinations
en vüe du plus grand bien.
<1v> [page vierge]
<2> BOULOLOGIE
Section Premiere.
Theorie Psychologique de
l'homme moral.
Introduction
Il est peu d'hommes qui aiment a
porter leurs reflexions sur eux mêmes
pour se bien connoïtre. Plusieurs neam=
moins semblent s'occuper avec plaisir
de l'etude de l'homme intellectuel; mais
combien est petit le nombre de ceux qui
aiment a etudier l'homme moral. Ici,
on diroit qu'on cherche a se fuir soi
même, qu'on craigne de se connoitre tel
qu'on est et surtout de faire quelque de=
couverte peu d'accord avec les passions fa=
vorites. A ce travers funeste l'Anthropo=
logie oppose une theorie exacte de tout
ce que l'homme offre d'interessant, comme
Etre Moral, ou en tant qu'il est doué
de volonté, d'activité, de liberté et assujeti
a des regles de conduite pour le diriger
vers le bien. Tel est l'objet de cette partie
de nôtre ouvrage a laquelle nous n'avons
pas donné le nom de morale qui ne
peut convenir qu'a ce qui regarde la
prattique, mais celui de Boulologie,
ou Science de la volonté, qui convient
egalement a la theorie et a la prattique.
Sous le nom de volonté, nous comprenons
tous les actes relatifs a la determination
de l'ame, comme sous celui d'Intelligen=
ce nous avons compris toutes les facul=
tes et operations qui se rapportent a la
connoissance des objets.
La Premiere Section de la Boulologie
presentera une Theorie Psychologique
comprise sous ces 4 chefs:
<2v> 1o L'Analyse des causes impulsives qui
determinent la volonté de l'homme d'une
maniere confuse et aveugle, ou ce qu'on
appelle penchans naturels et les mouve=
mens qui en naissent.
2o L'Analyse des causes finales, ou des
motifs distincts et reflechis dont l'influ=
ence sur la volonté produit l'exercice de
la liberté morale.
3o Le fondement de la necessité ou est l'hom=
me de soumettre le premier de ces ressorts
d'activité au second, et dès la de suivre
des regles claires distinctes et precises
qui le rameinent au Devoir.
4o L'obligation qui en resulte pour lui
de s'elever jusques a l'idée de sa premiere
origine et de sa destination future, qui
seule peut lui decouvrir toute l'etendue
et l'importance de ces regles quant a sa
perfection et son bonheur.
La Seconde Section de la Boulologie
contiendra la Morale proprement dite
c'est a dire l'exposition detaillée des
regles ou Loix resultant des rapports
permanens de l'homme avec les autres
Etres, et qui lui indiquent ce qu'il devroit
toujours faire pour agir conformement
a ces rapports, et pour repondre aux
vues de l'auteur de son existence et a sa
destination. Elle presentera d'abord
les regles ou Loix fondamentales, d'ou
elle deduira ensuite par forme de con=
sequence celles qui se rapportent aux
differens Devoirs de l'homme. Elle y
joindra tous les principes tous les
principes qui ont rapport a l'impu=
tation, et ce qui concerne la sanc=
tion des Loix Divines.
<3> Tous les peuples ont eu quelque mo=
rale, mais les notions en ont été très
foibles et confuses: le gros des hommes
n'ont eu d'autre direction que le sens
moral, seul guide, encor de tous ceux
dont l'intelligence n'a pu etre devellop=
pée par l'education. Il n'y a eu de
Science morale distinctement ensei=
gnee que chès des nations très avancées
dans la civilisation, la politique, les
Sciences et les arts, et ce n'est même
qu'a celles qui ont participé a la
revolution que Evangelique que
nous sommes redevables des lumieres
claires, pures, et vraiment Philoso=
phiques dont nous jouissons aujour=
d'hui sur cet objet important.
<3v> CHAP. 1.
Analyse des causes impulsives qui
determinent l'homme moral et premie=
rement de ses appetits naturels.
CAUSES DETERMINANTES.
Toute determination de la Volonté a une
cause efficiente, c'est l'ame elle même
agissant par la force qui lui est propre.
Mais elle a de plus une cause determi=
nante, qui decide l'ame vers un objet ou
action, plutot que vers un autre et en
fixe le choix. Souvent ce n'est que l'im=
pulsion aveugle de certains mouvemens
confus; c'est la cause impulsive . Sou=
vent aussi la determination est precedée
de reflexion qui represente un objet
comme bien ou comme mal lié avec une
action, qu'il faut faire ou ne pas faire;
dans ce cas la cause est appellée finale .
Il y a donc dans l'homme volonté d'im=
pulsion, et volonté de reflexion.
CAUSES IMPULSIVES, PENCHANS
Les traits communs de ressemblance qui
se trouvent entre les hommes dans leur ma=
niere de voir et de sentir, produisent natu=
rellement des rapports de conformitié dans
les causes impulsives qui les meuvent et
les effets qui en resultent: l'uniformité
dconstante de ces causes et de leurs effets
les a fait appeller penchans naturels.
On emploie comme synonimes, les mots
inclinations, affections , gouts &c.
VOLONTE D'IMPULSION ANIMALE,
APPETIT.
Il y a une volonté d'impulsion appellée
animale, parce qu'elle est commune
aux especes animales et sensuelle par=
ce quelle n'est determinée que par l'influ=
ence des choses sensibles, on donne
<4> le nom de rationelle a celle qui ne se
trouve que chès l'homme, et suppose l'usage
de la raison. A la premiere se rapportent
les penchans qu'on a appellés appetits
naturels ou sensuels, parce qu'ils appar=
tiennent a une nature animale sensible; a la
seconde, les penchans ou appetits appellés
rationels; auxquels il faut joindre ceux
qui ont recu le nom de mixtes.
PENCHANS NATURELS, AMOUR DE SOI MEME,
AVERSION POUR CE QUI EST NUISIBLE.
Chès l'homme, comme chès tout animal,
le ressort d'impulsion le plus constant
et le plus universel, c'est l'amour dominant
et invincible qu'il a pour lui même c. d.
l'interet qu'il prend a sa propre conserva=
tion et a son bien etre individuel, interet
qui ne cesse de deploier son influence au
dedans sur tous ses desirs, et au dehors
sur tous ses mouvemens. De la cet em=
pressement pour tout ce que l'instinct lui
presente comme convenable a la satisfac=
tion de ses besoins ou de ses appetits natu=
rels, et son eloignement constant pour
tout ce que ce même instinct lui presente
comme nuisible a ces mêmes egards.
De la l'aversion commune a tous les
hommes pour tout ce qui peut nuire a
leur personne, leur vie, leur santé, leur
bien etre; aversion liée a l'impatience,
l'indignation, ainsi qu'a la haine et au
ressentiment; lorsqu'il s'agit de quelque
Etre animé, et surtout d'un de leurs sem=
blables, qui temoigne l'intention de leur nuire,
d'ou naissent le plus souvent les mouvemens promts
et violens, ou transports de colere, au mo=
ment ou l'agresseur se presente pour reali=
ser ses menaces: autant d'impulsion puis=
santes pour les porter aux voies de fait
que l'instinct leur suggere comme expedi=
entes pour repousser le mal par le mal.
<4v> pour se deffendre et se mettre en sureté,
ou prevenir toute attaque ulterieure.
De la encor une horreur pour tout ce qui
annonce un danger imminent, tout ce qui
a une connexion avec l'idée de destruction
et de mort, horreur naturelle qui se mani=
feste chès tous les hommes interieurement et exterieu=
rement, et chès ceux la même qui font
le plus d'usage de la reflexion.
Quelques uns pensent que chès l'homme cette
horreur est toujours produite par une succes=
sion d'idées qui s'offrent a l'Intelligence, mais
trop rapide pour que celle ci puisse s'en ren=
dre comte. Nous ne saurions admettre une
opinion qui supposeroit une suite de juge=
mens chès des enfans, et même chès des ani=
maux qui nous donnent sans cesse des preu=
ves d'effroi a la vüe des dangers dont ils
se sentent menacés.
EMPRESSEMENT A POURVOIR A SES
BESOINS POUR CONSERVER LEUR VIE
Du même ressort general d'impulsion deri=
ve l'empressement que tous les hommes temoi=
gnent pour satisfaire leurs besoins et leurs et appetits
appetits naturelssensuels, et emploier tous les moiens
que l'instinct leur suggere ou que l'experience
leur a appris etre propres pour conserver
leur vie et la preserver d'accidens.
De la ces divers penchans communs aux hom=
mes et aux animaux qui les portent a soigner
leur corps par la nouriture, a le preserver
des injures de l'air par des couvertures
ou des abris; naturels ou factices, a reparer
ses forces epuisées par le repos et le som=
meil pour le rappeller ensuite a un etat
de veille et d'activité indispensable pour sa
santé et pourvoir a ses besoins pour obtenir les choses necessaires
a son entretien.
Tous en effet s'occupent a la recherche
de ce qui peut satisfaire a leurs besoins les contenter,
lorsque l'appetit les presse, et ils songent
a en jouir pendant que l'appetit dure,
<5> lequel cesse aussi naturellement
quand il se trouve appaisé.
La force des ces penchans ou appetits sensuels depend du mal=
aise qui resulte d'un sentiment de pri=
vation , et de l'empressement a mettre fin
a ce sentiment peinible et a gouter
le plaisir qui accompagne la satisfac=
tion du besoin.
Telle est la source de ces penchans ou appetits qui
determinent les puissances du corps et
de l'ame vers un objet, et qui sont plus ou
moins vifs a proportion que l'inquietude
causée par le besoin est plus ou moins
sollicitante.
GOUT POUR TOUT CE QUI FLATTE LES
SENS
Joignés ici le gout naturel a tous les
hommes pour tous les objets qui flattent
leurs organes, par la figure, les couleurs,
les sons &c. et le penchant a fuir ou
eloigner ceux qui reveillent des sensa=
tions desagreables, en affectant leurs
organes avec trop de force et ou d'une ma=
niere discordante. Il est même des plai=
sirs sensibles qu'ils s'accordent tous a
aimer et a rechercher avec le plus grand
empressement, et des douleurs pour les=
quelles ils temoignent a peu près tous
la même repugnance.
AVIDITE POUR LES BIENS SENSIBLES
De la un penchant general pour l'acqui=
sition, la possession, la proprieté des ob=
jets qui peuvent servir de moiens pour
pourvoir a leurs besoins, contenter leurs
appetits et multiplier leurs plaisirs
par la varieté des jouissances; pen=
chant qui met en jeu leur activité pour
s'assurer certains droits exclusifs sur ces
objets, qui les mettent a portée de les
appliquer a leur usage, quand il leur plait,
<5v> et dès la a l'abri de l'inquietude qui
pourroit alterer leur tranquillité. Ainsi
on les voit tous naturellement disposer
a se procurer par diverses voies, ces
ressources qu'on appelle biens de la for=
tune ou richesses, et même on en amasse
de bonne heure, quoiqu'il soit encor
incertain, s'ils auront jamais occasion
de s'en servir.
SOLLICITUDE POUR L'AVENIR.
On observe même chès tous ceux qui
ne sont pas stupides, quelque sollicitude
sur leur situation a venir, avec un
empressement a saisir les moiens pro=
pres a la fixer. Le choix de ces moiens
tient beaucoup a l'opinion qui decide
le plus souvent de l'importance qu'on at=
tache aux objets, et cette opinion prevaut
a proportion du pouvoir des circonstan=
ces; mais la recherche des objets dont on
a fait dependre son bien etre, est un
penchant naturel, et a l'homme comme 1 mot biffure il est a
la plupart des especes animales que l'instinct
invite presque toutes aussi a s'occuper du
plus ou moins de l'avenir.
Chap. II.
Des penchans rationels.
PENCHANS RATIONELS.
Il est chès l'homme d'autres penchans
appellés rationels, non que la reflexion
en determine l'impulsion actuelle, mais
parce qu'ils sont liés a l'usage de la raison
et qu'ils sont l'appanage exclusif de l'Etre
raisonnable. Ce qui en releve l'excellen=
ce c'est qu'ils consistent essentiellement
dans des sentimens exinterieurs, que leur
efficace s'exerce immediatement sur l'ame
sans autre ressor que le plaisir qu'elle
eprouve en elle même, qu'enfin leur satis=
faction <6> peut devenir habituelle sans
qu'il en resulte de satieté et sans cesser
un seul instant d'etre delicieuse.
LE GOUT DU BEAU ET DU PARFAIT.
Ainsi on observe chès tous les hommes
non abrutis un penchant a approuver
et rechercher tout ce qui leur offre certains rapports de
convenance, d'unité, de proportion, d'har=
monie, et symmetrie, ou les traits qui
caracterisent la beauté , la perfection.
Au premier coup d'oeil et avant qu'ils
aient eu le temps de reflechir, on les
voit touchés et saisis comme par ins=
tinct, a la vüe de certains objets qui les
frappent par de tels traits.
DANS LE PHYSIQUE
Dans le Physique, rien n'egale le plaisir
que procure le Spectacle d'un ciel bien
etoilé, d'une campagne riante parée de
toutes sortes de riches productions couleurs ou
d'une creature animée bien proportio=
née dans ses membres, et qui montre de
la dexterité dans tous ses mouvemens,
ou s'il s'agit des ouvrages de l'art, d'un
dessin bien ordonné, ou l'on voit briller l'on decouvre
le genie de 1 mot biffure plan ou
de la Symmetrie , un heureux concert de
vües utiles et de moiens habilement me=
nagés. Le Ici le plaisir est toujours le
même et ne laisse pas de se faire sentir dans
tous les cas ou l'on n'a aucun lieu d'espe=
rer de la quelque avantage reel. Les
hommes peuvent varier sur nombre
d'objets, l'un peut etre touché de certains
traits qui ne font que peu ou point d'im=
pression sur l'autre: 1 mot biffure mais il est plusieurs
objets, divers traits de beauté sur lesquels
ils ne peuvent manquer d'etre d'accord et
dont l'impression se fait sentir aux ames
<6v> les moins elevées; ils pourroient même
varier entr'eux sur l'application des carac=
teres du beau, 1 mot biffure mais ils ne laissent pas
de saisir ces caracteres avec avidité et
transport, des qu'ils viennent a les reconnoi=
tre.
DANS LE MORAL.
Dans le moral, la vüe, l'idée seule de ce
qui est difforme reveille nôtre indignation
lorsque nous le decouvrons chès les autres
et si nous venons a le demeler en nous mêmes
il produit en nous la honte, les regrets, les
remords. Mais celle du beau nous pene=
tre d'estime et d'amour pour ceux qui nous
en offrent le spectacle, et si nous sommes as
assès heureux pour y prendre part, il penetre
nos coeurs d'un contentement delicieux.
A la vüe ou a au recul d'un trait de cruauté, d'in=
gratitude &c. nous fremissons: s'il s'agit
d'une action grande et genereuse, nous en
eprouvons le plus vif mouvement de joie.
Les hommes même les plus pervertis ne
peuvent se deffendre de blamer hautement
des actions odieuses qu'ils seroient capables
de faire, et de louer comme belles des actions
qu'ils seroient incapables de prattiquer.
Le tableau d'une conduite vertueuse
et soutenue nous affecte même plus deli=
cieusement que tout ce que le Physique
nous offre de plus beau: la Conduite d'un
homme vicieux nous revolte plus encor
que la vue d'un objet difforme et mons=
trueux. De la nous associons toujours
a l'idée du beau moral, celle du bon
ou du bien moral, qui offre tant de
charmes a nos coeurs.
<7> LE SENS MORAL.
Au sens du beau se joint ainsi, chès
tous les hommes non abrutis, un instinct
ou sens moral a la faveur duquel
ils peuvent, sans le secours d'aucune
analyse idéale, distinguer sur le champ
une action belle et louable, d'une action
laide et blamable, avec autant et plus de facilité
qu'ils distinguent dans le Physique ce qui
est beau de ce qui est laid.
A l'existence reelle de ce sens moral, ante=
rieur a la reflexion, on a opposé que des
sentimens moraux ne peuvent pas etre
des sensations comme la faim et la soif;
qu'ils sont toujours le fruit de l'impression
simultanée d'une foule d'idées qui suppo=
sent le devellopement des facultés Intel=
lectuelles, d'ou vient qu'ils ne se manifes=
tent chès les jeunes gens qu'a la suite de
l'instruction et des considerations propres
a les reveiller dans leur coeur; que ce
n'est enfin que lorsqu'ils ont occasion de
verifier ces leçons par leur propre expe=
rience, en y joignant la reflexion, qu'ils
prennent peu a peu l'habitude de les sui=
vre, et qu'a force de reiterer les actes de
vertu, ils parviennent a la fin a les prat=
tiquer en quelque sorte machinalement
a peu près comme le musicien exercé
touche harmonieusement le clavecin
sans penser seulement au mouvement de ses doigts
et comme il est ordinaire aux hommes
de s'arreter a la cause prochaine d'un
effet, il leur est arrivé aussi de regarder
cette espece d'habitude morale comme
le resultat immediat de la nature, an=
terieur a toute reflexion, quoique celle ci
en ait toujours été la premiere cause ori=
ginaire, et qu'elle en accompagne toujours
du plus au moins les actes ; quoique l'exerci=
ce le plus souvent en soit peu sensible quelque peu sensible
qu'en soit souvent
l'exercice.
<7v> A cette hypothese gratuite et a cha=
que instant dementie par l'experience,
nous opposons a nôtre tour 1o les expres=
sions en usage dans toutes les langues
pour marquer l'approbation ou le blame
et qui parce qu'elles sont liées immediate=
ment avec les radicaux primitifs, demon=
trent que ces sentimens ont été donnés ori=
ginairement par la nature, anterieure=
ment a l'instruction. Nous insistons 1 mot biffure
surtout 2o sur la force et l'universalité
du penchant a louer ou a blamer qui
s'observe chès les peuples les plus grossiers
les personnes qui reflechissent le moins
aux suites des actions, les enfans, les
idiots &c. qui souvent sont plus frappés
que les autres de la beauté ou de la diffor=
mité des actions. Joignes encor 3o le sen=
timent naturel d'honneur et de honte
qui fait que tous les hommes sont très
flattés de l'approbation des autres,
qu'ils goutent un plaisir delicieux a
etre loués par ceux qu'ils estiment lors
même qu'ils n'en ont rien a attendre
quant a l'interet, et qu'ils n'ont point re=
flechi sur ce qu'il leur en pouvoit resulter.
SUSCEPTIBLE DE CULTURE.
De ce qu'il y a des hommes qui approuvent
certaines choses pendant que d'autres les
blament, on n'en peut rien conclure con=
tre la realité du sens moral, puisqu'ils
s'accordent sur un très grand nombre de
points. D'ailleurs ce sens peut s'emousser
chès certaines personnes par l'habitude
du libertinage et une sorte d'abrutissement,
on a vu même des peuplades entieres ches
qui on pouvoit a peine en decouvrir
quelques vestiges. Il est aussi susceptible
de degrés et de culture comme nos autres
facultés, il peut s'etendre par l'exercice
et se perfectioner tout comme le gout
naturel pour l'harmonie des sons.
<8> LE DESIR DE SA PROPRE PERFECTION.
Ce sens et ce gout naturel du beau est un
ressort impulsif sans cesse en action pour
procurer le devellopement de toutes les fa=
cultés de l'homme, et comme le premier mo=
bile de sa vie d'Intelligence pour la rap=
peller a sa destination primitive. De ce pen=
chant nait le discernement continuel en=
tre ce qui degrade, qui avilit l'homme et
ce qui le releve a ses propres yeux, le gout
et le desir naturel d'avancer sa propre
perfection, par la correspondance et le
concert de toutes ses facultés et ses ac=
tions pour atteindre a la fin generale
de son existence. Quelque etouffé même
que semble ce gout chès certains hommes
abrutis, il n'en est aucun cependant qui
lorsqu'il vient a sortir de sa stupidité,
n'eprouve un penchant naturel pour eten=
dre ses lumieres, acquerir des qualités,
se rapprocher de ce qu'il doit etre, et chès
qui ce penchant du moins ne produise
quelques impulsions passageres dans les
intervalles que lui laisse son aveugle=
ment. De la cette approbation accordée
a tous ceux qui s'occupent serieusement
du soin de se perfectioner, et l'usage cons=
tant d'appeller bon et bien tout ce qui
est regardé comme perfection, et mal
tout ce qui passe pour imperfection.
<8v> Chap. III
Des penchans mixtes.
PENCHANS RATIONELS MIXTES.
Il est d'autres penchans rationels qu'on
peut appeller mixtes parce qu'ils s'exercent
autant et plus encor sur les objets sensibles
que sur les non sensibles; ils sont aussi
naturels puisque l'homme les eprouve
avant même que la reflexion ait pu lui
en faire sentir les avantages.
LA CURIOSITE
Le premier est la curiosité de connoitre
les objets dont il est environné, le parti
qu'il en peut tirer pour ses besoins ou ses
plaisirs, la maniere dont il doit les faire
servir a sa conservation et a son bien etre.
Aussi tot que les yeux de l'enfant s'ouvrent
a la lumiere, il les promeine de tous côtés
pour contempler tous les objets qui sont a
sa portée; il languit lorsque rien ne se pre=
sente pour fournir un aliment a la cu=
riosité, qui le presse; il veut tout voir, tout
tenir, tout examiner; a mesure qu'il se
fortifie, l'examen devient plus attentif;
sans cesse, on le voit occupé a s'instruire
de l'usage qu'il doit faire de ses organes,
pour y reussir, il consulte tantot la vüe
tantot le toucher &c.
Devenu adolescent, et de la homme,
forcé par le besoin a un travail assidu et peini=
ble, il trouve encor assès d'objets pour
piquer sa curiosité: dans les intervalles
ou il reprend haleine, il ne se livre point
a une stupide indolence, son Esprit tou=
jours actif observe, il est attentif, il rai=
sonne, il interroge les autres, il se plait
a les ecouter, il semble attendre avec
impatience quelque decouverte nouvelle.
<9> L'homme riche et frivole fuit tout
travail peinible; il ne sauroit s'occu=
per d'aucun objet qui demande une ap=
plication soutenue: cependant sa cu=
riosité n'en souffre point; il veut une
succession dans les bagatelles qui 1 mot biffure
partagent son temps, il veut jouer de
nouveaux jeux, voir de nouveaux visa=
ges, il est le premier epris des modes nou=
velles, il cherche lui même a en inven=
ter et a introduire de nouvelles personne
n'est plus avide que lui des nouvelles
du temps, et même de celles du quartier.
Le savant sacrifie tout, plaisir, in=
teret, affaires, societé, au desir de
s'instruire, et jamais sa curiosité ne
se rallentit, parce que ce qu'il sait n'est
rien a ses yeux au prix de ce qu'il
ignore encor.
Les besoins physiques cessent aussitot
de commander aussitot qu'ils sont satis=
faits, mais chès l'homme qui pense le
besoin de connoitre est constant et sou=
tenu: s'il se rallentit quelques instans
lorsqu'il s'agit de satisfaire aux precedens,
bientot l'ame dechargée de ce souci se
livre derechef a son occupation favori=
te; a t'on une fois appaisé sa faim dans
un repas, bientot les Esprits s'animent,
la conversation s'echauffe, on se regale
de nouvelles, de decouvertes, de ques=
tions &c.
Tel est le penchant qui contribue le plus
a arracher l'homme a la paresse et a
l'ennui; voila ce qui le rend observateur,
et l'eleve si fort au dessus de tous les
animaux. Toute l'activité de ceux ci est
concentrée dans le present, ils ne conservent
qu'un leger souvenir du passé, ils n'anticipent
<9v> que 1 mot biffure foiblement sur l'avenir; mais
l'homme voit dans le passé, les causes,
dans l'avenir, les effets, les temps se peig=
nent a lui comme dans un tableau, et
dans ce tableau, il demele avec netteté
les objets qui l'interessent. Ainsi la curio=
sité fut toujours la source de ses plus
belles lumieres et de ses plaisirs les plus
vifs, tel fut le ressor le plus puissant
de son union avec ses semblables; 1 mot biffure
avantil avoit besoin de s'eclairer lui même et de faire
part a ceux ci de ses lumieres 1 mot biffure
2 mots biffure estime de leur affection pour cela il fallut vivre avec eux.
LE GOUT DE LA NOUVEAUTE
Consideré relativement aux objets de con=
noissance, le gout de la nouveauté ne dif=
fere point de la curiosité ; mais nous l'envi=
sageons sous son rapport a toute espece
de changement en fait d'objets, de jouissan=
ces, de situations et d'etat, et sous ce point
de vüe on ne sauroit en contester l'existen=
ce et l'universalité: Les hommes generale=
ment s'ennuient bientot de ce dont ils
avoient été d'abord le plus agreablement
frappés; les objets perdent de leur interet
par la continuité, et ils ne sauroient en
prevenir le degout sans recourir a
l'art pour leur donner du moins un
air de nouveauté : rien de les flatte plus
que la combinaison de divers objets dont
l'ensemble peut produire chès eux la
surprise ou tient assès du merveilleux
pour reveiller l'etonnement. Tel est le
ressort sans cesse actif qui met leur Es=
prit en quelque sorte a la torture pour
imaginer, inventer &c. Le noble aiguil=
lon du genie auquel nous devons les
decouvertes, les beaux arts, les ressour=
ces mutlipliées dont l'humanité s'ho=
nore et qui l'elevent si glorieusement
sur les autres especes.
<10> LE PENCHANT A L'ACTIVITE OU AU
TRAVAIL
L'exercice après le repos est aussi pour
l'homme un besoin; tout ce qui gene son
activité, l'absence seule des objets qui peu=
vent l'exciter, est une source de malaise;
il faut necessairement qu'il agisse et sa
curiosité, son gout pour la nouveauté
concourent ici avec l'aiguillon du besoin
et du plaisir, pour le tenir en haleine et
le disposer au travail .
Ce penchant se manifeste dès le berceau;
l'enfant veut tout voir, tout entendre, tout
gouter, tout palper, il veut essaier ses for=
ces sur tout; dans un mouvement conti=
nuel, il ne cede au repos et au sommeil
que quand il ne peut plus resister a la
fatigue: homme fait, il n'est plus heu=
reux que par l'action, au deffaut d'occu=
pations peinibles, il lui faut des exer=
cices, des jeux.
De cette disposition combinée avec ses au=
tres gouts naissent toutes ses habitudes
actives, appliquées a divers objets. De la
ce plaisir naturellement attaché a tout
exercice de ses organes, de ses facultés
lorsqu'il n'est pas trop embarassé ou peinible et qu'il
est contenu dans de justes bornes; plaisir
qui est le principe generateur grand ressor des actions
auxquelles il est invité par sa nature et
par sa destination. De la vient aussi que son
plus grand bien exige une combinaison
d'occupations telle qu'aucune faculté ne
s'exerce au depends de l'autre, que leurs ac=
tivités respectives se balancent mutuelle=
ment, ce qui les reduit toutes a un exer=
cice moderé qui previent pour chacune
d'elle un epuisement qui deviendroit même
funeste a toutes les autres.
exercice
<10v> LA PARESSE NATURELLE EN CERTAINS
CAS.
Mais le penchant naturel au travail n'em=
peche pas qu'il existe dans l'homme un princi=
pe de paresse qui resiste a ce travail dans
les cas qui l'appellent a s'appliquer forte=
ment et longtemps a un même objet jusqu'
a ce qu'il l'ait approfondi ou executé, car alors
redoutant la fatigue de cet exercice et ne pou=
vant se resoudre a l'entreprise, il prend le
parti de rester dans l'inaction ou de s'etourdir
par le plaisir, ce qui arrive surtout aux
jeunes gens qu'on veut appliquer a des etu=
des qu'ils regardent comme trop peini=
bles.
Les penchans precedens sont chès l'hom=
me le principe d'une activité qui se refle=
chit sur lui meme. Passons a ceux qui
la dirigent vers les autres Etres.
<11> Chap. IV.
autres penchans mixtes qui ont rapport
a la sociabilité.
PENCHANT DES SEXES A L'UNION.
Aux penchans mixtes on peut rapporter
celui qui rapproche les deux sexes et les
porte a s'unir non seulement, pour satisfaire
l'appetit animal destiné a la propagation
de l'espece, mais encor pour s'attacher l'un a
l'autre par les sentimens de l'affection la
plus tendre et la confiance la plus intime,
ce qui suppose pour condition essentielle,
un retour sans partage, et qui s'irrite de
tout ce qui peut faire naitre le moindre
soubçon de refroidissement.
ET LA SOCIETE CONIUGALE.
Ce penchant après avoir produit son
effet, donne naissance a un autre non
moins naturel, je veux dire une tendresse
genereuse, vive, aussi inquiete qu'em=
pressée, des Parens pour leurs enfans, et par
l'impulsion de ces penchans reunis, se
forme cette Societé conjugale et domes=
tique qui fait le charme de la vie hu=
maine V: Anthropologie ch.
Ce qui releve l'espece humaine dans
l'union conjugale, c'est que celle ci devient
naturellement un lien permanent, a l'e=
preuve des causes qui produisent chès
les autres especes la desunion des deux
sexes, un lien assès puissant pour ins=
pirer a ceux ci un devouement recipro=
que lors même que la force de l'appetit
animal ne subsiste plus.
<11v> LA SOCIABILITE
A l'aiguillon du besoin, 1 mot biffure du plaisir, et de l'in=
teret qui sollicitent 1 mot biffure l'homme a vivre
en communaute (Anthropol. S. 1)
se joint un penchant egalement animal et
rationel qui l'invite non seulement a recher=
cher le commerce de ses semblables, mais encor a
se maintenir avec eux en bonne intelligen=
ce, a vivre, dans l'union et la paix, d'ou resul=
te l'exercice de la bienfaisance mutuelle,
et de la communication reciproque de
bons offices, sans laquelle aucune socie=
té ne sauroit etre interessante et desirable,
et meme 1 mot biffure sorte ce qui le conduit enfin
a se soumettre sans repugnance, a
certaines Loix, certaine autorité neces=
saires pour y faire regner la sureté, la
tranquillité, et le bon ordre social. C'est
ce penchant qu'on a
appellé la Sociabi=
lité .
<12> [page entièrement biffée] PENCHANT A LA SOCIABILITE
La sociabilite qui invi=
te les hommes a s'unir=
en communaute pour
vivre en bonne intelli
gence et dans la paix
et dans un ordre social
soumis a des loix et a
une autorité
Aux ressorts du besoin=
du plaisir et de l'inte
ret qui invitent l'hom=
me a vivre en commu=
naute (Anthrop
se joint un penchant
1 mot biffure animal
et rationel qui le
sollicite non seulement
Nous avons 1 mot biffure Anthropologie 8.=
2 mots biffure que l'homme ne se borne
pas a recharger 3 mots biffure
4 mots biffure se plait a vivreencor
en communauté avec ses semblables,
1 mot biffure independamment de la difference de
sexe, et qu'il y est invité tout a la fois
par le sentiment du besoin, l'attrait
des plaisirs, et 1 mot biffure des avantages
sans nombre qu'il peut en retirer, pour
sa 1 mot biffure et son bien etre 1 mot biffure
3 mots biffure ce que nous
avons 1 mot biffure assès 1 mot biffure. Il nous
3 mots biffure mais c'est la princi
palement l'effet d'un penchant tout a
la fois animal et rationel qui se manifeste ches=
tous les individus des
la plus tendre enfance,
et qui semble meme aug=
menter avec l'age et la
caducité qui le solli
cite non seulement a rechercher la societé et le com=
merce de ses semblables, pour 1 mot biffure vivre et=
s'entretenir avec 2 mots biffure et qui
se manifeste chès tout les 1 mot biffure dès
la plus tendre enfance, et qui semble
même augmenter avec l'age et la
caducité, mais encore a se mainte
nir avec eux dans ce qu'on appelle=
la bonne intelligence, l'union et la
paix, qui donne lieu a l'exercice de
la bienfaisance mutuelle, et a la com
munication reciproque de 1 mot biffure
bons offices, sans laquelle aucune
societé ne sauroit etre veritablement
interessante et desirable, 2 mots biffure et meme
enfin a se soumettre sans difficulté et sans
repugnance, 4 mots biffure 3 mots biffure
6 mots biffure
5 mots biffure
a certaines loix, certaine autorité, neces=
saire pour 4 mots biffure
5 mots biffure
y faire regner la tranquillité et le
bon ordre social.
<12v> LE PATRIOTISME
Le patriotisme ou
le 1 mot biffure qu'ils prend
naturellement 1 mot biffure
bien general de la com=
munauté dont il est
membre donne 2 mots biffure
de laquelle il est né
On peut prendre meme A ce penchant
que nous appellons la sociabilité, on peut joindre un
autre que nous distinguons, quoique inse=
parable du premier, sous le nom de pa=
triotisme, qui porte naturellement et ge=
neralement les hommes a prendre un
très vif interet au bien public de la com=
munauté ou ils sont nés, ou ils ont été ele=
vés et dont ils sont membres, a regarder et
exhalter comme un des premiers merites
tout ce qui se fait pour avancer la prosperi=
té nationale, a regarder celle ci comme
une source de la plus vive joie, et a contribuer
même de tout leur pouvoir aux a ses progrés
du bien 1 mot biffure de la 1 mot biffure, a 1 mots biffure generale
pour se rendre dignes de la partager avec
honneur et justice. Tel est le noble pen=
chant qui se trouve naturellement chès
tous les hommes dont qui n'ont pas été
abrutis, et dont les sentimens n'ont pas été
entierement pervertis par les passions et
par l'influence trop active de l'interet
particulier. 1 mot biffure moral.
L'AVERSION POUR LA GUERRE
Refutation de ceux=
qui ont soutenu
que le penchant le
plus naturel de l'hom
me est une inclination
a hair ses semblables
et a vivre en guerre
avec eux.
Comment après cela a t'on pu poser un ose dire que l'homme
1 mot biffuren'aiment naturellement deteste
que soi même, qu'ilnaturellement naturellement
ses semblables, qu'il est toujours disposé
a leur faire la guerre; etre les 2 mots biffure=
, pour 4 mots biffure
6 mots biffure que le besoin même de l'union
1 mot biffure,
entre les sexes pour se reproduire n'est qu'une
source continuelle de discorde; que ce
n'est point un penchant de sociabilité
qui a donné naissance aux 1 mot biffure communautes,
mais l'interet personel, 2 mots biffure ou la
crainte ou l'ambition, 3 mots biffure
et l'envie de dominer sur les autres, puis
que cela même se demontre par le fait
puisque dans societé, chacun ne vit
que pour soi et dans une deffiance con=
tinuelle vis a vis de tous les autres, et que
<13> tous les individu y sont constamment
disposés a sacrifier, en toute occasion, le bien
public a leur interet particulier, et qu'en=
fin on n'y connoit d'autre droit que celui
que donne la superiorité des forces aux=
quelles on est contraint de ceder.
Mais tenir un pareil langage, n'est ce
pas donner un dementi formel a ce que
nous apprend l'experience de tous les siecles,
et aux instructions que nous puisons dans
de l'evidence qui accompagne les sentimens
que nous eprouvons en nous mêmes? 1 mot biffure
1 mot biffure auquels on ne sauroit rien
opposer que de 4 mots biffure
les mêmes? n'est ce pas confondre malicieu=
sement avec des penchans naturels,
des passions 1 mot biffure vicieuses qui ne
se sont introduites parmi les hommes
que par des circonstances accidentelles etrangeres a leur nature, des vices
et
contractés pour la plupart dans le sein
des societes particulieres que la prosperité 2 mots biffure, a corrom=
les progrés de la civilisation
pues, et qui sont inconnues dans 2 mots biffure
appellés les societés imparfaites plus rappro=
chées de la simplicité primitive; je dis
plus encor des vices particuliers a certaines
personnes, qui ne sont même parvenues
a la depravation qua'on supposonit, que
par degrés et même contre les reclama=
tions de la nature et de leur propre coeur,
des gens même, qui tout mechant qu'ils
paroissent, lorsqu'ils se 2 mots biffure
au torrent 2 mots biffure ne laissent
pas de laisser toujours echapper de temps en temps des bruits
de leur disposition naturelle, a vivre
dans l'union et la paix; 3 mots biffure
5 mots biffure
que dirai je enfin? des vices que les hom=
mes s'accordent partout a reprouver
<13v> et condamner, comme des vices odieux, qui
rendent insupportable le commerce de ceux
qui en sont entachés, pendant que l'esprit
de sociabilité, d'union de concorde, et
toutes les vertus sympathiques opposées
a ces vices, sont regardées comme dignes
de la plus haute estime puis qu'elles sont
la vraie source du bonheur des hommes
appellés a vivre en societé:
Quelle maniere d'argumenter plus pitoia=
ble que de conclure de la mechanceté de quel=
ques uns a la mechanceté de tous, 1 mot biffure 1 mot biffure et
ce qu'il 4 mots biffure de soutenir qu'il n'en a
jamais existé aucun qui ait jamais
trouvé le moindre gout a l'exercice des
vertus sociales, et que les traits apparens
qu'ils peuvent avoir donné de ces vertus,
n'ont jamais eu d'autre principe que quel=
que disposition naturelle mechante et
odieuse ? Quoi de
Et de ce que les hommes qui vivent en soci=
eté n'agissent pas toujours en vue du bien
public, de ce qu'ils le sacrifient souvent a
leur interet particulier, ou de ce que ce qu'ils
font en apparence pour avancer ce bien
public, n'est pas toujours le fruit d'un
vrai patriotisme, faudra t'il donc en
conclure qu'il n'y a chès les hommes au=
cun penchant naturel a la societé, au=
cune inclination genereuse, aucune
disposition sympathique d'humanité
et de bienveillance?
Tout ce qu'on peut dire=
n'aboutit qu'a montrer
que les hommes ne sui
vent pas toujours l'impul=
sion naturelle 2 mots biffure
sociabilité, mais
sont souvent prevaloir
celle de l'amour de ses
2 mots biffure en
Etre individuel 1 mot biffure
2 mot biffure
social de 2 mot biffure
leur influence
sur les coeurs.
A Quelle est la seule consequence qu'on en pouroit sortir tirer?
naturellement de cette observation?
aucune autre, si ce n'est que les actions
des hommes ne peut suivent pas toujours reglees
l'impulsion des penchans de la socia=
bilité, mais qu' et que malheureusement elles cedent souvent de
preference a celle d'autres penchans
naturels aussi; 1 mot biffure mais dont ils ne
savent pas combiner la direction avec
celle du penchans social. Ainsi il ne
<14> doit pas paroitre bien extraordinaire
pour qui connoit l'homme, que l'amour
de soi même et 4 mots biffure
ne prevale souvent par 1 mot biffure son impulsion sur 1 mot biffure l'amour genereux du bien public,
1 mot biffure
ni que ces deux principes dans leur in=
fluence 2 mots biffure se com=
binant diversement pour flechir sa vo=
lonté, produisent des effets très diversifies
selon les circonstances, ni qu'enfin il
arrive que tantôt l'amour propre 1 mot biffure l'em=
porte sur l'amour social, et tantot
ce dernier sur le premier, sans qu'on
puisse en inferer quoique ce soit de
legitime contre la realité ni de l'un ni
de l'autre de ces deux penchans. comm
Il en est de ceci comme des impulsions
physiques descendantes des Loix etablies
dans la nature. Tous les corps sont sou=
mis a la Loi de la gravitation commune
qui dirige leur mouvement vers le centre
de la terre. Cependant les corps qui sont
retenus par la pesanteur du fluide
ou ils nagent, ne tombent pas, et au
ou s'ils tombent, ce n'est que sous divers
degres d'inclinaison et de vitesse. 1 mot biffure
effet Ce resultat exterieur qui paroit contraire a la Loi com=
mune, ou qui admet tant de modifi=
cations variées que n'empeche pas que l'action
de la pesanteur ne soit toujours bien
réelle, constante, soutenue, sans admet=
tre même aucune suspension pendant
le plus petit instant. Ainsi De meme les hommes
sont tous soumis a l'impulsion de l'amour
social, chès tous cet amour deploie
son effet, mais il est plus ou moins balan=
cé par l'impulsion de l'amour propre et quoique celui ci
semble quelque fois
l'emporter, celui la
ne laisse pas d'agir
plus ou moins, et
lors meme qu'il
et souvent il n'aboutit qu'a rallentir
les effets immoderés de ce dernier l'autre, ou em=
pecher l'homme de faire plus de mal
qu'il n'en fait.
<14v> qu'on ne nous oppose donc pas ces traits
affreux d'inhumanité, de cruauté, de barbarie
dont nous sommes temoins ou dont l'histoire
nous a conservé le souvenir; nous repondons
que l'amour propre a prevalu sur l'amour
social, que celui ci même a servi a moderer
quelquefois les fureurs du premier, que les auteurs
de ces abominations les ont payées che=
rement par les efforts qu'ils ont fait pour
etouffer la voix de la nature et par les hor=
reurs du repentir: a tout cela nous op=
posons enfin tous les traits de generosité
qui ont dans tous les temps honoré l'espece
humaine, et combien il est absurde
de vouloir fletrir l'honneur de celle ci
par des faits particuliers d'individus
dont le naturel a été perverti par l'edu=
cation, l'exemple, les passions, ou quel=
ques unes certaines circonstances malheureuses.
Il est meme constant=
que les hommes n'ont
pas a beaucoup 1 mot biffure
autant de sujets et
d'occasions naturelles
de rixe entr'eux,
que n'en ont la plu
part des autres especes
animales.
Donc que Il est faux que les besoins des
hommes toujours renaissans soient, com=
me on le suppose, une source toujours re=
naissante de guerres. L'union des sexes
produit des rixes chès les animaux entre
les mâles, qui se disputent la jouissance
du moment: mais le desir de 1 mot biffure
les moiens que la nature emploie pour
perpetuer l'espece humaine, l'amour
conjugal, la tendresse des Parens pour
les enfans, la pieté filiale, l'amitié
fraternelle, autant de compagnes
de la societé conjugale et domestique,
tout cela bien loin 1 mot biffure d'exciter les hommes
a la guerre, sont autant de liens voix qui les
invitent les 1 mot biffure a s'unir en com=
munautés par des associations de familles
et même a 1 mot biffure se regarder que comme
les membres dispersés d'une seule et même
famille generale repandue sur toute la
surface du globe. Le desir de se repro=
duire <15> ne peut donc devenir un principe
de discorde qu'entre des hommes incapa=
bles d'aimer, ou et chès qui il l'amour n'est qu'un
besoin physique semblable a celui de
l'animal en rut: a peine en trouveroit
on de tels parmi les peuples sauvages.
Disons en autant du besoin de cher=
cher sa 1 mot biffure nourriture. En formant
l'homme la nature ne lui a point donné
un estomac devorant: tout ce que se
digere peut lui servir de nourriture,
et encor ne lui en faut il pas en bien gran=
de quantité! Ce besoin qui attache les
animaux a certains lieux, et a certaines
nouritures, peut devenir entr'eux une
source de guerres: il n'en est pas ainsi
des hommes. La facilité qu'ils ont de
trouver partout ce qui leur convient,
doit même les porter a se separer, a doit, dans les cas ou
se disperser, sans alterer la paix entr'eux
et
les subsistances sont
rares dans un lieu, les
inviter naturellement
a se disperser sur une
plus grande surface
pour en trouver en
suffisance, plutot
que de se les dispu=
ter entr'eux, et lorsqu'ils ont assés de vivres pour se
renfermer dans un petit district
et y vivre en societé, le besoin de manger
ne doit etre qu'un lien de plus entr'eux
parce qu'ils sont invités par la nature
même a se reunir pour prendre leur
repas en commun, et augmenter par
la le plaisir attaché a la satisfaction
du besoin. Quan
Les animaux paturans sont sans cesse
occupés a manger parce qu'ils sont obli=
gés de suppléer par la quan par la quan=
tite des alimens a leur qualité en soi
1 mot biffure peu nutritive. Les animaux carna=
ciers par contre mangent avec tant de
voracité que leur estomac toujours
surchargé, les plonge incessamment
dans le sommeil. L'homme n'est sujet
a aucun de ces inconveniens. Il n'est
pas appellé a se separer de ses semblables,
pour chercher sa nourriture ni a
<15v> a la disputer avec violence a aucun:
il peut manger de toutes sortes d'alimens
et s'en faire des provisions: les alimens
qu'il prend a des intervalles assès eloignés
retablissent1 mot biffure promtement son orga=
nisation, et lui inspirent dès la naturelle=
ment une gayeté a laquelle il se plait
a donner ressort; d'ou vient qu'il ne goute
aucun plaisir 1 mot biffure plus vif que lorsqu'il par=
tage ses provisions avec une epouse,
des enfans, des voisins, des amis. C'est
de la que chès toutes les nations, policées
et sauvages, on a regardé le plaisir
des repas comme un des plus doux de
la vie, et en même temps, un moien
des plus propices a devellopper les 1 mot biffure heureux
germes de la sociabilité.
Les hommes ne sont pas plus enclins
naturellement a se disputer le sol
que la nourriture. Leur sol natal
a même pour eux des attraits qui les
invitent a y rester tranquilles comme
celui qui leur convient le mieux.
Ce n'est que la fureur des passions qui
a produit les eruptions d'un peuple
sur le sol des autres pour le ravager
ou le conquerir.
Il n'est donc rien dans la nature et la position
de l'homme qui l'invite a la discorde; tout le
rameine a la sociabilité; cela paroitra
encor plus clairement par ce que nous allons
dire de ses affections sympathiques.
Chap. V.
Des affections sympathiques liées a la soci=
abilité
AFFECTIONS SYMPATHIQUES.
Anterieurement a toute reflexions, les hom=
mes sont tous invités a la sociabilité par
des affections sympathiques , qui produisent
des effets partout uniformes. Ainsi
<16> ils ont tous un penchant naturel a
aimer leurs semblables d'une affection
meme genereuse et desinteressée qui
leur fait prendre part au bien general
de leur espece ou du moins lorsque leurs
vues sont trop resserrées pour embrasser
Il n'est donc rien dans la nature et le 1 mot biffure
de l'hommes qui l'invite a la discorde et la
guerre. Tout le ramene a la sociabilité, la
paix et l'ordre social 2 mots biffure
5 mots biffure
de ses penchans et affections sympathiques.
cette generalité, qui
dispose a s'interesser
vivement pour le bien
de leur communauté,
et plus particuliere=
ment encor pour le bien
de telle societé a laquelle
ils appartiennent, et leur
fait ressentir un doux
plaisir a le voir avancé
et a l'avancer eux mê=
mes.
Chapitre V=
Des penchans 1 mot biffure Loix de la sociabili
té qu'on appelle sympathiques.
Des affections sympathiques liées a la
sociabilité.
AFFECTIONS SYMPATHIQUES
le penchant de la socia=
bilité se demontre par
les affections sympathi=
ques de l'homme qui
4 mots biffure
aisement ses semblables.
Il est un penchant naturel aux hom=
mes. Ce qui demontre le plus clairement=
ce que nous avons dit jusqu'ici ; d'un
penchant de la sociabilité, c'est l'existence
de ceux qu'on appelle les 1 mot biffure
patiques, penchans communs a tous les
hommes qui produisent des effets par
2 mots biffure. A1 mot biffure indepen
damment des reflexions 3 mots biffure sur leur 1 mot biffure=
et leurs rapports 3 mots biffure les hommes relations, les hommes
leurs semblables, de qui ils peuvent aller
2 mots biffure; ils ont 1 mot biffure
etre naturel ont a aimer des la leurs semblables qui leurs
ressemblent partout dès 2 mots biffure même
peut douter qu'il n'y 1 mot biffure 1 mot biffure tous un
sentiment d'affection 1 mot biffure et 1 mot biffure
qui leur fait prendre part au
bien general de leur espece, et qui le porte
a le desirer et a le procurer, autant
qu'en eux est, ou du moins, lorsque
leurs vues sont trop resserrées pour em
brasser a cette generalité, qui les dispose=
a s'interesser vivement pour le bien de
leur communauté, ou plus particulie
rement <16v> 1 mot biffure ou de telle ou telle societé=
a laquelle ils appartiennent, et 1 mot biffure leur fait
ressentir un doux plaisir a le voir avan
cer ou a l'avancer eux memes.
Toutes ces affections
distingues 2 mots biffure
par 2 mots biffure
peuvent etre rappellees
a une seule et meme
qui 1 mot biffure ces divers
noms selon les divers
objets auxquelles
elle s'applique.
Toutes les affections
appellees sympathiques
peuvent etre reduites
a une seule
on ne peut 1 mot biffure 2 mots biffure affection sym=
pathiqueToutes les affections
Sympathiques peu=
vent se rapporter a
une seule qui faitqui fait que les hommes ne peu=
vent voir avec une entiere indifference le
bonheur ou le malheur des autres, et sans
eprouver a cette vue quelque plaisir ou
quelque peine, lors même que par les circons=
tances, ils savent bien qu'il ne leur en revien=
dra aucun bien, ni aucun mal. De la
vient qu'ils sont toujours enclins a ap=
prouver chès les autres ou chès eux mêmes
toute 1 mot biffure toute action qui tend
a procurer le bien ou de l'espece humaine
ou de leur communauté, ou de quelque
famille, ou de quelque particulier, et a
s'indigner contre toute action qui produit
un effet contraire.
on l'appelle Amour
sensibilité,
compassion, bonté,
bienveillance, benefi=
cence, generosité.
Cette disposition anterieure a toute reflexion designée sous le nom
general d'amour des hommes de nos semblables, prend le nom
de sensibilité lorsqu'on la considere com=
me un sentiment naturel qui devance qui nous lie
la reflexion eten quelque sorte a leur
au sort de nos semblables, sentiment et, et le nom d'humanité , en=
qui ont le premier ressort 2 mots biffure
l'etre social
tant qu'elle nous dispose a y aprendre part,
au sort des autres hommes et ne jamais
regarder comme indifferent rien de tout
ce qui peut les interesser; mais on l'ap=
pelle compassion entant qu'elle nous
inspire du deplaisir a la vue des maux
dont ils sont affligés, qu'elle reveille les
entrailles de nôtre pitié et nous porte
a leur accorder un promt secours, dans
les cas même ou nous n'avons point a
craindre que ces maux rejaillissent sur
nous, et que nous n'avons a esperer ni
attendre aucun retour de leur part.
<17> Une même disposition est appellée
bonté et bienveillance entant qu'elle
nous rend empressés a contribuer en gene=
ral a leur bien etre pour toutes sortes par l'exercice de la bienfai=
de moiens 1 mot biffure
sance a leur egard.
Telles sont les affections sympathiques qui
rendent l'homme propre a la vie sociale
qui sans elles se reduiroit a la plus
triste union: Pour nous convaincre de
leur realité, nous n'avons qu'a nous rap=
peller cette horreur secrete que nous
eprouvons a la vue des tourmens qu'on
fait souffrir a d'autres hommes, ou seule=
ment au recit de quelque injustice
criante, de quelque violence cruelle;
ces serremens de coeur qui nous saisissent
a la vue d'une personne souffrante, ou
exposée a quelque grand danger: le plai=
sir que nous ressentons lorsque quelqu'un
se voit delivré de quelque grand mal,
ou de quelque danger menacant: l'em=
pressement que nous temoignons au
premier moment pour secourir, pour
soulager nos semblables, dans l'occasion
sans qu'il entre en tout cela aucun
retour sur nous mêmes, aucun calcul
interessé, ni autre mobile que le doux
plaisir que nous eprouvons a nous
livrer a de tels sentimens. L'humanité
et la bienveillance considerée ainsi comme
desinteressées, 3 mots biffure prennent le nom
1 mot biffure de generosité .
RECONNOISSANCE
Il ne faut pas oublier ici le penchant
naturel a la reconnoissance pour les
bienfaits recus, lors surtout qu'on voit
que c'est la generosité qui en a été
le principe. Tout bienfait produit
naturellement un sentiment d'affection
pour le bienfaiteur superieur a celui
<17v> que la simple humanité inspire, une
inclination vive et forte a le payer de
retour: ce penchant deploie son effet in=
dependamment de toute reflexion et lors
même que par les circonstances, les demon=
strations de gratitude ne peuvent pas servir de
moiens pour obtenir de nouveaux bien=
faits. L'homme ne peut aussi se deffen=
dre d'une de concevoir de l'horreur pour
tout trait d'ingratitude, lors même
qu'il n'en a pas été l'objet.
AMITIE
Tous les hommes ont aussi un penchant
naturel a l'amitié qui les attache a cer=
taines personnes par des sentimens parti=
culiers d'affection plus vifs et plus tendres
que ceux de la simple humanité,
et cela a proportion de l'idée qu'ils se
forment de leur caractere bon, de
leur affection pour eux, ou qu'ils trou=
vent dans leur tour leurs leur facon de
penser et de sentir leurs gouts, leurs manieres, 2 mots biffure plus de
rapport avec eux et dès la meme memes, et qu'ils peuvent
des la esperer plus d'agremens et de douceurs de
leur commerce familier.
a toi
<18> COMMENT ON PEUT
EXPLIQUER LE RIRE
MOCQUEUR.
Au penchans naturel
de sociabilité et a leurs
1 mot biffure des affections sym=
patiques on ne peut
point opposer 1 mot biffure
l'inclination que les
hommes ont tous na=
turellement pour le
rire moqueur
1 mot biffure A tout ce qui vient d'etre dit des penchans des affections
naturels de la sociabilite 1 mot biffure
sympathiques comme 1 mot biffure hommes
on on a opposé un penchant qui 1 mot biffure
est permanens naturel, et qui ne semble pouvoir
gueres se concilier avec 1 mot biffure elles
c'est celui du rire: 1 mot biffure il ne s'agit pas ici du
rire qui n'est que l'expression de la joie,
mais du rire mocqueur occasionné par
la vue de certaines foiblesses, imperfec=
tions ou accidens auxquels les autres
son exposés, et qui , par la même qu'il
exprime le plaisir que nous avons a 1 mot biffure en
repaitre notre vue, semble annoncer chès nous une
sorte de malignité naturelle. Mais si l'on
fait quelque attention a la cause interieure
de ce mouvement exterieur de nos muscles,
on trouvera qu'il n'y a la, a proprement
parler, aucune disposition antisociale:
car 1o Ce rire n'est jamais excité par la
vue de deffauts ou d'accidens dont nous
croions qu'ils peut puisse resulter quelque suite fa=
cheuse pour autrui, ou si dans un cas
pareil, il nous arrive de rire au premier
moment, dès que nous venons a apperce=
voir qu'il y a reellement du mal, le rire
fait bientot place a la pitié. 2o Ce rire
s'etend jusques aux personnes a qui nous
voulons sincerement du bien, nos parens
nos voisins, nos meilleurs amis, je dis
plus, sur nous mêmes, puisqu'il nous est
arrivé plus d'une fois de rire de nos im=
perfections, de nos ridicules, ou de nos
avantures singulieres: nous ne rions
enfin jamais que de legeres imperfec=
tions, de petits accidens, dont il ne peut
resulter aucun prejudice essentiel aux
autres, et dont la vue peut cependant
nous consoler de celle des petits deffauts
ou des petits malheurs, auxquels nous
pouvons aussi etre exposés nous mêmes,
et meme quelque fois flatter notre
<18v> amour propre, en nous suggerant l'idée
de quelque superiorité que nous croions
avoir sur les autres: opinion qui nous re=
jouit, nous amuse et produit au dehors
cette expression de gaieté que nous appel=
lons le rire, et qui anime si fort la con=
versation.
Chapitre VI
De quelques autres penchans mixtes
ESTIME, MEPRIS, HONNEUR RESPECT.
En combinant son influence avec celle de
l'amour propre, la sociabilité a produit chès
tous les hommes le desir naturel et la recher=
che empressée de ce qu'on appelle l'honneur
c.d. des temoignages d'estime de la part
de ceux avec qui ils vivent en Societé; pen=
chant qui precede même la reflexion sur
les avantages que cette estime procure, et
qui ne tient qu'au plaisir que l'homme gou=
te a se voir honoré, et l'aversion qu'il a
pour toute marque de mepris qui peut
affoiblir la consideration dont il jouit.
Independamment des distinctions politi=
ques, il en est qui sont liées a des qualités
personnelles, dont l'ensemble compose ce
qu'on appelle le merite , evalué pour cha=
cun selon les opinions qui ont cours, selon
l'interet que les autres y prennent, et
la confiance qu'ils peuvent y mettre.
C'est sur ce merite que se regle generale=
ment le degre d'estime de consideration
et d'honneur dont les particuliers jouissent
dans chaque societé.
<19> Chapitre VI.
les hommes desirent
tous naturellement
l'estime et sont sensibles
a l'honneur et au
mepris.
ESTIME HONNEUR
MEPRIS CONSIDE=
RATION HONNEUR
RESPECT, VENERA=
TION, CE QUI RE=
GLE L'ECHELLE
DES DEGRES DE
CONSIDERATION
DESIR NATUREL
DE L'HOMME A CET
EGARD
on peut distinguer
differens degres d'estime
et d'honneur, dont
la proportion varie
dans les diverses societes
selon les diverses ma=
nieres d'y 1 mot biffure
le merite.
De quelques autres penchans mixtes.
Le desir de l'estime, 2 mots biffure
4 mots biffure
1 mot biffure
En combinans son influence avec celle
de l'amour propre, la sociabilité a produit
encor chès tous les hommes un penchant
naturel 1 mot biffure qui leur fait desirer et se cher=
cher avec empressement, ce qu'on appelle
l'honneur cad. des temoignages d'estime
et de consideration, de la part de ceux
avec qui ils vivent en societé: penchant
independant en lui même de la reflexion
sur les avantages que cette estime pro=
cure, aussi naturel que le plaisir que
l'homme goute a se voir honoré et
l'aversion qu'il a pour tout ce qui tend
a affoiblir la consideration dont il
jouit, ou a l'exposer au mepris.
Outre les distinctions introduites parmi
les hommes a la suite des institutions
politiques, il en est plusieurs qui ne
dependent que de la connaissance de
leur fortune ou de leurs qualites per=
sonnelles, et quelque fois même
uniquement de leur
naissance ou de leur
fortune et de là sont
les divers et de la naissent les divers
degrés d'estime, de consideration et d'hon=
neur dont les particuliers jouissent dans
chaque societé et qui sont proportionels,
3 mots biffure de leur aux divers degrés du merite. Selon
les idees opinions qui ont cours dans cette societé,
1 mot biffure selon l'interet que les autres peuvent y
prendre a ce merite et de la confiance qu'ils croient
pouvoir y mettre.
les hommes sont tous
naturellement disposes
a accorder aux uns
1 mot biffure une estime
simple et commune
1 mot biffure a une estime distinguee
appelee 1 mot biffure
S'agit il d'un homme ordinaire qui n'a
donné aucun sujet de plainte, qui n'a
rien fait de contraire a la probité essentielle
a tout a l'Etre social, les autres 1 mot biffure sont
naturellement disposés a lui accorder
de l'estime mais une estime simple et com=
mune, qui ne suppose que de l'approba=
tion et de la confiance, tel qu'on la doit
a tout homme qui n'a rien fait d'avi=
lissant.
<19v> Mais s'il s'agit de personnes qui montrent
une superiorité marquée par leurs lumieres,
leurs talens, leur courage, leurs vertus, par des
services importans rendus a la societé, ou de
ceux dont la probité, la justice, la bienfaisance
se sont distinguées envers tout ceux qui ont
ete a portée d'en ressentir les effets, alors tous
ceux qui en sont été les temoins, ou qui en sont
instruits, sont naturellement disposés a accor=
der a ces personnes une estime distinguée
et eminente que nous appellons respect qui
s'etend quelque fois jusques a la veneration ,
accompagnée non seulement d'une entiere
confiance, mais encor de deference et
de soumission.
ils ont la meme in=
clination 2 mots biffure=
a refuser a d'autres
a l'estime, 3 mots biffure
des 1 mot biffure etre
le ridicule, ou le me
pris et le dedain.
Se trouve t'il des hommes degradés et avi=
lis par des deffauts essentiels, l'ignorance
la basesse de caractere, la lacheté, une
conduite scandaleuse, surtout le deffaut
de probité, l'injustice, la mauvaise foi, qui
empechent qu'on ne puisse mettre en eux les ont rendu indignes de toute
quelque confiance, alors les autres sont
generalement enclins a leur refuser toute
estime et ne peuvent concevoir pour
eux que ce que nous appellons du mepris
qui nous les fait envisager comme au
dessous du commun des hommes, dignes
du blame public, et comme devant etre
regardés et traités avec indifference
et sans aucun egard. Quand le mepris ne 1 mot biffure
1 mot biffure loin on se contente souvent de
Quand les deffauts
ne sont pas de gran=
de consequence par
rapport a la societé
on se contente pour
l'ordinaire de tourner en plaisanterie; c'est alors
seulement du ridicule, et la raillere,
le sarcasme, s'exercent a le mettre au
jour. Mais quelques fois il le mepris s'etend très
loin et se convertit en dedain , et même
en 1 mot biffure indignation, lorsque tout
annonce un caractere mechant et dan=
gereux, qui peut faire craindre des
procedés funestes au bien et au repos
de la societe.
<20> CE QUI REGLE L'ECHEL=
LE DES DEGRES DE CONSIDERATION.
l'echelle des degres=
1 mot biffure et de considera
tion se regle par le juge=
ment qu'on porte ou meri=
te, et surtout sur l'opi=
nion de probite.
C'est en suivant la gradation des nuances inter=
mediaires qui se trouvent ici entre les extremes,
et d'après les principes que nous adoptons dans nos
jugemens sur le vrai merite, que nous assignons
aux autres hommes une place plus ou moins dis=
tinguée dans nôtre consideration, et que nous
en reglons les demonstrations exterieures. Il
est vrai que nous faisons ici principalement
attention aux qualités qui peuvent rendre
l'homme interessant pour la societé et le mettre
en etat de contribuer a son repos son bien etre
et son lustre, entr'autres la sagesse, le courage
le patriotisme, mais surtout la probité qui
est la premiere vertu du citoien, et sans la=
quelle toutes les autres ne sont que des ver=
tus fausses, suspectes, et peuvent même deve=
nir dangereuses. C'est en effet la probité et les actions
qui en font preuve, qui caracterisent l'hon=
nete homme, digne d'occuper la premiere
place dans nos coeurs.
Mais les egards et les
honneurs 2 mots biffure
se regle 1 mot biffure le plus souvent
sur des avantages
exterieurs, etrangers
au vrai merite, et il
n'y a rien la qui doive
surprendre.
Il est vrai que nous avons aussi generalement
du penchant a distinguer ceux qui jouis=
sent de quelque relief par leur naissance,
leur condition, leur fortune, le brillant de
leur exterieur, et surtout par leurs dignités
et leur autorité: nous leur accordons vo=
lontiers, si ce n'est pas des sentiment reels
de consideration et de respect, que nous sen=
tons n'etre dus qu'au vrai merite, du moins
des honneu egards et des honneurs dis=
tingués, que nous ne nous faisons pas
scrupule de refuser quelquefois au vrai merite lui même
lorsqu'il n'a pour cortege que l'obscurité
ou la simplicité. Il n'y a rien la qui ne soit
cependant dans la nature, qui ni qui repugne au
devoir, parce que ces distinctions exterieu=
res etant conformes liées avec l'ordre
social et le bien de la societé, il est essentiel
qu'elles soient exterieurement respectées
par des et que des demonstrations et des
<20v> et des egards peuvent puissent servir d'encourage=
ment et d'aiguillon a ceux qui jouissent de
ces distinctions, pour les appliquer utilement
au profit de la societé, et qu'au fond nous
ne pouvons pas etre blamés si nous emploions
ce moien de captiver la bienveillance de
ceux qui peuvent nous etre utiles, lors même
que nos coeurs ne seroient pas penetres pour eux de
cette estime qui n'est due qu'au vrai mer=
rite personel.
AMBITION1 mot biffure NATURELLE DE LA CONSIDERATION L'HOMME.
Tous les hommes du=
3 mots biffure
tous a quelque preemi
nence de 2 mots biffure
1 mot biffure sur les autres
Quoiqu'il en soit, ce penchant a temoigner
des egards distingués a ceux qui sont en
effet quelque superiorité sur les autres ou
par quelque merite reel, ou par un exte=
rieur imposant, ce penchant dis je, on
produit très naturellement ce gout que
les hommes ont tous generalement pour
l'estime, la consideration, pour tout ce qui
les releve au dessus des autres, et leur assure
quelque preeminence, quelque distinction
dans les égards, et des la même une emu=
lation ambition naturelle pour s'elever au dessus du
commun des hommes, et obtenir quelque
honneur auquel ceux ci ne peuvent pas
aspirer.
PENCHANT A L'EMULATION.
et de la nait naturelle=
ment un penchant
a l'emulation
A ce penchant se lie inseparablement
celui qui porte l'homme a se comparer
avec les autres pour pouvoir s'apprecier lui
meme, se mettre a sa juste place, et juger
s'il est effectivement digne de consideration
et jusques a quel point? S'il se trouve au
dessus de ceux avec qui il se compare, il
en est flatté, il s'applaudit a lui même. Mais
quand il vient a decouvrir des personnes
qui lui sont superieures en qualités et en
avantages, cette decouverte le conduit
d'abord naturellement a un sentiment de
tristesse et de regret de n'avoir pas travaillé
avec autant de succès que ces personnes la a
<21> acquerir ces avantages: mais de ces sen=
timens naissent naturellement de nouveaux efforts, pour
s'elever jusques a leur niveau, et même
s'il se peut, les surpasser. Tel est ce penchant
qu'on appelle rivalité lorsqu'il s'y mele
du depit, mais hors de la, emulation ,
sentiment en lui même legitime, qui
se trouve chès tous les hommes non abru=
tis, et qui est un des ressorts les plus puissans
d'activité et de travail.
GOUT DE LA LIBERTE ET DE L'INDEPEN=
DANCE
Ils ont tous aussi un
gout decidé pour la
liberté et l'independance
Un penchant commun a tous les hom=
mes est l'amour de la liberté et de l'inde=
pendance en vertu duquel tout indivi=
du veut et demande de pouvoir suivre sa
propre volonté plutot que celle d'autrui;
On trouve ce penchant chès les enfans
même, qui, quelques foibles et ignorans
qu'ils soient, voudroient cependant toujours
faire toutes leurs fantaisies sans etre jamais
genés par les autres; il ne fait que se forti=
fier avec l'age, et il n'est aucun homme
fait qui ne se sente de l'eloignement pour
dependre de quelque autre, et qui puisse
se resoudre, a moins de quelque necessité
bien pressante de a s'assujetir a la volonté
d'autrui, et ou qui ne repugne a toute 1 mot biffure
dependance, qui n'est pas le
resultat des Loix même etablies dans la
societé, pour la sureté et la tranquillite
de tous, et dès la même pour la sienne
propre. L'homme en effet peut sans repugnan=
ce se renoncer a une partie de sa liberté,
naturelle, pour se soumettre a un ordre
social, parce que ses semblables en font
<21v> autant que lui, et qu'il comprend que
la subordination qui en doit resulter,
est absolument necessaire pour reme=
dier aux inconveniens d'une licence generale et sans
bornes et generale dont il pourroit etre la
victime. Mais lors même qu'il s'est soumis
a la gene des liens civils, il conserve toujours
le même amour pour sa liberté; et pretend
pouvoir satisfaire ses penchans et ses vo=
lontes sans eprouver d'obstacles de la part
de ceux avec qui il vit en societé, a
moins que les Loix etablies ne leur aient
donné quelque 1 mot biffure autorité particuliere
pour veiller a l'ordre public conte=
nir les moeurs licentieuses qui pour=
roient prejudicier a l'ordre public.
<22> Chapitre VII.
Des divers mouvemens de l'ame qui
se reveillent a la suite des penchans
COMMENT DES PEN=
CHANS NAISSENT
LES MOUVEMENS
NATURELS.
L'homme 2 mots biffure=
objet comme des biens
ou des maux, selon qu'ils
sont favorables ou con
traires a ses penchans
naturels, et 1 mot biffure
position vis a vis de ces
objets qui naissent 1 mot biffure
divers mouvemens qu'il
eprouve a leur eggard.
C'est une Loi generale et constante de l'espece
humaine, que l'homme goute du un plaisir
naturel a satisfaire tous les divers pen=
chans que nous avons indiqués, et que
ce plaisir se fait sentir et se renouvelle
toutes les fois qu'il rencontre des objets et
des occasions favorables a cette satisfac=
tion . Il eprouve au contraire du deplai=
sir toutes les fois qu'il trouve des obstacles
qui s'opposent a cette satisfaction, que les
objets et les occasions lui manquent, qu'il
a a endurer des privations, et surtout qu'il
a essuier l'impression d'objets qui les
directement opposés a ces penchans. C'est
de la qu'il appelle les divers objets bons
ou mauvais, biens ou maux, dans le sens
physique, selon qu'il les trouve favorables
ou contraire a ses penchans naturels, et
c'est de sa position par rapport a ces objets
envisagés par lui comme biens, ou comme
maux, que resultent les divers mouve=
mens interieurs interieures agreables ou
desagreables qu'il eprouve par rapport
relativement a ces objets.
LE DESIR, LA JOIE, L'ESPERANCE, L'ATTENTE.
ce qu'on appelle
desir, joie, esperance,
attente
Les penchans naturels ont ils deploié leur
efficace sur l'ame pour lui imprimer une
impulsion vers tel un objet qu'elle envisage
comme propre a les satisfaire, c'est a dire
comme un bien, il en resulte naturelle=
ment ches elle un mouvement de ten=
dance vers cet objet pour le saisir, 1 mot biffure
l'obtenir, son 1 mot biffure merite le posseder et
c'est ce qu'on nomme le desir, plus ou
moins vif, ardent, impetueux, selon
que l'inquietude causée par la privation
<22v> ou le delai de la jouissance est plus ou
moins stimulante. Ce bien est il present,
rapproché, acquis, mis a sa portée, pour
le posseder ou en jouir, le mouvement
agreable qui se joint au desir 1 mot biffure
prend la place du desir , se nomme joie . En con=
siderant l'eloignement d'un mal dont
on est atteint ou menacé, comme
l'equivalent d'un bien, cet eloignement
peut etre l'objet du desir, et obtenu
il peut devient une source de joie.
Quand le desir a pour ob se porte vers
un objet apperceu dans le lointain,
mais par rapport auquel l'homme a des
raisons plus ou moins fortes probables
de croire qu'il parviendra a l'obtenir et
le posseder, alors le desir se convertit
en esperance , et si les raisons produi=
sent une sorte de certitude, l'esperance
se transforme en attente . L'objet de
l'esperance et de l'attente peut etre aussi
un mal qu'on se flatte de prevenir
ou d'eloigner, et l'effet naturel est encor
ici la joie.
AVERSION TRISTESSE, REGRET, CRAINTE,
TERREUR, DEFFIANCE, DESESPOIR.
Ce qu'on appelle
aversion, tristesse
regret, crainte, terreur,
deffiance, desespoir
Au desir est opposé l'aversion pour
un objet qui se presente a l'homme
comme un mal 4 mots biffure qu'il doit
decidée 1 mot biffure fuir: a la joie le mal est
il present et se fait il sentir, l'homme
en ressent de la tristesse , du chagrin ,
et lorsque ce mal consiste dans un
bien manqué ou perdu, 2 mots biffure
regret, le chagrin regret se nomme regret .
L'homme a t'il des raisons plus ou moins
probables de croire qu'il pourroit etre
tot ou tard exposes au mal qu'il abhorre
et qui le menace ou qu'il pourroit etre
privé tot ou tard de quelque bien actuel=
lement <23> dans sa possession ou par lequel qu'il avoit lieu d'esperer, alors il eprouve
ils 1 mot biffure
ce mouvement qu'on appelle la crainte
qui qu'accompagne aussi la tristesse,
avant 1 mot biffure qui se consomme, lors=
qu'enfin il n'a pu echapper au mal
qu'il redoutoit, ou qu'il a echoué le
bien qu'il desiroit et esperoit, ou qu'il
se voit privé du bien qu'il craignoit de perdre.
Dans les cas ou il s'agit d'un mal tres
grand et qui menace tout a coup et a
l'improviste, la crainte se change en ter=
reur .
Si l'on n'appercoit pas des moiens faciles et
surs pour eloigner un mal menacant
et le prevenir, la crainte devient une
deffiance inquiete, et s'il on se croit
sans ressources, c'est le desespoir .
ESPERANCE ET CRAINTE, LES
DEUX MOBILES DE L'HUMANITE.
on peut toucher 1 mot biffure
a l'esperance et 1 mot biffure
qui sont les deux
grands mobiles de
l'humanité.
On peut rapporter cela a 4
mouvemens generaux, la joie, la tris=
tesse, l'esperance et la crainte: conside=
rés comme causes impulsives ou ressorts
d'activité, on pourroit les reduire a deux,
l'esperance et la crainte, qui sont les
deux grands principes de tout desir et
de toute aversion, puisque nous ne som=
mes portés a desirer les objets que par ce
que nous en esperons quelque jouissance
flatteuse, et que nous ne les abhorrons
qu'autant que nous craignons de leur
part quelque impression funeste.
L'esperance et la crainte sont donc les
deux grands mobiles de l'humanité, puis=
qu'ils sont sans cesse et inseparablement lié par ses penchans,
qui en tirent même toute leur force, com=
me ressorts d'impulsion et d'activité.
<23v> Demander au reste lequel de ces deux
ressorts a le plus de pouvoir sur l'homme, c'est
faire une question a laquelle on ne peut
rien repondre de precis, parce qu'il est des
cas ou l'espoir peut avoir plus de force
que la crainte, et d'autres ou la crainte
peut prevaloir sur l'esperance, et que
entre les divers individus, cela peut
encor beaucoup varier. D'ailleurs
cest sont ici deux causes impulsives qui se
trouvent sans cesse a l'opposite l'une de
l'autre, pour concourir au même effet
commun, sans qu'on puisse determiner
laquelle a agi avec le plus d'efficace.
DEFINITION DES PASSIONS.
Quand est ce que ces=
penchans et les mou
vemens se changent
en passions, dont la
force peut devenir
dangereuse 1 mot biffure quand
elle est soit mue par
celle de l'habitude et
du temperamment.
Les mouvemens, comme les penchans
naturels de l'homme, sont par eux même
des 2 mots biffure affections tranquilles
et moderées, mais elles quand elles se
changent en un desir mouvement vif, impetueux,
1 mot biffure, fixé et concentré sur un objet
comme cela arrive souvent, alors l'ame
sort de son assiete naturelle, elle eprou=
ve une agitation violente, un transport
qui ramene et fixe toutes ses puissances
sur ce même objet, et leur font deploier
a son egard toute leur activité energie avec
chaleur et continuité et 1 mot biffure une
chaleur dont la vehemence s'annonce
même par une emotion violente dans
le sang, les esprits animaux et les orga=
nes du corps, d'ou naissent meme enfindes
sensations incommodes qui ne cessent
qu'après l'effervescence. Tels sont
les mouvemens impetueux qu'on a
appellé passions .
<24> ailleurs nous montrerons que ces pas=
sions qui peuvent quelques fois rendre de
grands services a l'homme pour soutenir
son activité, lui sont le plus souvent funestes
parce qu'elles portent le trouble dans l'ame,
la confusion dans les idées, l'egarement dans
le coeur, qu'elles maitrisent même et
souvent etouffent les divers penchans
naturels, ou entrainent l'homme fort
au dela de leur destination:
Ces mêmes passions deviennent plus
dangereuses lorsqu'elles s'enracinent
par l'habitude; voies 3 mots biffure. Anthropo=
4 mots biffure
logie S. 1. ch. XIV
Toutes les passions sont soutenues par
une cause impulsive d'une influence
universelle sur tous les hommes, quoique
infiniment variée dans ses effets, je veux
parler du Temperamment, qui en vertu
des Loix Physiques de l'union des deux
substances, agit si puissamment sur
l'Intellectuel et le moral, sur les opinions
comme sur les penchans. voies Anthrop
S. 1.
<24v> [page vierge]
<25> Chapitre VIII.
De la necessité ou est l'homme, par sa constitu=
tion, de suivre l'impulsion des penchans et des
mouvemens naturels.
Le principe1 mot biffure a laquelle l'homme seroit est appellé
par leur constitution a obeir le plus souvent
dans 1 mot biffure ses determinations 1 mot biffure l'impulsion de
la sensibilité et de 1 mot biffureses penchans naturels.=
Pretendre 2 mots biffure qu'il 1 mot biffure doive
sans cesse se 1 mot biffure contre cette impulsion per
petuelle, 4 mots biffure
de son intelligence, 2 mots biffure de lui par
Refutation de ceux=
qui veulent que l'hom
me soit appellé a se=
roidir sans cesse contre
l'impulsion de sa sensi
bilite pour ne suivre=
que les jugemens refle
chis de son intelligence
NECESSITE DE SUI=
VRE L'IMPULSION
DE LA SENSIBILI=
TE.
Pretendre que l'hom=
me doive sans cesse
se roidir contre l'im=
pulsion de ses pen=
chans naturels pour
ne suivre que les
jugemens reflechis
et distincts de son
intelligence, ce seroit
exiger de lui que par
ce qu'il est intelligent, il cesse d'être sensible,
et qu'il se fit a lui même une violence con=
tinuelle, et pouquoi? pour detruire en soi
le ressort d'activité le plus puissant et le plus
promt, le plus utile dès la même a sa pro=
pre conservation 1 mot biffure sans cesse menacée
par les dangers; ce seroit enfin prendre vouloir
qu'en toute occasion, et lors même qu'il est
menacé d'un mal soudain et pressant, il
attendit, pour deploier ses forces, et les 1 mot biffure
le resultat d'un examen lent et froid
qui le livreroit 1 mot biffure immanquablement au mal
pret a fondre sur lui: aucune quelle pretention
plus contraire a la nature et la destination de l'homme?
et des la même plus absurde.
Si de plus on considere qu'une portion très
considerable de la vie s'ecoule sans que l'hom=
me puisse avoir d'autre 1 mot biffure et d'autre mobi=
le que l'impulsion de sa sensibilité, dont 1 mot biffure si l'on pense combien meme il
pendant tout ce temps la, il soit appellé
sans cesse a se decider 1 mot biffure contre
des objets, alors qu'il 3 mots biffure
3 mots biffure
s'ecoule de temps 1 mot biffure depuis que l'intellig=
ence commance a se develloper chès l'homme
<25v> jusques a ce qu'elle soit assès formée
pour juger sainement des objets, et devenir si l'on se rap=
1 mot biffure degre de son enfance
pelle enfin combien, lorsqu'il s'agit d'exer=
cer cette faculté pour examiner, compa=
rer, juger, la marche de ses operations est
tardive, 2 mots biffure combien de circonstances
doivent 2 mots biffure concourir pour la conduire a un
jugement sur, et combien peu même ce
jugement est propre a donner de la cha=
leur et de la promtitude a 1 mot biffure l'activité qu'il
doit faire naitre, en reunissant toutes ces reflexions, on com=
prendra aisement que si les hommes ne
pouvoient en aucun cas obeir a l'impulsion
de leur sensibilité 1 mot biffure de leurs penchans natu=
rels, ils seroient de toutes les creatures de ce
globe les plus infortunées, et j'oserois dire
même, les plus indolentes et les plus stupides,
parce que leur intelligence elle même,
faute de ressort d'activité, resteroit sans
exercice ni develloppement.
Necessite qu'il est de=
suivre l'impulsion de
ses penchans naturels
jusques a ce que l'expe
rience et la reflexion=
aient pu l'amener
a quelque autre princi
pe de conduite plus lu=
mineux, et avanta=
ges qui lui reviennent
de l'obeissance a cette
impulsion.
Disons donc plutot que les penchans natu=
rels dont l'homme porte le germe precieux dans son coeur 1 mot biffure
sa puissance, et qui se develloppent aus d'eux
mêmes 1 mot biffure chès lui, avant 1 mot biffure de prendre souvent sont un principe d'activité
de 2 mots biffure,de con=
duite auquel les hommes il ne peutvent se
dispenser ni même se deffendre d'obeir, jus=
ques a ce que l'experience et la reflexion
aient pu 1 mot biffure l'amener a quelque autre principe
plus lumineux et instructif sur la nature
des objets et les consequences de leurs ses diverses actions.
Il n'est pas moins certain que ce princi=
pe de conduite tout 1 mot biffure qu'il soit est infiniment
utile a l'homme, puisque c'est sa sensibilité
et ses penchans naturels, qui lui rendent
interessans les objets dont il est environné
sur cette terre, qui l'excitent a en prendre
connoissance, et a 1 mot biffure observer leurs influ=
ences par rapport a lui, et a reflechir sur
ce qu'ils peuvent avoir de salutaire ou de
nuisible: c'est la d'ailleurs un ressort energique
<26> pour le decider promtement, quand il
le faut, pour ou contre ces objets, et reveiller
vivement son activité, en lui donnant cette
chaleur, cette vigueur, si essentielle en nom=
bre de cas a sa conservation et a sa 1 mot biffure sureté
dans le peril; c'est un mobile enfin
qui agit immediatement sur son coeur
pour le mouvoir et le flechir tout au=
trement puissant que celui du raisonne=
ment, toujours lent et froid dans son
influence comme dans ses procedés.
ET DE SES PENCHANS ANIMAUX.
Soit par rapport
C'est ce qu'on peut dire
des 1 mot biffure penchans
ou appetits naturels.
Telle est donc la Loi constante de l'espece
humaine que tous les individus obeissent,
et doivent tous obeir, a la voix imperieuse
des divers penchans communs a toutes
les especes animales, des appetits liés a
des besoins dont la satisfaction est indis=
pensable pour la conservation de l'indi=
vidu et de l'espece, et a des objets de qui
peut dependre le bien etre general et
particulier: ressort qui est d'ailleurs
aussi necessaire que puissant pour sou=
tenir l'activité humaine acdevellopper
les facultés de l'homme et hater ses
progrès vers la perfection. Qui ignore
que c'est la en effet ce qui arrache les hommes
aux bras de l'indolence, pour les ap=
pliquer au travail, que c'est ce qui les
a retirés de la vie sauvage et errante
pour les amener pour a la vie civilisée,
par l'industrie, la culture des arts et
sa police W, qu'enfin sans ce ressort,
l'homme fut demeuré le plus triste des
Etres, 1 mot biffure que sa race fait seroit meme 1 mot biffure
de puis longtemps aneantie.
<26v> ET DE SES PENCHANS RATIONELS ET MIXTES
Soit des penchans
rationels et mixtes
Il est sans doute et bien autant et plus en=
cor conforme au bien voeu de la nature, que
les hommes obeissent a la voix douce et pres=
sante de tous ces penchans rationels et mix=
tes que nous avons exposés, puisque c'est
par cette obeissance seule qu'ils peuvent
sortir des limites de la vie animale, prendre
le gout du beau et de la perfection, et de=
venir de vrais Etres sociaux, pourvus
de toutes les qualites necessaires pour vivre
en communauté, et concourir au bien
public.
ET DES PASSIONS
Soit des penchans=
transformes en
passions vives et
fortes qui dans nom
bre de cas 1 mot biffure de=
la plus grande uti
lité a l'espece humaine
Telle est même la nature de l'homme et sa
position qu'il est impossible, dans nom=
bre de cas, que ces penchans, quoique tran=
quilles, dans de leur nature, ne se changent
en passions vives et fortes, et qu'il ne
retire de ces mouvemens, quoique violens,
de très grands avantages. De la nait
en effet le ressort le plus actif et le plus promt, sans
pour devellopper ses forces avec celerité,
avec energie, et même avec constance, ce qui dans
tous les cas ou 2 mots biffure une infinite de conjonctures, est absolument necessaire pour
reussir dans ses vues.
<27> Ce que le vent est au pilote, le cheval au
cavalier, les passions le sont a l'homme,
pour le conduire avec plus de facilité, par
le plus court chemin et en moins de temps,
a son but. Quel avantage ne revient il pas a
la societé lorsque l'empressement du citoïen a
a la servir s'exhalte jusques a l'enthousiasme
lorsque le desir de l'honneur devient une
passion pour la vraie gloire, inseparable
de la grandeur d'ame. Quoi de plus utile
a l'espece humaine en general que toutes
les passions genereuses et bienfaisantes
lors mêmes qu'elles agitent l'ame jusques
au transport? et celles mêmes qui sem=
blent moins nobles, par ce qu'elles sont in=
teressées, de quelle utilité ne peuvent elles
pas etre en nombre de cas pour avancer
nos interets en meme temps et ceux d'autrui, par la liai=
son, qu'ils ont tres le plus souvent avec les nô=
tres: combien de fois un accès de colere
survenu a propos n'a t'il pas sauvé la
vie de la personne irritée ou celle de
quelque autre. Quand le 2 mots biffure ressort
et l'objet de la passion sont legitimes louables
et sont 1 mot biffure a 3 mots biffure que ses effets sont de la plus grande
utilité que peut il y avoir dans la passion
même de condanable et de contraire
a l'ordre moral?
2o ET DU TEMPERAMMENT
Soit enfin de l'influ=
ence meme du tem=
peramment
Il n'est pas jusques au temperamment
qui ne puisse servir utilement l'hom=
me pour l'eloigner de certaines actions
nuisibles et le porter a des actions bonnes
et avantageuses a lui ou a ses sembla=
bles. N'est ce pas un grand avantage
pour le sanguin d'etre bon et humain
par temperamment, pour le bilieux
d'etre ardent dans ses entreprises, pour
le melancholique d'etre moins emporté
et plus de sens froid, &c.
<27v> ET DES HABITUDES
Soit enfin de la force
des habitudes
1. Appellé encor a reiterer souvent les mêmes
actions pour sa conservation et son bien etre,
il n'est pas moins avantageux pour l'homme
d'etre guidé par des penchans qui se soient
tournés ches lui en habitudes, puisque celles
ci lui rendent aisées et sans embaras des
fonctions indispensables, qui sans cela pou=
roient a la fin lui devenir onereuses,
puisqu'elles facilitent en general le devel=
lopement de ses forces et soutiennent son
activité, surtout, dans nombre d'operations
compliquées et journalieres, qui sans la
ressource de l'habitude, seroient pour l'hom=
me d'une très grande difficulté et consu=
meroient tout son temps.
<28> Chapitre IX
Inconveniens qu'il y auroit cependant pour l'hom=
me a suivre aveuglement l'impulsion de tous ses pen=
chans et mouvemens naturels; necessité de quelque d'un
1 mot biffure principe de direction lumineux precis
et sur.
L'impulsion de la sensi=
bilité et des penchans=
naturels 2 mots biffure
principe de determina
tion 1 mot biffure et aveugle,
qui passer 1 paragraphe biffure
INSUFFISANCE OU
L'IMPULSION DE LA
SENSIBILITE POUR
LA DIRECTION MO=
RALE DE L'HOMME
Quoiqu'il y ait eu des gens asses bisarres ou
libertins pour soutenir que l'homme est ap=
pellé a suivre aussi invariablement 1 mot biffure l'impulsion
de sa sensibilité et de ses penchans naturels,
que les animaux a obeir aux Loix de leur
instinct, il n'en est pas moins vrai certain que les
hommes ont generalement regardé cette impulsion
comme un principe de direction insuffisant
pour une creature Intelligente, et qu'ils ont
cru que, quoique l'homme soit naturellement
disposé a lui obeir, il ne doit cependant
pas ceder a 2 mots biffure ce ressort moral en toute occasion,
absolument et sans reserve.
Jamais ils n'ont pu se dissimuler que cette
impulsion n'est qu'un principe de determi=
nation confus et aveugle, un mouvement
decidé uniquement par les Sensations ou
les images idées confuses de l'imagination,
qui peint peignent a l'homme les objets sous des cou=
leurs seduisantes ou rebutantes, uniquement d'après
des apparences exterieures, et et qui le dispo=
sent a rechercher ces objets ou a les fuir,
sur les plus legeres impressions de plaisir
ou de douleur qu'il en reçoit.
Ils ont toujours senti dès la même qu'une
pareille impulsion ne produisant aucune
lumiere qui puisse eclairer l'homme sur la
valeur reelle des objets, et le mettre a portée
d'en faire un juste discernement, il ne sauroit
lui obeir indistinctement, et dans tous les
cas, sans s'exposer au risque de confondre
perpetuellement les apparences avec la reali=
té, et de tomber dans mille meprises, au
grand prejudice de ses vrais interets, et
d'autant plus dangereuses que l'impulsion
est plus vive et plus pressante.
<28v> Et comment encor n'auroient pas ils pas com=
pris que se proposant toujours un but, une fin, ils
ne pourroient tirer de cette impulsion aveu=
gle aucune connoissance des vrais moiens, sans
lesquels il leur seroit impossible d'y atteindre; d'arriver a cette fin
6 lignes biffure
par une marche sure
et bien ordonnée;
Qu'enfin cette impulsion n'aient en elle
même aucune mesure qui puisse la conte=
nir dans de justes bornes, et en prevenir les
excès, en regler les justes influences, dans
nombre de cas, ou il seroit infiniment
important a l'homme, lorsqu'il cede a
son efficace, d'avoir une regle qui lui
marque le moment et le point fixe ou
il doit s'arreter, pour eviter tout danger
auquel sa precipitation, et l'emporte=
ment pourroient l'exposer.
INCONVENIENS QU'IL Y A POUR L'HOMME
A SE LIVRER. INTEMPERANCE.
De tout temps on a=
compris les
inconveniens qui
resultent pour l'hom
me de se livrer sans=
retenue a l'impulsion
des appetits naturels
dans l'exercice des
fonctions animales
ou dans la jouissan=
ce des plaisirs sen
suels: excès qu'on=
a appelé intem
perence, sensualité
Ainsi de tout temps les hommes auront
appris par l'experience qu'ils ne pouvoient
s'abandonner sans retenue a l'impulsion de
l'appetit dans l'exercice des fonctions ani=
males, sans nuire essentiellement a leur
conservation et a leur Santé. Tel est
le malheur propre a l'homme, que quoi
qu'il peut ce dut toujours etre averti toujours du
moment ou il doit cesser de jouir par 1 mot biffure
le degout qui suitvent ordinaire=
ment la jouissance prolongée au dela
du besoin, 1 mot biffure il ne lui arrive neammoins
que trop souvent frequemment de ne faire aucune de passer
attention a cet aspect 1 mot biffure
fort au dela des bornes de l'appetit naturel
en se livrant a une sorte d'appetit factice
que l'habitude a formé chès lui, et qu'il
s'est accoutumé a confondre avec le
premier, veut il 1 mot biffure se livrer a
<29> cet appetit qu'il prend pour impulsion
de la nature, veut il prolonger la jouis=
sance lorsque celle ci demanderoit qu'il y
mit fin, il ne tardera pas a s'appercevoir
par les suites cruelles de ses excès, que ce
qu'il prenoit pour jouissance n'etoit qu'une
atteinte donnée au pouvoir de jouir, et
que ce ou il cherchoit le plaisir et la vie
n'a abouti qu'a le plonger dans l'abru=
tissement et le rapprocher de la mort.
Tant d'experiences funestes l'ont enfin
eclairé sur les maux inseparables de l'in=
temperance ou sensualité, cette ardeur
devorante des plaisirs des sens qui le porte
a les rechercher et a en jouir avec excès,
et sans garder de mesure; passion qui
ravale l'homme au rang des brutes;
passion avilissante, qui le porte aux moiens
les plus bas et aux expediens les plus injus=
tes pour la satisfaire; passion infiniment
funeste par ses suites, soit parrapport a
son corps, dont les excès usent les ressorts,
abregent les jours, ruinent la santé et
deviennent une sorte de maladie incura=
ble, que rien ne sauroit ni soulager ni
divertir, soit parrapport a son ame, dont
cette passion emousse entierement le coura=
ge, la vigueur, l'activité, l'intelligence elle
même, et degrade entierement la dignité
en la rendant incapable d'aucun effort
genereux lorsqu'il s'agit de contenir
ses mouvemens dereglés et de se comman=
der a elle même.
AVARICE PRODIGALITE.
Il n'a pas été plus difficile aux hommes
de comprendre que ces leur penchant a
eviter tout ce qui nuit a leur conservation et
leur bien etre, devient pour eux un très grand
mal, lorsqu'il degenere en sollicitude extre=
me et continuelle sur leur situation, qui
<29v> les rend en quelque sorte esclaves d'eux
memes et de tout ce qui les environne, qui
leur ote même souvent en tout ou en partie
la sensibilité innocente aux attraits des
plaisirs reels et legitimes, qui ne leur laisse
enfin ni le repos ni le loisir necessaires pour
jouir et leur fait passer une vie toute semée
d'amertumes; ce qui est la autant de suites des fausses
idées qu'ils se sont formées sur l'importance
des divers objets exterieurs parrapport a leur
bien etre, et en particulier des biens de la for=
tune, dont ils ont conçu une si haute opi=
nion, qu'elle etouffe ches eux tout autre voix
que celle d'un sordide interet, et tout autre
ressort que celui de l'ardeur insatiable avec
laquelle ils recherchent ces biens pour
les accumuler sans aucune necessité.
Il est encor comme impossible que les hom=
mes n'aient pas saisi dans tout les temps
combien cette passion, qu'on appelle l'avari=
ce est avilissante en elle même et par ses
suites; en elle même, puisquelle concentre
les pensées, les desirs, l'activité de l'homme dans
la bassesse de l'interet particulier et d'un
interet qui n'a rien de commun avec le
merite personel, seul veritablement estima=
ble; par ses suites, puisqu'il n'y a rien de si
meprisable et de si injuste auquel elle
ne puisse entrainer pour etre satisfaite
et quelle etouffe naturellement toutes les affec=
tions sympathiques et les germes precis
de la sociabilité.
<30> en un mot, cette passion qui caracterise
les ames avilies puisqu'elle comporte toutes
les pensées de l'homme, ses desirs et son
activité dans la bassesse de l'interet parti=
culier et d'un interet qui n'a aucun rap=
port avec le merite personel qui seul
peut le relever
A coté de l'avarice qui se consume en
efforts pour amasser les biens de la fortune,
se trouve placée très souvent la prodiga=
lité , qui se plait a les dissiper en depenses
superflues de faste et de luxe, qui ne
procurent aucun avantage ni a la soci=
eté ni aux particuliers ou en depenses
d'excès de debauches et de libertinage
qui 1 mot biffure consument de grands revenus, et font
la perte entiere de celui qui les applique
si mal.
EGOISME, OU AMOUR PROPRE PERSONEL.
l1 mot biffure de la=
passion née de la
sensibilité, de l'avari
ce, de la prodigalité,=
qu'on appelle l'egois
me ou l'amour propre
personel et exclusifs
De lamour sensualité, a et l'avarice et la, nait une passion connue
prodigalité
sous un nom devenu generalement très
odieux, je veux parler de l'egoisme, cad.
un amour propre de soi même degeneré
en amour propre personel et 1 mot biffure exclusif, par
lequel l'homme qui concentre toute son activité sur son pro
affection et son activité sur son propre
individu, a l'exclusion de tout autre qu'il
1 mot biffure devroit aussi aimer 2 lignes biffure
excès passioné 2 mots biffure
l'humanité qui degrade l'homme qui le depouille de tout
sentiment social 3 lignes biffure, et qui
se rendant maitre de son ame, le livre
entierement au caprice de ses opinions
et de ses passions, le porte a la recherche
de toutes sortes d'objets reellement nuisibles
et le font agir l'homme en quelque sorte
<30v> en ennemi de soi même et de ses vrais inte=
rets. L'appanage ordinaire de l'egoisme
c'est la sensualité, l'avarice, l'orgueil;
dans la prosperité, la securité, l'air de
triomphe, l'insolence; dans les revers,
la sollicitude devorante, la terreur et
le desespoir: partout le bas interet qui
est inseparable de toutes les passions deréglées, de
l'orgueil comme la 1 mot biffure comme la sensuali=
te, de la prodigalité même, tout comme
de l'avarice, puisque tous ceux qui sont
possedés de ces passions suivent exclusi=
vement eux mêmes et rapportent tout a eux.
ORGEUIL, VANITE, AMIBTION
Il en de meme de
la passion 1 mot biffure de
l'egoisme, qu'on appelle
tantot l'orgueil
1 mot biffure Un des principaux effets de
cet amour propre personel 2 mots biffure
1 ligne biffure, c'est l'orgueil ou une opinion
2 mots biffure
excessive de son propre merite qui porte
l'homme a faire sans cesse des parallelles
de lui même avec les autres pour se donner
tout l'avantage de la comparaison, a
s'arroger et affecter une haute superi=
orité sur eux, et dès la même a former
toutes sortes de pretentions, comme s'ils
etoient tenu a faire pour lui au dela
de ce qu'il croit etre tenu de faire a leur
egard; enfin même a les deprimer, les
regarder d'un oeuil de dedain, les traiter
avec mepris et insolence, comme s'il
oublioit encore meme tout ce qu'il est et
tout ce que sont ses semblables.
Souvent aussi ce même orgueil porte
l'homme a mettre a un beaucoup trop
haut prix l'opinion d'autrui comme si
la louange etoit pour lui le premier de
tous les biens, l'amour de l'estime et de
l'honneur degenere chès lui en une forte
vanite qui cherche a captiver les suffrages
par toutes sortes de voies, et qui des la se
plaid a etaler au dehors avec ostentation
tout ce qu'il croit propre a eblouir
talens, figure, fortune, faste, tout
jusques a ses aventures, est mis en
<31> oeuvre pour surprendre l'admiration et
les eloges, comme si c'etoient des avantages
d'un grand prix, lorsqu'ils sont prodigués
sans aucun titre reel et pour des choses
qui ne meritent en soi aucune louange.
Tel est en effet le propre de la vanité qu'elle
semble oter toute force, lorsqu'il s'agit de faire
quelque chose de bon et d'utile, surtout si c'est 2 mots biffure
dans le genre commun, 3 mots biffure
peu imposant par ses dehors, d'ou 3 lignes biffure il n'y ait
pas d'applaudissement a attendre; et qu'il
faut 5 mots biffure
lors meme que
l'homme vain fait
quelque chose pour la
societé, ce n'est qu'autant
qu'il est mu par le ressort
de l'opinion publique,
jamais rien ne proce=
doit chès lui d'un amour
reel pur et genereux
pour ses semblables qui
dont il envisage les interets comme de=
vant toujours etre
rapportes subordonnes aux siens.
Tantot 1 mot biffure
ambition
Souvent enfin le vain orgueil convertit 2 lignes biffure
l'amour de l'estime
en ambition qui fait rechercher avec un
empressement demesuré des distinctions
qui n'ont rien de commun avec le vrai me=
rite, et qui n'aboutissent qu'au credit, au pou=
voir, a la domination sur les autres 1 mot biffure de
dignités qui n'ont qu'un vain eclat, lors
qu'on n'est pas fait pour les en soutenir
le poids
1 ligne biffure
et qu'on les exerce d'une maniere aussi
funeste pour la societé que honteuse
pour soi même.
Il y a sans doute une
noble fierté qui
caracterise une gran=
de ame grande, cou=
rageuse et penetrée
de mepris pour tout
ce qui est veritable=
ment meprisable.
Mais l'orgueil qui
ne derive que de l'amour propre per=
sonel, par la même
qu'il etouffe les germes
de la sociabilité est
tout ce qu'il y de plus
avilissant pour l'hom=
me.
Tel est l'orgueil 1 mot biffure odieux 1 mot biffure
1 mot biffure mais qu'il ne faut pas confondre avec
ce qu'on appelle la noble fierté de l'ame
qui ne suppose que grandeur
<31v> courage, mepris pour tout ce qui est
veritablement meprisable.
HAINE, JALOUSIE, ENVIE, RIVALITE
3 lignes biffure
Le noble penchant de l'emulation se porte
aussi souvent a un tel degré de violence, qu'il
ne permet pas a l'homme d'etre jamais content
du point ou il est parvenu en fait d'avan=
tages ou de progrés, pendant que d'autres
l'emportent sur lui, ou peuvent lui dis=
puter la superiorité, a laquelle il aspire
plutot qu'a la perfection reelle. Dans ce
cas, sa passion va jusques a lui inspirer
des sentimens de haine pour ceux qui
partagent la consideration avec lui, un
depit secret qui l'eloigne de leur commerce
pour rechercher de preference celui des
personnes qui ne lui disputent pas la
superiorité, une indigne jalousie qui ne
lui laisse jouir avec quelque plaisir de
ses avantages qu'autant qu'il peut se
flatter d'en jouir seul, et exclusivement
ou la cruelle envie qui fait qu'il ne peut
se consoler de la privation de certains
avantages que par l'idée d'en voir les au=
tres privés comme lui, qu'il s'afflige de
tout le bonheur qui leur arrive, et ne
souhaite rien autant que de les en voir
decheoir, pour etre rabaissés jusques
a son niveau.
Lorsque Souvent la passion se borne 3 mots biffure
3 lignes biffure a l'esprit de rivalité
funeste je veux dire
qui sur des objets qui n'interessent point
le merite personnel, un acharnement
de concurrence , relativement a la
poursuite de certains avantages exte=
rieurs, tels que les richesses, les dignités, la
renommée, parrapport auxquels on sou=
haite avec ardeur, de l'emporter sur les
autres. Le genre d'emulation ne sauroit
gueres produire, de bons effets parmi les
<32> hommes pour les exciter aux belles et gran=
des actions ni pour avancer leurs progrés
dans la carriere de la perfection, unique=
ment bornée dans ses 1 mot biffure a reveiller
leur activité pour tout ce qui n'a que du
brillant, elle n'aboutit qu'a ouvrir
des sources continuelles de haine, de jalou=
sie, de discorde, et d'y empecher d'etre ja=
mais contens de leur sort. Les rivaux
ne sont ils pas en effet toujours ennemis
entr'eux? indulgens envers ceux qui recon=
noissent leur superiorité, ils sont sans
quartier a l'egard de ceux qui la leur
disputent, et ne peuvent souffrir aucune
concurrence 1 mot biffure
LE RESSENTIMENT, LA VENGEANCE
C'est enfin un bien grand mal quand
le penchant naturel de l'homme a repous=
ser toute attaque degenere en ressenti=
ment contre l'agresseur, qui fait qu'au
lieu de s'en tenir aux voies de fait que
sa propre sureté exige, il prend un vif
plaisir a le faire ou a le voir souffrir,
qu'il se montre beaucoup moins sensi=
ble au mal qu'il en a reçu ou qu'il en
a craindre, qu'au chagrin de ne
pouvoir lui en faire a son tour qu'en=
fin, au lieu de s'en tenir aux premiers
mouvemens de colere , il se plait a
nourrir en son coeur des desirs et des
desseins de vengeance , et a se livrer
a une intention decidée et fixe de lui
rendre le mal pour le mal, en saisissant
avec 1 mot biffure la premiere occasion favorable de
lui porter un coup assuré a sa 1 mot biffure
2 lignes biffure
fortune, ou a lui oter sa vie.
<32v> DANGERS DE TOUTES LES PASSIONS
IMMODEREES
7 lignes biffure
14 lignes biffure
Ainsi de tout temps
l'experience a du appren=
dre aux hommes
qu'ils ne sauroient
se livrer sans retenue
a leurs penchans na=
turels sans se priver
des plaisirs attachés
a leur satisfaction,
et s'exposer a une in=
finite de maux. Des passions immoderées violentes ne s'ap=
paisent que pour le moment, la satis=
faction passagere, loin d'en ralentir le
feu, ne fait que l'irriter, et l'ame se
voit livrée de plus en plus a l'agitation
et au trouble: bientot elle se 2 mots biffure trouve elle
meme en 1 mot écriture hors des bornes de la moderation
cad. la la proportion qu'elle devroit tou=
jours mettre entre la valeur des objets
et son activité pour les rechercher.
En general De tout temps on a compris 3 mots biffure aussi
que pendant que les penchans natu=
rels de l'homme demeurent dans certaines
bornes, ils ne se trouvent jamais en conflit
dans son coeur; qu'il peut toujours suivre
l'un sans faire aucune violence a l'autre,
que quand les circonstances ne lui permet=
tent pas de donner cours a quelqu'un 1 mot écriture
dans tel ou tel cas, cette privation n'est
point pour lui une source de deplaisir ni; parce qu'il sent qu'en tout cela
de troubles
il n'est point en contradiction avec sa na=
ture ni avec l'ordre etabli.
Mais du moment que 2 lignes biffure
l'homme se livre a
<33> quelqu'un 1 mot biffure de ces penchans naturels
sans retenue, l'equilibre etabli par la nature
est bientot rompu et que son ame devient
le theatre de 1 mot biffure mouvemens impetueux qui se
2 lignes biffure disputent la victoire. Ainsi
l'avarice voudroit tout garder et retenir
a soi, la sensualité voudroit tout dissiper,
l'orgueil tout sacrifier, &c. et ce combat
entre les passions dure jusques a ce qu'enfin la plus forte
triomphe des autres. 2 mots biffure Les
affections mêmes passions nobles et genereuses ne
sont pas meme a l'abri de ce combat; ainsi l'ami=
tié tendre nous retient puissamment a la
vie, tandis que le patriotisme nous dispose=
roit a en faire le sacrifice sans regret;
la tendresse paternelle est extreme dans
ses empressemens lorsqu'il s'agit de conser=
ver les jours de ses nos enfans, tandis que
l'envie de les pousser dans le monde fait
que nous les livrons a mille dangers
pour tenter la fortune, 2 lignes biffure &c.
De tout cela, on a deu conclure aussi
combien il est funeste a l'homme de se
voir livré a de tels conflicts et de devenir
a la fin le jouet de quelque passion do=
minante, qui etouffe ses autres penchans
naturels, qui l'enchaine, le maitrise, et
le precipite dans mille egaremens d'ou
il ne resulte pour lui que misere, et pour
la societé que trouble et discorde 2 lignes biffure
entre les
divers individus.
Tout cela a du faire
sentir la necessité indis=
pensable de 1 mot biffure
les 1 mot biffure cas des
passions a 1 mot biffure les
influences des 1 mot biffure
et du Temperament
Enfin comment auroit on pu meconnoi=
tre la necessité ou est l'homme de contenir
ses penchans pour ne pas leur laisser pren=
dre trop d'essort, et de les arreter quand il le
faut, pour empecher que les affections
<33v> interessées degenerent en passions violentes
n'etouffent les affections genereuses et les
penchans les plus doux, et les plus propres; pour reprimer de
au bonheur de l'esprit
bonne heure la fougue des passions qui
s'elevent dans le son coeur pour s'en rendre et ne le laisser maitriser
2 mots biffure
par aucune, pour en general les diriger tous ses
penchans de l'homme mouvemens vers des objets con=
venables a sa nature, et a sa destination, Et
7 lignes biffure
du moins
au pour ne se livrer
a l'impulsion des
uns plutot qu'a celle
des autres, que selon
que cela est expediens
au but qu'on se
propose ou aux
a raison des cir=
constances.
DES HABITUDES
Pour ce qui regarde les habitudes, l'ex=
perience n'aura n'a pas manqué non plus d'ap=
prendre aux hommes combien elles peuvent
leur devenir funestes, lorsqu'elles sont 1 mot biffure
parvenues a ce point d'empire force et d'empire
que l'homme se trouve dans l'impuissan=
ce de resister a leur impulsion. Car dans
ce cas l'habitude peut mettre un obstacle
invincible au develloppement de ses
forces, le faire echouer malgre lui dans
ses vues utiles, ou l'entrainer dans des
ecarts extremement prejudiciables. Le
pouvoir de l'habitude, il est vrai, est
rarement invincible, mais il a plus ou
moins de force, selon que l'habitude est
plus ou moins inveterée selon le degré
de la passion qui la fait naitre ou
qui la soutient, selon l'affluence plus
ou moins grande des Esprits animaux
<34> vers certains organes, qui par la ont
pris un pli, une tendance et se trouvent
comme physiquement sollicitées a cer=
tains actes.
Le meme appercu aura fait connoi=
tre aussi combien il importe a l'homme
d'apprendre a distinguer les habitudes
qui peuvent lui devenir utiles de celles
qui sont presque ordinairement nuisi=
bles , a prevenir celles ci de bonne heure,
ou a les deraciner si elles sont deja four=
nies, pour ne se livrer qu'aux premieres
qui peuvent lui fournir des moiens
reels d'avancer sa perfection et son
bonheur.
DE L'IMPULSION DU TEMPERAMMENT
Pour peu que les hommes aient refle=
chi a l'influence du Temperamment,
ils auront vu aussi, que si elle peut deve=
nir avantageuse a l'homme en cer=
taines occasions, elle peut etre aussi tres per=
nicieuse dans une infinité d'autres; que
rien ne peut etre plus funeste a l'hom=
me que de se livrer sans retenue a
l'impulsion de son temperamment
non seulement par ce que cette impul=
sion est aveugle, et ne peut l'eclairer
l'homme sur la valeur des objets et le
degré d'empressement qu'ils meritent, mais
encor parce que cette impulsion peut
se trouver, comme cela arrive le plus
souvent, associée et confondue avec
celle de quelque passion violente, a laquelle
<34v> il importe a l'homme d'opposer une resis=
tance vigoureuse.
A quelle consequence les instructions dont
l'experience dont nous venons de
<35> CONSEQUENCE GENERALE, NECES=
SITE D'UN PRINCIPE DE DIRECTION
LUMINEUX, PRECIS ET SUR.
CONSEQUENCE GENERALE
La consequence generale
a laquelle tous ces faits
ont du naturellement
amener les hommes
c'est que l'impulsion des
penchans est en prin=
cipe de 2 mots biffure
1 mot biffure auquelles ne peu=
vent abandonner aveu=
glement sans le plus
grand 1 mot biffure que
n'en des la 1 mot biffure
necessaire pour 1 mot biffure
que d'aller a la recher=
che de quelque princi=
pe mineurs 1 mot biffure
1 ligne biffure
servir de 1 mot biffure au
1 mot biffure et ramener
une 2 mots biffure
1 mot biffure les affections
a l'ordre moral.
A quelle consequence generale les instruc=
tions de l'experience que nous venons d'ex=
poser ont elles du amener les hommes
dans tous les temps a reconnoitre que
l'homme ne sauroit tirer de ces penchans
naturels auxquels il est invité par sa, aucune lumiere claire,
nature a obeir
precise et sure sur la valeur ces objets,
leur rapports avec ses vrais interets,et
4 mots biffure la necessité
ou il est de les rechercher ou de les fuir
comme salutaires ou nuisibles, qu'il
ne sauroit par consequent s'abandonner
aveuglement a la merci de ses penchans
sans courir le risque de tomber dans de les voir
les egaremens les plus funestes et 4 mots biffure
degenerer 1 mot biffure en passions
fougueuses qui l'entrainent dans toutes
sortes de desordres, de troubles et de
miseres sans fin; qu'il n'y a dès la
même rien de plus necessaire et de plus
indispensable pour lui que 3 mots biffure
<35v> de s'assurer de quelque principe de direction
lumineux, precis et sur, qui toujours a
portée de sa consulte, lui serve de correc=
tif et une impulsion aveugle de ses penchans
en l'eclairant sur la juste valeur des objets
et dirigeant son choix d'une maniere
sage et prudente, qui le ramene tou=
jours a l'ordre moral, et regle sa condui=
te sur des obligations 1 mot biffure distinc=
tes resultant des rapports de ses actions
avec sa nature et de sa nature celle des
etres dont il est environné.
Mais pour rendre cela plus sensible il faut
1 mot biffure presenter l'espece humaine, non seulement
sous les points de vüe des traits par lesquels
tous les individus se ressemblent, mais
encor sous celui des traits qui les distin=
guent, et montrer que ce cahos de pen=
chans divers, de gouts, de passions, d'hab=
itudes, d'humeur et en general de tours
d'Esprit et de caractere qui semble tenir
de la bisarrerie, ont pu encor faire
sentir dans tous les temps la necessité
de quelque moien propre principe d'une influence
generale sur l'esprit et le coeur des
hommes, pour les ramener a une certaine
façon d'agir uniforme et reguliere
qui les rapproche tous, autant que
possible, du but general de leur exis=
tence et de leur destination.
<36> Chap. X.
Même necessité prouvée par la bisarrerie
qu'on observe dans les facultés, les opinions
et les gouts des individus.
VARIETES ENTRE LES HOMMES PAR RAPPORT
A LEURS FACULTES OU TALENS
A en croire certains Philosophes, les ames hu=
maines sont en tous poins semblables et les diffe=
rences Individuelles qu'on y observe ne tiennent
qu'a des causes exterieures, l'organisation,
le temperamment, les occasions plus ou moins
favorables pour acquerir et combiner les idées,
les opinions diverses dont ces ames peuvent
etre imbues par une suite de l'education, des
moeurs, de la religion, du gouvernement
des liaisons domestiques ou civiles.
A cette hypothese on peut opposer 1. l'experi=
ence qui nous montre des differences très con=
siderables entre des personnes qui paroissent
egalement bien organisées et qui sont ont été placées
dans des circonstances très semblables;
2. l'analogie de la nature qui nous offre chès
tous les Etres des gradations, des nuances, des
diversités, car il y en a chès les animaux;
pourquoi n'en existeroit il pas aussi entre
les ames humaines. Dieu ne se servit pas
plus a diversifier les traits de sa puissance
jusques dans les substances elles mêmes, et
n'auroit il pas mis autant de varietés en=
tre les ames qu'il en a mis entre les corps?
Mais en laissant meme cette question indecise
peut on nier que les hommes ne presentent des
varietés sans nombre parrapport a leur tour
d'Esprit, a la maniere dont ils se trompent
et celle dont ils donnent cours a leurs pen=
chans naturels.
LEUR TOUR D'ESPRIT
Quoi qu'il y ait chès tous les hommes une
raison commune, on ne peut douter qu'il
n'y ait des varietés a l'infini dans leur tour
d'Esprit, ou leur maniere de penser et de
<36v> deploier leur intelligence pour etudier la na=
ture et les qualités des objets, leurs rapports en=
treux et avec eux mêmes. Quelle varieté n'ob=
serve t'on point entr'eux a cet egard selon la
diversité de leur organisation, de leur educa=
tion, de leur position, et de tout ce qui peut
influer sur leur maniere de voir et de saisir les
objets, mais surtout selon leur habitude plus
ou moins grande d'observer ces objets et de reflechir
sur leurs observations, selon leurs efforts, plus
ou moins appliqués pour rendre leurs idées plus
distinctes, plus et completes, leurs jugemens plus
vrais et certains, leurs raisonnements plus justes
et en general selon leur attention a se precautioner
contre les illusions des sens, de l'imagination,
contre la force des prejugés, contre l'influence
des passions et des habitudes sur l'apprecia=
tion des objets biens et des maux.
LA MANIERE DONT ILS SE TROMPENT.
Cette grande diversité de tour d'Esprit se mani=
feste en effet surtout dans la maniere même
dont ils se trompent. Ils se trompent tantot
sur les objets sensibles, faute de soins pour evi=
ter les illusions qui naissent de l'usage même de
leurs sens, lorsqu'ils negligent de rectifier leur
temoignage; tantot sur les objets non sensibles,
lorsqu'ils permettent a l'imagination de meler
ses phantomes a leurs idées intellectuelles et
de les obscurcir; tantot sur les principes,
en admettant comme tels des prejugés d'edu=
cation ou d'autorité, qu'ils ont adopté sans exa=
men, ou par ce qu'ils flattoient leurs penchans
et que 1 mot biffure dans lesquels ils persistent par amour propre,
pour ne pas avouer leur erreur, ou dans la
crainte de decouvrir quelque verité desagre=
able; tantot sur les consequences, ce qui arri=
ve surtout lorsqu'il s'agit de suivre une
longue chaine dont il est si aisé de perdre
le fil, pour peu qu'il y ait de confusion
dans les idées, de desordre dans la marche
des operations, et que l'attention se relache.
Et comme les erreurs peuvent varier a l'in=
fini ainsi que les opinions, il doit resulter de la
<37> soit dans la maniere
meme dont ils se trom=
pent ou 1 mot biffure ils 1 mot biffure
mal.
une diversité prodi=
gieuse dans leur ma=
niere d'apprecier les
objets et de les qualifier
sous les noms de biens
et de maux, selon
qu'ils les jugent plus
ou moins favorables
a leurs besoins, leurs
commodités, leurs
agremens, a la satis=
faction de leurs pen=
chans et de leurs ap=
petis naturels.
ET LA MANIERE
DONT ILS DONNENT
COURS A LEURS
PENCHANS NATU=
RELS
Des varietes prece=
dentes naissent encor
des varietés inombra=
bles quant a la maniere
dont ils donnent cours
aux appetits penchans communs
a l'espece.
LA MANIERE MEME
DONT ILS SE TROM=
PENT
8 lignes biffure
3 mots biffure 1 marge biffure Tantot il se trompent
sur les objets sensibles faute de prendre les
precautions necessaires pour eviter les
illusions auxquelles l'usage même de leur
sens les conduit, s'ils n'ont pas soin de recti=
fier leur temoignage. Tantot ils se trom=
pent sur les objets non sensibles, pour ce
que leur imagination vient meler les
phantomes a leurs idées intellectuelles et
les obscurcisent. Tantot ils se trompent
sur les principes, en admettant pour
tels des prejugés d'education ou d'auto=
rité, adoptés dans leur jeunesse, sans
examen ou dans un age plus mur
parce qu'ils flattoient leurs penchans
favoris et ils persistent a retenir
4 mots biffure les opinions 1 mot biffure de leur amour propre
qui ne peut leur permettre d'avouer leur
erreurs, ou qui les eloigne de l'examen par
la crainte de decouvrir quelque verité
desagreable. Tantot enfin ils se trompent
sur les consequences, lorsqu'il s'agit de
les deduire dans une longue chaine
dont il est si aisé de perdre de fil, pour
peur qu'il y ait de confusion dans les
idées, de desordre dans leur marche
et que l'attention se relache. Et com=
me les erreurs peuvent varier a l'infini
ainsi que des opinions, il dut resulter de
la une diversité prodigieuse entre les
hommes dans leur maniere d'aprecier
les objets et de les qualifier sous les noms
de biens et de maux, selon qu'ils les
<37v> jugent plus ou moins favorables a leurs
besoins, leurs commodités, leurs agremens,
a la satisfaction de leurs appetits et de
leurs penchans naturels.
ET CELLE DONT ILS
DONNENT COURS A
LEURS PENCHANS
1 mot biffure
5 lignes biffure
Dela diversité dans Tous sont disposés
les tours d'Esprit, dans
la maniere de juger
et de se tromper, ainsi
que de la diversité de
position, de circons=
tances, 1 mot biffure
une foule inombra=
ble de varietés dans
la maniere dont ils
donnent le cours a leurs
penchans naturels
et leurs 1 mot biffure a toute
l'espece.
242 C'est ainsi que
naturellement a emploier des moiens et
des precautions pour se conserver, veiller
a leur sureté, leur defense. 1 mot biffure
mais quelle diversité n'y a t'il pas entr'eux
sur les idées qu'ils se forment des dangers,
des accidens de la vie, et sur le choix
des moiens et des precautions qu'ils
emploient pour la garantir. On n'a qu'a
se rappeller ici par exs la diversité qu'on
observe entre les nations sur les procedés
qu'elles emploient pour se deffendre ou
pour attaquer, sur les difference genres
de nourriture par 1 mot biffure auxquels elles donnent
la preference, les medicamens et les me=
thodes curatives dont elles font usage.
IXC
243 Tous ont un penchant naturel a
satisfaire a leurs besoins et a leurs ap=
petits ( ) animaux. Mais combien ne
different ils pas encor sur le genre et le
nombre des besoins qu'ils ont a satisfaire et plus encor sur
ce qui 1 mot biffure besoin pour l'un ne l'etant pas
pour l'autre; combien
les moiens qu'ils emploient et la manie=
re dont ils s'y prennent pour y pour=
voir? Les uns regardent comme be=
soin ce que d'autres appellent super=
fluité, l'une & les uns sont sans
une peine infinie pour cesse occupés a donner
a leur couverture une forme ele=
gante une apparence 1 mot biffure ; d'autres regardent
cela comme une absurdité et
une folie &c.
<38> 244 Tous ont un penchant naturel
a rechercher les commodités et les agre=
mens de la vie humaine ( ).
Mais qu'elle diversité dans ce qu'ils appel=
lent commodités et agremens, incommo=
dités et desagremens; les uns trouvent
commode et agreable, ce que d'autres trou=
vent incommode et desagreable; les
uns recherchent comme recreations ce
que d'autres fuient comme peine, ennui
et fatigue. Celui ci ne peut vivre sans
se livrer chaque jour a l'amusement
du jeu, celui la ne peut souffrir ce
genre de delassement, et fuit tous
lieux ou l'on s'en occupe.
5 lignes biffure
245 2 lignes biffure Tous donnent
place une affection particuliere, pen=
dant qu'ils n'ont que de l'eloignement
pour d'autres ( ).
la preference aux
objets qu'ils trouvent
plus assortis a ce
qu'ils regardent comme
un vrai bonheur dans
la vie. Mais quelle diversité
n'observe t'on point dans les objets particuliers
de leurs 5 mots biffure ou ils pretendent trouver ce bonheur,
selon les diverses impressions que ces objets
font sur eux; diversité qui nait en partie
de leur constitution physique, en partie
de l'education, en partie du tour d'Esprit
de l'opinion et du caractere moral; d'ou
vient que ce que les uns appellent bien
d'autres l'appellent mal, que les uns se
plaignent de ce dont les autres se conten=
tent et même se flattent, et qu'on voit une
si grande varieté entre les hommes par rap=
port aux ressorts particuliers qui deter=
minent leur volonté.
246 Ainsi les uns semblent placer leur
principale affection dans les objets qui
interessent leur conservation, leur santé
et leur bien etre Corporel. Sont ils par
leurs succés, dans un etat de prosperité
<38v> vous les voiés transportés d'une joie triom=
phante qui souvent produit l'insolence
ou une folle securité. Essuient ils des revers,
les voila livrés a une tristesse amere et aca=
blante, qui produit le mecontentement de
leur sort, des inquietudes rongeantes et de
sinistres frayeurs pour l'avenir.
5 lignes biffure
Tous ceux D'autres qui ne sont pas avilis par des
appetits brutaux, 2 lignes biffure
247 1 ligne biffure
tournent leur attention du côté des qualités per=
sonelles et de ce qu'ils envisagent comme fai=
sant la vraie perfection et le merite. Ils gou=
tent du plaisir a contempler ces 1 mot biffure qualites
en eux mêmes, et cette satisfaction interieu=
re est un ressort puissant d'activité pour
les exciter a de nouveaux progrés; 2 mots biffure
; mais souvent aussi elle les conduit a une
trop haute opinion d'eux memes, dont les
charmes les aveuglent sur leurs deffauts
qu'ils redoutent de voir parce que leur
vue, lorsqu'ils ne peuvent s'y derober, les
fait retomber humilie et les accable. 1 mot biffure
Aimant a se livrer plutot au spectacle
seduisant de leur merite, et au plaisir
des parallelles d'eux mêmes avec les autres
pour s'en donner tout l'avantage, cette
joie enyvrante n'aboutit qu'a les enfler,
a leur inspirer du gout pour la vaine
et fausse gloire et du mepris pour leurs semblables.
<39> Le penchant a tour=
ne son attention
sur les autres pour
louer ou pour blamer
2 mots biffure Il en est cependant qui sont plus disposés a porter
leur attention sur les autres. que sur euxPlusieurs aiment a y decouvrir
mêmes
de bonnes qualités; ils eprouvent a cette
vüe des mouvemens de joie accompagnés
d'estime et de respect pour ceux chès qui
ils 1 mot biffure demelent les traits du vrai merite;
ils eprouvent aussi a la vue de leurs deffauts
un sentiment de tristesse: mais souvent,
ils s'y livrent trop; a la tristesse succede
bientot l'amertume du blame et de la
censure; il s'y mele même de l'aigreur,
du dedain, du mepris, de l'indignation;
Mais Si leur humeur est plus douce,
plus disposée a la gaieté, les deffauts
des autres leur fournissent plutot des
sujets de raillerie et de plaisanterie.
Voila pourquoi Heraclite pleure pen=
dant que Democrite rit.
249 La vue des avantages d'autrui
produit aussi chès nous les hommes
divers sentimens selon leur qu'ils sont
diversement diposés envers leurs semblables. S'agit
il d'amis, la superiorité de ceux ci
fortifie l'estime qu'ils ont pour eux et aug=
mente la part qu'ils prennent a leurs
interets. Sont ce des ennemis, leur
superiorité et leurs succés, excitent leur
depit et leur envie. Est ce une per=
sonne pour qui ils n'ont que de l'indiffe=
rence, sa prosperité ne les touche ni
ne les affliche, tout au plus en sont
ils humiliés.
<39v> La sociabilité et les
vertues sympathiques
250 Il est aussi des ames genereuses
mais en petit nombre, qui semblent etre
occupées principalement des objets qui
interessent leurs semblables c.d. ou la
societé en general ou les individus
en particulier. Les hommes de ce carac=
tere sont très frequemment exposés a des
accès de tristesse profonde, melée même
d'indignation et de courroux, qui ont leur
source dans les malversations dont ils sont
les temoins; mais ils sont bien dedomagés
de ces sentimens peinibles par la joie vive
et pure, qu'ils eprouvent a la vue des actions
genereuses qui se font en faveur a du bien pu=
blic, par le sentiment d'affection vive dont
ils sont penetrés pour leurs semblables et l'a=
chement et la confiance que ceux ci
s'empressent a leur temoigner des que leur
caractere est bien connu. Mais cette grande
diversité des penchans.
Le gout du beau et
de la perfection
251 Les hommes ont tous generalement
du gout pour tout ce qui est beau et
parfait. ( ) Mais rien de plus
diversifié que leurs jugemens sur les
objets particuliers ou ils trouvent des traits
de beauté et de perfection dans le physique
et dans le moral. A peine Qu'ils n'ont même peuvent ils s'accorder sur ce
bien 1 mot biffure de eloigné de
qui constitue essentiellement la vraie perfection
morale de l'homme, sur ce qui doit en
consequence faire l'objet capital de leur
<40> soins et la regle constante de la louange
ou du blame parrapport aux actions et
aux personnes. N'observe t'on pas meme entr'eux
a cet egard une diversité qui semble repon=
dre a celle de leur education, de leurs pre=
jugés ou preventions, de leurs penchans
dominans, ou de leurs interets particuliers,
ou des circonstances ou ils se trouvent,
ou même a celle des tours d'esprit na=
tionaux, auxquels ils se laissent tous
du plus au moins entrainer. 2 lignes biffure
La curiosité et
la 1 mot biffure
252 Tous les hommes ont un penchant
naturel a la curiosité et a l'activité.
( ) Mais quelle diversité
dans les objets dont ils aiment a la nourrir
leur Esprit celle la ou a faire sur lesquels ils
se plaisent a exercer leur activité celle ci.
Les uns aiment par preference les tra=
vaux du corps; d'autres les exercices de
l'Esprit, les uns ont du gout pour l'agri=
culture; d'autres pour l'industrie; d'autres
pour le commerce; les uns se plaisent
a un travail serieux et fatiguant,
d'autres preferent d'exercer leur activité les amusemens et les jeux. Les
dans
uns ne s'occupent que de ce qui les
interessent personellement; d'autres
preferent des occupations utiles a l'hu=
manité; d'autres veulent des occupations
qui leur donnent du relief, par lequel
ils puissent s'elever sur les autres.
<40v> Les passions et les
habitudes
253 Mais il n'est rien qui produise des
differences plus considerables entre les
hommes que leurs diverses passions et
habitudes, ( ) qui ches les uns, qui ramenent
les uns et les autres vers divers certains objets particuliers, le gros
de leurs pensées, de leurs desirs, 2 mots biffure
de leur activité, en les eloignant
même d'autres objets auxquels devroient
les porter leurs penchans naturels ou
leurs lumieres, pendant que ces 1 mot biffure derniers
deviennent pour d'autres des objets de
passion violente qui leur font negli=
ger et rejetter ceux que les personnes
precedentes recherchent avec tant d'ar=
deur. Telle est la grande source de la
diversité que nous voions dans la condui=
te des hommes, et qui sert a expliquer
pourquoi les hommes se proposant pour
fin generale le bonheur, different si pro=
digieusement sur les objets dans lesquels
ils le cherchent ou sur les moiens qu'ils
emploient pour l'obtenir, sur les fins
particulieres qu'ils subordonnent a cette
fin generale, et des la même par rap=
port aux causes 1 mot biffure finales
ou aux motifs qui determinent leur volonté. ainsi comme nous
qu'il a ete dit plus haut
le montrerons dans le chapitre suivant.
<41> CONSEQUENCE
Consequence, neces=
sité d'un principe lu=
mineux, precis et sur
pour tirer les hommes
de ce cahos de passions
et de penchans divers
et les ramener a une
6 lignes biffure
CONSEQUENCE
NECESSITE D'UN
PRINCIPE LUMI=
NEUX QUI RAME=
NE LES HOMMES
A L'UNIFORMITE
Quelle consequence 3 mots biffure a t'on du
donc encor du tirer de cette prodigieuse
varieté de penchans et de gouts parti=
culiers qui partagent les hommes et
qui semblent devoir les entrainer dans
des routes entierement detournées les
unes des autres et souvent entierement opposées
dans leurs directions. N'est ce pas en=
cor la necessité de quelque principe
lumineux precis et sur, accessible
a l'examen et au jugement de leur
intelligence, pour les conduire
et les ramener au but de leur exis=
tence par quelque chemin regulier
et uniforme qui se trouve en
accord avec exact avec leur nature
et leur destination commune.
11 lignes biffure
Pour trouver un tel principe si neces=
saire et si desirable, Il faut 1 mot biffure il faut
pas s'en tenir a l'examen des causes
1 mot biffure qui determinent les hommes
3 mots biffure
rechercher quelles sont les causes
finales qui 1 mot biffure presentées a
l'Intelligence qui doivent servir offrir a
l'homme autant de motifs distincts et refle=
chis, pour le porter vers certains objets
et a certaines actions, ou pour l'eloi=
gner d'autres, et d'ou par consequent
on peut puisse deduire des regles distin
morales distinctes qui lui montrent
precisement et surement dans chaque cas ce
qu'il doit faire et ce qu'il doit eviter.
c'est dans cette vue que nous allons
nous occuper d'une theorie 1 mot biffure
des causes finales ou motifs dont
1 mot biffure l'influence sont
<41v> forme est un ressort de determination
tres different des causes impulsives, et
donnene lieu a un plein exercice
de cette faculté que nous appellons
ches l'homme, la liberté morale.
Chapitre XI
Des causes finales
qui saisies distinc=
tement par l'Intelli=
gence, doivent deploier
leur efficace sur la
volonté pour en re=
gler les determi=
nations
Ce qu'on appelle
2 lignes biffure
RAISON, MOTIF,
FIN, CAUSE FI=
NALE.
Chapitre XI
Theorie des causes finales 1 mot biffure
motifs qui determinent la volonté
de la fin generale a laquelles les fins
particulieres sont subordonnées, de
l'activité et de la liberté morale.
Les hommes la determinent dans la plu=
part des causes impulsives
aveugles, dont 3 mots biffure. Tres
souvent neanmoins leurs determina=
tions. Tres souvent la determination de l'ame a La cause dans quelque idée dis=
tincte de l'Intelligence qui lui presente
un objet comme un bien ou un mal
lié naturellement avec telle ou telle
action. 3 mots biffure Ce bien a acque=
rir ou ce mal a eviter, consideré
comme lié avec cette action, presente
a l'homme une raison pour la faire
ou ne pas faire cette action pour la
preferer ou ne pas la preserver a telle
autre, et cette raison est appellée un
motif parcequ'il sert a mouvoir sa
volonté. 4 mots biffure Tout
motif agissant sur l'homme suppose
donc qu'il y a un bien qu'il se propose d'ob=
tenir, un mal qu'il a en vue d'eviter,
un certain effet qu'il voudroit pro=
duire; et cet effet est appellé but,
fin, et l'action qui doit amener cette
fin, est appellée moïen. Voila pourquoi
tout motif determinant est appellé
cause finale.
FIN PRINCIPALE OU GENERALE ET FINS PARTICULIERES
8 lignes biffure
Mais l'efficace de tout motif suppose
1 mot biffure l'ame est determinée a agir toujours d'une
certaine maniere, par une suite de quel=
que affection 4 mots biffure liée
de sa condition essentielle, et que par la
elle est constamment dirigée 1 mot biffure vers cette
même fin, qu'on appelle la derniere fin; autre=
ment la fin principale ou generale
<42> Chap. XI,
Des causes finales qui saisies distincte=
ment par l'Intelligence doivent deploier leur
efficace sur la volonté pour en regler les
determinations.
RAISON, MOTIF, FIN, CAUSE FINALE.
Très souvent la determination de l'ame a
sa cause dans une idée distincte de l'Intel=
ligence qui lui presente un objet comme un
bien ou comme un mal lié naturellement
avec telle ou telle action.
Ce bien a acquerir, ce mal a eviter, consideré
dans sa liaison avec telle action, offre a
l'homme une raison pour la faire ou ne pas
la faire, ou pour la preferer ou ne pas la pre=
ferer a telle autre, et cette raison est appel=
lee un motif parce qu'elle sert a mou=
voir sa volonté.
Tout motif suppose un bien a obtenir,
un mal a eviter, un effet que l'homme a
en vue de produire; cet effet est appellé
fin ou but tandis que l'action qui doit
amener l'effet se nomme moien. Le motif
ou la fin entant que cause determinan=
te de l'action prend le nom de cause finale.
FIN PRINCIPALE OU GENERALE: FINS
PARTICULIERES.
L'efficace de tout motif suppose que l'ame
est toujours determinée par une suite de quel=
que affection liée a sa nature et sa constitu=
tion essentielle, en vertu de laquelle elle est cons=
tamment dirigée vers une même fin principale
ou generale, autrement appellée derniere
fin, qui n'est point soumise au choix et au
calcul pour etre admise ou rejetées comme
le sont les fins particulieres ou de detail
relatives a tels biens a obtenir, tels maux
a eviter, et qui sont dans un tel rapport de
subordination que les unes doivent etre
<42v> considerées comme moiens pour arriver a d'au=
tres fins superieures qui en denier ressort vont
aboutir a la premiere fin generale ou
derniere .
VARIETE DES FINS PARTICULIERES: UNI=
FORMITE DE LA FIN GENERALE.
Rien de plus diversifié que les fins particulieres
qui determinent les actions des hommes, selon
les idées qu'ils se forment des divers objets. Ainsi
les uns ont en vue de se procurer des plaisirs,
d'autres d'acquerir des richesses, d'autres de s'elever
sur leurs semblables par des dignités, du credit,
d'autres de les traverser et de leur nuire; il en
est qui semblent ne desirer autre chose que de
vivre, vegeter et jouir, il en est qui ont a coeur
d'etendre leurs lumieres, leurs talens, et de ceux ci
les uns semblent n'aspirer qu'a la gloire qui en
est le prix, d'autres a la fortune, d'autres a se
rendre utiles a la Societé par des decouvertes
et des services reels; ceux ci enfin cherchent a se dis=
tinguer par des qualités et des vertus brillantes,
ceux la font leurs delices de la meditation et
de la vie solitaire.
Mais quelque grande que soit cette diversité, il
n'est pas moins certain que leur volonté ne se
determine jamais pour ou contre un objet qu'au=
tant qu'ils l'envisagent comme bien ou comme
mal, et qu'ainsi la recherche du bien et l'eloi=
gnement du mal est une affection essentielle a
leur ame, une impulsion constante et unifor=
me qui accompagne toutes ses determinations.
Elle peut sans doute se determiner pour un
objet qui est un mal reel, contre un objet qui est
un bien reel, lorsquelle suit un jugement erro=
né; et quelle se laisse dominer par l'opinion
ou les caprices, ce qui n'arrive que trop aux
hommes passionés, melancholiques ou bisar=
res. Mais quand l'ame se determine ainsi
pour ce qui est reellement mal, ce n'est jamais
comme mal, c'est toujours parce que le mal se
presente a elle sous les apparences du bien:
ainsi par exemple l'homme vient il a s'oter la vie, c'est parce
<43> qu'il croit que mourir ainsi est pour lui
un plus grand bien que de continuer a vivre
dans un etat qui lui semble pire que la mort.
LE BONHEUR
Ainsi Toutes les actions de detail comme les fins
particulieres sont donc subordonées a une même
fin generale par laquelle ils les hommes se proposent tou=
jours ce qu'ils croient leur plus grand bien, et le
plus conforme a ce qu'ils appellent le bonheur;
Et qu'entendent par la tous qui ne sont pas
entierement abrutis
qui sont capables de
penser et d'analyser
une pensée? C'est
sans doute une jouissance
de tous les biens, aussi pure ou exempte de
maux, aussi etendue, aussi continuée et
constante que leur nature et leur position
peuvent le permettre, qui aille même, autant
que possible, en croissant avec le contentement
d'Esprit qui en est inseparable. Tel est le
grand objet du voeu naturel a tous les hom=
mes qui aspirent sans cesse a etendre le cer=
cle et la durée de leurs jouissances et dont le
bien etre consiste principalement dans l'espe=
rance de le voir toujours augmenter; tel est
le grand ressort , le grand mobile, la premiere
Loi de l'humanité. Voions quels en sont
les effets.
Chap. XII.
De l'activité et de la liberté de l'homme
ACTIVITE, MOIENS, OBSTACLES, OCCASIONS,
INSTRUMENS.
Quand la volonté de l'homme relativement a
une fin est serieuse et decidée, il ne peut vou=
loir cette fin sans vouloir aussi les moiens,
et des lors sa volonté met naturellement en
jeu sa puissance active pour l'execution de
ses vues. C'est ainsi que l'ame exerce une acti=
vité qui lui est propre, tantot sur elle même,
pour se porter a l'attention, a la reflexion &c.
tantot sur son corps, pour en diriger les or=
ganes, en mouvoir les membres, a son gré,
tantot sur les objets exterieurs, pour les saisir,
les eloigner, les rapprocher, les deplacer,
les arranger, en modifier la composition
ou les forces, et y produire les changemens
qu'elle juge a propos.
<43v> S'il se trouve des obstacles ou des forces oppo=
sées a celles que l'ame deploie pour produire l'effet,
elle se porte naturellement aux effors necessai=
res pour detruire ces obstacles ou balancer
leur pouvoir: Elle n'a pas moins a coeur de saisir
ou faire naitre les occasions favorables c.d. des
circonstances passageres qui peuvent seconder
ses efforts, faciliter l'emploi des moiens, le triom=
phe sur les obstacles et assurer le succés de l'exe=
cution. Lorsque ses forces sont insuffisantes
elle cherche des secours pour lui aider a les
deploier ou en bien diriger l'emploi; elle a
recours a des forces etrangeres, des instru=
mens quelle s'etudie a mettre a profit.
ACTIONS, NATURELLES, VOLONTAIRES OU
LIBRES, POSITIVES, NEGATIVES, EXTERIEU=
RES, INTERIEURES.
Tout changement survenant a l'etat de
l'homme par un principe qui se trouve en lui, se
nomme action. Il est des actions qui sont une
suite de la constitution physique et se devellop=
pent independamment de sa volonté; on les appelle
naturelles. Mais le nom d'action ne convient,
dans le sens propre, qu'a celles dont l'homme est
veritablement l'auteur, par une force qu'il de=
ploie lui même, et qui dependent de sa volonté
d'impulsion ou
de reflexion.
en sorte qu'avant que les faire, il s'en est 1 mot biffure On les appelle
determiné par son propre choix.
actions volontaires ou libres, sous lesquelles
on comprend les positives qui consistent a
effectuer, les negatives qui consistent a
s'abstenir de l'execution ou a la suspendre,
les exterieures qui deploient leur effet au
dehors, les interieures qui le renferment
au dedans.
CARACTERES DES ACTIONS LIBRES. EN
QUOI CONSISTE LA LIBERTE.
Ainsi pour qu'une action soit libre il ne suffit
pas quelle ait sa cause efficiente dans l'acti=
vité de l'homme: il faut de plus qu'en faisant
cette action, l'homme puisse vouloir et agir
autrement, qu'il puisse choisir entre differens
objets ou partis, et donner a l'un la preference
<44> sur l'autre, sans y etre contraint ni mu
autrement que par des motifs ou causes
finales. Ainsi il faut que l'action soit prece=
dée de connoissance, de comparaison et de
choix, ou du moins qu'il puisse y avoir lieu
a l'exercice des facultés reunies de l'Intel=
ligence, de la volonté, de la puissance acti=
ve et executrice. Car en supposant une
action produite par une simple impulsion
confuse et aveugle, l'action n'en doit pas
moins etre reputée libre, s'il a pu dependre
de l'homme de faire usage de ses facultés
pour connoitre ce qui en etoit et choisir
avant que d'agir.
Aux actions libres on oppose les actions
necessaires ou contraintes c.d. celles ou
il n'etoit pas possible a l'homme de se deter=
miner ni d'agir autrement qu'il n'a fait.
Observons ici qu'une même action, lors=
quelle est compliquée peut etre libre a cer=
tains egards, et contrainte a d'autres: ceci
sera eclairci 1 mot biffure dans la suite.
Tous les hommes, entant que susceptibles
d'actions libres, ont une liberté. Ici on a beau=
coup disputé faute de s'entendre. Les uns
ont dit que la liberté consistoit dans l'indif=
ference, c.d. le pouvoir de se determiner pour
ou contre, ex mero arbitrio, sans raison,
sans motif determinant; mais en reduisant
la liberté aux seuls cas d'indifference , en
supposant qu'il en existe, ils ont reduit la
liberté presque au neant, puisque selon eux
il n'en existe plus des que l'ame se determine
par des motifs. D'autres ont dit que la li=
berté consiste dans le pouvoir d'agir contre
son propre jugement, son propre desir; mais
quelle idée plus chimerique celle d'une liber=
té qui consiste a ne pas faire, ni vouloir,
ce qu'on veut en effet, ou vouloir et faire
ce qu'on ne veut pas, et qu'on ne peut en
effet vouloir.
<44v> [page entièrement biffés] 262. On ne peut disconvenir de=
la grande difference des tours d'Esprits
nationaux, et des gouts particuliers
a chaque nation pour tous les divers
objets de la cupidité humaine, et
des grandes varietes qu'il y a dans
l'appreciation que chacune faits des
actions et des qualités. Chacune donne la prefe=
rence aux actions et aux qualités les
plus utiles et les plus necessaires asa
situation ou les plus distinguées dans
le genre de travail dont elle s'occupe
principalement. Ches un peuple guer
rier ce qui est le plus en estime, c'est
le courage, la valeur; chez 1 mot biffure les
nations policées, ce sont les 1 mot biffure
le savoir, le genie, l'eloquence;
chès les nations qui ne font qu'in=
dustrieuse, c'est l'industrie et l'activi=
té; chès les commercantes, c'est
la bonne foi, l'exactitude, la dili=
gence. Et quoique les diverses
nations s'accordent sur les premiers
principes moraux elles different extre=
mement dans l'application qu'elles en
font aux cas particuliers; il arrive
meme souvent que les uns approuvent
ce que d'autres blament et proscrivent
Quelle difference dans leur politique,
leur leglislation, leurs moeurs, leurs
usages, puisque tous ces objets leur
fournissent matiere a se decrier reci=
proquement. De tout ce qui a
ete dit dans cette section nous pou=
vons donc encor avec plus de fondement
encor tirer la consequence deduire
ci dessus (220) sur la necessité de
quelque principe de direction 1 mot biffure
1 mot biffure et 1 mot biffure qui puisse eclairer et
diriger les hommes, et malgré ce cahos de diverses
opinions et penchans
les ramener a
une façon de penser
et d'agir uniforme
qui les rapproche
de leur destination
<45> Qu'on dispute aussi longtemps qu'on voudra
sur des abstractions et des mots, il n'en demeu=
rera pas moins vrai, ainsi qu'on la reconnu
et ou supposé dans tous les temps comme un
fait d'experience incontestable, que l'hom=
me qui me ne peut 2 lignes biffure choisit
sans doit avoir quelque motif pour preferer
un 1 mot biffure objet ou un parti a un autre
qui se presente, et que l'homme celui qui agit
3 mots biffure ainsi par des raisons determi=
nantes, n'en est pas moins libre dans
son action, et même qu'il ne fait jamais que
un meilleur usage de sa liberté
l'exercice de cette liberté n'est jamais plus
parfait que lorsqu'il agit par les motifs
les plus raisonnables, et qui doivent obte=
nir la preponderance 2 mots biffure pour influer
sur ses determinations.
La liberté exclut la
necessité physique
mais non la necessité
morale.
Si l'on oppose a cela que quand l'ame est
determinée par de tels motifs, elle est
dès la même necessitée a agir d'une cer=
taine maniere plutot que d'une autre, je
repondrai que ce n'est point ici une neces=
sité physique qui force l'ame determi=
ne l'ame d'une maniere coative com=
me un corps mu determine par son
choc un autre au mouvement, en
surmontant sa force d'inertie. C'est
toujours l'ame elle même qui se determi=
ne par la vüe des motifs, et qui deploie
une activité qui lui est propre, et si l'on
pretend qu'il y ait la une necessité,
ce ne peut jamais etre qu'une necessité
morale qui suppose l'exercice des
facultes essentielles de l'ame, et ne sauroit
jamais detruire la liberté qui n'est
que le resultat de cet exercice comme
il a ete dit.
<45v> Du reste quand nous disons que l'hom=
me est libre, nous ne voulons point dire
qu'il exerce toujours sa liberté, mais seu=
lement qu'il le peut, et il le peut dans
tous les cas ou il ne dependroit que de
lui de se determiner par choix et d'apres
1 mot biffure l'examen des motifs.
Refutation de ceux
qui 1 mot biffure la liberté
de l'homme
Ainsi mettre en question si l'homme est
libre, c'est demander s'il peut par lui même
penser, vouloir, agir, s'il peut choisir,
s'il est quelque chose de plus qu'un auto=
mate: c'est elever des doutes sur un fait
dont la certitude repose sur l'evidence
de conscience, et dont l'homme ne peut
pas plus douter que de sa propre existen=
ce, car si ce dernier fait lui est garan=
ti par l'evidence de conscience, le pre=
mier ne l'est pas moins.
Dire que l'homme n'est pas pas libre
parce qu'il se determine constamment pour ce qu'il
1 mot biffure juge le meilleur, c'est dire qu'il
n'est pas libre, parce qu'il n'est pas libre
de ne pa s'aimer lui même ou de ne s'ai=
mer pas, comme s'il ne pouvoit pas etre
necessité sur ce point, et etre libre sur
les actions de detail ou il y a matiere
a l'examen et au choix. Qu'il y ait des hommes qui agissent
le plus souvent sans raison, sans choix,
d'après une impulsion aveugle, cela ne
prouve autre chose si ce n'est qu'il y a des
hommes qui ne font pas plus d'usage
de leur liberté, que de leur Intelligence
mais cela ne prouve pas plus suppose point qu'ils sont soient
privés de la liberté, qu'il ne non plus que
de la faculté de penser, puisqu'il depen=
droit toujours d'eux de faire usage de
l'une et de l'autre pour agir autrement
qu'ils ne font. C'est la raison pourquoi
ils sont toujours censés et reputés libres,
auteurs et responsables de leurs actions,
sauf les cas ou ils n'ont pu ni vouloir
ni agir autrement qu'ils n'ont fait.
<46> On dit aussi que la plupart des actions
humaines ne sont pas libres parce qu'elle se
font par habitude. Il y a, il est vrai, certai=
nes actions habituelles qui se font avec tant
de promtitude que la volonté semble n'entrer
pour rien dans le developement de l'activité qui
les produit, et l'homme paroit agir comme
machinalement: mais il n'en est pas moins
vrai que cette promtitude n'est point un obs=
tacle a la pensée et au choix, si l'homme vou=
loit se donner quelque peine pour faire usage
de sa liberté, et par cons. que ces actions
peuvent toujours etre reputées libres, et cela
d'autant plus qu'etant devenues habituelles
a force d'etre repetees volontairement, l'habi=
tude elle même avec ses consequences peut etre
censée volontaire et imputable a demerite
si elle est mauvaise, tout comme elle est
imputable a merite, si l'habitude est en elle
meme bonne et utile; car quoique l'habitude
ait mis l'homme dans le cas de reiterer les
actes avec plaisir, au point même de ne pou=
voir que difficillement les suspendre, il n'en
est pas moins louable a chaque acte qu'il rei=
tere, parce que cette heureuse necessité est
due a ses soins volontaires et assidus.
Mais c'en est assès pour se former une idée de
la liberté: voions quels en sont les ressorts,
quels sont les objets qui peuvent devenir
causes finales pour les hommes, et comment
tous d'accord sur la fin generale, il peut y
avoir une si prodigieuse diversité dans les
fins de detail que ou les motifs qui determinent
leur volonté.
Chap. XIII.
Des divers objets qui peuvent devenir
causes finales des actions libres de l'homme.
LES BESOINS.
Les premiers objets qui peuvent devenir
causes finales pour l'homme, ce sont ses
besoins et leur satisfaction.
Il est des besoins communs a tous; il y en a de
<46v> propres ou particuliers aux individus par une
suite de leur position particuliere. Il en est de
premiere necessité auxquels ils ne peuvent refuser
satisfaction sans exposer leur vie et leur santé; il en
est de seconde necessité sans la satisfaction desquels
la vie ne sauroit etre que triste; il en est de spi=
rituels relatifs aux facultés de l'ame que les hom=
mes ne sauroient negliger sans danger. Mais il
leur arrive souvent de prendre pour besoins ce
qui ne l'est point, de se forger eux mêmes des
besoins d'imagination, de caprice, des besoins
d'appetit factice, qu'ils prennent faussement
pour naturel. Ils regardent la satisfaction de
tels besoins comme un moien de bonheur, tandis
qu'elle est rellement un obstacle, qui n'aboutit
qu'a alterer leur nature constitution et les rendre malheu=
reux.
LES PLAISIRS, LES DOULEURS.
Aux besoins joignons les plaisirs , plaisirs corporels
ou sensibles, attaches a la satisfaction des besoins,
a l'exercice moderé des organes, aux impressions
des objets, a la promtitude des mouvemens pour
exercer les ordres de l'ame; plaisirs spirituels
que l'ame goute dans l'exercice de ses facultés,
le sentiment de ses progrés en perfection, dans
ses mouvemens de joie, d'esperance, dans ses
affections, ses recreations; Dans le grand nom=
bre, il en est de reels par leur vivacité, leur
durée, parce que leur jouissance n'entraine
aucune privation qui ne soit abondamment
compensée par cette jouissance elle même.
Il en est aussi d'apparens et de trompeurs dont
la douceur passagere, entraine des privations
et qui devient par ses suites une source em=
poisonnée d'amertumes et de regrets. Il est
meme des plaisirs factices qui n'ont de piquant
que ce que l'imagination ou le caprice leur pre=
tent, et qui, comme les precedens, ne sont qu'un
obstacle au bonheur.
Entre les douleurs corporelles ou spirituelles,
il en est, sans doute, de très reelles, mais la plu=
part ne sont que passageres, elles servent a
prevenir de plus longues et de plus cruelles
dans le fait, elles sont equivalentes a des
moiens reels de bonheur.
<47> LES BIENS, LES MAUX
On donne le nom de biens et de maux Sous les noms de
aux jouissances même des plaisirs ou
aux douleurs meme, les 1 mot biffure
1 mot biffure, appuyée 3 mots biffure;
2 lignes biffure
biens et de maux
on qualifie ordinai=
rement les causes
du plaisir ou de la
douleur c.d. les objets
ou les circonstances
opposées, d'ou derivent
ces deux etats.
causes du plaisir ou de la douleur cad
les objets ou les 1 mot biffure opposés 1 mot biffure
3 lignes biffure
Il est des biens et des maux exterieurs, sensibles, et cor= Il est des biens exte=
porels, qui composent ce qu'on appelle
la prosperité, p. ex la santé, la vigueur,
la longue vie, la naissance, l'education
la fortune, les dignités ou l'adversité
p. ex. les maladies, l'abjection, la
servitude, la pauvreté, le mepris, la
mort.
rieurs, sensibles, cor=
porels qui compo=
sent la prosperité
p. ex. la santé, la vi=
gueur, la naissance,
l'education, la fortune,
la renommée, les digni=
tes &c. Les maux
opposés, les mala=
dies, les infirmites,
l'abjection, la pauvre=
te, le mepris, sont
compris sous le nom
d'adversité .Il y a des bien reels, Il est aussi des biens et des maux
qui sont les 1 mot biffure
2 lignes biffure.
interieurs, spirituels, tels que les per=
fections et les deffauts, qui sont les deux
opposés dans une nature perfectible.
Entre cette multitude de biens que les
hommes recherchent, il en est de reels qui
5 mots biffure par leur influence contri=
buent au veritable bonheur. Les uns
sont même necessaires, essentiels, indis=
pensables pour la satisfaction des besoins
reels: les 1 mot biffure autres, quoique reels, ne
sont que utiles, commodes, agreables
dont la jouissance peut contribuer au
bonheur, quand on en sait bien user.
Tels sont la force beauté du corps, la fortune
même et le credit, considerés entant que comme
moiens pour se procurer les biens directs
qui sont biens en eux mêmes. On peut
mettre dans ce rang, la force, l'adresse,
le courage, les talens, les plaisirs ser
sources des divers plaisirs flatteurs
qui n'ont rien de dangereux, les progres,
<47v> dans les arts les beaux arts et la science &c.
6 lignes biffure
Tous ces biens quoique reels, n'ont pas a la veri=
te le meme degré de valeur. Les uns sont a
l'abri des accidens exterieurs, permanens.
Les autres casuels, dependant des evenemens,
perissables; les uns sont absolus, ne cessent
jamais d'etre des biens; tels que le bon
sens, l'intelligence, la vertu &c. les autres
sont relatifs, dependant des circonstances
et peuvent cesser d'etre des biens dès que
les circonstances changent, et par l'abus
qu'on en fait. Il est des biens qui sont tels
generalement pour tous les hommes;
d'autres qui ne sont tels que particuliere=
ment, pour certaines personnes, placées
dans certaines circonstances.
Il est aussi des biens
apparens
Il est aussi des biens apparens, trompeurs,
factices, que les hommes n'achetent qu'aux
depends de biens reels, qui rentrent des
la même dans la classe des maux reels.
On peut aussi distin=
guer des maux réels
absolus des maux
apparens et passagers
Il y a aussi des maux reels, essentiels,
absolus et generaux, mais il en est qui
ne sont qu'apparens, dont l'impression
desagreable n'est que passagere, et qui
servant de moiens pour prevenir des
maux reels, ou obtenir des biens reels,
rentrent dans la classe de ceux ci.
DISPUTES DES PHILOSOPHES
Les Epicuriens n'appliquoient les termes
de bien et de mal qu'au plaisir et a la dou=
leur, et ils rapportoient la source originelle
de toute jouissance a la sensation animale.
Les Stoiciens ne connoissoient d'autre bien
que le bien moral, la bonté bien entendue,
d'autre mal que le mal moral, le manque
de bonté et de sagesse; ils refusoient le nom de
bien et de mal a tout le reste comme ne de=
pendant pas de nôtre choix, mais de la distri=
bution du ciel.
Sous le nom de bien, les Peripateticiens
<48> comprenoient les perfections, la jouissance,
la prosperité, sous le nom de mal, les deffauts,
la souffrance, l'adversité; ils estimoient
que les perfections, les vertus telles que la
bonté, la sagesse, la force d'ame etoient plus
importantes que tous les autres biens, comme
des deffauts, la mechanceté, la folie, l'in=
temperance, la lacheté etoient de consequence
beaucoup plus facheuse que tous les au=
tres maux.
On a jugé que les Epicuriens rapportant
tous les soins de l'individu a lui même, de=
gradoient la nature humaine; que les Stoi=
ciens au contraire en portant l'amour du
bien jusques a l'heroisme en exageroient
les pretensions; que les Peripateticiens gar=
doient un juste milieu et associoient la
moderation a l'integrité.
Il paroit que dans cette diversité d'opinions
il y avoit beaucoup de mesentendu et peut
etre n'y eut il eu aucune dispute si l'on eut
tout reduit a cette question, quel est le plus
grand bien et quel est le plus grand mal? Le
plus grand bien une fois determiné on
auroit bientot conclu que c'etoit a lui qu'il
fallut principalement s'attacher, sans
mepriser absolument les autres.
IMPORTANCE RELATIVE DES BIENS ET
DES MAUX.
Il n'est pas si difficille en effet de fixer l'im=
portance relative des biens et des maux, a
prendre même ces mots sous leurs diverses
acceptions.
Les jouissances animales sont passageres,
occasionelles, &c. elles sont suivies de la satie=
té, et cela devoit etre ainsi parce qu'elles ne sont
destinées qu'a exciter l'homme a agir et le
diriger vers une fin salutaire; la jouissance
sensation animale ne sauroit donc etre
la jouissance essentielle de la vie humaine.
Les jouissances soutenues des hommes ne
peuvent deriver que de leurs occupations,
leurs affections, leurs joies et leurs esperances.
<48v> Elles sont d'autant plus satisfaisantes que leurs
occupations sont plus importantes, leurs affec=
tions plus vives, plus constantes, leurs joies
plus durables, leurs esperances plus grandes
et plus assurées. Les gens occupés a des travaux
utiles ont plus de jouissances que les gens de=
soeuvrés, ceux qui s'attachent aux autres par
affection en ont plus que les gens frivoles et
vains; ceux qui fondent leurs esperances sur
un juste calcul sont tout autrement heureux
que ceux qui se laissent sans cesse abuser par
l'opinion, et s'exposent a la douleur d'etre
frustrés dans leur attente.
On comprend aussi que les jouissances spiri=
tuelles sont de beaucoup preferables aux
jouissances sensuelles, soit parce qu'elles ne
sont jamais suivies de satieté, qu'elles deviennent
habituelles et remplissent tous les intervalles
de la vie humaine.
La douleur corporelle n'est le plus souvent
que passagere: il est vrai que quelque fois,
elle est durable et même ne se termine qu'a
la mort: cependant dans le cours ordinai=
re de la vie les grandes douleurs ne sont ni
frequentes ni de longue durée. La douleur
en general est destinée a eloigner l'homme
de ce qui lui est pernicieux. D'ou vient qu'elle
subsiste tant que la vie animale est menacée
et qu'elle augmente avec le danger. Sous ce
point de vue on peut la considerer com=
me avantageuse a l'homme.
Les douleurs les plus soutenues comme les
plus facheuses sont celles qui proviennent
de causes toujours subsistantes et qui re=
naissent sans cesse; telles sont les douleurs
spirituelles, l'ennui, le degout, les craintes,
surtout les remords, le ver rongeant de
la malice, l'envie, la vengeance, d'autant
plus douloureux que ces passions sont
plus animées et implacables.
LES PLUS GRANDS BIENS SONT LA PLUS
GRANDE PERFECTION, LA PLUS GRANDE
VERTU.
<49> LES BI
Les plus grands biens sont ceux qui
se lient a la perfection. Un des plus forts
penchans naturels de l'homme c'est le desir
de la perfection: pour le satisfaire, il est ca=
pable de sacrifier tous les plaisirs de la vie
et de se soumettre a toutes sortes de genes
et de souffrances; temoin les savans, les
anachoretes, les saints. D'ailleurs la satis=
faction qui accompagne l'etude de la per=
fection et de la vertu, est continuelle, et les
avantages qui nous en reviennent sont in=
calculables. La bonté est une source de
delices non interrompues; la sagesse est le
meilleur preservatif contre les esperances
trompeuses, les passions turbulentes, et les
excès funestes. La temperance nous apprend
a tirer le meilleur parti de la vie et des jouis=
sances qu'elle nous offre: la force d'ame
previent les craintes, rassure contre les dan=
gers et addoucit les maux.
Au contraire les plus grandes souffrances
viennent des prejugés, des deffauts, des
vices.
La plus grande perfection est donc le plus
grand de tous les biens attachés a l'existen=
ce de l'homme.
CE QU'IL FAUT PENSER DE LA PROSPE=
RITE.
La prosperité est un bien entant qu'elle
est un objet de jouissance, un moien de nous
perfectioner et de rendre nôtre condition
meilleure: mais c'est un bien qui n'est pas
toujours tel et peut devenir un mal.
Ainsi, l'education est un bien puisqu'elle a pour
but de nous diriger vers la perfection; mais
est elle negligée ou mal entendue, elle
devient tres nuisible: l'effet, il est vrai, en est trop peu
sur et determiné pour qu'on puisse toujours
decider si ellest un bien ou un mal.
La sureté et la liberté, sous un gouverne=
ment sage et juste, sont un bien comme la
servitude un mal: mais on peut abuser
de la liberté pour se jetter dans la licence,
et la licence est un grand mal.
<49v> Les dignités sont un bien quand on en sou=
tient dignement l'eclat; quand le contraire
arrive, quand elles deviennent l'aliment de
l'orgueil, elles sont un grand mal.
Une fortune dont on sait bien user est un
bien; mais lorsqu'elle est trop brillante, elle
ne produit pas une augmentation proportio=
nee de jouissances plaisirs, elle multiplie les soucis et
les jouissances, elle produit l'intemperance,
la dissipation, l'orgueil, elle devient un très
grand mal.
La sante nous met a portée de jouir, et d'ac=
querir de la fortune, même des bonnes qualités,
mais elle ne nous assure ni des unes ni des au=
tres; le bon usage de la santé est un grand
bien, son abus est un grand mal.
La vie est un bien lorsque nous la mettons
a profit pour jouir sans abuser, pour nous
perfectioner, pour faire du bien: elle devient
un mal quand nous en faisons un mauvais
usage.
Le prix de la prosperite depend ainsi de la ma=
niere de s'en servir d'en user, elle n'est donc pas un bien
par elle même. en dependant.
Les difficultés, les dangers, l'adversité sont
un mal quand on n'en tire aucun fruit
d'activité, de patience, &c. mais ils deviennent
un bien quand on sait y trouver matiere
a exercer ses facultés, ses talens, son coura=
ge, ses vertus.
AVANTAGES DE LA VERTU
Faire un bon usage de tout, est donc la
perfection essentielle de notre nature, et ce qui
caracterise essentiellement la vertu. Le desir
et l'acquisition de la vertu est donc le 1 mot biffure chemin
le plus sur pour atteindre arriver a la vraie jouissance,
et obtenir tous les avantages reels de la pros=
perité. Les vrais biens qu'un homme possede
ne doivent donc point etre calculés sur les moiens
de jouissance qui sont en son pouvoir; ses
<50> qualités personelles, sa vertu, en sont la
vraie mesure.
La vertu est donc le premier des biens, c'est
par elle même le plus grand avantage, la
possession la plus sure, ce qui seul rend
l'homme capable d'user avec fruit de tous
ses autres avantages, de toutes ses autres
possessions. Le vice est malheureux par
lui même, il tourne en malheur toute
nôtre prosperité.
Faute de faire sur cela de justes reflexions
les hommes confondent toutes les no=
tions, l'apparence, la renommée du bon=
heur avec le bonheur même, les circons=
tances exterieures avec les qualités per=
sonelles, la consideration avec le merite
les moiens de jouir avec les jouissances
elles mêmes. Joignés a cela les illusions
de l'amour propre, qui leur font placer
le bonheur dans l'inaction ou dans la
dissipation, qui leur font croire que l'exercice
de la vertu, de la bienveillance est une
sorte de renoncement a soi même, que
l'idée de la perfection n'est qu'une regle
sur laquelle ils peuvent juger leurs sem=
blables, sans se mettre eux memes en peine
de la suivre dans leur conduite &c. qui meme
sont meme les premiers a s'en former des notions
trop relevees et de 1 mot biffure regler la dessus
leurs perfections.
<50v> NOUVELLE PREUVE DE LA NECESSITE D'UN
PRINCIPE LUMINEUX
Il est clair partout ce qui a ete dit qu'il est
impossible qu'il n'y ait entre les hommes une
variete infinie et meme de l'opposition dans
leurs jugemens sur ce qu'ils appellent besoins,
plaisirs et douleurs, biens et maux et dèsla
même qu'ils ne tombent surtout cela dans
une infinité de meprises que peuvent etre
dela consequence la plus funeste parrapport
a leur bonheur.
Dela vient qu'ils ont toujours très bien com=
pris qu'il etoit pour eux de la derniere impor=
tance d'avoir certains principes de direction
lumineux, precis et surs, pour eviter de pa=
reilles meprises, pour se precautioner contre
les diverses sources d'illusions qui empeche=
chent d'apprecier avec justesse les plaisirs et
les biens, sans s'en laisser imposer par les
apparences, pour ne pas rechercher comme
bien reel ce qui ne produit qu'une satisfaction
passagere, pour ne pas fuir comme mal
reel, ce qui n'est que douleur momentanée
et suivie de vrais plaisirs, pour ne pas donner
la preference a certains biens sur de plus
grands, a des biens casuels sur des perma=
nens, a des biens accidentels ou accessoires
sur des essentiels, en un mot, pour se mettre
en etat d'apporter un juste discernement
dans son choix et de regler toute sa condui=
te conformement a ses veritables interets.
Nous avons vu ci devant quels sont les
guides aveugles qui meuvent commune=
ment la volonté des hommes et la necessité
de quelque guide plus eclairé pour servir
du moins de correctif et de supplement a
ceux la. Il s'agit a present de montrer ou
ils ont cherché ce principe lumineux qui
devoit les eclairer et les rappeller a tout ce
qui peut contribuer a leur veritable
bonheur.
<51> Chap. XIV
De la necessité que la Sagesse impose a
l'homme de suivre certaines regles distinc=
tes dans sa conduite parrapport a lui meme
INTELLIGENCE, RAISON, COMME PRINCI=
PE LUMINEUX DE DIRECTION
Les hommes ont toujours compris que
comme ils etoient appellès a faire usage
de leurs yeux pour voir, de leur oreilles
pour entendre &c ils l'etoient de même a
deploier leur Intelligence et leur Raison pour
connoitre les objets, leurs qualités, leurs rap=
ports entr'eux avec eux mêmes, les appre=
cier a leur juste valeur, pour juger ensuite
quels sont ceux auxquels ils devoient don=
ner la preference, quels sont ceux qu'ils de=
voient leur sacrifier.
De la ils ont du conclure necessairement
que cette même raison devoit leur servir
de principe de direction lumineux pour
les eclairer sur leurs actions, leurs suites
avantageuses ou nuisibles, leur liaison
comme moiens avec certaines fins, com=
me aussi pour les premunir contre les im=
pressions actuelles des objets sur leur ame
ensorte qu'ils puissent leur ceder ou leur
resister a propos, ne s'y livrer que dans les
cas ou sous le degré qui convient a leur
vrais interets, enfin sen rendre maitre
de leurs penchans pour les contenir et
les diriger selon que l'exige leur verita=
ble bonheur.
La raison de concert avec l'experience
n'ont pu leur laisser ignorer combien il
est funeste pour l'homme de se determi=
ner par des motifs faux et trompeurs
trompeurs qui lui presentent les objets tout autre=
ment qu'ils ne sont en bien ou en mal,
et sans aucun egard a leur liaison ou
opposition, comme moiens, ou comme
obstacles, avec sa fin generale. ou qui ne
peut que s'en eloigner entierement
<51v> FOLIE, SAGESSE, PRUDENCE
En consequence Voila pourquoi la conduite d'un homme
qui agit par de tels motifs, ou qui desirant le
bonheur en gros, le perd de vüe dans le detail
de ses actions et de ses fins, et fait precisement
tout le contraire de ce qu'il devroit faire pour
arriver a sa fin generale l'obtenir, cette conduite dis je con=
siderée comme un travers de la nature humai=
ne a été appellée folie, folie morale, 1 mot biffure a
qu'elle a de causes de son analogie avec la folie physique
d'un homme qui est hors de sens, parce qu'il
a le cerveau derangé, ou qui est hors de
sens. On a reconnu desla que rien n'est plus excellent
ni plus utile a l'homme que la Sagesse qui
consiste a ne se determiner que par des mot=
tifs vrais, qui presentent les objets tels qu'ils
sont et a ne se proposer dans ses actions de
detail que des fins concordantes entr'elles
et avec la fin generale: Ce qui suppose que
l'homme ne perd jamais de vue cette fin,
qu'il se propose les meilleures fin particu= qu'il choisit les moiens les plus propres
lières,1 mot biffure
qu'il prend les precautions les plus effica=
ces pour en assurer le succès, ce qui consti=
tue la prudence ; qu'enfin il soumet tou=
jours a l'examen et a une juste estimation
son choix et son empressement pour les ob=
jets dont il fait dependre son bonheur.
NECESSITE MORALE, OBLIGATION MORALE
Dela est derivé ce principe general
qu'on peut envisager comme la loi la
plus constante et la premiere a laquelle
l'espece humaine est soumise, c'est que
toutes les fois qu'il se presente aux hommes
un motif vrai qui leur fait comprendre
clairement qu'il y a tel bien reel, ou tel
mal reel, lié naturellement avec telle action comme une ensorte qu'il y auroit de la
suite naturelle,
folie a ne pas la faire dans le premier cas,
ou a la faire dans le second, ils ne peuvent
<52> se dispenser de reconnoitre la necessité mo=
rale ou ils sont de faire ou de ne pas faire cette
action, et cette necessité, qui ne suppose au=
cune contrainte, qui n'exclut point l'exercice
de leur liberté, dont toute la force depend
de l'evidence du motif saisi par l'Intelli=
gence, nous l'appellons obligation moral=, qui n'est ainsi autre chose que la liai=
le
son d'un motif avec une action positive
ou negative.
D'ou il suit que pour demontrer une obli=
gation il suffit de montrer clairement a
l'homme qu'il y a tel motif vrai lié avec
telle action, ou qu'en agissant de telle
maniere, il fera ce qui est le plus expe=
dient pour son veritable bonheur, et ce
qu'exige la Sagesse. Ainsi plus le motif
presenté est puissant par l'avantage qu'il
offre, plus l'obligation sera forte et etroite,
un motif ajouté a un precedent offrira
une obligation ajoutée a la precedente
relativement a la même action.
REGLES MORALES
Toute proposition qui exprime une obliga=
tion est une regle qui prescrit a l'homme
quelque chose a faire ou a eviter sous telle
raison ou motif, et c'est une regle morale
entant qu'elle sert a diriger sa conduite ou
ses moeurs,
Qu'il y ait des obligations ou des regles mora=
les pour l'homme c'est ce qui est aussi certain
qu'il l'est que son bonheur ou son malheur
peuvent dependre de ses actions, qu'il peut con=
noitre ces actions et leurs influences, et diri=
ger sa conduite sur des lumieres claires et sures
dont il ne peut sans folie s'ecarter.
Et comme ce n'est il ne peut faire cela que
parce qu'il est doué de Liberté, de Volonté et
d'Intelligence, c'est de la que ces facultés ont
aussi ete appellees Morales.
<52v> REGLES GENERALES DE SAGESSE
Instruits des dangers de la folie, de la necessi=
te de la Sagesse ou de quelque principe de con=
duite lumineux precis et sur, les peuples
civilisés se sont tous accordés a etablir des certaines regles mo=
rales distinctes, qui fussent l'expression des
obligations que la Sagesse leur impose com=
me moiens efficaces pour parvenir a un
bonheur solide et durable. Les premieres
qui ont du frapper les Esprits sont les
regles generales suivantes.
1° Que l'homme ne doit point se livrer aveu=
glement comme les brutes aux impulsions
de sa sensibilité et de ses penchans naturels.
2. Qu'il doit faire un usage habituel de sa
raison pour les contenir et les regler, et
ne leur ceder que dans les cas et jusques au
point ou cette juge raison juge qu'il peut
le faire sans danger.
3. Qu'il ne doit point s'abandonner à l'impul=
sion de l'amour qu'il a pour lui même au
point qu'il degenere en amour propre aveu=
gle qui le porte a agir d'une maniere tou=
te contraire a ses autres penchans naturels
et a ses veritables interets.
4. Qu'il ne doit point s'en laisser imposer par
les apparences exterieures des objets et
les impressions agreables ou desagreables
qu'ils font actuellement sur lui, mais con=
sulter toujours la raison et l'experience
pour les apprecier, les objets et ne se determi=
ner pour ou contre que d'après une esti=
mation bien reflechie.
5 Que l'usage convenable de ses facultés
aiant été attaché a un certain exercice
moderé qui est 2 mots biffure determine le point ou finit le plaisir
et ou commance le deplaisir, il doit regler
cet exercice sur ce 1 mot biffure naturelle de cas que l'experience lui
1 mot biffure decouvre a cet egard sans jamais exceder les bornes
que prescrit la moderation.
<53> 6 Qu'il ne doit pas attendre le moment d'agir
pour appeller a son secours la raison reflexion et l'exa=
men, mais qu'il doit de bonne heure exercer
sa raison a examiner et a juger de ce qu'il
sera appellé a faire dans les differens cas
qui pourront se presenter, d'après les lumi=
eres qu'il aura pu obtenir de la reflexion
et de l'experience, et dès la même se munir
a l'avance de certains principes moraux
ou regles morales, pour se les rendre presen=
tes et familieres, ensorte qu'il puisse se les
rappeller au besoin et les appliquer en toutte
occasion, pour bien s'assurer qu'il ne fait
rien qui ne soit conforme a la raison
et la sagesse.
ETUDE DE LA PERFECTION
7° A l'impulsion de la nature se joint encor
la voix de la Sagesse pour inviter les l'hom=
mes a travailler de tout leur son pouvoir a
faire des progres en dans la perfection qui depend
du concours de toutes de celle de chacune des parties de notre son
existence et de leur concours, avec sa fin generale. et qui n'est
que le resultat des perfections particulieres
qui doivent etre subordonnées comme
moiens a la perfection totale
La Il y a une perfection spirituelle 1 mot biffure qui consiste ainsi
dans la correspondance ou harmonie des
perfections particulieres de ses 1 mot biffure et son ame
de ses penchans avec sa fin generale;
perfection de l'Intelligence, proportionelle
au nombre des objets qu'elle connoit aux
idees claires et vraies qu'elle s'en forme, et
a la facilité avec laquelle elle les conçoit
ou les rappelle; la perfection de la volonté,
mesurée sur l'habitude qu'elle a prise de
consulter et de suivre les jugemens reflechis
de son Intelligence eclairée et les regles distinc=
tes de la sagesse; perfection de son activité
qui depend de la vigueur, de la promtitude
et dela constance avec lesquelles elle agit
sur elle même ou sur les objets exterieurs,
<53v> pour deter executer les determinations de
sa volonte; perfection de la liberté, qui re=
pond a l'empire que cette ame conserve sur
elle même, sur ses facultes, ses appetits, ses pas=
sions, ses habitudes, pour en bien regler l'exer=
cice et agir selon des vues reflechies de
sagesse; perfection de ses penchans pour etre
appliqués a des objets convenables, pour etre
contenus dans une moderation qui previenne
tout conflict entr'eux, et subordonnés aux
facultès morales pour etre dirigés conve=
nablement par elles.
La Il y a une perfection du corps qui depend de sa conservation
dans un etat de sante, de vigueur et du libre
exercice de ses sens et de ses membres, ensorte
qu'il puisse bien s'acquiter de sa double fonc=
tion par rapport a l'ame comme organe de
sensibilité, et instrument d'activité.
Ainsi la perfection totale est le resultat de
celle de l'ame, et de celle du corps, et jusques
a un certain point des circonstances exterieu=
res plus ou moins favorables, ou se trouve l'homme et de la corres=
pondance du tout avec la fin generale; ce
qui suppose que le plan de la perfection
est le même exactement que celui du bon=
heur, que tout ce qui est conforme au pre=
mier ou contraire, l'est egalement au
second, que tout ce qui est perfection est
un bien reel, universel, constant &c.
D'ou se deduit cette 8° regle de la Sagesse, d'evi=
ter comme un grand mal tout ce qui met
obstacle a la perfection de ses facultés,
l'ignorance, l'erreur, les prejugés, les idees con=
fuses, les phantomes seduisans de l'imagina=
tion, tout ce qui eloigne du vrai, tous les
penchans ou passions qui offusquent l'Esprit,
dominent le coeur et l'entrainent vers les faux
biens, tout ce qui s'oppose au devellopement
de l'activité, la paresse, la legereté, les habi=
tudes inveterées, la negligence d'en contrac=
ter d'utiles; tout ce qui affoiblit, restreint,
<54> gene l'exercice de la liberté, et lui ote la
force necessaire pour servir de contrepoids
a celle des impulsions aveugles.
Dans les cas ou les perfections particulie=
res peuvent se trouver en conflict, ensorte
que les soins donnés a l'une portent
necessairement prejudice aux autres,
c'est une 9e regle de Sagesse pour l'homme
qu'il sacrifie la perfection la moins impor=
tante a celle qui l'est le plus c.d. de laquelle
depend le plus immediatement la perfec=
tion totale, ou celle qui est subordonnée
comme moien a celle a laquelle elle se rappor=
te comme fin, ensorte qu'il n'admette dans
aucune partie aucune perfection qui ne
puisse convenir avec la plus grande per=
fection de toutes les autres, et qu'ainsi tout
soit bien calculé sur tout le Systheme
general de la perfection.
Ce qui conduit a cette derniere 10 regle generale
l'homme doit prendre pour ce Systheme
de perfection 1 mot biffure aucune regle pour comme consequen=
apprecier les autres 3 mots biffure
lui même et se perfectioner dans tout
l'ensemble de ses qualités personnelles
4 mots biffure
ce de tout ce qui a ete dit que l'homme doit
assortir toutes ses actions a sa propre
nature, comme Etre moral et mettre
entre toutes ses actions un rapport de
convenance et d'harmonie qui previen=
ne tout conflict entr'elles, d'ou il ne resul=
teroit qu'un tissus d'inconsequences
de contradictions, un vrai cahos moral, qui de l'Etre
moral, feroit un Etre veritable=
ment monstrueux.
<54v> Chap. XV
Necessité de suivre encor d'autres regles dis=
tinctes dans sa conduite envers les Etres
dont il est environné.
RELATIONS NATURELLES DE DEPENDAN=
CE A L'EGARD DES AUTRES ETRES; OBLI=
GATIONS QUI EN RESULTENT.
En reflechissant sur ce que la Sagesse exige
de l'homme, on n'a jamais pu faire abstraction
des relations naturelles de dependance qu'il sou=
tient avec les autres Etres, de l'influence que ceux
ci peuvent avoir sur son bonheur, ni des pen=
chans naturels que l'attachent a eux. De tout
temps l'experience lui a montré, que s'il n'avoit de re=
sources qu'en lui même, il se verroit exposé a
une foule de maux sans pouvoir les addoucir,
a une multitude de besoins sans pouvoir les
satisfaire, qu'il echoueroit dans ses entreprises
faute de moiens pour vaincre les obstacles,
de mesures pour en assurer le Succés, ou par
des contretemps qu'il ne pourroit ni prevoir
ni prevenir; que isolé, concentré, reduit
a une triste solitude, livré a l'ennui, a un
vuide rongeant, il deviendroit le jouet de
ses caprices, ou tomberoit dans la langueur
et meme la stupidité. En falloit il plus pour
l'amener a cette nouvelle autre regle de sagesse;
C'est qu'en assortissant ses actions a sa na=
ture, il doit considerer celle ci sous toutes les
modifications qu'elle peut recevoir de sa
position parrapport aux autres Etres qui l'en=
vironnent, et se conduire selon ce qu'exigent
les diverses relations qu'il soutient avec
eux, et l'influence qu'ils peuvent avoir
sur la fin generale de son existence.
REGLE PARRAPPORT AUX ETRES
INANIMES
A considerer l'homme dans sa position par
rapport aux Etres inanimés, les biens ex=
terieurs et sensibles, on ne sauroit douter
qu'il ne puisse et qu'il ne doive travailler
<55> a en acquerir, a s'en assurer la possession et
en jouir, autant que cela est necessaire a ses
besoins, et qu'il peut en tirer des 1 mot biffure,
et des secours pour avancer sa perfection.
Mais on a toujours compris que la Sagesse ne
lui permet pas de travailler a en acquerir
sans qu'il lui en revienne aucun avantage
reel; moins encor de sacrifier a leur acquisition
des biens essentiels, de n'en jouir que pour sa=
tisfaire des passions dangereuses ou se livrer
a des excès funestes, ni enfin de s'abandonner
au desespoir lorsqu'il vient a les perdre ou a
les quitter; ce seroit le comble de la folie que
de mettre ainsi les moiens a la place de la fin,
ou de sacrifier celle ci pour des biens qui n'ont
de valeur qu'autant qu'ils lui sont subordon=
nés comme moiens. Instruits d'ailleurs par
l'experience que l'acquisition de ces biens est
peinible, leur conservation difficille, leur jouis=
sance suivie de satieté et de degout, qu'ils ne
peuvent les garantir de maux, ni assurer
le bien etre deleur corps et deleur ame, qu'ils
sont enfin casuels, fragiles et perissables,
les hommes n'ont jamais pu se dissimuler
qu'ils ne pouvoient en attendre aucun bon=
heur solide et durable. des lors même que
dans leur usage, ils suivoient constamment
la regle de la Sagesse et de la prudence
PARRAPPORT AUX ETRES ANIMES
Quand aux Etres animés et sensibles avec
lesquels l'homme soutient des relations na=
turelles, il peut sans doute les assujetir a
son emprire et en retirer divers usages, selon
les vues du sage auteur dela nature qui
sont si clairement annoncées; mais il ne
doit point abuser de sa domination en Mai=
tre capricieux et tyrannique; il doit les
traiter en Maitre bon, leur epargner les
mauvais traitemens et respecter constam=
ment leur sensibilité a la douleur. Etre
sensible comme eux, il doit se mettre en
<55v> quelque sorte a leur place, exercer envers
eux cette bienfaisance dont Dieu a mis il trouve le
germe precieux dans son coeur, et dont il lui et correspondre ainsi aux vües du
offre l'exemple,
createur qui leur a donné l'existence pour
en gouter a leur maniere les douceurs.
PARRAPPORT AUX AUTRES HOMMES.
Il semble d'abord qu'un Etre qui a pour fin
generale son propre bonheur ne sauroit tirer
parti d'autres Etres semblables a lui, mus par
le même ressort, puisque leurs actions devroient
se trouver sans cesse en conflict de vües et d'in=
terets. Mais quand on reflechit a la dependan=
ce de l'homme, a sa foiblesse quand il est isolé,
a sa force, lorsqu'il est reuni a ses semblables,
a toutes les affections sympathiques qui
le disposent a la vie sociable et aux senti=
mens delicieux qu'il eprouve lorsqu'il s'y
livre, quand on se rappelle les ressources infi=
nies que l'homme trouve dans la Societé pour
le necessaire, l'agreable, pour etendre ses lu=
mieres et avancer en perfection, quand on
pense a ces organes, ces belles facultés qui le
mettent en etat de contribuer a son tour au
soulagement et au bien etre de ses semblables,
on ne tarde pas a conclure que des Etres de
cet ordre, qui se trouvent sur le même globe
places les uns près des autres, sont naturelle=
ment appellés a vivre en communauté de secours et
de bienfaits, et que leur influence reciproque
les met dans l'obligation d'assortir leurs actions
a ces relations interessantes, en contribuant
chacun, autant qu'en lui est, a la conserva=
tion au bien etre, et a la perfection des autres
et au bien general ou commun de la so=
cieté dans laquelle il se trouve compris,
bien commun avec lequel son bien par=
ticulier est lié d'une maniere si intime qu'il
ne peut avancer celui ci qu'en contribuant
de tout son pouvoir a celui la.
<56> AMOUR SOCIAL.
De la l'obligation ou les hommes sont
tous d'agir les uns a l'egard des autres com=
me membres d'une même Societé, appellés
a s'entraider et a travailler au même bien
commun qui les intresse tous. Dela l'obli=
gation pour chacun de nourrir dans son
coeur l'amour social; dela cette grand
principe moral, que l'amour de soi même
et l'amour social sont inseparables l'un
de l'autre, qu'ils doivent sans cesse deploier
leur ressort de concert, et que la plus grande
perfection de l'homme moral est d'obeir
egalement a l'un et l'autre mobile, com=
me sils n'en faisoient qu'un seul dans
leur influence sur ses determinations.
ORDRE SOCIAL
Mais les hommes n'etant que trop enclins
a s'ecarter de ce grand principe, et a sacrifier le bien
commun a leur interet particulier, ou a
former d'injustes pretensions sur les au=
tres pour attirer tout 1 mot biffure on n'a pas tar=
dé a comprendre que pour prevenir les dis=
putes, terminer les disputes 3 mots biffure, assurer a cha=
cun la jouissance de ses Droits, il etoit indis=
pensable de prendre dans chaque societé des
arrangemens, d'etablir des regles communes
sanctionées par l'autorité publique et 1 mot biffure
soumises a la vigilance de certaines per=
sonnes munies de pleins pouvoirs pour
disposer des forces des particuliers en
faveur du bien commun de toute la
societé; d'ou sont nées toutes ces belles ins=
titutions civiles et politiques qui reglent
l'ordre social et auxquelles les societés
doivent leur conservation et leur bonheur.
Mais Les hommes
par une suite
des leur alterations
survenues a leur
constitution natu=
relle, n'etant malheureu=
sement que trop enclins
a s'ecarter de ce grand
principe, ce qui
leur restoit de Sages=
se a suffit pour
leur faire sentir
la necessité des 1 mot biffure
arrangemens pris
dans chaque Socie=
té pour prevenir
ces ecarts, et rame=
ner les hommes
a une conduite
plus digne de l'Etre
social et assurer
le bonheur de tous
et general et
chacun d'eux
en particulier.
INSUFFISANCE DE TOUS LES MOIENS PRE=
CEDENS POUR LE BONHEUR.
Mais comment esperer un bonheur par=
fait et constant de leur union avec des
Etres exposés aux mêmes maux, imparfaits
<56v> comme eux, foibles, impuissans, bornés dans
leurs vues, vains et legers, dont ils ont sou=
vent tout a craindre, ou de constitution, qui
se ressentent toujours de l'imperfection humai=
ne, de regles et de Loix auxquelles les plus forts
peuvent se soustraire, qui ne sauroient reme=
dier qu'aux desordres publics, sans prevenir
les injustices particulieres cachées.
Qu'il Comment l'esperer ce bonheur de la
reunion même de tous les biens que ce globe
peut offrir, d'une jouissance même de ces
biens exactement reglées sur les plus belles
maximes de la Sagesse; ou trouver en tout
cela dequoi repondre a toute l'etendue de
leurs desirs et deleurs esperances.
IDEE DU SOUVERAIN BIEN.
A quoi cette insuffisance de tous les biens
sensibles devoit elle naturellement les conduire?
A rechercher si, au dela de cette sphere d'objets
il n'existoit point quelque Etre invisible et d'une
telle nature qu'il put devenir pour eux une
source intarissable de bonheur, un Etre qui
put les delivrer de leurs maux et de leurs
craintes, pourvoir a tous leurs besoins, con=
tenter tous leurs desirs, et accomplir leurs
esperances. Que devroit il etre parrap=
port a eux; un bien supreme independant,
absolu, inalterable, permanent, et eternel,
un Etre principe de lumiere et de perfec=
tion, lui memespirituel et tout parfait, infini=
ment Intelligent, infiniment bon, in=
finiment puissant, digne ainsi de leur
respect le plus profond, de leur amour
le plus ardent, de leur confiance la
plus entiere. Telle est l'idée du Sou=
verain bien.
Emploier vaguement les termes de
louange ou de blame en confondant
les circonstances exterieures avec les
qualités personnelles.
<57> Chap. XVI.
Origine primitive de l'idée d'un Etre
supreme.
THEISME ANTERIEUR AUX SOCIETES.
Nous appellons theisme le culte d'un
Etre supreme, cause premiere de tout ce qui
existe, distinct de cet univers visible, au=
quel on a attribué l'Intelligence, la bonté
et la puissance necessaires pour le creer le et le conserver. Dans la partie
monde
Mytologique nous montrerons que, an=
terieurement même aux societes politiques,
dans le temps que les familles 1 mot biffure vivoient
encor dispersées, les hommes se sont elevés
a l'idée d'une Divinité supreme et que de=
puis même qu'ils ont passé du Theisme
au Polytheisme , par une suite d'erreurs
monstruseuses, cette idée n'a jamais cessé
d'etre universellement repandue comme
elle l'est encor chès toutes les nations po=
licées et memes sauvages.
COMMENT LES HOMMES ONT ETE NATU=
RELLEMENT CONDUITS A L'IDEE D'UN
ETRE SUPREME.
Une croiance si universelle n'a pu etre
que l'effet naturel ou de l'evidence attachée
a certains principes et a leurs consequences,
ou d'une certitude deduite par induction
des faits universels dont les hommes ont du
necessairement etre frappés dans tous les
temps et les lieux.
PAR L'EVIDENCE
L'homme a pu dire par evidence de senti=
ment, je pense, je sens, j'existe, je n'ai pas
toujours existé, il fut un temps ou je
n'etois rien, et ne pouvois rien faire.
Il a pu dire par evidence d'intuition
la cause de mon existence n'est pas en moi,
puisqu'il auroit fallu pour me produire,
<57v> que j'agisse avant que d'exister; mon existen=
ce a donc été l'effet d'une cause hors de moi.
Il a pu dire par evidence de demonstration.
Si cette cause hors de moi a commancé d'etre
comme moi, elle aura été aussi l'effet de
quelque autre Etre anterieur; je puis en dire
encor autant de ce dernier, mais a la fin
il faut que je m'arrete; dans une succession
infinie d'effets il faut necessairement,
et a moins d'une contradiction palpable, que
j'admette une cause premiere de tous ces ef=
fets, qui ne soit pas effet elle même, qui existe
par son essence, necessaire, eternelle , immu=
able , coexistente a tous les lieux et les temps.
Et puisque l'effet ne peut rien comprendre
qui ne soit dans la cause, il faut que cette
cause premiere renferme le principe uni=
versel du sentiment, de la pensée, de la vo=
lonté, de l'activité, de la liberté, qui font l'ap=
panage essentiel de mon existence, et qu'elle
soit elle même douée eminemment de
ces qualités, Voies Noologie S.II C.II.
PAR l'INDUCTION TIREE DES SENS
L'homme sortant de lui même a pu raison=
ner par induction d'après le temoignage
de ses sens, il a dit: En portant mes regards
sur la matiere dont ce monde est composé, je
ne la trouve etendue, divisible, mobile,
muable, elle n'existe necessairement dans
aucune de ses parties, ni dans ses modes, ni
dans le lieu qu'elle occupe, car tout cela
pourroit exister autrement, et 1 mot biffure subit en
effet des changemens: donc la matiere et
le monde ne sont point cause premiere;
donc ils ont eu un commancement, ils
sont passés du neant a l'etre, ils ont tiré leur
existence d'une cause eternelle, de l'Etre
<58> qui existe avant tout et par qui tout existe.
Ainsi les hommes ne voiant autour d'eux
qu'une succession et 1 mot biffure d'effets produits
et comprenant que cette chaine ne peut exis=
ter sans un premier anneau, se sont tous ar=
retés a l'idée d'un Etre sans origine ni comman=
cement, auteur de la matiere, du mouvement,
de ses Loix, et de tous les Etres muables dont
cet univers est composé; ils ont compris aussi
que tout ce qui n'est pas lui est dependant
de lui pour son existence, sa maniere d'etre
le lieu qu'il occupe, le temps de sa durée qu'il
1 mot biffure cet Etre n'aiant en lui la raison de son existence,
tout ce qu'il est et de sa maniere d'etre; qui fait qu'il existe il ne peut exis=
plutot que de ne pas exister qu'ainsi
n'existant que comme effet,
ter que par la vertu d'une puissance exercée infinie qui
par l'Intelligence; puissance
seule a pu produire un effet infini, repon=
dant a la distance infinie qui separe le neant de
l'Etre. effet au dessus de 1 mot biffure puissance
finie
PAR LE SPECTACLE DE CET UNIVERS.
Ceux qui n'ont pu s'elever a l'idée du Dieu
supreme par cette 1 mot biffure induction generales,
auront pu, et du naturellement y etre con=
duits par les inductions particulieres que leur a fourni le spectacle magnifique de cet
univers, je veux dire
la multitude et la varieté prodigieuse
des Etres qu'il renferme;
leur constitution merveilleuse, considerée
dans le detail de leurs parties, egalement
admirable dans tous les genres;
Leur position, leur situation, leurs divers
rapports, leur arrangement et leur ordre;
Leurs divers mouvemens assujetis a des Loix regu=
lieres, periodiques, constantes;
La proportion entre les causes et les effets,
entre les forces et les obstacles, pour agir
dans des temps precis et determinés;
<58v> surtout les utilités sans nombre de tous
les objets et les Phenomenes sensibles parrap=
port aux Etres animés, et entre ceux ci les
aux hommes, auxquels comme superieurs
en nature et en dignité, tous semblent se
rapporter ici bas pour concourir a leur
bien etre;
Ce que nous appellons les causes finales ou
les fins particulieres qui se manifestent
partout ou l'observation peut s'etendre, et
singulierement dans tous les cas ou l'on
voit des effets considerables par leur im=
portance, et leur utilité, qui resultent de la
combinaison de plusieurs causes efficientes
ou moiens mis en oeuvre, quoique tous dif=
ferens par leur nature et leur action;
Enfin cette subordination partout sensible
en vertu de laquelle les Etres servent aux
usages des autres Etres, en raison dela pla=
ce plus ou moins eminente qu'ils occupent
dans la chaine qui les lie 2 mots biffure d'ou vient
queles Astres servent a échauffer et eclairer
la terre habitée, que cette terre avec ses diver=
ses productions sert a l'habitation et la nourri=
ture des Etres qui s'y meuvent, que ces êtres
animés servent aux besoins et aux agremens
de l'homme, l'Etre raisonnable auquel tout
est soumis.
Frappés de tant de traits qui annoncent
si hautement une intention, une volonté eclai=
rée, un auteur Intelligent, comment les
hommes auroient ils pu se refuser a l'idée
d'un Etre distinct de la matiere, brute doué
d'une Intelligence et d'une puissance propor=
tionées a la grandeur de tant de merveilles.
Comment meconnoitre l'etendue et les riches=
ses de cette puissances dans la varieté des
Etres, des effets, des moiens, de la sagesse de 1 mot biffure cette
Intelligence dans leurs rapports et dans l'en=
semble, la bonté infinie de cet Etre dans leur
destination et leurs usages, son immensi=
té dans l'etendue de ses oeuvres?
<59> [page vierge]
<59v> ou de simples observ=
vations faites sur
eux mêmes tant par
rapport au physique
que par rapport a
l'Intellectuel et au
Moral.
PAR LA CONSIDE=
RATION DEUX
MEMES
Mais en se bornant aux observations qu'ils
pouvoient faire sur eux mêmes, tant
parrapport au physique de leur existence
que par rapport a l'Intellectuel et au mo=
ral, les hommes n'avoient ils pas assès de
1 mot biffure faits pour arriver au même resul=
tat. L'admirable structure du corps de hu=
main qu'il l'homme si bien adaptée aux fonctions
necessaires a sa conservation, le mer=
veilleux tissu de tous les vaisseaux
qui servent a la circulation des flui=
des, des nerfs et des muscles destinés au
develloppement de ses forces, la construc=
tion de ses organes sensibles et de tous
les membres dont il fait usage pour
remplir les diverses parties de sa destina=
tion, le rapport 1 mot biffure frappant de sa constitu=
tion organique avec l'etat du globe
qu'il habite, et le rôlle qu'il est appellé
a y jouer, tous les avantages reunis
qui le distinguent de toutes les autres
especes et en particulier des animales,
tous ces faits qui ne cessent d'etre rap=
pellés a sa pensée, a chaque moment
de sa vie, pourroient ils ne pas l'elever
a l'idée de l'Etre qui est l'auteur de tant
de merveilles et de bienfaits.
Si a cela l'homme vient a joindre encor
tout ce qui peut rendre son Etre interes=
sant quant au spirituel et au moral
toutes ces belles facultés dont son ame
est enrichie, avec des penchans naturels
si bien assortis a sa destination, et tou=
jours deductibles aux 1 mot biffure dans leur
direction aux regles distinctes de l'In=
telligence, et une liberté qui le met
en etat d'être par lui meme l'artisan
de sa felicité, cette connexion naturelle
qui se trouve etablie entre ses actions
libres et les divers biens d'ou cette felicité
peut dependre, connexion d'ou resultent
<60> pour lui des obligations morales, qui
le mettent dans l'heureuse necessité de
se conduire d'une maniere assortie a sa
nature, sa position et ses relations, cette
conscience qui ne cesse de faire entendre
sa voix au dedans de lui pour l'avertir
de ce qui est bien, de ce qui est mal, et
le penetrer, ou de joie apres qu'il a
agi, ou de joie ou de regret, le Systheme
moral en son entier, n'est il pas une
espece de tableau ou se retracent les
perfections et les vues d'un Etre infini=
ment sage et puissans qui comme
dans le Physique, a tout arrangé et
dirige tout, avec un ordre admirable.
COMMENT LES HOM=
MES ONT ETE CON=
DUITS AUX IDEES
DE SES PERFECTIONS
COMME CAUSE PRE=
MIERE
La meme voie qui
a conduit les hommes
a l'idee d'un Dieu, les
a conduit a l'idee de
1 mot biffure ses perfections
et comme 1 mot biffure
1 mot biffure
Les imperfections Les mêmes reflexions qui
ont conduit les hommes 2 mots biffure a l'idee d'un dieu supreme
1 mot biffure
les ont conduit necessairement a l'idee
des perfections de cet Etre, inseparables comme cause premiere
de 2 mots biffure
et comme Etre Esprit souverainement parfait.
Comme cause premiere, les hommes lui
ont attribué, la necessité d'existence
l'immutabilité d'essence, l'independance
absolue, la toute puissance, l'eternité, l'incorruptibilité ,
l'immortalité, la simplicité, l'immaterialité.
lité Toutes ces perfections ne peuvent
convenir qu'a Un seul Dieu; rien n'est
necessaire, immuable, independant
present partout, eternel, que lui; qui.
ne peut 4 mots biffure qu'il
n'a jamais reçuLa serie Il n'y
a qu'un seul etre qui puisse etre tout
puissant, tout parfait, infini; toute
la serie des causes finales comme
celle des causes physiques nous ra=
menent toujours a un premier Etre
unique de qui tout tient son origine. Les
<60v> premiers hommes qui ont pensé, qui
se sont élevés a l'idée de Dieu, ont du
necessairement etre ramenés a l'idée
d'un Dieu unique. Ce n'est que lorsque
cette idée est venu a se charger d'idées
accessoires et etrangères, lorsque les nations
aveuglées se sont formées des idées bisarre=
ment diversifiées de cet Etre supreme,
ce n'est, dis je, que dès lors qu'on a penséque le Polytheisme a pu
a faire de ces idées autant de Divinités
differentes et
s'introduire parmi les hommes. Nous verrons
par quelle progression
d'erreurs les hommes
ont pu en venir
a cet excès d'aveugle=
ment Mytologie
chap. II.
Et comme Esprit
3 lignes biffure
COMME ESPRIT SCIENCE INFINIE SANS BORNES
Comment les hommes auroient ils pu
concevoir cette Divinité supreme sans
lui supposer une science infinie qui
embrasse tous les objets qui les saisit
de la maniere la plus 1 mot biffure complete, et avec
une promtitude et une facilité au
dessus de toutes nos conceptions, cette
science ne s'etend pas seulement a tout
ce qui a été et qui est, mais encor a tout
ce qui doit etre: elle parfaite en tout sens point, elle
ne sauroit demeurer imparfaite jusques
a l'evenement; prevoir pour une Intel=
ligence infinie est la même chose que
voir; d'un seul et même acte de pensée
elle embrasse les siecles passés et avenir
comme l'instant qui s'ecoule: sa science
infaillible ne sauroit dependre de condi=
tions independantes d'elle: mais elle pre=
voit ce qui est physique, comme physique
ce qui est moral, comme moral, et la
liberté humaine ne souffre aucune
atteinte de cette prescience certaine; Quoi
que Dieu prevoie certainement de ce que je
ferai, il n'est point l'auteur de ce que
je fais; qu'importe que mon action ait
ete prevue, ce n'est pas moins moi qui l'ait
faite; je prevois moi même avec une
sorte de certitude qu'un yvrogne
qui entre dans une taverne n'en sortira
pas sans etre yvre, je n'entre pour rien
<61> dans son dereglement, il en est lui
seul l'auteur.
Ainsi jamais les hommes n'ont pu se passer
de l'idée d'une Divinité supreme, celle d'une
Intelligence universelle qui embrasse
toutes les parties de cet Univers, qui con=
noit a fond la nature, l'essence de la cons=
titution de tous les Etres qu'il a crées, leurs
qualités, leurs forces, leurs rapports, leurs
Loix, leur dependance mutuelle, comme
causes et effets, comme moiens et comme
fins, le pere universel des causes effi=
cientes et finales, leur subordination
entr'elles et leurs rapports au grand tout,
qui embrasse egalement le visible et
l'invisible, penetre dans les profondeurs
les plus cachées comme dans les 1 mot écriture les
plus secrets du coeur humain, et voit
d'un coup d'oeuil toute la suite des
evenemens.
SAGESSE PARFAITE
Il est un Des que les hommes ont eu l'idée
d'une Intelligence qui connoit parfaitement
qu'elle est la fin la plus excellente a laquelle
tout etre rapporté, et toutes les fins parti=
culieres qui doivent etre subordonnées
comme moiens a cette fin generale, et
tout ce qui peut convenir a chaque
Etre selon sa nature, sa position et son
rapport avec le grand tout, il est impos=
sible qu'ils ne lui aient pas attribuée en
même temps une sagesse parfaite par
laquelle elle est constamment et inva=
riablement disposée a 3 mots biffure se proposer dans ses desseins
2 mots biffure
et sa conduite, ce qui lui paroit le meilleur,
le plus conforme a la nature des choses
a leurs rapports, et a l'ordre qui doit
regner entr'elles: disposition dont une
Intelligence infinie ne peut jamais
s'ecarter, parce qu'il n'y a en elle aucun
prejugé ni passion, ni deffaut, qui puisse
comme chès les hommes, interrompre
<61v> l'harmonie des determinations de la volon=
te avec les idées vraies des choses qui lui
sont sans cesse presentes de toute éternité,
et que d'ailleurs les preuves sensibles et pal=
pables de cette sagesse infinie, s'offrent
de toutes parts dans l'arrangement de
cet Univers, dans la correspondance
de ses diverses parties entr'elles et avec
la fin generale a laquelle tout doit
aboutir, fin que les hommes n'ont
jamais pu meconnoitre.
DEMONTREE DANS LA FIN GENERALE DE CET UNIVERS
qui a tout subor=
donné dans cet Uni=
vers a une seule fin
generale, le plus grand
bien universel 1 mot biffure
les Intelligences prises
dans leur ensemble.
Pour peu en effet qu'on ait observé comment
tous les Etres de ce globe sont tous subordon=
nés aux besoins, aux commodités et aux
agremens de l'homme, superieur a tous
les autres 3 mots biffure partant de
belles facultés, le seul qui puisse s'elever
a la connoissance de l'auteur de tant de
merveilles, il est impossible qu'on n'ait pas
été frappé de cette subordination, et com=
pris que toutes les causes finales fins par=
ticulieres qu'on observe dans le plan
des creatures, 2 mots biffure sont autant de
moiens subordonnés au bonheur des
Intelligences et au plus plus grand
bien de toutes les Intelligences prises
dans leur ensemble, ce que nous ap=
pellons le bien universel; et que dès la
ce bien universel des Intelligences est
la fin premiere et generale, la grande
fin que la sagesse de Dieu s'est propo=
sée dans ses oeuvres: d'autant plus
qu'il seroit impossible d'en concevoir
une qui fut plus digne de l'Etre tout
parfait, ni et qu'il ait l'a annoncée plus
hautement lui même, soit par le con=
cert unanime de tous ses ouvrages,
soit par le desir invincible de felicité
qu'il a imprimé dans le coeur de tous
les hommes, qui est inseparable de leur
nature et de leurs affections, et qui
<62> nous est le garant le plus authentique
de sa bonté infinie 1 mot biffure des 1 mot biffure du
bonheur qu'il 1 mot biffure auquel
il s'est proposé de les conduire en leur
donnant l'existence.
BONTE INFINIE
Toutes ces reflexions ont produit en
même temps l'idée d'une Bonté infinie
qui se manifeste par mille traits demons=
tratifs. Cette multitude d'Etres sensibles
appellès a l'existence et a un degré plus ou
moins grand de bonheur, cet ordre admi=
rable etabli pour la conservation et
le bien etre de tout ce qui a vie et en
particulier des hommes; ces biens de tout
genre repandus autour d'eux pour pour=
voir a leurs besoins, leurs commodités
leurs agremens; ces sources abondantes
de plaisirs attachées aux fonctions natu=
relles et a l'exercice moderée de tous leurs
organes; ce sentiment de douleur in=
separable de tout ce qui menace leur
conservation ou qui peut leur etre nui=
sible, pour les en avertir et les en 1 mot biffure
eloigner, les sentimens delicieux qui
sont les compagnes de leurs penchans
naturels, lorsqu'ils sont dirigés par la
raison, ainsi que de leur progrès en
lumiere, en vertu, en perfection, tous
les moiens et les secours qui sont a leur
portée pour avancer ces progrès, tant
de traits multipliés, tant de bienfaits
accumulés chaque jour, tout cela
n'a pu que frapper vivement l'Esprit
des hommes et les porter dans tous les
lieux et les temps, a celebrer l'Etre su=
preme, comme l'Etre souverainement
bienfaisant.
<62v> PUISSANCE SANS BORNES
une bienfaisance
infinie
Toutes les reflexions qui ont conduit les
hommes a l'idée d'un Etre supreme doué
d'une Intelligence, d'une sagesse et d'une
Bonté sans bornes, 1 mot biffure ont amené neces=
sairement celle d'une puissance infinie
necessaire sans laquelle la premiere seroit
impossible car comment une activié finie
pourroit elle etre associée a une Inteli=
gence infinie et comment conce=
voir un Dieu qui
a tout fait, sans
etre tout puissant?
comment sans une
puissance infinie
auroit il pu amener
tant de fins de creatu=
res du neant a l'etre
en surmontant la
distance infinie qui
separe l'un de l'autre. ce sont 1 mot biffure ces 4 mots biffure
8 lignes biffure
LIBERTE SANS LIMITES ILLIMITEE
une liberté 1 mot biffure
Toutes ces notions que les hommes
se sont formées de la cause premiere
comme 1 mot biffure independante, et sou=
verainement Intelligente, sage
et puissante, ont derechef produit
necessairement la 1 mot biffure la notion
inseparable des 3 mots biffure dela
liberte parfaite. 1 mot biffure et la La necessité
que nous attribuons a Dieu ne tombe
que sur son existence et ses attributs
essentiels, mais nullement sur sa volonté
et l'exercice de sa puissance, qui est
essentiellement independant, et ne
sauroit dès la etre soumis a aucune
contraïnte ni exterieure ni interieu=
re. Dieu est necessairement tout
ce qu'il est, il 1 mot biffure execute necessairement
tout ce qu'il veut, mais il veut libre=
ment tout ce qu'il execute, la necessité
est dans son Etre, la liberté dans
son action.
<63> IMMUTABILITE MORALE CONSCIENCE INEBRANLABLE
Dieu est libre dans tout ce qu'il veut; mais
il ne peut vouloir que le plus grand bien,
et il le veut toujours parce qu'il le voit tou=
jours; il l'a voulu de tout eternité et il le
voudra dans tous les temps, sa volonté
est donc immuable et cette immutabilite
morale consiste en ce qu'il suit toujours
les regles de son eternelle sagesse. Il n'y a
de mutabilité que hors de lui, il peut va=
rier sans cesse ses oeuvres, et demeurer
toujours le même quant a sa volonté
qui est constante et inebranlable.
ORIGINE PRIMITIVE DU CULTE
L'idée d'un Dieu supreme n'a pu saisir
l'Esprit des hommes sans y reveiller celle
de l'obligation ou ils sont de recourir a lui
dans leurs calamités, d'implorer sa protec=
tion dans leurs besoins, de chercher a
se concilier sa bienveillance par des te=
moignages de respect, de gratitude, d'a=
mour, de soumission et d'obeissance, sen=
timens dont l'ensemble a été appellé Reli=
gion , culte , culte interieur, culte ex=
terieur.
Il y eut un culte dans les familles,, avant qu'il existat
dans les communautés
des formes regulieres de gouvernement,
avant qu'il y eut des Magistrats, des Pretres
des assemblées, des temples; les societés aiant
recu une forme, on choisit les lieux
propres au culte public, des hauts
lieux, des forest &c. on ordonna des cere=
monies religieuses, des oblations, des victimes
des hymnes &c. enfin on batit des temples
on dressa des autels , on y introduisit une
certaine magnificence pendant que les de=
meurs privées n'etoient encor que des
cabanes.
<63v> OBJECTIONS
Que n'a ton pas osé objecter contre ce qui
vient d'etre dit sur l'origine de cette idée
d'un Dieu supreme?
C'est le fruit de l'ignorance; la ou on ne deme=
loit pas des causes visibles suffisantes pour ex=
pliquer des effets, on en a supposé une invisi=
ble. Mais c'est la serie même des causes qui
a fait remonter a la premiere.
C'est un prejugé d'éducation; mais quel pre=
jugé? un prejugé de tous les siecles, de tous
les peuples, de tous les etats, de tous les indivi=
dus, un prejugé que rien n'en a pu detruire, ni
l'education, ni la maturité de l'age, ni le serieux
de la reflexion, ni les efforts du genie, ni la for=
ce des interets particuliers.
La crainte et la peur firent les Dieux; quoi!
le coeur des mortels n'a pu s'elever a un bien=
faiteur supreme avant que les forfaits
eussent engendrer la peur. Est ce donc celle
ci qui offrit au Dieu du Ciel les fruits ou
les premices des troupeaux? presidat elle
a ces hymnes, a ces fêtes religieuses qui ne
respiroient que la joie?
Ce fut une invention politique des tyrans qui
crurent y trouver un appui a leur autorité.
Mais comment des hommes aussi haissables
eussent ils reussi a accrediter une telle
idée, si cette idée n'eut deja été de tous temps
gravée dans tous les coeurs? Et comment sup=
poser que des hommes artificieux eussent pris
Interet a un prejugé capable de les faire
trembler eux mêmes sur leur throne, et de
faire detester tous les despotes avec leur
cruauté et leurs vices?
<64> Chap. XVII.
Origine primitive de l'idée d'une Provi=
dence divine.
CE QUI A CONDUIT LES HOMMES A L'IDEE
D'UNE PROVIDENCE DIVINE.
Les mêmes reflexions qui ont fait naitre
chès les hommes l'idée d'une Dieuvinité supre=
me, les ont conduit a celle de la Providen=
ce par laquelle il deploie sa puissance, sa
sagesse et sa bonté envers toutes ses Crea=
tures, pour les conserver, soutenir leur
activité, pour les diriger a leurs fins et
les faire concourir a sa grande fin gene=
rale, le bien universel de toutes ses creatu=
res Intelligentes.
Des creatures absolument dependantes
dans leur origine ne doivent pas l'etre moins
dans sa succession de leur durée; elles ne
peuvent continuer a exister que par la
même volonté supreme qui, après les avoir
fait passer du neant a l'Etre, continue a
prolonger leur existence et les conserver.
La force qu'elles deploient dependant du même
principe que leur existence, il est evident
encor quelles ne peuvent exercer cette force
sans le concours du même pouvoir su=
preme qui en est le premier auteur.
Destinées a une fin, elles ne peuvent y
tendre et l'obtenir par elles mêmes, puisque
la plupart n'en ont aucune connoissance,
et que celles qui en ont quelque idée, ne la con=
noissent qu'imparfaitement, non plus que
que les moiens qui peuvent y conduire,
et sont moins capables encor de mettre ceux ci en
oeuvre, avec assès d'efficace pour en assurer
le succès. Toutes ainsi ont un besoin indis=
pensable de la direction de leur createur
pour etre amenées a leur destination pri=
mitive et a la grande fin de l'Univers.
<64v> PROVIDENCE GENERALE
Il y a pour les Etres destitués de connoissance
et de liberté des Loix Physiques d'ou nait une
serie constante et uniforme de causes et
d'effets qu'on appelle l'ordre Physique; il y
a pour les Etres raisonnables et libres des Loix
prattiques (ce qui sera expliqué Sect. II) d'ou
depend une serie uniforme de causes morales
et d'actions, appellées l'ordre moral. Ces Loix
generales ne peuvent se maintenir ni sortir
leur effet, l'ordre physique et moral ne peut
subsister dans son cours, sans un exercice
constant de l'impuissance de la volonté et
de l'Intelligence supreme: c'est ce que nous
appellons la Providence generale.
PROVIDENCE PARTICULIERE
Mais souvent les forces de la nature, la quan=
tite du mouvement, eprouvent quelque al=
teration, certains ressorts de la grande machi=
ne s'usent, se relachent, il survient certains
evenemens peu extraordinaires qui semblent donner
quelque atteinte a l'ordre Physique; tout
cela exige une intervention particuliere de
la providence pour rappeller le tout a l'etat
et a l'ordre primitif.
Les creatures Intelligentes abusent tres souvent de leur
liberté pour s'ecarter de l'ordre moral, et
il est nombre de cas qui demandent l'inter=
vention dela providence pour les y ramener
a cet ordre il emploie pour cela elle emploie
les causes secondes selon certaines vües par=
ticulieres, subordonnées elle augmente,
elle diminue, elle suspend leur activité
selon les ocurrences, sans donner cependant
aucune atteinte a l'ordre primitif: c'est
ce que l'on a appellé la Providence parti=
culiere, mais qui est toujours en parfait
accord avec la Providence generale pour
amener toutes les creatures a leur destina=
tion generale primitive.
<65> QUI RAMENE TOUT AU PLUS GRAND BIEN
SANS EN EXCEPTER LES MAUX.
Quoique nous ne connoissions ni le nombre ni
la diversité des creatures sensibles, ni jusques
ou s'etend le bien dont elles jouissent, nous
en savons assès cependant pour juger que tout
dans ce monde est subordonné au bien uni=
versel de toutes celles qui sont capables d'en
jouir, 3 mots biffure très bien et 1 mot biffiure que c'est
cette fin generale qui regle toutes les dispen=
sations de la Providence divine envers elle.
creatures, et Mais d'un autre côté, nous comprenons aussi que le bien que sa bonté se plait
a repandre sur chacune d'elles ne peut pas
etre sans bornes; qu'il doit etre toujours de=
terminé par sa sagesse qui ne sauroit ja=
mais agir autrement que selon la nature
des choses, leurs relations, et leur subordina=
tion entr'elles, et en rapportant tout a la fin
generale, le bien universel, qui est necessai=
rement la regle et la mesure invariable de
tous les biens particuliers distribués a cha=
cun des Individus; que parcons. ceux
ci doivent etre restreints aux limites
que de leur nature, et a ce que peut permettre
et souffrir le plus grand bonheur de tous,
qu'ainsi chaque creature doit etre necessai=
rement privée de tous les biens incompa=
tibles avec sa nature ou qui ne sauroient
se concilier avec le plus grand bien univer=
sel, et de plus encor exposée a divers maux
dont l'assujetissement n'est que le resultat neces=
saire de Loix indispensables pour le bonheur
general de toutes; aucun Individus ne
pouvant et ne devant jamais etre epargné
au prejudice de tout l'ensemble et du
grand tout, dont il n'est que la partie.
MAUX METAPHYSIQUES
On a Entre les maux auxquels les hommes
sont exposés, il en est qui ne sont proprement
que des privations, ou imperfections insepa=
rablement <65v> attachés aux limites de leur
nature, et ne peuvent même etre appellées des
maux que dans un sens impropre, a moins
qu'on ne voulut affirmer que cette nature
elle même est un mal, ce qui seroit absurde.
Cependant l'usage a prevalu de leur donner
le nom de maux metaphysiques.
MAUX PHYSIQUES
Il en est d'autres dependant des circonstances
et de la position de l'homme sur ce globe aux=
quels on a donné le nom de maux physiques
et qu'on peut effectivement appeller maux
particuliers relativement a l'Individu qu'ils
exposent a des inconveniens ou a des souf=
frances, mais qu'on ne peut point envisager
comme des maux dans le sens general et ab=
solu, puisqu'ils sont l'effet necessaire des Loix
physiques etablies pour la conservation du
grand tout, pour le maintien de l'ordre general,
et le bien universel des creatures, sans lequel
il ne sauroit exister de biens particuliers pour
aucune d'elles.
Ainsi chaque partie se trouve subordonnée
au tout; les maux physiques que la partie en=
dure sont des moiens indispensables pour le
plus grand bien du tout; c'est par ex: un
mal pour le particulier que la mort, mais
puisque ce n'est que par la succession des indi=
vidus que l'espece se conserve, la mort est reelle=
ment un bien pour elle, et sans le mal parti=
culier, le bien universel ne pouroit exister.
Ce qui prouve encor que ces maux physiques ne
sont que des maux relatifs, c'est la necessité du
melange des maux avec les biens parrapport
a l'homme, comme Creature sensible, pour lui
rendre la jouissance des biens plus flatteuses
comme creature active, pour l'exciter par un
plus grand nombre de ressorts et multiplier les
objets de ses occupations, comme Creature
Intelligente, pour donner plus d'essor a son
<66> industrie par l'invention de toutes sortes
de moiens pour suppler a ses privations
et se mettre a couvert des maux, dont il est
menacé. Supposés en effet que l'homme n'e=
prouvat ni besoins, ni douleur, qu'il n'eut
aucun mal a craindre ni a corriger, qu'en
resulteroit il? tous les plaisirs et les biens
lui deviendroient a la fin insipides; avec la
sensibilité il perdroit tout ressor d'activité,
il ne feroit que vegeter et languir et le
monde ne seroit bientot plus pour lui qu'un
theatre monotone et ennuieux et insup=
portable.
Etre moral, destiné a vivre selon certaines
regles de sagesse, il etoit essentiel au maintien
de l'ordre moral, que le mal physique fut
sans cesse a côté du bien, parceque celui ci
devint pour lui un objet de preference et de
choix, que la crainte du mal lui servit de
mobile d'activité dans la recherche du bien,
qu'il y eut un plus grand nombre de motifs
reunis pour le rendre attentif, vigilant, cir=
conspect, que toutes ses demarches contrai=
res a la sagesse comme autant d'ecarts de
sa fin, fussent suivies de desagremens, de
douleurs, dont le sentiment peut servir d'ai=
guillon pour le ramener dans la route de
la perfection.
Ainsi la reflexion et l'experience ont appris
aux hommes que les souffrances et les maux
dont leur sort est melangé, ne sont dans le
fond qu'un bien reel, très assorti a la sagesse
et a la bonté divine; ce qui au reste ne peut
etre vrai que de sa position actuelle consi=
derée comme preparatif a une existence
future, ou, après avoir triomphé ici bas
de tous les obstacles, et s'etre affermi dans
l'habitude du bien moral, il pourra etre mis en
possession d'un bonheur pur et sans me=
lange de maux.
<66v> MAUX MORAUX
Mais il est une autre classe de maux dont
l'introduction dans ce monde, contraire a
l'ordre moral, n'a pu qu'etre infiniment
funeste aux hommes. Nous parlons des
maux moraux resultant de l'abus que
les hommes font deleur liberté pour s'ecar=
ter des Loix prattiques auxquelles ils devroient
constamment obeir ou pour agir d'une maniere
opposée aux regles de la Sagesse qui devrat
etre pour eux un principe constant de direc=
tion dans leur conduite, et les ramener
sans cesse a la fin generale que Dieu
s'est proposée par rapport a ses creatures Intellgen=
tes.
Mais ces maux la ne sauroient venir ni
directement ni indirectement de la Provi=
dence, quoiqu'elle en ait souffert l'intro=
duction dans le monde, puisqu'ils ne sont que
l'effet de l'abus que les hommes font eux
mêmes des excellentes facultés dont Dieu
les a enrichis, et que ce Dieu leur a donné
toutes les lumieres, et tous les moiens pour
se tenir en garde contre un abus si funeste.
SAINTETE DE DIEU PARFAITE
Les hommes ont été tellement persuadés de
cette verité, qu'ils ont constamment attribué
a Dieu une sainteté parfaite c.d. une
l'horreur pour le mal moral, un amour
inviolable pour le bien moral, une disposi=
tion constante a ne rien negliger de tout ce
qui peut eloigner ou prevenir le premier,
procurer et avancer le second, et en general
a mettre tout en oeuvre pour solliciter les
hommes a fuir l'un et prattiquer l'autre,
sans cependant emploier pour cela aucun
moien qui ne sauroit se concilier avec la
nature des Etres libres, et avec ce que sa
sagesse exige parrapport a la fin generale
de cet Univers.
<67> JUSTICE IMPARTIALE
Observant d'ailleurs que le bien et le mal
physique marchent ordinairement a la suite
du bien et du mal moral, que les biens et les
maux sont assès generalement distribués
dans une mesure qui repond asses communement a la conduite
des hommes relativement aux regles de
la sagesse, considerant que cette distribution ne peut
etre envisagée que comme une suite de l'ordre
primitivement etabli et ensuite maintenu
par la providence divine, les hommes n'ont
pu y meconnoître non seulement la sainteté
parfaite de Dieu qui a voulu par la les eloi=
gner du mal et les porter au bien, mais en=
cor une Justice impartiale qui s'exerce
par differentes dispensations envers les
creatures Intelligentes, selon qu'elles sui=
vent ou s'ecartent de l'ordre moral et des
regles de la sagesse, soit pour favoriser,
proteger, rendre heureuses celles qui suivent
le droit chemin, soit pour temoigner son
mecontentement et son indignation a
celles qui se fourvoient, et les rappeller.
a l'ordre moral, si elles se trouvent encor
sensibles a la correction
SANS EXCLURE LA MISERICORDE.
Et comme le plus grand bien universel deman=
de que celles qui se sont devoiées du droit che=
min y rentrent, pour etre rappellées a l'ordre,
l'idée de la sagesse et de la bonté souveraine
a fait concevoir aux hommes celle d'une
misericorde disposée a suspendre les effets
de la justice, dans l'attente de leur retour
a la lumiere, et a la voie qui peut les
conduire a la perfection et au bonheur.
DIFFICULTES SUR LA PERMIS=
SION DU MAL. SOLUTION
Mais, a t'on dit, comment un Dieu tout sage,
et tout saint a til pu permettre le mal mo=
ral qu'il ne tenoit qu'a lui d'empecher par
sa puissance. <67v> Reponse. Mais L'imperfection de
l'homme a rendu le mal moral possible en
soi et la sagesse de Dieu ne lui aura jamais
permis de deploier un pouvoir coactif pour
l'empecher, ni de prevenir chès les hommes
l'abus de la liberté en leur en otant l'usage,
ni de detruire la possibilité ou ils etoient de
s'ecarter de l'ordre moral, en detruisant cet
ordre lui même tout fondé sur l'exercice de
la liberté, et par la même, tout ce qu'il y a
dans cet Univers de plus grand et de plus
digne de l'Etre tout parfait qui en est l'au=
teur.
Mais, ajoute ton, tout devoit y etre sacri=
fié a l'eloignement du mal moral: on re=
pond a cela qu'en l'eloignant par un pou=
voir coactif, il Dieu auroit fait un mal plus grand
encor que ne l'est ce mal même, puisque
parla il auroit aneanti tout le bien moral,
et tout ce qui peut donner le plus d'eclat aux
perfections du Createur, je veux dire, leur
exercice pour tirer le bien du mal même.
Qui ignore que les chutes de la Creature qui
s'egarent, suivies bientot de souffrances et
ensuite de repentir, sont un moien des plus
efficaces pour l'attacher plus fortement
au bien moral, comme la maladie fait
mieux sentir le prix de la santé, et que les cri=
ses même par ou elle passe, ne font que ra=
nimer son zele pour avancer sa perfection.
LES MAUX MEME ANNONCENT UN DIEU
ET UNE PROVIDENCE
Ainsi les maux même, lorsque nous y refle=
chissons serieusement, nous rameinent a l'idée
d'un Dieu et d'une Providence. Le monde
est muable, imparfait, fini, donc il doit
son existence a un Etre immuable, parfait,
infini. Il y a un mal physique resultant
des Loix de l'Univers, donc il y a un Dieu
auteur de ces Loix qui a tout combiné pour
le mieux. Il y a un mal moral, donc il
y a un ordre moral et un Dieu auteur
<68> de cet ordre, qui veut que tout y soit
ramené. Les douleurs même que je ressens
m'annoncent un Dieu qui me reprend ou
m'eprouve; ce que je souffre est une suite
de mes excés, il y a donc une justice qui
punit. Le triomphe même du mechant
ici bas dont je suis quelque fois le temoin et qui m'afflige, ne fait que demontrer a mes yeux
qu'il y a une eternité de dedomagemens
pour le juste.
Me plaindrai je après cela dece qu'etant libre
je puis devenir malheureux? mais ce seroit
me plaindre de que je ne suis pas une brute,
de ce que je suis un Etre Intelligent, un Etre
superieur aux autres, un Etre qui peut suivre
le plan d'un Systheme, un Etre dont le sort
est entre ses propres mains &c. Quoi je verrois
avec deplaisir que Dieu m'ait fait pour le
connoitre, pour celebrer ses perfections, pour
lui rendre mes hommages, etre uni eternelle=
ment a lui? Il m'a appellé au bonheur
mais il n'a pas voulu que ce fut un objet de
contrainte, il a voulu que je fus moi même
l'artisan de ma fortune par l'exercice de mes
facultés et mes progrés en perfection; il na
pas voulu me forcer a etre sage, mais il my
sollicite, il me fournit tout ce dont j'ai besoin
pour cela; je n'ai qu'a le vouloir et je suis
heureux sage et heureux.
DIEU CONSIDERE COMME LE PERE DES
HOMMES.
Persuadés que les perfections de Dieu reunies
dans l'exercice de sa Providence, la puissance
qui fait tout, l'Intelligence qui sait tout, la
sagesse qui regle et rameine tout a la fin
premiere, la bonté qui distribue tous les biens,
la saintete meme et la justice, perfections
qui n'offrent qu'un concours unique d'acti=
vité pour procurer leur bien, les hommes,
dis je, se sont accordés a appeller l'etre supre=
me le Pere des hommes, le Pere très bon
et tres grand; nom qui en effet peut leur
<68v> etre appliquée dans le sens le plus propre,
puisqu'il leur a donné la vie, qu'il les nourrit
les eleve, les protege, qu'il veille sans cesse a
leurs interets, qu'il les rappelle incessamment
au droit chemin, pour les amener enfin tous
a soi comme au centre du bonheur, a
l'heritage eternel.
LEUR SOUVERAIN BIEN
Apres cela comment en effet pourroient ils meconnoi=
tre dans cet Etre supreme les caracteres du Sou=
verain bien, puisqu'il est l'Etre eternel, inde=
pendant, principe universel de lumiere et
de toute perfection, l'Etre tout puissant pour
faire en leur faveur au dela même de ce
qu'ils peuvent desirer, l'Etre tout sage et tout
bon, qui ne deploie son activité que pour
les combler de biens et les conduire a ce bon=
heur dont il leur a lui même imprimé le
desir invincible, un Etre toujours disposé
a communiquer le souverain bonheur dont
il jouit a tous ceux qui l'aiment, qui reche=
chent sa faveur par leur application a repon=
dre a ses vües: qui enfin reunit a leur egard
dans le plus haut degré les douces relations
de Bienfaiteur magnifique, de protecteur
genereux, d'ami fidele, de Pere tendre, sans
cesse occupé a les affranchir de leurs crain=
tes, les delivrer de leurs maux, et leur subve=
nir a leurs besoins, et leur accorder tout
ce qui est necessaire a leur perfection et leur
bonheur.
LEUR SUPERIEUR NATUREL.
Tel est ce ce souverain bien auquel l'hom=
me doit s'attacher. qu'il doit aimer, desi=
rer, rechercher par dessus tout, auquel il
doit donner la preference dans son coeur
sur tous les autres biens.
Tel est l'Etre dont la volonté connue doit
etre la regle supreme, universelle et con=
stante de sa conduite, puisque cette volonté
est infiniment sage et bonne, et ne peut
<69> jamais rien exiger de ses creatures Intel=
ligentes que ce qui est le plus conforme a
leur veritable bonheur.
Tel est l'Etre auquel l'homme, a moins que
d'etre insensé et ennemi de soi meme, ne sau=
roit refuser de soumettre ses pensées, ses
desirs, son activité, et qu'il doit par consequent
reconnoitre comme son superieur naturel
et legitime, parrapport auquel il est dans
une dependance entiere et absolue, des la
même qu'il ne peut se dispenser d'obeir
en tout a sa volonté.
Telle est l'autorité supreme a laquelle il
est naturellement assujeti; et a laquelle
rien absolument ne sauroit le soustraire,
puisquelle n'est point le resultat d'aucune
institution volontaire, mais uniquement
de la nature des choses, des relations de
Dieu avec sa creature, relations necessai=
res, immuables, auxquelles rien ne sauroit
jamais porter la moindre atteinte. Voions
quelles sont les obligations qui en resultent
pour l'homme.
Chap. XVIII
Regles que la sagesse prescrit a l'homme
comme dependant de l'Etre supreme.
De ce qui a été dit resultent les obliga=
tions suivantes.
1. que le plus haut point dela sagesse est
pour l'homme de se soumettre entierement
a la volonté de Dieu l'Etre supreme dès quelle
lui est clairement connue.
2. qu'il doit chercher et s'etudier a connoi=
tre clairement, exactement et avec cer=
titude cette volonté pour en faire la regle
universelle de sa conduite.
Et comme cette connoissance depend entiere=
ment de celle de ses perfections ou attributs
des fins particulieres, et dela fin generale
<69v> qu'il s'est proposées, il est des la 3° dans l'obli=
gation de s'appliquer a l'etude de ces attributs
et de ces fins pour y assortir ses actions et
agir selon les regles et les motifs qui en
decoulent, ainsi que selon les sentimens
que leur connoissance doit reveiller dans
son coeur.
Et comme des creatures Intelligentes ne
peuvent trouver leur bonheur qu'en Dieu
seul, ni y parvenir autrement que par la
connoissance de ses attributs et de sa volonté
et surtout leur empressement a se soumettre
a celle ci, il s'ensuit que ce Dieu, dans la
fin generale qu'il s'est proposée, le plus
grand bien universel, et a eu en même
temps en vue le concert de toutes les Intelli=
gences pour s'occuper a le connoitre,
a s'instruire de ses perfections, de ses fins
et de sa volonté, et a se communiquer leurs
idees et leurs sentimens pour s'exciter mu=
tuellement a l'aimer, le celebrer, a repon=
dre a ses vües et devenir ainsi toutes ensem=
ble heureuses en lui et par lui. Et puisque c'est par une
telle conduite que les attributs de Dieu
brillent du plus grand eclat, on a ce
qu'on appelle la gloire de Dieu ou sa
glorification , il est manifeste que c'est 4°
encor pour les hommes une obligation
indispensable que de travailler tous de
concert a avancer la gloire de Dieu
ou le glorifier par tous les moiens ou
facultés qu'il leur a accordées pour re=
pondre a cette leur destination.
Il y a pour chaque creature une fin ou
destination particuliere a laquelle Dieu
l'appelle selon sa nature, et sa position: il
y a une fin ou destination generale a la=
quelle il veut quelles tendent toutes de con=
cert, et à laquelle toutes les particulieres
<70> sont naturellement subordonnées. Ainsi
la destination particuliere de l'homme com=
me creature morale est le bonheur, fin
principale a laquelle doivent se rapporter
ses facultés, penchans, &c. Mais cette des=
tination même suppose qu'il doit concou=
rir, autant qu'en lui est, comme cause
seconde, moien, instrument &, a la desti=
nation generale de cet univers, qui est
le bien universel et la gloire de Dieu.
L'homme est donc obligé pour repondre
a sa destination non seulement de travailler
a son propre bonheur, mais encor de concou=
rir de tout son pouvoir au bien universel
auquel tout doit etre subordonné.
Il ne doit donc jamais rechercher son propre
avantage individuel au prejudice du bien
universel, ni s'occuper du bien personel et ac=
tuel, sans avoir en même temps en vue le
bien commun de la societé pour eviter tout
ce qui peut lui nuire et chercher au con=
traire ce qui peut contribuer a l'avancer.
La gloire de Dieu se trouvant liée inse=
parablement a cette destination generale
il est dans l'obligation aussi de faire tout
ce qui depend de lui pour avancer sa cette gloire
et contribuer a ce que Dieu soit connu
celebré, aimé et obei comme il doit l'etre
partoutes ses creatures; agissant toujours
d'une maniere conforme a ses perfections,
ses vües, ses desseins, sa volonté; et tirant
dela les principaux motifs qui determi=
nent habituellement ses actions.
Il n'est pas moins evident 1° que dans toute
sa conduite l'homme doit regler sur la con=
noissance qu'il peut avoir des destinations
particulieres des diverses parties de son
Etre, de ses qualités, ses facultes, ses penchans,
<70v> pour ne rien faire qui n'y soit conforme.
2° quil ne doit pas etre moins attentif pour
assortir ses actions aux fins ou destinations
particulieres des Etres dont il est environné,
selon leur subordination a la fin generale
de cet univers.
3 que comme tout cela est une consequen=
ce des relations que Dieu a etablie entr'eux,
toutes ses actions doivent etre reglees sur
les relations que les Etres ont entr'eux et avec
lui même, et les consequences qui en resultent
comme etant l'expression même dela volonté
de Dieu qui ne peut que vouloir tout ce
qui y est conforme.
4 Que par consequent l'homme dans sa
conduite envers chaque Etre doit toujours
agir d'une maniere conforme a sa nature
et a ses rapports: qu'il ne doit point p. ex.
traiter l'Etre sensible comme l'insensible
ni l'homme comme une brute &c.
5. Que l'homme est des la même dans l'obli=
gation d'assortir ses actions a toutes les idees
qu'il peut se former de la verité qui n'est
que le resultat des relations qu'il y a en=
tre les Etres, de l'ordre, qui n'est que la subor=
dination qu'il y a entre leurs fins et la
destination generale, dela beauté de cet
univers qui depend du concert harmonieux
des Creatures pour repondre aux grandes
vues de leur createur.
Telles sont les obligations que la sagesse
impose aux hommes pour repondre a leur
destination; il nous reste a considerer l'hom=
me sous un rapport qui nous donne de cette
destination une idée tout autrement grande
et nous ouvre un nouveau champ de
verités prattiques d'une consequence bien plus
essentielle encor pour sa perfection et son
bonheur. C'est le rapport de creature
Immortelle.
<71> Chap. XIX.
De l'homme entant que creature immor=
telle, premierement quant a son ame.
TOUS LES PEUPLES ONT EU QUELQUE
IDEE DE L'IMMORTALITE DE L'AME.
Quelques soient les apparences dont est
revetue cette revolution fatale que nous
appellons la mort, qui semble menacer
l'homme d'une totale destruction, l'homme
na jamais cessé de se demander a lui même,
mon existence doit elle donc finir avec ma
vie? mourrai je donc tout entier? rien de
plus important pour moi que d'avoir une
solution sur ce point; d'elle depend ma
dignité et mes Devoirs les plus essentiels;
car si je dois perir pour toujours comme
la brute, a quoi se reduira ma superiorité
surelle? a posseder une raison et une liber=
té qui n'abouti4 caractères biffureroient qu'a m'allarmer sur
mon sort et m'ecarter des Loix de l'instinct
qui font le bonheur de tout ce qui respire;
quelle seroit ma destination? vivre, vegeter
et mourir, sans connoitre d'autre bonheur
que celui d'une vie de quelques instans. Quels
seroient en ce cas mes Devoirs les plus essen=
tiels? vivre pour jouir du moment, sacri=
fier tout a une volupté fugitive, n'obeir
a d'autre maxime qu'a celle des libertins,
Mangeons et beuvons, car demain nous
mourrons.
Que si au contraire la mort n'est que la disso=
lution de mon corps, si mon ame demeure a
l'abri de ses atteintes, alors je ne puis plus dou=
ter de l'excellence de mon Etre, je suis fait
pour l'eternité, pour le ciel pour jouir
d'un bonheur sans fin, ma destination comme
mes Devoirs essentiels m'appellent a tourner
de ce cote la mes pensées, et toute mon acti=
vité, et a tenir une conduite digne
d'une creature immortelle.
<71v> Mais autant la
question est decisive
pour mon sort, au=
tant il m'importe de
chercher sur ce point
des lumieres assés
vives et assés sures
pour disspier tous
mes doutes.
J'ouvre d'abord les ecrits qui attestent des opi=
nions generalement repandues parmi les na=
tions civilisées et meme celles qui passent
pour barbares, et par tout je trouve des vesti=
ges des esperances qui m'occupent. On y parle
des Manes qui survivent, ou des ames des tre=
passés qui vont habiter d'autres corps, ou des
morts qui se rendent dans un lieu commun
et de la sont separés, les uns pour jouir du
bonheur, les autres pour subir la juste
peine deleurs crimes. Partout on trouve
des manes reverés, des champs Elisiens
un sejour delicieux, des cieux annoncés a
l'homme juste, des tortures, des supplices,
un tartare, un enfer preparés au mechant. V. Mytholog. ch. 1.
Le desir de se survivre a soi même en ima=
gination, ou dans le souvenir des hommes,
n'eut jamais aucune part a cette idée; car
le mechant la redoute, lorsqu'il est livré a
ses remords, il cherche a se la cacher a soi mê=
me; l'homme du monde ne s'en occupe que
très peu ou même point du tout: L'homme
juste seul en est penetré, et c'est la force de il aime a s'en occu=
per, sa renommée
après sa mort par=
mi les hommes le
touche très peu, mais
l'espoir d'un bonheur
avenir le ravit, et
c'est la force de
sa persuasion a cet egard qui seule le fait triompher
des obstacles qui s'opposent a l'exercice
des vertus dont il fait son occupation favo=
rite.
COMMENT ILS SONT PARVENUS A CETTE
OPINION UNIFORME
Mais qui a pu amener tous les peuples a cet
pensée uniforme? Des reflexions toutes sim=
ples sur trois questions d'ou depend la solution
de la question generale.
1. L'ame humaine peut elle exister en substan=
ce après la dissolution du corps?
2. Peut elle conserver encor le libre exercice
de ses facultés?
3. Doit elle etre reellement conservée dans
sa substance, et l'exercice de ses facultés?
<72> Quelles sont ces reflexions qui ont pu
fonder sur ce point les esperances des
hommes?
RAISONS POUR CROIRE QUE L'AME
EXISTE EN SUBSTANCE APRES LA
MORT.
Pourquoi a ton donc cru que l'ame
existe toute entiere après la destruction
du corps? Parce qu'on a eu les plus fortes
de croire que l'ame est une substance
entierement distincte du corps, sans com=
position de parties, essentiellement simple,
immaterielle, immaterielle dès la même
indivisible, indissoluble, qui ne peut ni se
detruire elle même, ni etre detruite par
aucune des causes qui produisent la
destruction du corps, dont aucune ne
peut attendre jusques a elle.
Qu'après la mort cette ame, si l'on veut,
demeure avec le corps captive et resserrée
dans un même tombeau, peu importe
son existence: que perdroit elle par là
de sa substance, de ses facultés, de sa vie?
tout cela ne depend ni du mouvement
ni du repos, le mouvement ne les lui a pas
données, le repos ne les lui otera pas; elle le corps est dissout, elle sent, elle
sent
pense, elle vit, parcequelle est phy=
siquement immortelle. V. Anthrop. S. II.
RAISON POUR CROIRE QUELLE CON=
SERVE LE LIBRE EXERCICE DE SES
FACULTES.
A la bonne heure, dit on, que l'on croie
que la substance de l'ame est imperissable,
puisqu'il en est ainsi de chaque atome
de matiere; mais qui a dit aux hommes
qu'après la dissolution du corps, elle
pourra encor conserver sa vie d'Intelli=
gence et exercer ses facultés? Ne seroit
<72v> elle point plutot dans le cas d'un ouvrier
qui privé de tout instrument pour agir,
demeureroit necessairement et pour tou=
jours dans l'inaction et une complette in=
sensibilité. C'est un fait incontestable que mon corps
est pour mon ame un organe de sensibi=
lité, un instrument d'activité, par mes sens
je reçois des sensations de divers genres,
je jouis du plaisir, j'eprouve de la douleur.
Il n'en est pas moins vrai que je ne demele
aucune espece de rapport naturel entre
les sensations qui m'affectent et l'impression
des objets sur mes organes; la lumiere
agit sur mes yeux, l'air sur mes oreilles
le feu sur mes membres, mais ce ne sont
pas mes yeux qui voient, mes oreilles
qui entendent, mes membres qui souffrent,
c'est moi, c'est mon ame qui tout a la fois
voit, entend et souffre; c'est la pour
moi un mystere incomprehensible,
puisqu'entre les impressions faites sur mon
corps et les sensations qu'eprouve mon
ame, je ne trouve aucun rapport que je
puisse appeller de cause a effet.
Mais Que si maintenant on vient a me
parler d'une ame qui peut sentir, se
rejouir, penser, reflechir, sans le secours
des organes, bien loin d'etre rebuté par
l'incomprehensibilité de la chose, la pre=
miere reflexion qui s'offre a moi, c'est que
s'il a été possible que pendant un certain
temps, et par l'effet d'une sage institution, mon
ame se trouva associée si etroitement
a mon corps que celui ci fut pour elle
un instrument necessaire, rien ne m'em=
peche de concevoir la possibilité d'une
condition future ou mon ame, sans le
secours de cet organe, pourra jouir d'une
sensibilité immediate et d'une vie d'Intelli=
gence libre et independante de lui.
<73> Mais je trouve encor la demonstration
de cette possibilité dans mon experience
actuelle. Combien de jouissances ou de dou=
leurs auxquelles mes organes sensibles
ne prennent aucune part; est ce par
eux que j'eprouve cette paix delicieuse
qui suit le bien que j'ai fait, ou que
je suis en proie aux remords ou aux
peines de l'Esprit mille fois plus cuisan=
tes que les douleurs corporelles. Pour=
quoi donc ma sensibilité ne pourroit
elle point etre exercée independamment
de mes organes, et etre un jour concen=
trée toute entiere dans cet Etre sensible
que j'appelle moi.
L'activité pensante tient sans doute
beaucoup au physique, puisque c'est
par les sens que l'ame acquiert ses
idèes sensibles et que la reminiscence de
celle ci depend beaucoup des fibres du
cerveau; mais l'ame trouve en elle des
une source abondante d'idées elemen=
taires non sensibles qui se lient et s'entre=
melent avec les idées sensibles, et elle en
forme des notions dont elle compose
l'edifice de ses connoissances. Pourquoi
donc un edifice qu'elle a construit elle
même par l'exercice de l'Entendement pur,
s'ecrouleroit il avec la perte des organes
qui ne sont entrés pour rien dans la cons=
truction? Quoi! ne pourra telle pas faire
après la mort ce qu'elle fait actuellement
pendant la vie. Pendant les sombres
voiles de la nuit, dans le profond re=
pos des sens, l'ame par la pensée con=
temple le soleil, elle s'extasie dela splen=
deur des Cieux, elle penetre dans l'abys=
me des espaces, elle parcourt le monde
entier, elle s'eleve jusque a son auteur
pour lui presenter ses hommages. Quoi!
<73v> ces mêmes operations, quand elle sera sepa=
ree de son organe, elle ne pourroit pas les
repeter, et les repeter avec d'autant plus de
liberté et d'aisance quelle aura moins de
distractions, et quelle sera aiguillonée par
un sentiment beaucoup plus vif de ce
plaisir qui accompagne l'exercice de sa
vie d'intelligence.
RAISONS POUR CROIRE QUE L'AME DOIT
REELLEMENT ETRE CONSERVEE PAR
L'AUTEUR DE SON EXISTENCE.
De ce qui a été dit il resulte que l'anean=
tissement de l'ame etant une chose en soi
impossible par aucune force naturelle,
elle ne sauroit jamais etre aneantie que
par la puissance et la volonté de celui qui
la fait passer du neant a l'Etre: et ceci
nous conduit a la 3° question, cette ame
qui par sa nature conserve après la mort
sa substance et l'exercice de ses facultés,
cet Etre qui laissé a lui même peut subsister
eternellement tel qu'il est, doit il reellement
subsister, et n'a til aucun sujet de craindre
que celui qui par sa volonté et sa puissance
la fait passer du neant a l'Etre, ne deploie
la même Volonté et la même puissance pour
la rappeller de l'Etre au néant?
C'est sans doute par cette volonté que les
substances vegetales, animales &c perissent
successivement, et Dieu l'a ainsi voulu,
parce que cela est selon leur nature,
leur destination passagere, selon les Loix
de leur espece, et parce que si elles ne s'étoient
succedées individuellement les unes aux
autres, la terre eut été surchargées de
creatures vivantes vivantes qui n'auroient pu
subsister ensemble. Mais nous n'avons
aucune raison seulement de soubsconner
qu'il ait pensé a exercer sa puissance
<74> destructive sur les ames pour etablir une
pareille succession entr'elles, aucune raison prise
de l'ordre physique, aucune des inconve=
niens deleur nombre, puisque leur nombre
pourroit etre ou devenir infini sans qu'il
en resultat le moindre desordre. Nous avons
au contraire les raisons les plus fortes pour
croire que sa volonté est qu'elles continuent
a exister pendant toute la suite des siecles;
et ces raisons se tirent des perfections de Dieu et
de la destination des creatures Intelligentes.
Dieu a tiré du neant ces Etres en quelque
sorte semblables a lui par leur Intelligence,
faits pour le connoitre, pour etudier ses
oeuvres et par la s'elever jusques a lui et
chercher leur bonheur en lui seul; il
a voulu leur communiquer le bonheur
dont il jouit, mais en même temps faire
dependre leur sort de lui 2 mots biffure et du bon usage de leurs facultes, deleurs
progrès en perfection, en 1 mot biffure surtout de leur
empressement a le glorifier par la pratti=
que de toutes sortes de vertus.
Il est evident que la même sagesse, la même
bonté qui l'a ont engage a les creer, doivent le
disposer a les conserver aussi longtemps que
l'ordre des choses, leur nature, le bien univer=
sel et leur bonheur individuel peuvent
l'exiger ou même le permettre.
Or l'ordre des choses et la nature de ces Etres
permettent et exigent que leur existence soit prolon=
gée sans fin, puisque ce sont des Etres impe=
rissables, et dont la multiplicité n'entraine
aucun inconvenient.
Leur bonheur Individuel demande une
existence illimitée; puisque le vrai bon=
heur ne sauroit exister nulle part ou
il a un terme final a redouter.
Le bien universel demande qu'il y ait un
aussi grand nombre que possible de crea=
tures Intelligentes occupées a faire sans
cesse de nouveaux progrés en perfection et
<74v> a chercher leur bonheur dans sa veritable
source.
Supposera ton qu'une courte vie ou l'homme
est distrait par tant de besoins, traversé par
tant d'obstacles, lui suffise pour arriver a sa desti=
nation, au plus haut degré de perfection et
de bonheur dont il est susceptible. Mais l'expe=
rience ne nous demontre telle pas que l'homme
ne devient jamais ici bas ce qu'il pourroit deve=
nir, que ses prgrès sont très bornés, pendant quoi=
qu'ils pourroient croitre sans cesse, que la mort
le surprend lorsqu' 3 mots biffure le cas une prolongation
de souhaiter 2 mots biffure
d'existence 1 mot biffure pourroit le mettre a portee d'en faire de beaucoup plus
considerables? Comment concevoir qu'a ce
terme, a l'entrée de sa carriere et dans le temps
qu'il ne fait que commancer a repondre a
sa destination, Dieu voulut tout a coup
l'en eloigner pour jamais? Quoi ce Dieu
tout sage et tout bon detruiroit sa creature
au moment qu'elle commance a savourer
les douceurs de l'existence, a connoitre la
gloire de son createur, que son coeur s'ou=
vre aux sentimens d'amour et de reconnois=
sance, que ses desirs et ses elans se dirigent
vers lui comme vers son souverain bien, et
vers le ciel, comme vers sa veritable Patrie,
qu'enfin elle commance a semer a la vertu,
a la justice, sous l'espoir d'en moissonner les
heureux fruits; non, c'est la une idée trop
revoltante pour etre jamais conciliée avec
une sagesse infinie qui ne se propose au=
cune fin sans vouloir tout ce qu'il faut
pour l'accomplir, avec une Bonté sans
bornes, toujours disposée a accorder aux
Creatures autant de bien, et les leur conti=
nuer aussi longtemps que peuvent le permet=
tre l'ordre des choses et le bien universel.
Ce qui ajoute une nouvelle force a cette
preuve, c'est que si l'existence de l'homme
<75> finissoit avec le trepas, il s'en suivroit que
sa condition seroit de beaucoup inferieure
a celle de la brute, nonobstant la superiorité
de sa nature et l'empire qu'ils exerce sur celle ci.
L'homme n'existeroit pas aussi longtemps
que plusieurs animaux; il ne parviendroit
jamais au plus haut degré de bonheur dont
il est susceptible comme on peut le dire de ceux
ci animaux qui suivent sans obstacle leur
instinct, et contentent tous leurs appetits;
jamais il ne gouteroit aucun plaisir pur
tel qu'eprouvent des Etres sensibles dont les
sensations agreables ne sont jamais trou=
blées par la crainte de les voir finir; ses et plus il les surpasseroit
plaisirs seroient tout empoisonnés par la
perspective effraiante d'un prochain anean=
tissement,les 1 mot biffure en
desirs et en esperances chimeriques, plus son sort seroit inferieur au leur, , et plus cette perspective ses brillantes prerogatives ne seroient
4 mots biffure qu'elles rendroit 5 mots biffure
ont eu en partage; leur
pour lui qu'une source de malheur, et Dieu ne semble=
roit l'avoir créé que pour en faire le triste
jouet d'une grandeur illusoire. Qui ne
seroit revolté a cette seule pensée?
Pourroit-on dire encor que l'homme parvient
ici bas a tout le bonheur que sa nature peut
permettre, pendant qu'il a tant de maux
a souffrir et qu'il y a toujours une si grande
disproportion entre ses desirs et ses jouissances?
Je 1 mot biffure vai plus loin, si la mesure du bonheur
auquel l'homme peut aspirer etoit bornée
a cette courte vie, la bonté de Dieu n'auroit
elle pas du le disposer du moins a l'affranchir d'un
grand nombre de maux, de souffrances, de
privations & et n'auroit il pas pu le faire
sans inconvenient. Qui l'eut empeché du
moins de le creer tel que ses desirs n'excedas=
sent jamais les jouissances qui sont a sa
portée, et qu'il put toujours etre content de son sort.
<75v> Vous me repondrés que les maux etoient neces=
saires pour relever le prix des biens dont la
jouissance eut tout perdu par la conti=
nuité: Mais n'eut il pas pu le rendre sensible
aux biens sans le lui faire boire a si longs traits
le calice des amertumes; mais que lui au=
roit il couté du moins de disposer tellement
les vicissitudes de la vie humaine que l'hom=
me commencat sa carriere par faire l'expe=
rience des maux, pour trouver ensuite son
dedommagement dans la jouissance des
biens qui seroit devenue plus piquante par
le souvenir des maux qui les auroient pre=
ceder. Nous voions actuellement une dis=
position toute contraire; pendant sa jeunes=
se, l'homme jouit de
la vigueur et des plai=
sirs, sans souci et sans
inquietude; quand il
a atteint le milieu de
sa carriere, le sentiment
des plaisirs s'emousse
avec les organes, les
chagrins viennent en
foule troubler ses jouis=
sances; bientot succede
la triste vieillesse ou
les maux se multiplient
avec les regrets des plai=
sirs passés, et les frayeurs
de la mort qui aug=
mentent
a mesure que le terme
approche. Si a cette epoque tout etoit fini
pour l'homme, ne diroit on pas que Dieu
loin de chercher a le rendre heureux, auroit
adopté de preference un ordre de chose le
<76> le plus propre a aggraver sa misere et la
rigueur de son sort?
Autant donc nous devons etre persua=
dés dela sagesse et de la bonté de Dieu en=
vers l'homme, autant nous devons l'etre aus=
si, par le plan de conduite qu'il suit ici bas
a son egard, que cette vie presente n'est
pour lui qu'un premier periode qui doit
le conduire a un suivant tout autrement
decisif pour son sort, et que c'est d'apres ce
plan, dont la pleine execution est remise
au temps futur, que Dieu a voulu que
cette vie fut pour l'homme un melange
perpetuel de biens et de maux et même que
la jouissance des biens y precedat l'experi=
ence des maux, afin que le sentiment de
ceux ci servit a le detacher de la terre
a mesure qu'il voit la mort de plus près, et
qu'il put la quitter sans regret dans la ferme
esperance de jouir d'un bonheur durable
qu'il n'a pu trouver ici bas.
Si l'homme en effet aspire a ce bonheur il
faut qu'il travaille lui même a se detacher des
liens qui l'attachent a la terre, qu'il se rende
maitre des ses affections sensuelles, et qu'il
exerce la patience dans les maux, la mode=
ration dans l'usage des biens, qu'il soumette
son corps a son ame pour s'occuper principa=
lement de la perfection de celle ci. Et quoi!
après que l'homme, imbu de ces principes au=
roit tout fait pour s'elever a ce point de
grandeur auquel il se sent et se croit ap=
pellé, après avoir sacrifié le monde au Ciel
et le temps a l'eternité, au moment ou il
croiroit toucher au terme et au prix de ses
travaux, Dieu deploieroit sa puissance
pour le replonger dans le neant; au moment
qu'il se flatteroit d'avoir atteint le bonheur
et de le trouver dans l'amour même qu'il
a pour son Createur, et un amour sans
<76v> partage, dans ce moment même Dieu lui
raviroit avec l'existence tout le fondement de
son espoir. Ah quel Dieu qui ne se plairoit
aussi qua creer et bientot après detruire sa
creature, abusée par les esperances même
qu'il lui auroit fait concevoir; Ah pourquoi
m'avoir repu ainsi de brillantes chimeres?
pourquoi m'avoir elevé si fort au dessus de
la brute pour me condamner ensuite a
perir eternellement commelle. Loin de
moi cette pensée qui indigne mon coeur.
Non, Dieu ne fut jamais cruel, il fut
toujours pour sa creature un Dieu bon et
propice; non; le corps a été fait pour l'ame
et non l'ame pour le corps; le corps a été uni
a l'Intelligence mais non pour l'entrainer
avec lui dans le sein de la mort; ce n'estnon, mon corps n'a ete pour mon ame immortelle
il 4 mots biffure
qu'un instrument passager, un moien
d'exercer ses vertus, un echellon même
pour l'elever jusques a son Dieu par un
amour de preference, un creuset même
d'afflictions pour la purifier et la rendre
digne de sa communion; Ce corps peri=
ra, il rentrera dans la portera pou=
dre, mais mon ame retournera
au Dieu qui l'y avoit placée comme
dans une demeure passagere, elle
s'envolera vers les demeures eternel=
les qui lui ont eté reservées pour
consommer son bonheur.
<77> La certitude d'une
vie future est la seule
salut 1 mot biffure qui four=
nisse les vraies causes
finales de toutes les belles
prerogatives de l'homme
Intelligence, Entende=
ment pur penchans
1 mot biffure, conscience
morale, 2 mots biffure
de l'immortalite
2 lignes biffure
sans cette certitude
2 mots biffure que des
dons de Dieu inutiles
et funestes.
Ce n'est aussi que dans la supposition de la
certitude d'un etat avenir, que nous trou=
vons les vraies la raisons finales de tant de belles facul=
tes et prerogatives dont par ou l'homme se trouve enri= si glorieusement distingué. Car sil n'etoit
chi et
destiné qu'a naitre, vegeter, vivre et rentrer
dans le neant, a quoi serviroit , je vous prie
cette Intelligence si fidele pour lui rappeller
le passé, si attentive au present, si curieuse de
l'avenir, si avide de connoitre tant d'objets
qui n'ont que peu ou point de rapports a ses
besoins et a ses appetits? A quoi serviroit
encor cette Imagination Entendement pur
susceptible de tant d'idées non sensibles,
capable de soumettre l'espace et le temps
au calcul, qui saisit avec tant de justesse
les rapports les plus eloignés? A quoi servi=
roit ce coeur susceptible de tant d'emotions
differentes, de tant de penchans divers, la
plupart si 1 mot biffure peu liés a la conservation de
son individu ou de l'espece, et ou a ses besoins
naturels? A quoi bon cette conscience
pour l'exciter a certaines actions, l'eloigner
d'autres, qui n'ont même aucun rapport
a la vie animale, et si soigneuse pour lui
faire entendre sa voix d'approbation ou
de blame? Surtout qu'elle pourroit etre
la cause finale de cette idée et de ce desir
de l'immortalité, qui sont si profondement
gravés dans son ame, qui le font fremir
a l'idée seule de l'aneantissement? pourquoi cet
pourquoi cet espoir de l'avenir qui soutient toujours
le juste, 1 mot biffure cette terreur de l'avenir
qui effraie le mechant; d'ou vient que cet
espoir comme cette terreur subsistent
a l'article de la mort, si a ce moment
tout doit finir, et rentrer dans le
neant.
A quoi bon tout cela, s'il n'aboutissoit que
donner a l'homme un pur relief d'opinion
qui non seulement ne lui seroit d'aucune
utilié réelle, mais même ne feroit que le
distraire de ses fonctions et occupations ani=
males lesquelles seroient cependant dans
cette supposition, de toutes les plus importantes
<77v> les seules meme necessaires, et dont tout
le resultat seroit d'accroitre ses soucis, ses
agittations et ses craintes.
Supposer donc que la mort est le dernier terme
de l'existence de l'homme, c'est dire que Dieu lui
a donné des facultés, des penchans, des desirs
des prerogatives absolument inutiles, sans
aucune fin raisonnable, ni rapport avec sa
destination, c'est même dire qu'il ne lui a con=
feré ces marques de distinction que pour le ouvrir
repaitre d'une 1 mot biffure brillante et
a son Imagination credule et abusée un
vastes champ d'illusions et d'esperances
trompeuses; c'est en un mot, adopter des idees
aussi revoltantes qu'impossibles a concilier
avec les premieres notions que nous avons
d'un Dieu tout sage et tout bon qui ne
peut jamais rien faire qui ne soit digne de
lui, c'est supposer que pour avoir le plaisir
d'aneantir l'homme, il oublie tout ce qu'il
doit a la verité, a la vertu, a l'ordre mo=
ral et ce qu'il se doit a lui même.
1 mot biffure L'etat actuel
de l'homme et la
lenteur meme de ses
progres en perfection
1 ligne biffure
completter la certi=
tude qu'il a d'une
existence future
a laquelle il est
principalement des=
tiné
Mais en placant l'homme ici bas pour un
court espace de temps, Dieu n'a eu, peut
etre, dira t'on, d'autre but que de jouir lui
même du spectacle passager interessant,
quoique passager, d'une creature distin=
guée par son genie, l'elevation de ses pen=
chans, de ses desirs, de ses esperances et
capable même de s'elever jusques a lui
pour lui presenter le tribut de ses hom=
mages. A cela je reponds 1° que si Dieu
se plait a contempler une telle creature,
il n'a aucune raison pour lui ravir
l'existence, il a au contraire les
raisons les plus deci=
sives pour la lui con=
server sans fin 2° que si Dieu avoit pu borner
ses vües quant a lui de sagesse a une pareille con=
templation pour quelques années, sa
bonté ne lui eut jamais permis de faire
entrer dans la constitution de l'homme
des 1 mot biffure prerogatives apparentes qui
en fissent necessairement un jouet d'espoirs
trompeurs. 3° que si l'homme eut été
<78> 2 mots biffure destiné ainsi a un tel role aussi
court que brillant, il eut du au moins
etre affranchi de nombre de maux, d'imper=
fection, de prejugés, de tentations, d'occasions
de s'egarer si frequentes, et offrir le specta=
cle de la plus grande perfection possible,
ce qui est contraire a tout ce que nous
connoissons de son etat 1 mot biffure de denu=
ment et d'imperfection ici bas.
Pour rendre raison de cet etat nous n'avons
d'autre solution si ce n'est que Dieu n'a pas
voulu que dès le commancement de sa
carriere, l'homme atteignit a toute la
perfection dont il est susceptible, et cela par
la raison generale qu'il faut que dans
ses oeuvres, tout ait un commancement
et des progrès successifs, et que dans le
systheme moral, rien ne peut etre bati
solidement que ce qui s'eleve peu a peu
sur un fondement bien etabli, car la
lumiere et la vertu s'introduisant chès
l'homme par degrès, a force de peines,
de soins, de triomphes sur les obstacles,
elles y acquierent aussi a proportion
plus de consistence et de force, et l'homme
demeuré victorieux des difficultés, en
devient plus solidement affermi dans
le bien, plus decidé de le prattiquer par
choix et par gout, plus capable dès la
d'etendre rapidement ses progrès en per=
fection et en bonheur.
Telles sont les raisons qui ont fait compren=
dre a tous les sages que cette vie n'est pour
l'homme qu'une premier periode, un etat
de preparation, de noviciat , d'epreuves ,
de combats, d'efforts pour triompher des
obstacles, et se mettre en etat de repondre
a la destination a laquelle son Souverain
Maitre l'appelle pour toute l'eternité, dans un autre periode ou il
1 mot biffure noviciat
poura jouir sans combat et sans peine
du fruit de ses travaux passés, pendant
toute l'eternité.
<78v> [page vierge à l'exception de 2 notes ]
<79> dans un autre periode ou il pourra jouir
sans combat et sans peine du fruit de ses tra=
vaux passés.
326 Pour concevoir cela plus clairement encor,
considerons l'homme dans les periodes succes=
sifs sifs de sa vie. Il faut que son enfance soit em=
ploiée a s'instruire, se dresser, se former aux
diverses fonctions de la vie civile, et de la vo=
cation a laquelle on le destine. Ses facultés
au commancement sont très foibles, lentes,
embarassés dans leur exercice, incapables
de rien executer de composé et de difficille;
mais a mesure qu'il les exerce, en les appli=
quant a des objets proportionès a leur por=
tée, elles se develloppent, elles acquierent
de la force et de la promtitude. A proportion
qu'elles s'etendent et se fortifient avec ses lu=
mieres, l'homme devient chaque jour plus
propre a executer les choses peinibles, a sup=
porter les travaux, a franchir les difficul=
tés, et plus il s'accoutume a vaincre les
obstacles, plus il devient habile, expeditif,
propre a tout faire avec succès. et avec facili= En raisonnant sur ce que nous obser=
té.
vons et d'après la loi d'analogie, nous pou=
vons comprendre aisement qu'il nous arrive
dans cette vie, a peu près ce qui nous est arri=
vé dans nôtre enfance; que nous sommes
ici bas comme dans une echole pour nous
exercer, nous instruire, nous former par un
travail assidu, nous mettre en etat de
remplir nôtre destination, par l'exercice des
vertus auxquelles nôtre Createur nous ap=
pelle, et nous rendre dignes de la gloire
qu'il nous reserve en proportion de nos
progrès, dans une periode qui succedera a
celui ci.
326. Ajoutons pour en completter la certitude
que c'est ici la Clef de tout le systheme moral
et de tous ces phenomenes, qui seroient autant
d'enigmes insolubles dans la supposition
que l'homme n'a d'autre destination que de
ramper ici bas quelques temps dans la poussie=
re et finir par y rentrer. Vainement en
effet chercheroit on ailleurs la solution
<79v> [152] de ces questions importantes; Pourquoi l'hom= Pourquoi Dieu a til inspiré aux
me est il si superieur aux brutes par sa nature
et cependant inferieur a divers egards par sa
condition.
hommes un si violent desir de bonheur, et
l'homme malgré cela est il si eloigné d'etre heu=
reux? Pourquoi quelques individus de l'espece Pourquoi les uns
humaine endurent ils tant de maux pendant
que d'autres sont fortunés? pourquoi les uns
sont ils plongés dans une sorte de barbarie
ou d'abrutissement, pendant que d'autres s'ele=
vent aux plus belles connoissances? Pourquoi
les hommes se croient ils generalement obli=
ges a certains Devoirs qui n'aboutissent cepen=
dant qu'a gener leurs penchans naturels
pour les objets sensibles et 1 mot biffure?
sont placés dans
des circonstances si
favorables pour
leur Education phy=
sique et morale, tan=
dis que d'autres sont
depourvus de toute
ressource a cet egard
et sont comme subor=
donnes. Pourquoi
les uns semblent
condannes par la
Providence a naitre
et a vivre dans un
honteux abrutissement
et a la maniere des
sauvages, tandis
que d'autres peuvent
s'elever aux plus
belles connoissances
et se distinguer par
leurs talens et leurs
progres dans les
sciences et les arts
pourquoi quelques
Individus sont
exposes a tant de
maux et de miseres
pendant que d'au=
tres jouissent de
tous les avantages
les plus precieux
la sante et la for=
tune. Toutes
ces questions et une foule d'autres qu'on pour=
roit elever sont promtement eclaircies, des
qu'on admet que cette vie n'est qu'un etat
passager d'attente, ou rien n'est amené a
son denouement. et 4 mots biffure
1 mot biffure periode futur. 1 mot biffure
328 tel est entrautres le grand principe qui sert de
solution a ce phenomene qui a etonné les
sages mêmes, je veux dire, l'inegale distribu=
tion des biens et des maux de cette vie, qui
n'est point proportionée exactement a la
merite et au demerite vertu et au vice. Ce phenomene
insoluble dans la supposition que tout finit
a la mort, fournit est d'abord eclairci dans
la supposition contraire, et 1 mot biffure la qu'il
il nous fournit meme une preuve invincible de la
certitude d'un etat a venir de recompenses
ou de peines distribuées selon les Loix de la
plus exacte justice, de cette justice divine
aussi essentielle a Dieu que sa sagesse
elle même: mais cette preuve pourra etre
1 mot biffure develloppée 1 mot biffure et 1 mot biffure dans tout 1 mot biffure avec plus d'exactitude dans
la suite 1 mot biffure, lorsque nous parlerons de la Loi
de Dieu et de sa sanction.
228. Ce que nous avons dit suffit pour nous
convaincre que la destination de l'homme
qui l'appelle a avancer sa perfection, son bon=
heur, le bien universel et la gloire de Dieu.
<80> [page vierge]
<80v> CHAP. XX
De l'homme consideré comme creature
immortelle parrapport a son corps.
IMMORTALITE CORPORELLE
Plusieurs reflexions ont du s'offrir aux hom=
mes pour leur faire concevoir aussi quelque esperance
d'une immortalité corporelle. La premiere se
tire de cette union intime des deux substances
pour former cet Etre mixte que nous appellons
homme. Quoique l'idée d'une substance im=
materielle qui a son existence a part avec la
conscience de soi même, qui retient le souvenir
du passé, qui le lie aux son etat actuel, qui
des la même a le sentiment et la conviction de
sa propre identité, ne soit rien moins qu'une
idee chimerique, ainsi que nous l'avons prou=
vé, les hommes ont eu cependant toujours
de la peine a concevoir une ame isolée de
tout corps, exercant librement ses facultes
et jouissant du bonheur ou du malheur.
L'experience du concours des parties organiques
pour acquerir les idées primordiales des objets
pour les retenir et les rappeller, leur emploi
pour executer les ordres de l'ame ont du
naturellement leur faire presumer que cette
ame pourroit bien demeurer toujours unie
a quelque corps, pour lui servir d'organe
de sensibilité, d'instrument d'activité.
Cette circulation en vertu de laquelle les corps
après la mort se dissolvent en poussiere, qui
sert ensuite a faire croitre des plantes, desquel=
les se nourissent les animaux, qui deviennent
a leur tour la pature des hommes, en sorte
que les mêmes particules entrent successivement
dans la composition d'une multitude de corps, cette
circulation, dis je, n'aura pas empeché les hom=
mes de concevoir la possibilité de la reunion
de chaque ame a un corps quelquonque
qui remplace le corps grossier dissout, sans
que ce changement deroge en rien a l'Iden=
tite personelle de l'individu.
<81> La probabilité
de la 1 mot biffure, rendue
sensibles a sa palin=
genesie 2 mots biffure
obstinée 2 mots biffure
dans les especes vege=
tales, et animales
ou tout rendit
2 mots biffure germe
qui se 1 mot biffure
1 ligne biffure
1 mot biffure se devellop=
pe de nouveaux
2 mots biffure toute
semblable a la pre=
cedente.
393. Les hommes n'ont 1 mot biffure jetter les
yeux sur l'oeconomie vegetale et ani=
males sans concevoir quelque idées
1 ligne biffure
palingenesie dans leur espece. Tous
les vegetaux 5 mots biffure developp=
pé et avoir 3 mots biffurevegetale,
Il se fait ici bas dans
le corps humain des
substitutions continu=
elles de parties par la
transpiration qui les
dissipe, et la nourritu=
re qui les remplace;
mais ces changements
n'ont jamais empeché
qu'on ne regardat ce
corps comme etant tou=
jours le même pendant
toute sa vie, et qu'un
homme vieux ne pas=
sat pour etre le même
homme qu'il etoit dans
les ages precedens.
Rien de plus natu=
rel que de transporter
cette idee d'Identité aux
corps qui pourroient
etre associés aux ames
apres la mort. Car
ceux ci pourroient etre
composés de parties
differentes de celles des
corps actuels, et cepen=
dant etre toujours
envisagés comme les
mêmes, si du moins les
parties substituées
se trouvoient disposées
entrelles de la meme
maniere que les prece=
dentes, et formoient
un assemblage com=
pose a peu pres sur
le même plan de
combinaison.
Les hommes en effet
n'ont pu observer l'oeco=
nomie vegetale et ani=
male sans concevoir
quelque idée de palin=
genesie dans leur propre
espece. Tous les vege=
taux deperissent peu a peu et pourissent
a la fin. De leur semence qui se repand
sur la terre renaissent de nouvelles
plantes en tout semblables aux preceden=
tes: Cette semence même se pourrit
en terre; mais elle renferme un germe
qui se develloppe pendant que le reste
se pourrit; et devient comme la nouriture qui sert a son premier 1 mot biffure
devellopement. Ce germe doit renfermer
3 mots biffure tous les elemens primordiaux sans contredit de la qui doivent
plante, tous les particules, les principes
fondamentauxservir de fournir le
base cannevas a tout le composé de la plante, et cela sous
des formes au ces lineamens sont si infiniment
delies, qu'il ce germe soit une substance ne se trouve inaccessible
1 mot biffure pour a aucune agent 1 mot biffure ordi=
naire de la nature, tel que la putre=
faction &c. Ce qui est 1 mot biffure vrai
des plantes, l'est tout autant des
animaux qui ont tous egalement leur
1 mot biffure origine dans un germe preformé
1 mot biffure qui se developpe ulterieurement par la fecondation
3 mots biffure a ni Etre et et la naissance ensuite
par la nouriture, et donne ainsi un ani= Etre organisé
mal1 mot biffure vivant et
animé, qui se meut jusques 1 mot biffure se se meut et vit jusques
ses mouvemens spontanés
ce que le corps deperisse et se dissolve
pour ne laisser plus 1 mot biffure subsister
que le germe indestructible, qui peut
etre susceptible encor d'un nouveau devellop=
pement, comme la semence de la plante
<81v> plante peut donner naissance a une
plante nouvelle.
A quoi il faut ajou=
ter les exemples inom=
brables que la nature
nous offre de meta=
morphoses animales
ou le 1 mot biffure animal
1 mot biffure et 1 mot biffure ce qui 1 mot biffure
3 mots biffure sans
cesser d'etre le meme
animal.
334. Nous trouvons De tout temps encor les
hommes ont deu etre frappé des exem= des meta=
ples que la nature leur donne de pareils
nouveaux develloppemens, dans
morphoses des 1 mot biffure de certains animaux, des vers et au=
tres insectes 1 mot biffure qui par un effet de
leur constitution primitive, deviennent
successivement chenilles, chrysalides
papillons, et prennent 1 mot biffure ainsi
differentes formes, sans cesser pour cela
d'etre le même animal. Au bout de
quelque temps on les voit se former
eux memes une loge funebre. s'y ren=
fermer, y pourrir: mais le germe
de leur animalité y demeure, il y
eprouve un nouveau develloppement
auquel sert le corps même qui se
pourrit, l'animal paroit sous une
forme entierement differente de la
precedente, sans perdre pour cela
son identité.
<82> L'analogie des voies
de Dieu dans la na=
ture a du 1 mot biffure envisa=
ger comme probable
l'idée d'un nouveau
develloppement de
germe qui doit 1 mot biffure
1 mot biffure chaque
corps humain sous
quelque forme nou=
velle.
335. Pour peu que les hommes aient
fait attention a l'analogie des oeuvres
de Dieu de la creation, et de la marche
de la nature qui prepare de loin toutes
ses productions, et les ameine par un degres
develloppement plus ou moins rapide
a leur etat de perfection; n'ont ils pas
du penser que ce Dieu qui a sceu faire
d'un même animal, un Ver, une
chenille, une chrysalide, un papillon,
ait aura pu placer aussi dans la constitu=
tion primitive de l'homme le principe
de quelque nouveau develloppement;
que ce Dieu aura pu renfermer dans un
germe tous les elemens primordiaux
qui 1 mot biffure devoient etre la base de cette
constitution et servir de principe a
ce nouveau develloppement, et que tout comme
nôtre corps actuel est sorti de ce premier
germe par un 1 mot biffure premier developpe=
ment selon certaines Loix Physiques,
lequel a été suivi d'une intussuscep=
tion de particules de matieres qui s'y
sont reunies et assimilées, depuis
nôtre conception, de meme un nouveau devel=
loppement de ce germe indestructible,
dans d'autres circonstances, et peut etre
selon d'autres Loix, a nous inconnues
pourra produire un nouveau corps
qui, nonobstant certaines differences
sensibles parrapport a nôtre corps
actuel, ne laissera pas d'etre le même
quant au premier principe de sa
constitution 1 mot biffure; que ce même
germe enfin, qu'on peut supposer etre la un ce
corps organique ou vont aboutir
tous les sens, comme au siege immediat
de l'ame créé indivisible et indestruc=
tible par les causes secondes, quoique
apres avoir avoir été develloppé une premiere
<82v> fois, dans le ventre de sa mere, pour
former ce corps grossier, 1 mot biffure envelop= sur lequel la mort exer=
pe le 1 mot biffure
ce son empire, ce même germe subira
un jour un second develloppement d'ou
naitra un second nouveau corps qui ne participe=
ra point aux mêmes principes de deperisse=
ment, et de destruction auquel nôtre corps qui deviendra indepen=
actuel est exposé, et
dant des corps etrangers dont il sera, et a l'abri pour jamais
encor 1 mot biffure
de toute revolution qui provenant
de leurs influences.
ET D'UNE RESURECTION
Ce qui pourra même
arriver un jour
par l'effet de quelque
agent universel qui
pourra se deploier a
peu près dans le meme
temps sur tous les
germes a la fois et operer
une resurection gene=
rale.
336. En se rendant même attentifs a ce
phenomene frappant que nous offre la nature
lorsque des essains d'insectes inombrables, par
la seule action de l'effervescence et de la putrefac=
tion sortent des germes preformés que Dieu a re=
pandu partout et meme dans les 1 mot écriture qui peut les
336. 2 cacatères biffure'empecher même qu'on de supposer
que Dieu a dela preparé dans la na=
ture quelque agent universel, qui
au bout d'une certaine revolution de
siecles, après avoir acquis toute son ener=
gie, et lorsque les circonstances devien=
dront tout à coup favorables a son ac=
tion, poura se deploier a peu près dans
le même temps sur tous les germes pour
en procurer le develloppement et en
faire sortir de nouveaux corps vivans
et animés, les mêmes quant au princi=
pe primitif de la constitution, quoique
<83> assujetis a d'autres Loix pour leur
conservation et l'exercice de leurs fonc=
tions; supposition qui n'a rien en
soi que de conforme a l'analogie
de la nature, et qui seule pourroit
fournir aux hommes l'idee et l'es=
perance d'une resurection universel=
le dont les Livres Saints nous donne=
nent la certitude.
par laquelle les corps
de tous les hommes
1 mot biffure les
memes quant a
1 mot biffure mais tres
superieur en quali=
tes et assortis a une
condition d'existence
plus 1 mot biffure et plus
parfaite.
337. 1 mot biffure S'il y a lieu en effet a
un nouveau develloppement qui don=
ne naissance a un second corps, on
a tout lieu de supposer encor que celui ci
sera très superieur au premier, en
delicatesse, en legereté, et dans toutes
les qualités qui pourront le rendre pro=
pre a sa destination; et comme orga=
ne de sensibilité pour ouvrir a l'hom=
me de nouvelles sources de sentimens
exquis, lui fournir de nouveaux
moiens de contempler de plus près et
d'une maniere plus intime et plus
exacte les merveilles des oeuvres de Dieu,
et comme instrument d'activité, pour
mettre l'homme en etat d'agir avec
plus de celerité pour 3 mots biffure et, de former une societé plus
2 mots biffure
etroite encor avec les autres creatures Intelli=
gentes, de travailler avec plus d'effi=
cace au bien universel de toutes, et
a l'avancement de la gloire de leur
commun Bienfaiteur.
<83v>Toutes ces idées se con=
cilient tres bien avec
les idees que nous nous
formons de la sagesse
de la Bonté de Dieu
338. Il n'y a rien du moins dans tou=
tes ces idees si flatteuses pour l'humanité
qui ne se concilie parfaitement avec tout
ce que nous connoissons de ce Dieu qui
se plait a faire eclater de toutes parts
sa puissance, sa sagesse et surtout sa
bonté; perfections qui demandent que
rien ne soit aneanti sans sujet, que
tout ce qui est continue d'exister, que
tout ce qui est susceptible de perfection
se perfectionne, autant qu'il est possible
que les organes destines a concourir
a nôtre felicité, lorspuisqu'ils ne peuvent se
devellopper dans cette vie d'une manie=
re bien etendue et efficace, obtiennent
un develloppement nouveau qui les
rende plus propres a remplir leur destina=
tion primitive.
<84> avec le desir que 1 mot biffure
2 mots biffure de deve=
nir immortels dans
nos corps comme dans
nos ames
339. Toutes ces idées acquierent encor
plus de vraisemblances quand on
vient a reflechir a ce desir invinci=
ble d'immortalité, non pas seulement
pour l'ame, mais aussi pour le corps
et la personne entiere, que Dieu lui
même a imprimé dans nos coeurs,
desir accompagné de l'esperance la comme une assurance
plus douce,
qu'il a bien voulu nous donner d'avan=, de notre reunion avec
ce1 mot biffure cette
partie de nous mêmes qui nous est si
chere, et qu'il nous coute tant de quiter.
avec notre nature
d'etre mixte et en
particulier dans
le moral, ce qui
suppose que le corps
doit avoir sa part
des peines et des recom=
penses.
340. Si l'homme est un Etre mix=
te qui n'est ni une ame ni un corps,
mais une ame unie intimement a un
corps, l'homme créé pour le un bonheur
sans fin, doit y participer comme
Etre mixte, et dès la même etre im=
mortel dans son corps aussi bien que
dans son ame. La justice même
de Dieu qui demande que la sanction
de ses Loix sorte son plein et entier
effet, veut que ce soit la personne
meme, l'Etre mixte qui a fait le bien
ou le mal, qui soit heureux ou malheu=
reux dans son composé tout entier.
Elle veut que comme le corps sert ici
bas a l'homme d'instrument de vertu
ou de vice, ce même corps devienne aussi
un instrument de retribution; un ins=
trument qui serve a la rendre sens=
sible, publique, eclatante; pour
<84v> donner par la plus d'efficace a la
sanction, pour encourager les creatures
Intelligentes a l'observation des Loix na=
turelles, inspirer a toutes une religieuse
frayeur et une emulation salutaire.
2 mots biffure N'est-il donc pas de la derniere
vraisemblance que Dieu aura preformé
l'homme de maniere que la permanence
de sa durée fut attachée egalement a
sa substance corporelle et a la spirituelle,
ensorte que la mort ne detruisit ni
l'une ni l'autre, et que leur union
fut eternelle.
CHAP. XXI Conclusion.
Consequences d'obligation. L'homme
doit se conduire comme un Etre destine
a une immortalite glorieuse
CONSEQUENCES D'OBLIGATION.
De ce que nous avons dit il suit que la desti=
nation de l'homme qui l'appelle a avancer
sa perfection et son bonheur, le bien universel
et la gloire de Dieu, n'est point bornée a cette
vie presente, lui impose mais l'invite a suivre
cette auguste carriere pendant toute la suite
des siecles, et que c'est conformement a cette
meme destination pour tout le cours de son
existence, qu'il doit regler ici bas sa conduite
et ses actions.
Dans toute Doctrine morale qui a pour
fondement la nature de l'homme et sa desti=
nation, l'homme doit etre consideré comme
Immortel, et la maxime principale de
sagesse qui doit lui etre presentée c'est que
ses idées, ses vues, doivent se porter princi=
palement sur les biens avenirs et eternels
comme etant les seuls decisifs pour le bon=
heur de son existence et les premiers qui doi=
vent occuper son activité.
<85> Ainsi tous les biens de la vie presente,
passagers comme elle, ne doivent entrer
en ligne de comte que comme des biens
necessaires a celle ci, ou utiles comme
moiens et secours pour faire des progres
en perfection.
Ainsi dans son plan de bonheur tous
doivent etre toujours subordonnés aux
biens permanens et imperissables, tous
doivent leur etre sacrifièes, s'il le faut,
ils ne doivent etre recherchés que sous
le rapport de leur valeur ou efficace
pour obtenir ces biens tout autrement
excellens par leur nature et leur durée.
Tels sont les principes que nous ne devons
jamais perdre de vue lorsqu'il s'agit ou
d'etablir les fondemens des Loix divines
ou de presenter les motifs qui en pressent
l'observation, les raisons qui doivent
determiner les hommes a remplir leurs
differens Devoirs, pour repondre a
leur destination.
Toute morale ou l'on en fait abstraction,
n'est qu'une morale incomplette, sans
force ni appui, a peine digne d'occuper
nôtre Intelligence. Qu'est ce qu'en effet
qu'une morale d'Athees, qui nient l'existence
d'une Divinité, ou
d'Impies qui revo=
quent en doute la
realité d'une vie a
venir? elle n'est rien,
meme elle est nulle même pour l'ordre
social: rien de moins propre a mettre
un frein aux passions violentes, a l'amour
propre personnel, ou a apprendre a
l'homme a respecter ses obligations, lors
meme qu'il croit pouvoir les violer
sans danger. Aucune vraie morale
que celle qui rend ces obligations res=
pectables sous le nom de Loix emanees
d'un Legislateur supreme. C'est ce
que nous allons voir.
<85v> [page vierge]
<86> SECONDE SECTION
Morale proprement dite
Chap. 1.
Des Loix naturelles
Les hommes BIEN ET MAL MORAL.
Les hommes sont soumis a des regles mo=
rales qui expriment ce qu'ils ont a faire ou
a eviter, dans les divers cas, par certains
motifs assés puissans pour determiner
leur volonté. Ces motifs ne produisent
cependant pas toujours l'execution des regles,
par ce que celle ci depend de l'exercice de
la liberté humaine qui peut s'y conformer
ou s'en ecarter. Pendant que les Etres phy=
siques obeissent a des Loix qu'ils ignorent
toujours et ne violent jamais, les hom=
mes, Etres moraux, abusent de leur li=
berté pour violer des Loix qu'ils ne peu=
vent ignorer. Cet abus funeste a été ap=
pellé le mal moral, auquel on oppose
le bien moral, qui consiste dans le Droit
usage que l'homme fait de sa liberté
pour se conformer aux regles auxquelles
il devroit toujours obeir.
On a osé dire que cette distinction n'est
qu'une affaire d'opinion et qu'il n'y a
aucune distinction relle et essentielle
entre le bien et le mal moral. A cette asser=
tion audacieuse nous opposons 1° le consen=
tement unanime des nations qui ont tou=
tes emploié des mots propres a exprimer
cette distinction et a marquer la difference
qu'il y a entre les actions en elles menes
louables, ou blamables; 2° tous les principes
que nous avons posé pour etablir la cer=
titude de certaines regles de morale qui
sont pour les hommes d'une obligation
universelle et constante.
S'il y a en effet pour l'homme une fin et
une destination, s'il y a des moiens 1 mot biffure
<86v> a emploier comme aussi des obstacles a vain=
cre pour y parvenir, si ces moiens et ces obsta=
cles se trouvent dans les rapports même de con=
formite ou d'opposition de ses actions avec cette
fin generale, il est evident qu'il doit y avoir
dans la nature même des choses, des raisons
de necessite morale pour faire certaines ac=
tions et pour en eviter d'autres, et par conse=
quent des obligations et des regles qui fixent
invariablement les notions opposées du
bien et du mal moral.
Il n'est pas moins evident qu'il existe entre
l'homme et les autres Etres des rapports na=
turels et permanens, qui demandent de
sa part une certaine maniere d'agir qui
y soit conforme, et d'ou derivent necessaire=
ment des consequences prattiques qui ex=
priment des regles et des obligations indis=
pensables, qui et determinent encor avec
precision la difference essentielle qu'il y a
entre le bien et le mal moral.
Sil est incontestable, enfin, que Dieu exige
de l'homme que ses actions soient assorties a sa
destination, a la nature des Etres et a
leurs relations, a toutes les fins particulieres
et a la fin generale, qu'il s'est proposées dans
cet Univers, si la connoissance que l'homme
peut avoir de ses perfections ne lui permet
pas de douter que ce ne soit la sa volonté,
il est encor de la derniere evidence, qu'il
doit y avoir des principes de b moraux
aussi invariables et certains que les
notions qu'il peut se former de sa nature
de sa destination, de ses rapports avec les
autres Etres, et des attributs divins.
Autant donc il est certain qu'il y a des ac=
tions morales qui conviennent ou ne con=
viennent pas avec ces notions, autant il est
certain qu'il y a entre le bien et le mal mo=
ral une distinction qui ne depend ni des
opinions, ni de l'influence des passions
<87> ni de celle des prejugés, de la politique
de l'Esprit de chaque siecle ou de chaque so=
ciete, des vues et des interets particuliers,
mais une distinction qui repose uniquement sur des prin=
cipes evidens et d'une verité eternelle, abso=
lue, universelle, 1 mot biffure reconnue comme telle dans
dans tous les temps et les lieux, quelque varieté
que les hommes aient pu admettre dans
leurs jugemens, sur certaines actions parti=
culieres et même sur certains genres par= d'actions.
ticuliers
OBLIGATIONS INTERNES ET EXTERNES
Si dans les regles morales nous ne conside=
rons que les motifs tirès de la nature meme des choses,
c.d. des actions et de leurs suites, les obliga=
tions que nous voions naitre de la se nom=
ment internes. Mais quand nous borne=
rions a cela nôtre consideration, ces princi=
pes moraux ne seroient pour nous que
de pures maximes de sagesse, et ils n'au=
roient que peu d'efficace sur la plupart
des hommes, surtout dans les cas ou la
force du penchant peut si aisement l'em=
porter sur la reflexion. Il est donc dela
derniere importance de demontrer a l'homme
qu'a l'obligation interne se joint une
obligation externe, tirée de la volonté
du Superieur dont ces principes sont
la vraie expression; ce qui forme un
nouveau lien moral plus puissant en=
cor par la même qu'il met l'homme dans
la necessité morale de se conformer a la
regle, non seulement par le motif tiré de
la nature meme de la chose, mais encor par
celui que presente la volonté du Superieur
auquel il doit obeir. C'est ce qui nous con=
duit a l'idée de la Loi.
LOI SANCTION.
Nous ne prenons plus ce mot dans un sens
abstrait pour designer des rapports de cau=
ses et d'effets dans l'ordre physique, ou
<87v> de simples regles prattiques dans l'ordre moral,
mais nous l'emploions au sens propre, pour
exprimer une regle prescrite aux hommes par
un Superieur legitime, pour qu'ils y confor=
ment leur conduite en vertu de l'obligation
ou ils sont de se soumettre a sa volonte.
Toute loi suppose 1° que l'homme est un Etre
moral susceptible d'obligation et de regle; 2°
qu'il est soumis a un Superieur revetu d'une
autorité legitime, en vertu de laquelle il peut
lui presenter sa volonté pour regle; 3° que
cette volonté lui est manifestée d'une maniere
claire et precise; 4° enfin qu'elle est soutenue
de motifs d'esperance ou de crainte suffisans
pour lui faire sentir la necessité ou il est de s'y
conformer, c.d. de promesses de recompenses
ou de menaces de chatiment, qui constituent
cette partie de la Loi qu'on appelle la Sanction.
Quelqu'un peut nous rappeller une obligation
tirée de la nature même des choses en nous mani=
festant ce qu'il pense sur la conduite que nous
devons tenir; ce n'est la que le simple conseil;
mais la Loi suppose que le Legislateur presen=
te sa volonte même pour regle et pour fonde=
ment d'obligation.
LOIX HUMAINES
Il est des Loix humaines etablies ou pres=
crites par quelque Superieur humain en vertu
d'une autorité legitimement acquise. On les
distingue, suivant leurs objets, en politiques
criminelles, civiles, &c V. Ethnol. 3. III. Ces
Loix peuvent avoir pour objet, ou des choses
en elles mêmes bonnes et par la fortifier une
obligation interne, par une obligation exter=
ne, ou elles peuvent se rapporter a des cho=
ses en soi indifferentes, mais qu'elles rendent
obligatoires; dans aucun cas elles ne peu=
vent prescrire des choses contraires aux
Loix divines dont elles tirent toute leur
force.
<88> LOIX DIVINES
Nous entendons par Loix Divines celles qui
ont ete prescrites aux hommes par le Legis=
lateur supreme qui est nôtre Superieur par
la nature méme des relations que nous sou=
tenons avec lui, comme nous l'avons montré.
Pour prouver l'existence des Loix divines nous
n'avons qu'a montrer qu'il nous a mis suffisam=
ment a portée de connoitre sa volonté et de
la prattiquer, en faisant un bon usage de
nôtre liberté morale.
LOIX NATURELLES ET POSITIVES
Dieu nous a mis a portée de connoitre et de
prattiquer sa volonté par le simple usage de nos
facultés naturelles, et les obligations qu'elle
nous impose, en tant que connues par cette
voie et d'ailleurs fondées sur la nature même
des choses, se nomment Loix naturelles. Quand
par un abus etrange de leurs facultés, les hommes
en sont venus jusques a meconnoitre ces Loix,
Dieu a bien voulu leur accorder une revela=
tion par ecrit pour les leur retracer, expliquer,
et les munir d'un sceau encor plus sensible
de son autorité supreme; ces Loix divines ont
été appellées revelées . Quelque fois il a jugé
a propos, et par des raisons particulieres aux
circonstances, d'y joindre certaines Loix qui
ne pouvoient etre connues des hommes, et qui
meme ne les obligeoient qu'en vertu de la seule
volonté du Legislateur expressement declarée.
On les appelle Loix positives . On comprend
qu'il ne s'agit ici que des Loix divines natu=
relles.
CERTITUDE DES LOIX NATURELLES.
Nous ne saurions concevoir qu'un Etre infini=
ment sage, qui nous a créés Intelligens et
libres, pour que nous fissions de nos facultés
un usage assorti a notre destination, nous
ait abandonné a nôtre propre volonté ou
plutot a nos caprices.
Sil a pris soin de diriger toutes les Creatures
inanimées et animées par des Loix Physiques
propres a les conduire a leurs fins, comment
<88v> pourrions nous douter qu'il n'ait pris le
meme soin parrapport aux creatures Intelli=
gentes, qui sont d'une nature d'une nature bien
plus excellentes, auxquelles toutes les autres
sont subordonnées, et de la conduite desquelles
il a fait en quelque sorte dependre l'ordre mo=
ral, le bien universel et l'avancement de sa
gloire. Plus leur destination est importante,
plus nous devons etre persuadés qu'il n'a pas
abandonné leur conduite au hazard ou
a des impulsions aveugles, qui ne produiroient
que des abus, des excès funestes, des conflicts
perpetuels de volontes et les plus affreux
desordres.
Mais a quoi bon rechercher ce que Dieu a
du faire, lorsque nous avons des preuves de
ce qu'il a fait.
QUI NOUS SONT CONNUES PAR LE SENS MORAL
Il est certain d'abord que le sens moral dont
nous avons prouvé l'existence ne sauroit etre
envisagé que comme un principe de direction
que Dieu lui même a mis en nous pour nous
servir de guide dans tous les cas qui ne lais=
sent pas du temps a la reflexion, soit pour
suppleer a nôtre Intelligence, lors qu'elle n'a
pas contracté de bonne heure l'habitude de
reflechir, soit pour tenir lieu de ressor puis=
sant qui puisse contebalancer efficacement
la force de nos appetits, de nos penchans, lors=
qu'ils excedent les justes bornes; ressor beau=
coup plus actif que la reflexion meme pour nous
mouvoir avec vigueur et promtitude.
PAR LE LA RAISON
Mais ce sens moral n'est qu'un sentiment
confus et aveugle; son impulsion peut
même souvent etre confondue avec celle
d'autres penchans habituels; il peut se
pervertir lui même par l'education, par la
force des prejuges &c. il ne sauroit n'auroit pu suffire
seul pour nous preserver de meprise si Dieu
n'y eut joint quelque principe lumineux
<89> capable d'en prevenir les ecarts et de nous
servir de flambeau pour eclairer et regler
nos penchans, et nous mettre en etat de
connoïtre avec clarté et precision ce qu'il
exige de nous.
Ce flambeau, c'est la Raison qui par les
idees distinctes qu'elle nous presente sur la
nature de l'homme, sa destination, ses rela=
tions, sur les rapports de ses actions et de leurs
suites avec sa fin generale, par les resul=
tats qu'elle nous met en etat de tirer de tout
cela, nous conduit a des principes moraux
dont l'evidence nous frappe, et dela a une
foule de consequences prattiques, applica=
bles aux divers cas, aussi certaines que les
principes eux mêmes, et que nous ne pouvons
refuser d'admettre comme autant de regles
morales fondees sur la nature des choses
et leurs rapports essentiels, et dès la comme
autant de vertités necessaires et eternelles
avec lesquelles il est impossible que la volon=
te de Dieu toute parfaite, ne se trouve exac=
tement d'accord, comme elles le sont elles
mêmes avec ses attributs, ses fins parti=
culieres et la fin generale qu'il s'est proposée
dans cet Univers. D'ou il suit que toutes
ces verites ou ces principes moraux sont
doivent etre envisagés comme l'expression
la plus exacte de sa volonte et autant de
regles qu'il nous prescrit, et qu'il ne sauroit
meme se dispenser de nous prescrire a
titre de Loix, sans se contredire lui même.
PAR LA CONSCIENCE
Tous les hommes ont aussi une conscience
qui leur fait entendre sa voix, soit avant
qu'ils agissent, pour les avertir que telle action
est bonne honnete, louable et qu'ils sont dans
l'obligation de la faire, ou qu'elle est mauvai=
se, deshonete, blamable et qu'ils sont dans l'o=
bligation de s'en abstenir; soit après qu'ils
ont agi, pour les approuver ou les condamner
<89v> comme aiant fait quelque chose de bon ou de
mauvais, pour les penetrer de joie ou de re=
grets, et cela dans les cas même ou ils ont agi
a l'insçu de leurs semblables, et qu'ils n'ont rien
a esperer ni a craindre de leur part. Autant
il est certain que cette voix, qui n'est au fond
que celle du sens moral et de la raison, n'est
point le fruit de l'opinion, de l'education &c
puisquelle est universelle, et ne peut avoir
chès tous les hommes qu'une origine qu'une commune, la constitution primitive
origine
de leur nature morale, autant il est certain
que cette voix ne peut etre que la voix de Dieu
lui même et qu'elle a été destinée a etre l'Inter=
prete fidele de ses volontes a nôtre egard et
a nous tenir lieu de Loi.
Vainement objecteroit on ici la difference des
jugemens particuliers sur ce qui est bon ou
mauvais &c, cela ne prouve autre chose si
ce n'est qu'en nombre de cas ils eprouvent les
influences de l'opinion, ou des affections des
desirs particuliers et des circonstances; que
les preventions de l'habitude, souvent dela su=
perstition peuvent porter a approuver ou con=
danner des choses qui sont en elles meme très
indifferentes, qu'enfin les hommes peuvent beau=
coup varier dans l'application des principes
moraux aux cas particuliers; mais de tout
cela on ne peut tirer aucune consequence
parrapport aux principes eux mêmes qui
portent leur evidence avec eux et sont
admis par tous les peuples et par tous
les hommes comme certains et incontes=
tables.
CONSEQUE
Nous La certitude de la Loi naturelle pouroit
etre confirmée ici par les preuves qui etablis=
sent la Certitude de sa sanction, qui en fait
partie essentielle; mais l'intelligence de cet
objet suppose diverses autres idées que nous
n'avons pas encor devellopées; c'est pourquoi
nous en renvoions l'exposition a un lieu
plus opportun.
<90> CONSEQUENCES
Les Loix naturelles sont donc la voix
du sens moral dela raison, dela cons=
cience, la voix dela nature, la voix de
Dieu lui meme, qui se sert de tous ces
moiens pour faire entendre a nos
coeurs: voix trop respectables et trop
intelligibles pour que les hommes aient
jamais pu y etre absolument insensi=
bles; aussi voions nous qu'ils en ont tous
ete plus ou moins frappes, et ce consen=
tement unanime demontre clairement
la certitude de ces Loix.
Il est evident qu'a toute Loi naturelle
repond une obligation interne tiree de
la nature meme de l'action, et une obliga=
tion externe tirée dela volonté de Dieu
même, dont la Loi tire sa principale
force et efficace. Ici l'on demande sil
peut exister des Loix pour l'homme inde=
pendamment de l'idée du Legislateur su=
preme? A prendre le mot de Loi au sens
abstrait, on pourroit soutenir l'affirma=
tive, mais si on le prend dans le sens pro=
pre, la question tombe d'elle meme. D'ail=
leurs nous nous sommes suffisamment
explique sur l'insuffisance des obligations
internes pour contenir l'homme dans
l'ordre et sur le peu d'utilité d'une morale
separee de la Religion.
On comprend aussi que les deux genres
d'obligation ne sont jamais separes l'un
de l'autre; partout ou il y a une obligation
interne il y en a une externe qui en fait
une Loi, et par tout ou il y a une Loi, il y
a aussi une obligation interne qui lie
l'homme a l'obeissance; d'ou vient que
toute action conforme a une Loi méme
positive devient bonne, et son opposée
mauvaise.
<90v> Il est impossible qu'il y ait une obligation
externe opposée a une interne, ni une interne
opposée a une externe, parce que Dieu ne sau=
roit se contredire lui meme. Des Loix positi=
ves pourroient peut etre prescrire aux hom=
mes des choses qui, selon leur foibles concep=
tions, paroitroient contraires aux Loix natu=
relles, mais ce ne seroit jamais qu'une con=
tradiction apparente, et qui sans aucune
realité aux yeux de celui dont les vues
superieures sont calculees sur le plus
grand bien universel.
Ce qui est commandé et ce qui est deffen=
du par la Loi naturelle sont tellement oppo=
ses l'un a l'autre par leur nature, que Dieu
ne sauroit rien changer a leur prescrit
sans agir contre la verite des choses et
contre sa propre sagesse. Cette Loi n'est
point l'expression d'une volonté divine ar=
bitraire, mais d'une volonté qui ne peut
rien prescrire que ce qui est en soi sage
bon, saint, juste. Elle est donc comme
l'essence des choses, necessaire, immua=
ble, eternelle, et des la universelle, irrevo=
cable et indispensable.
Mais comment donc pourra t'on dire que
Dieu en est l'auteur. Ce ne sera pas dans
le meme sens que nous disons que Dieu
est l'auteur de cet univers, qu'il pouvoit
creer ou ne pas creer. Dieu n'a pu se dis=
penser de donner aux hommes des Loix,
ni leur en donner d'autres que celles qui
etoient assorties a la nature et a l'ordre
des choses; mais cela n'empeche pas qu'elles
ne soient l'expression de sa volonté toute
parfaite qu'il a fait connoitre aux hom=
mes comme leur Legislateur supreme
pour leur servir de regle, en leur donnant
ce qui etoit necessaire pour l'accomplir.
Et quoiqu'on puisse les envisager comme les
conseils d'un Pere tendre; qui ne nous pro=
pose rien que nous ne dussions nous prescrire
<91> a nous mêmes pour notre bien, il n'en est pas
moins vrai que nous devons aussi les respec=
ter comme autant de Loix emanees de son
autorite supreme a laquelle nous ne sau=
rions resister sans encourir son indignation,
et les peines dues a la desobeissance.
LOIX IMPERATIVES PROHIBITIVES, DEVOIRS
Toute Loi renferme un prescrit qui consis=
te dans une action qu'elle commande ou une
action qu'elle deffend. Dela la distinction des
Loix en Imperatives et Prohibitives , et des
actions en commandées et deffendues .
Toute action qui est l'objet d'une Loi, ou qu'on
doit faire parce que la Loi la commande, ou
dont on doit s'abstenir, parce qu'elle la deffend
se nomme Devoir pour celui qui doit obeir.
Autant il y a de Loix naturelles, autant il y
a de Devoirs naturels.
DROIT, LEGITIME, JUSTE
Le pouvoir moral de faire telle chose qui
n'est contre le prescrit d'aucune Loi se nomme
Droit dans un sens general, p. ex: tout hom=
me a le Droit de manger, de marcher &c. La
chose qu'on peut faire sans manquer a aucun
Devoir, se nomme legitime: l'oppose est ille=
gitime. Dans un sens restraint, le Droit est
le pouvoir naturel a chaque homme de
s'assurer la conservation de certains avan=
tages, ou de faire usage de sa liberté pour
agir de telle maniere sans que les autres
puissent s'y opposer, et de ce Droit resulte
<91v> parrapport a ceux ci l'obligation la plus etroi=
te de ne rien faire qui gene l'exercice de cette
liberte ou qui deroge aux avantages de celui
qui l'exerce.
Dela nait la distinction des actions justes et
injustes selon qu'elles sont conformes ou con=
traires au Droit d'autrui. Souvent ces expres=
sions sont prises dans un sens plus general
pour marquer ce qui est conforme ou contrai=
re au Devoir.
Les actions humaines sont appellees bonnes
ou mauvaises en tant que conformes ou con=
traires a quelque obligation interne,
honnetes, louables ou honteuses et bla=
mables, en tant que conformes ou contraires
a la voix du sens moral et de la conscience
justes ou injustes entant que conformes ou
contraires au present de la Loi divine
Une action est appellees indifferente en tant
qu'elle ne porte en soi aucun caractere de
bonté ni de pravité; et permise en tant qu'elle
n'est ni commandee ni deffendue.
On ne peut pas dire cependant qu'il y ait des
Loix permissives, ce n'est meme qu'impropre=
ment que l'on dit qu'il y a des choses per=
mises par les Loix; ce n'est qu'autant que
leur prescrit borne la deffense a quelque
point au dela duquel elles n'obligent
point a s'abstenir.
Juste
<92> [168] Chapitre second II.
Des Principes generaux des Loix na=
turelles. et 1 mot biffure divers genres de
Devoirs
Devoirs
Ce qu'on entend par prin=
cipes generaux des Loix
naturelles et des Devoirs
de l'homme
360 Quoique les Loix naturelles soient
toutes a la portée du sens commun, (1 mot biffure)
on ne peut cependant s'en former des idées
nettes, ni sur les 1 mot biffure familieres et precises comme
on le doit (1 mot biffure) sans les reduire a un
certain ordre methodique, qui presente
d'abord les premieres et les plus generales,
pour servir de principes a toutes celles qui
peuvent en etre deduites par voie de conse=
quence, et etre appliquées aux divers cas
particuliers. Les Philosophes semblent
avoir été tous dans l'opinion qu'il falloit
toujours remonter a quelque principe
unique et general, qui renfermat en
lui tous les autres, et chacun s'est piqué
d'en proposer un a sa maniere, en mettant
de côté les principes proposés par d'autres,
comme sils se donnoient naturellement l'ex=comme s'il n'y avoit
1 mot biffure, ou du moins qui
entr'eux aucune connexion naturelle; Mais
si ces principes sont tous vrais, comme ils le
pretendent chacun pour le sien, ils doivent
necessairement etre tous en harmonie, et
liés entr'eux, et par consequent tous peu=
vent etre admis et emploiés dans un sys=
theme de Morale, comme autant de princi=
pes qui peuvent subsister l'un a coté de
l'autre, pour et servir a tous aux memes usages. que
je distingue ici: On peut emploier ces
368 Ces principes generaux peuvent etre emploies 1° comme fondemens
de demonstration pour tous les savoirs
particuliers de morale; 2° on peut y comme
faire 2 mots biffure les 1 mot biffure dis=
tinctifs de tout ce qui est juste ou injuste
vertueux ou vicieux; enfin 3° on peut
en faire 1 mot biffure comme moiens generaux
pour porter les hommes a l'observation
de tous leurs Devoirs particuliers.
Quelques uns ramenent
tous a la bienveillance
universelle, et a sa
qualité, 1 mot biffure
qui sont 2 mots biffure
propre a 1 mot biffure le
1 mot biffure du genre humain,
ils disent que c'est la
2 lignes biffure
de ce qui est louable
ou blamable.
D'autres ramenent
tout a la 2 mots biffure
6 lignes biffure
2 mots biffure dans
leurs 1 mot biffure et leurs
aplication.
Car si l'homme doit
vivre en societé, il faut
qu'il soit 1 mot biffure
tel qu'il est par sa
nature, et sa 1 mot biffure=
tion 1 mot biffure sera le resultat
de sa conservation
comme partie du
tout moral au=
quel il 1 mot biffure et
il doit concourir
d'ailleurs ces 1 mot biffure
principes generaux
ne se 1 mot biffure point
suffisans pour rem=
plir l'etendu des
Devoirs de l'homme
consideré comme
creature immortelle
qui a une destina=
tion a venir.
<92v> [169] PRINCIPE LE PLUS GENERAL
Quel est le principe
le plus general qu'on
puisse composer; c'est
que l'homme 1 mot biffure
1 ligne biffure
pour accomplir la
volonte de Dieu doit
se conformer a toutes
les regles generales que
la Sagesse lui presente
et que 3 mots biffure
1 mot biffure.
369 S'il s'agit de remonter a un premier prin=
cipe, nous croions qu'il faut le chercher dans
la proposition la plus generale qui 1 mot biffure puisse etre
emploiee a exprimer la volonté de Dieu a nôtre egard
et cette proposition, selon moi, se reduit a
ceci, c'est que Dieu veut que nous agissions
toujours d'une maniere conforme aux regles
que la sagesse nous presente pour comme etant
d'une obligation indispensable. 2 mots biffure
1 ligne biffure
6 lignes biffure En admettant ce
1 mot biffure naturellement generales
principe general
comme premiere Loi
naturelle, nous ne
pouvons nous dis=
penser d'admettre
tous ceux qui y sont
compris, envelloppés,
ou qui en decoulent
necessairement, 1 mot biffure
comme autant de
Loix naturelles et
des la même de recon=
noitre pour telles toutes les regles
generales de sagesse que nous avons enon=
cées ci devant (4 mots biffure 4 mots biffure)
puisquelles sont toutes l'expression de la volon=
té de Dieu a nôtre egard, et par consequent
autant de Loix divines, aux quelles nous som=
mes tenus de nous conformer, non seulement
en vertu de l'obligation interne, mais encor
en vertu de l'obligation externe qui resulte
de la volonté de nôtre Legislateur supreme.
Ces premiers principes
peuvent etre emploies
1° comme fondemens
de demonstration de
tous les Devoirs parti=
culiers, 2° comme carac=
teres distinctifs de tout
ce qui est vertueux
ou vicieux; 3° comme
motifs generaux
pour porter a l'obser=
vation 2 mots biffure nos
Devoirs de detail.
370 Ainsi toute proposition prattique qui
pourra etre deduite de ces Loix naturelles
generales, devra etre regardée comme une
Loi naturelle plus particuliere qui repose=
ra sur celles la, comme sur un fondement
inebranlable. Si nous trouvons aussi que
telle ou telle action soit d'accord avec quel=
qu'une de ces Loix et des la même avec les
autres, puisquelles sont toutes en harmonie,
nous en pourrons conclure legitimement que
cette action porte les caracteres d'une action
juste, pendant que si nous trouvons le con=
traire, nous devrons en conclure que c'est
une action injuste. Enfin toutes ces Loix
generales pourront nous servir dans l'occa=
sion de motifs generaux pour presser
l'observation des Devoirs particuliers.
<93> [170] On peut distinguer
Devoirs generaux,
Devoirs particuliers
Devoir relatifs,
Devoirs envers Dieu
envers nous memes
envers les autres Etres
DISTINCTION DES
DEVOIRS GENE=
RAUX ET PARTICU=
LIERS
1 nombre biffure 371 Aux Loix generales repondent autant
de Devoirs generaux, aux particulieres autant
de particuliers; parmi ces derniers, il peut ce=
pendant y en avoir de generaux relative=
ment a d'autres qui sont compris sous eux com=
me l'espece sous le genre. Il n'y a proprement
de Devoirs relatifs que ceux auxquels les hom=
mes sont tenus envers leurs semblables, en
vertu de quelques relations particulieres.
Cependant, en prenant le mot de relation
dans le sens le plus abstrait, on peut se repre=
senter nos divers Devoirs comme etant tous
relatifs a quelque Etre, Dieu, nous mêmes,
nos semblables nos semblables 4 mots biffure, et tirer de la une division
qui serve a les classifier, et en faciliter
l'exposition methodique.
4 lignes biffure
372 Mais ce seroit mal entendre cette divi=
sion que de supposer que ces Devoirs sont
réellement separés dans l'ordre moral et
peuvent même, en certains cas, se trouver etre
tellement en conflict, qu'on se trouve dans
la necessité de contrevenir aux uns pour
pouvoir observer les autres. On doit com=
prendre que tous nos Devoirs, quand même
nous les appellons Devoirs envers Dieu, ou
envers nos semblables, sont cependant tous
des Devoirs envers nous mêmes, puisqu'ils
tendent tous a nous conduire a nôtre desti=
nation et a nôtre bonheur: que tous nos
Devoirs encor, quoiqu'ils se rapportent a
Dieu et a sa gloire, ou qu'ils semblent se
terminer a nous mêmes, sont cependant
tous des Devoirs envers nos semblables, des
la même qu'ils sont tous assortis au bien
universel; qu'enfin tout ce que nous appel=
lons Devoir envers nous mêmes, ou envers
les autres hommes, sont tous aussi des
Devoirs envers Dieu, non entant qu'ils
se rapportent a son utilité, mais entant
qu'ils sont conformes a sa volonté, et que
l'homme ne sauroit s'en acquiter convenable=
ment sans se determiner a leur observation
par des motifs religieux (1 mot biffure 1 mot biffure) si donc
une action se trouve conforme a un Devoir
de quelle classe qu'il soit, il faut aussi
<93v> [171] de necessité qu'il quelle le soit aussiun cacartère biffure aux Devoirs
des autres classes, et si elle est contraire aux
uns, elle le sera aussi aux autres. La division
generale de nos Devoirs en 3 classes est donc uni=
quement fondée sur ce qu'il y a certains de=
voirs dont l'effet les effets prochains se rapportent les
uns a nous mêmes, les autres a nos semblables,
les autres a Dieu, comme a leur objet immediat.
On doit commancer
par l'exposition des
Devoirs envers 1 mot biffure
1 nombre biffure En exposant nos Devoirs particuliers,
il sembleroit naturel de commancer par
les Devoirs envers nous mêmes, selon la mar=
che que nous avons suivie dans l'exposition
des regles de Sagesse ou Loix naturelles gene=
rales. Mais comme les Devoirs envers Dieu
peuvent etre deduits immediatement immediatement de ces
principes generaux, immediatement et 2 mots biffure des nous croions qu'il
autres Devoirs 2 mots biffure
est plus convenable de commancer par cette ceux qui se rapportent a l'Etre
classe de Devoirs
des Etres, dont la volonté doit etre nôtre Loi
supreme, pour fixer d'une maniere precise
tous nos autres Devoirs; une fois convaincus
des Devoirs de ceux qui resultent de la vüe de ses
perfections et de ses fins, 1 mot biffure il sortira de
cette conviction une vive lumiere pour
nous eclairer sur tous les autres, et les plus
puissans motifs pour nous porter a leur
observation.
Chapitre III.
des Devoirs envers
Dieu
Des rapports que
l'homme soutient
avec Dieu enoncés
ci devant dans un
grand detail resul=
tent par une conse=
quence, necessaire
les Devoirs envers
cet Etre compris sous
le nom general de
culte, distingué
en culte interieur
et exterieur.
CULTE
374 Rappellons nous d'abord de ce que
nous avons dit de Dieu, qu'il est le sou=
verain bien de l'homme, qu'il possede seul
les perfections suffisantes pour nous rendre
heureux, que sa grande fin est nôtre bon=
heur, sa volonté, la regle la plus parfaite
que nous puissions suivre pour tendre a
nôtre destination; que nous sommes dans
l'obligation de soumettre a cette volonté nos
pensées, nos sentimens, nos discours, nos
actions, et de en faire servir toutes nos
facultés a l'avancement de sa gloire; et
tous ces principes nous conduiront neces=
sairement a ces Devoirs envers Dieu
compris sous le nom general de culte
qui consiste a servir Dieu, c.d. a faire
tout ce qu'il exige de nous pour lui plaire et obte=
nir son approbation. 1 mot biffure Dans ce culte
nous distinguons les pensées et les sentimens
<94> [172] qui forment le culte interieur; et les
paroles et les actions par lesquelles nous
manifestons ces pensées et ces sentimens;
ce qui constitue le culte exterieur.
INTERIEUR
Le Culte interieur
comprend l'applica=
tion a le connoitre cet
Etre supreme
375 Sous le culte interieur, nous compre=
nons les Devoirs suivans 1° une constante
et serieuse application a connoitre Dieu
autant que cette connoissance peut etre
a nôtre portée, a nous instruire de ses
glorieuses augustes perfections, de ses
oeuvres, ses fins, ses desseins, sa volonté,
autant que cela est necessaire pour accom=
plir cette volonté, repondre a ses vues et le
glorifier: enfin a 1 mot biffure rendre nos lumieres
a cet egard assès vives, 1 mot biffure nos idées asses
presentes et familieres, pour qu'elles puissent
sans cesse influer efficacement sur nos
coeurs et dès la sur nôtre conduite.
2° les sentimens du
coeur que cette connoi=
sance doit naturelle=
ment faire naitre
l'amour et la gratitude.
376 De cette connoissance en effet doivent
naitre naturellement 2° divers sentimens
ou mouvemens dans nos coeurs, qui sont
aussi autant de Devoirs, en tant qu'il de=
pend de nous de les y exciter et entretenir
par la meditation des grands objets que
la connoissance de Dieu presente a nos
Esprits. C'est ainsi qu'en nous penetrant pro=
fondement de l'idée de cet Etre tout parfait,
nôtre unique et souverain bien, nous
devons 2 mots biffure allumerons dans nos
coeur le feu de son amour, d'un amour
ardent et sans bornes, superieur a tout
autre, qui nous fait prendre le plus vif plai=
sir a penser a lui, a nous occupper de lui,
qui nous fait desirer par dessus tout de lui
plaire, d'avoir part a son amour et de nous
unir a lui. En reunissant a cela le souve=
nir circonstancié de ses bienfaits qu'il
ne cesse de repandre sur nous sans que
nous le meritions en aucune maniere, nous
devons chercher a reveillerons nôtre sensibilité
et 1 mot biffure reunirons a nos sentimens d'amour
des mouvemens de la plus vive gratitude
qui reponde a la grandeur de l'amour
que Dieu daigne nous temoigner.
<94v> [173] L'admiration, le
respect, la crainte
la confiance, l'acquies=
cement, la resigna=
tion
377 C'est ainsi encor qu'en fixant nos regards
attentifs sur la grandeur et la majeste infinie
de Dieu, son infinie superiorité sur nous,
en faisant en même temps un serieux re=
tour sur nous mêmes, nôtre petitesse, notre
dependance et notre neant nous devons
saisirssant avec empressement tous les traits de ce
contraste, pour nous reveillerons en nous les mouvemens
de l'admiration la plus vive, les sentimens du
respect le plus humble et le plus profond, 1 mot biffure
d'une crainte religieuse et filiale, insepa=
rable du respect et de l'amour, qui nous fait
apprehender continuellement de lui deplaire
et d'etre privé de sa faveur.
l'acquiescement, la resi= En joignant
gnation, la confiance,
l'esperance
a la consideration de nôtre foiblesse de
serieuses reflexions sur les maux auxquels
nous sommes exposés; sur le besoin pressant
que nous avons du secours de Dieu et sur
1 ligne biffure les perfections morales que nous
2 mots biffure lui attribuons nous 1 mot biffure travaillerons
2 mots biffure le temps a exciterons dans nos coeurs
les sentimens d'une confiance legitime en
sa protection, d'esperance en sa bonté,
mais en même temps d'acquiescement a ses
dispensations, et de resignation a ses ordres
dans toutes les circonstances les plus critiques
ou il trouve a propos de nous placer.
l'obeissance et 1 mot biffure
1 ligne biffure
ses perfections morales
378 Avec de telles idées et de tels sentimens
1 ligne biffure
nous nous formerons necessairement a une
obeissance sincere, promte, et constante a
toutes les Loix de Dieu, qui nous portera a
remplir universellement tous nos Devoirs
non seulement parce qu'ils sont fondés en rai=
son, mais encor parce qu'ils sont la volonté
de Dieu même a laquelle nous devons sou=
mettre entierement la nôtre, et a cela nous
joindrons l'empressement a imiter ses per=
fections morales comme etant le modele
le plus parfait que nous puissions nous pro=
poser, et a assortir nos vues et 2 mots biffure
a celles qu'il s'est lui meme proposées parrap=
port a nous, a nos semblables, a toutes les
Creatures destinées a nostre usages, en rappor=
tant cet usage a leur destination et a sa
<95> [174] gloire, et faisant tout dans le dessein de
leur plaire et d'en etre approuvé.
EXTERIEUR
obligation du culte exterieur
379 Le culte exterieur est inseparable de
l'interieur. L'homme etant un Etre mixte
composé d'une ame et d'un corps qui lui
sert d'organe de sensibilité, et d'instrument
d'activité, il ne sauroit etre fortement occup=
pé de certaines idées, de certains sentimens,
sans etre disposé naturellement a les expri=
mer par des paroles, des gestes ou des mou=
vemens. Telle est même la dependance
de l'ame parrapport au corps que les mou=
vemens, les gestes, les paroles peuvent etre
de la plus grande influence sur nos sentimens,
pour les exciter ou du moins les fortifier in=
terieurement. Qui pourroit douter enfin
que Dieu qui a destiné nos corps pour
etre les organes parlesquels il se fait con=
noitre a nous, et nous distribue ses graces=
ne les ait aussi destinés a servir d'instru=
mens pour lui temoigner le juste retour
de nôtre gratitude par des louanges et
des actes propres a le glorifier?
Privé et public 380 Les 3 mots biffure a demander Cette obligation doit s'etendre
l'obligation non seulement du au culte privé,
mais aussi du au culte 1 mot biffure public, dont les
actes se prattiquent en commun par
tous les membres d'une Societé religieuse,
dans des assemblées fixées a des temps
marqués et selon un rit etabli. On com=
prend combien un tel culte est convena=
ble a toute Societé qu'on peut envisager
dans son 1 mot biffure ensemble comme un Etre
moral, dependant de Dieu et objet de
ses graces; combien il est utile pour en
resserrer plus fortement les liens; combien
il est necessaire pour l'instruction des igno=
rans, pour l'avancement de tous dans la
piete et la vertu, aussi bien que pour main=
tenir parmi les hommes l'exercice du
culte exterieur, qui sans cela seroit bientot
negligé, et des la même, pour nourrir dans
tous les coeurs les idées et les sentimens
qui constituent le culte interieur.
<95v> [175] et de tous les divers
actes, adoration
louange, action de
grace, la confession
de ses fautes conse=
cration, la priere
le serment
381 On peut rapporter au culte exterieur
tous les divers actes qui correspondent aux
divers sentimens du coeur, l'adoration
et la louange qui expriment le respect et l'a=
mour, l'action de grace qui exprime la gra=
titude, l'humiliation et la confession de ses
fautes qui expriment l'hum4 caractères biffureilité et la
crainte religieuse, la consecration de soi
même a Dieu qui exprime la soumis=
sion, la priere enfin qui exprime l'acquiesce=
ment et la confiance. On peut y joindre le
Serment qui est aussi un acte religieux
par lequel on exprime d'une maniere solen=
nelle son respect et sa crainte pour Dieu
consideré comme temoin de ce qui se passe
dans son coeur, et ennemi declaré de la trom=
perie et de la fraude.
D'ailleurs tout acte
de culte doit etre 2 mots biffure eclaire, sin=
cere, zelé , quoique accompagné de prudence
selon les circonstances, 1 mot biffure et la prat=
tique doit en etre constante, soutenue
en sorte qu'on soit toujours pret a en faire
une profession publique, lors même que
par la on s'exposeroit a quelque danger
pour ses avantages temporels et pour sa
personne. Tel est le precis de nos De=
voirs enver Dieu.
Chapitre IV
Devoirs envers
nous memes.
AMOUR DE NOUS MEMES RAISONNABLE
Des rapports que nous
soutenons avec nous
meme et de l'amour
que nous avons nous
2 mots biffure nous
memes, 2 mots biffure
tendre sans cesse a la
fin generale de notre
existence qui est le
bonheur resultent
le premier et plus gene=
ral de nos Devoirs
envers nous memes
qui est un amour
propre raisonnable
et eclaire
382 Si nous nous rappellons des principes
generaux qui ont été etablis ci devant sur
l'obligation ou nous sommes de nous aimer
nous mêmes, d'un amour eclairé par la
sagesse et conforme a nos vrais interets
de nous conduire d'une maniere toujours
assortie a nôtre nature, aux fins parti=
lieres des diverses parties de nôtre Etre,
selon leur subordination, et leur rapport
avec la fin generale de 1 mot biffure nôtre existence
ou avec nôtre destination, et la destination
generale de cet Univers (I. 212 218)
nous pourrons aisement en deduire tous les
Devoirs particuliers auxquels nous sommes
obligés envers nous mêmes qui n'en sont
que des consequences immediates.
<96> [176] Le Devoir general
qui decoule même
1 ligne biffure
1 mot biffure est le soin que
nous devons 1 mot biffure=
1 mot biffure de nôtre perfec=
tion 1 mot biffure pour
l'ame 1 mot biffure pour le
corps, en donnant
le plus d'attention
a la partie princi=
pale
SOIN DE NOTRE
PERFECTION TO=
TALE
383 Le premier Devoir consiste a nous former
des idées justes de nôtre perfection, a y travailler
par les moiens les plus efficaces, et ne rien negli=
ger pour prevenir ou surmonter les obstacles
qui s'y opposent, et profiter de toutes les occasions
favorables et de tous les secours qui peuvent
se presenter, pour en avancer les progrès.
Nous devons donner a chaque perfection
partiale des differentes parties de nôtre Etre le
genre de soins dont elle est susceptible, mais
nos soins doivent se porter sur toutes ensemble
et etre dirigés ensorte qu'elles concourent
toutes avec le plus d'efficace a nôtre perfection
totale; aucune ne doit etre soignée seule
ou avec une attention toute concentrée sur
elle, qui fasse negliger les autres, ni avancée
par des moiens qui puissent porter prejudi=
ce a celles ci. Mais l'attention et les soins
doivent cependant avoir pour objet principal
la perfection partiale la plus essentielle, celle
d'ou depend le plus immediatement la perfec=
tion totale, je veux parler de la perfection
de l'ame, a laquelle toutes les autres doivent
etre constamment subordonnées et même
sacrifiées en certains cas, si les circonstances
l'exigent (1 nombre biffure). Ainsi donner plus de
soins a son etat exterieur, a sa fortune, qu'a
son corps, ou a la conservation de sa vie et de
sa santé, seroit sans contredit une 1 mot biffure
veritable folie; mais c'en seroit une bien
plus grande encor, que de prendre un beau=
coup plus vif interet a a son corps qu'a son
ame, cette ame. Cette ame qui est propre=
ment nous mêmes, nôtre moi 2 mots biffure
le siege de nos facultés, qui nous rendent
susceptibles de perfection et de bonheur.
D'ou il resulte qu'en donnant nos soins
a nôtre fortune et 1 mot biffure a nôtre corps, nôtre atten=
tion doit porter principalement sur nôtre
ame, mais que celle ci ne doit pas nous
faire negliger ceux la. Travailler a pos=
seder une ame saine dans un corps
sain, telle est la grande regle generale
de nôtre perfection et nôtre premier
Devoir.
<96v> [177] PAR RAPPORT A L'AME
3 lignes biffure
1 mot biffure Les soins de
la perfection de
l'ame doivent se
porter sur l'Intelli=
gence pour en
devellopper les
facultés et l'enri=
chir de 1 mot biffure
2 mots biffure
384 A la perfection de l'ame il faut rap=
porter 1° la perfection de l'Intelligence par
rapport a laquelle il est de notre 1 mot biffure Devoir 1 mot biffure
1° de la preserver, autant qu'il depend de nous
de l'ignorance, de l'erreur, et de tout ce qui
peut la conduire a des meprises prejudicia=
bles a la connoissance de la verité, de recher=
cher cette verité, avec sincerité, avec ardeur
sans se nous permettre aucune indulgence pour
tout ce qui s'en ecarte, ou peut nous la de=
guiser, ni pour ce qui peut l'exposer aux
mepris des autres; 2° d'exercer et cultiver
sans cesse cette Intelligence pour acquerir
par l'experience et l'habitude de la reflexion, ce discernement,
cette penetration, cette etendue de lumiere
et de vües, sans lesquelles nous ne pouvons
saisir distinctement et avec promtitude
une foule d'objets des plus essentiels et des
plus interessans pour nous; 3° de suivre
nôtre penchant naturel a la curiosité 1 mot biffure
en cherchant a nous instruire des objets
qui nous environnent, non en raison
deleurs difficultés, ou de leurs apparences
eblouissantes, ou deleurs agremens; mais
plutot en raison de leur utilité réelle,
en nous appliquant principalement a une
a 1 mot biffure a connoitre
nôtre nature, celle des Etres
qui nous environnent,
a demeler les liaisons
que nous avons avec ces
Etres, celles que ces Etres
ont 1 mot biffure entr'eux, et en
general tous 1 mot biffure les objets qui peuvent le plus influer sur nôtre bonheur,
sur le bien general de la societé, 1 mot biffure mais surtout ceux
de la Religion, tels que sont les relations
que nous soutenons avec Dieu, les obliga=
tions qui en resultent, les grandes espe=
rances qui en naissent.
2 Sur la Volonté
pour la soumettre
au dictamen de l'In=
telligence et toutes
les regles que la Sagesse
nous prescrit
385 1 mot biffure On peut rapporter 2° aux
soins de la perfection de l'ame l'obeissance a toutes les
regles generales de sagesse de sagesse etablies ci devant
(2 mots biffure) avec toutes les consequences
particulieres qui en naissent, 2 mots biffure
suivre les impulsions de sa sensiblité et de
ses penchans naturels, mais non sans les eclai=
rer et les diriger par la raison; ecouter dans
toutes les determinations et 2 mots biffure de sa volonte,
les leçons d'une Intelligence eclairée, 1 mot biffure
regles de la sagesse et de la prudence; conser=
ver a son ame cette energie qui lui est neces=
saire pour deploier efficacement son activité
<97> [178] lorsqu'il s'agit de l'execution; assurer a
cette ame son empire sur elle même, ses
facultés, ses affections, ses habitudes et ne pas
permettre qu'aucune s'oppose a ses vües re=
flechies; en sorte qu'elle puisse, avec le ressort
de toutes ses forces appliquées a propos, sou= exercer
tenir son activité 2 mots biffure1 mot biffure
sa liberté, avec courage, fermeté et perse=
verance, pour procurer executer ce qu'elle
juge le plus expedient; tels sont nos princi=
paux Devoirs envers nôtre ame. On peut
joindre ici 1 mot biffure 1 mot biffure Devoirs particuliers, c'est que
Le gout que nous avons generalement pour
le beau etant un des plus puissans ressorts
pour avancer nos progrès en perfection, et
nous porter avec courage a tout ce qui
beau est bon et louable, nous ne devons pas
craindre de nous livrer, même jusques
a une sorte d'enthousiasme, capable de
donner a nôtre ame beaucoup d'elevation
et d'energie, et la mettre en etat de vaincre
des difficultés qui souvent seroient sans
cela insurmontables. Nous devons aussi
1 ligne biffure
chercher a multiplier
nos bonnes habitudes
par des actes frequens
de la même espece,
et a nous deffaire des
mauvaises par la
suspension ou cessa=
tion des mêmes actes
qui nous otera la
facilité et dès la même
l'envie de les 1 mot biffure reiterer.
ou nous faire passer
l'envie pour les deffaire
2 lignes biffure
PAR RAPPORT AU CORPS.
Les soins de la per=
fection particuliere
du corps embrassent
les Devois suivans
1° veiller a la conser=
vation de son corps
et de sa vie
386 De ce qui a été ci devant Parrapport
a la perfection particuliere du corps 1 mot biffure1°
(1 nombre biffure), il mot biffure on peut conclureque l'homme doit
suivre le penchant naturel et puissant
qui le porte a se conserver et a prendre
soin de son corps et de sa vie par tous
les moiens, que l'experience et la reflexion
peuvent lui suggerer, pourvu qu'il ne
sacrifie point a cela des interets plus
essentiels, tels que la perfection de son
ame, et 1 mot biffure l'exercice des Devoirs 1 mot biffure 1 mot biffure=
1 mot biffure 2 mots biffure a sa destination finale
et reserve d'ailleurs tous les cas ou la Loi naturelle
exige qu'il fasse genereusement le sacri=
fice de sa vie pour le plus grand bien de
la societé. Quelque fort en effet que soit le
penchant qui nous attache a la vie, Dieu
nous a donné la raison pour nous instruire
des cas ou nous ne devons point la con=
server au prejudice de nôtre vrai bon=
heur qui seul peut nous la rendre precieuse.
<97v> [179] Si nous la consultons toujours, nous eviterons
egalement et la temerité qui porte quelques
uns a y mettre fin ou a l'exposer sans necessi=
te, et la lacheté qui fait que d'autres veulent
la conserver a quelque prix que ce soit, et
par des actions même honteuses et criminelles.
3 lignes biffure
387 Ce premier Devoir 1 mot biffure posé, il suit
2° que l'homme doit eviter tout ce qui tend
a la destruction de son corps, a abreger ses
jours, alterer son temperamment et sa santé
et emploier tous les moiens que peuvent four=
nir la nature et l'art pour le conserver sain
et vigoureux, en sorte qu'il soit toujours en
etat de remplir les fonctions auxquelles il
est destiné comme organe de 1 mot biffure sensibilité de l'ame et ins=
trument de son activité. Il suit encor 3°
qu'il peut faire usage de tous les objets exte=
rieurs destinés ou a la conservation de ce
corps, 5 mots biffure ou a
lui procurer des sensations agreables et flat=
teuses; mais en même temps, qu'il ne doit se
permettre dans leur jouissance aucun de
ces excès, qui, en lui procurant quelque
plaisir passager n'aboutitssent qu'a produire
chès lui la satieté et le degout , a tarir la
source même des plaisirs, a fatiguer, ener=
ver, emousser ses organes, affoiblir le son tempe=
ramment, abreger ses jours, et surtout a
mettre obstacle a l'exercice des facultes de
son ame, et detruire ou affoiblir l'empire qu'il
doit exercer sur le corps.
5 lignes biffure
Et afin de se conte=
nir a cet egard dans de justes bornes, il doit
surtout bien prendre garde de ne pas per=
dre cette espece d'instinct naturel qui, par
la satieté, l'avertit du point ou il doit s'arreter
dans la satisfaction de ses penchans; et faire
souvent de frequens retours sur lui même,
pour se rendre attentif aux suites facheuses
que peuvent avoir eu les excès dans les=
quels il est tombé, et prendre Leçon de sa
propre experience.
Jouir des plaisirs
sans en abuser, ne jamais passer les bornes
au dela desquelles ils cessent d'etre des plaisirs
et se convertissent en poison, n'en jouir
que selon leur destination pour servir
<98> [180] de recreations , ou de moiens de reparer des
forces epuisées par le travail, tel est le vrai
usage que l'homme doit faire des objets
destinés a ses agremens et un Devoir in=
dispensable envers lui même.
PARRAPPORT A L'ETAT EXTERIEUR
Les soins de la perfection
s'etendent 1 mot biffure a
ce qu'on appelle l'etat
exterieur qui comprend
les biens sensibles,
les richesses, la repu=
tation
388 Il ne doit pas negliger non plus son
etat exterieur qui consiste en certains
avantages qu'il peut mettre a sa portée et
4 mots biffure de emploier utilement a avancer sa perfection. Tels
sont 1° les biens sensibles, tous les objets
exterieurs qui peuvent etre appliqués im=
mediatement a ses usages, tout ce qui sert
a la nouriture, l'habillement &c. 2° les
richesses, ou les ressources qui peuvent lui
echeoir par succession, ou qui sont le fruit
de son industrie, et dont il peut faire usa=
ge comme moiens pour se procurer les biens
sensibles, ou pour satisfaire aux depenses
qu'exigent certaines bienseances de condi=
tion et de rang, et même pour faciliter et
etendre ses progrés en perfection et contri=
buer au bien de la societé; 3° la reputa=
tion , ou l'opinion avantageuse que les autres
ont de son merite, de ses talens, de ses qualités:
avantage très important pour le bonheur
de ses jours, et qui peut servir de ressort très
puissant d'activité pour le porter au 1 mot biffure
bien et a faire des progres en lumieres et en
vertu.
LE TRAVAIL
Ce vrai moien d'ob=
tenir 1 mot biffure et etat
une sorte de prospe=
rité 1 mot biffure travail
389 Quoique la prosperité de cet etat
exterieur depende beaucoup des evenemens,
des circonstances, et surtout des dispensations
de la Providence, qui distribue les biens selon
les vues de son infinie sagesse, il n'en est
pas moins vrai qu'elle depend aussi beau=
coup du travail de l'homme, je veux dire,
de son activité dans l'exercice de ses facultés
spirituelles et de ses forces corporelles. Au
moien d'un travail regulier et assidu,
il peut se procurer et se conserver les res=
sources necessaires pour pourvoir a ses be=
soins actuels ou futurs, et a ceux de ses
semblables auxquels son secours est neces=
saire, il peut même se 1 mot biffure placer ou se main=
tenir dans cette aisance qui le met en etat
de se procurer des commodités, des agremens,
<98v> [181] & de vivre d'une maniere honnête et bien=
seante; il peut enfin, en contribuant au bien de
ses semblables se concilier leur bienveillance
et leur estime, se rendre par la a lui même
la vie douce, prevenir l'ennui et la tristesse,
conserver sa vigueur, et 2 caractères biffure reunir a un
corps sain une ame saine; autant de rai=
sons qui demontrent que le travail est un
Devoir d'une obligation universelle et in=
dispensable.
DEVOIRS PARRAPPORT AUX RICHESSES
En travaillant a
acquerir des richesses
l'homme ne doit jamais
se departir d'un noble
desinteressement et
etre toujours content
de son sort pour se
maintenir dans un
etat1 mot biffure de medio=
crité, il doit vivre avec
sobrieté, modestie et
oeconomie.
390 En travaillant a acquerir des richesses, il
importe a l'homme doit d'avoir sans cesse devant les
yeux cette grande regle, que nous avons eta= qu'il doit
blie (2 mots biffure) et s'en souvenir
rechercher ces avantages, non pour eux
mêmes, mais comme moiens subordonnés
a une fin plus excellente, c'est a dire, sa
propre perfection et son veritable bonheur.
La sagesse veut donc qu'il proportione
a leur valeur, comme tels, son empresse=
ment pour les acquerir, sa sollicitude pour
les conserver, sa douleur lorsqu'il vient a
les perdre, et qu'il ne s'y attache 1 mot biffure com=
me a des biens passagers, inconstans et
perissables. Jamais il ne doit donc les recher=
cher par des moiens illegitimes, incompatibles
avec la perfection de son ame et l'exercice de
de ses Devoirs, ni avec une inquietude qui
altere sa tranquillité interieure; mais il
doit au contraire retracer sans cesse a son
Esprit toutes les reflexions sur la nature
et la fragilité de ces biens, qui peuvent
lui inspirer un noble desinteressement
a leur egard, et un contentement inalte=
rable de son sort , quant a la 1 mot biffure, dont
l'effet naturel est de moderer ses desirs et
de les borner a l'etat cet etat d'honnete
mediocrité , qui le garantisse des incon=
veniens et des disgraces de la pauvreté,
sans l'exposer aux dangers qui accompa=
gnent l'opulence. C'est pour se maintenir
dans cet heureux etat qu'il doit vivre avec
sobrieté , qui consiste a faire un usage mo=
dere des alimens et des plaisirs des sens, 1 mot biffure
sans laquelle il ne peut 3 mots biffure
<99> [182] 3 mots biffure en y joignant une modestie decen=
te qui consiste a ne pas faire plus de depense
pour l'exterieur que la bienseance ne permet;
avec une cette sage oeconomie qui 1 mot biffure sait
proportioner sa depense a sa fortune, en
emploiant ses revenus avec prudence, sans
les consumer en depenses inutiles qui en=
trainent la dissipation même des fonds;
autant de Devoirs sans la prattique de=
quels l'homme ne sauroit travailler avec
application et assiduité, ni par la meme
s'assurer 1 mot biffure des ressources suffisantes
pour les besoins.
6 lignes biffure
PARRAPPORT A LA
REPUTATION ET LA
GLOIRE
396 Dans les soins auxquels l'homme est ap=
pellé pour menager sa reputation, la sagesse
exige de lui comme Devoir essentiel, qu'il
s'attache a se faire une reputation solide,
fondée sur des qualités reelles et reellement
utiles, plutot qu'a se faire un nom, obte=
nir une reputation brillante, qui reser=
vée ordinairement aux talens rares, et
qui est sujette a beaucoup d'inconveniens
et de dangers. Et pour s'assurer l'estime
des autres en même temps que leur bienveil=
lance par et de justes egards, il doit toujours
se renfermer dans les 1 mot biffure bornes d'une
sage humilité et modestie qui consis=
tent a ne jamais sortir de celles de la veri=
té dans l'opinion qu'il se forme de lui
même et de son propre merite, a ne jamais
s'arroger la superiorité a cet egard, et ni affec=
ter une elevation au dessus des autres qui
ne fait que les blesser, et diminuer l'estime
qu'ils pourroient d'ailleurs avoir pour lui.
Comment il doit
rechercher la gloire
397 Que si l'homme veut aspirer a une
estime eminente, une consideration distin= qu'on appelle la gloire, c'est pour lui
guée,
un Devoir essentiel, de la rechercher, non
comme fin, mais plutot comme moien,
du moins comme un bien non essentiel,
puisque le bonheur depend de ce qu'on est
reellement, plutot que de ce qu'on paroit
aux yeux des autres. S'il veut ambitioner
la gloire, il faut du moins que ce soit une
gloire solide, due a des qualites reelles et
distinguées, et non une gloire usurpée
<99v> [183] par l'eclat trompeur de quelques qualités
brillantes sans solidité, ou de quelques talens
rares mais peu utiles; il doit du moins aspi=
rer aux suffrages des coeurs par un merite
personel et vraiment digne d'estime, et non
borner son ambition a des honneurs, des
dignites, des distinctions, des 1 mot biffure, qui ne
font que lui donner un relief exterieur,
sans augmenter en rien la consideration
personnelle; il doit du moins aspirer a etablir
sa reputation auprès des personnes sensées
qui savent apprecier le merite, plutot qu'a
se faire un nom parmi la multitude gros=
sière ignorante, incapable de l'evaluer, et envers laquelle
il n'est tenu qu'a menager sa reputation
d'honnete homme, en evitant, autant que
faire se peut possible, ce qui peut lui lui fournir quelque
pretexte a porter de faux jugemens sur
son comte; mais cependant sans jamais s'assujetir a
ce qu'on appelle le qu'en dira t on? au point
de manquer a aucun de ses Devoirs.
PARRAPPORT A LA BONNE OU MAUVAISE FORTUNE
13 lignes biffure
398 Quant aux evenemens heureux ou mal=
heureux desquels depend la bonne ou mau=
vaise fortune, un Devoir essentiel a l'homme
est de se montrer superieur a celle ci, en
rendant son bonheur independant d'elle, par
une sorte de grandeur d'ame qui l'eleve au
dessus des objets exterieurs et des affaires de
la vie, en sorte qu'elles ne portent aucune
atteinte a sa tranquillité ni a sa vertu.
De la doit naitre chès lui une grande mo=
deration dans la joie que lui cause la pros=
perité, dans la douleur qu'il lui procure ressent de
l'adversité, une 1 mot biffure grande patience constante qui
qui lui fait supporter tranquillement et avec
resolution, les peines, les douleurs et les
traverses de la vie, un courage intrepide
qui lui fait conserver sa presence d'Esprit
et sa fermeté au milieu des dangers et
surtout aux approches de la mort. Tout
cela suppose que l'homme cherche a
se rendre independant des opinions qui
produisent le contentement ou le mecon=
tentement de son sort, et a se former des
idées justes des biens et des maux de la
<100> [184] vie humaine, pour regler sur cette appre=
ciation le degré de ses joies, ou ses tristesses,
ses craintes ou ses esperances, ses gouts ou
ses aversions.
PARRAPPORT AUX ENTREPRISES
Necessité de former
des entreprises et des
1 mot biffure que l'homme
1 ligne biffure
394 Cependant, comme il est né pour agir
et s'occuper, il ne sauroit se dispenser de for=
mer 1 mot biffure des entreprises , et de les pousser
avec vigueur pour y reussir, sans cepen=
dant s'en occupper avec inquietude ni se
consumer en regrets, lorsqu'elles viennent
a echouer. Pour obtenir le succès desi=
ré il faut il doit apporter a ces entreprises
de la sagesse et de la prudence pour dans les
vues choix des vües et des moiens, de
l'habileté pour en faire un bon emploi,
de la resolution pour choisir a propos,
dans l'occasion, ce qu'il doit faire, et s'affer=
mir dans son parti, lorsque la prudence
l'approuve, de la 1 mot biffure circonspection
pour se rendre attentif aux obstacles et
aux difficultés qui peuvent se presenter,
pour ne pas placer mal sa confiance,
ni rien faire au dela de ce que les forces
permettent, enfin de la constance pour
perseverer jusqu'au bout.
PARRAPPORT AUX CONVENANCES
objection 1 mot biffure il
est de faire une
grande 1 mot biffure
aux convenances
395 Il est enfin certains devoirs de conve=
nance qui obligent l'homme a regler
ses procedés, ses manieres, ses affections
interieures même, d'une maniere assortie
a son age, et a son rang. Ainsi on attend
du jeune homme, de la modestie, de la deffi=
ance de soi même, de la reserve dans ses
jugemens et ses discours, qui et tout ce qui
annonce, 1 mot biffure un eloignement
pour des pretensions incompatibles avec son
age. On voit avec plaisir chès l'homme
fait dela une contenance ferme qui
annonce la resolution et le courage; le
calme, la reflexion, la moderation, la
prudence, 2 mots biffure conviennent a un age
plus avancé. Un air de dignité et de
reserve sans morgue, sied bien a ceux
qui sont en place comme la deference
sans bassesse a ceux d'un rang inferieur.
Tels sont en abregé
les divers Devoirs aux=
quels l'homme est tenu
envers soi meme.
Chapitre V. Devoirs
envers les autres Etres
ses semblables
1 ligne biffure
les Etres avec qui il
soutient des rapports
SOCIABILITE
Nous ne parlons pas
ici des Devoirs envers
les objets interieurs
4 lignes biffure
<100v> 2 lignes biffure
Tels sont en abregé les principaux Devoirs
de l'homme envers soi même.
Chap V Devoirs envers ses autres 1 mot biffure
396
4 mots biffure regle
toutes les actions de
l'homme envers tous
les Etres avec qui il sou=
tient des rapports, Mais
s'ensuit qu'il doit y avoir
il s'agit aussi de certains Devoirs
a exercer envers les crea=
tures de raison
mais animées et douées
de sentiment. Ainsi
l'homme appellé, par la
preéminence de ses facul=
tes, a dominer sur tous
les Etres terrestres ne doit
point abuser de son auto=
rite pour faire du mal
a ses sujets; il ne les fera
point 2 mots biffure sans des
raisons de necessité, il
abregera leurs souffran=
ce lorsqu'il sera obligé
de les sacrifier a ses
besoins, a sa 2 mots biffure
son instruction, il exercera
envers eux l'humanité
et la bienseance dont
il porte le germe dans
son coeur, il adoucira
leur servitude, moderera
leur travail, ou la 1 mot biffure
leurs maux, et leur
fera tout le bien qui
est en son pouvoir, il
temoignera par sa con=
duite le respect qu'il a
pour le createur qui les a
formés, Etres sensibles 2 mots biffure
qu'ils goutassent a leurmaniere
les douceurs de l'existence.
Etre sensible comme
eux il se mettra en
quelque sorte a leur
place, et ne leur fera
rien de tout ce qu'il ne vou=
drut pas qu'en lui fit
lui même.
Devoirs que l'hom=
me doit exercer envers
ses semblables, appar=
tenant a son espece
1 ligne biffure
de sociabilité.
397 Si nous nous rappellons des principes gene=
raux que nous avons etablis (4 mots biffure)
sur l'obligation ou nous sommes, en vertu des
relations de sociabilité que nous soutenons avec
nos semblables, de contribuer au bien commun,de
general, comme aussi repondre a nôtre concourir
destination, en travaillant non seulement pour
nous mêmes et en vue de nos interets personels, au bien universel
mais aussi pour 5 mots biffure procurer
cegeneral, 3 mots biffure que nous de tout nôtre pouvoir,
connoissionssi, dis je, il nous
nous nous rappellons de ces principes,
sera aisé d'en inferer, quels sentimens nous
devons avoir revetir 1 mot biffure nos sentimens sembla= et
blesla quelle conduite que nous devons tenir a
leur egard.
L'amour des autres hommes UNIVERSEL
398 Par la même que nous sommes dans
l'obligation de nous interesser a leur bien et que
nous devons les aimer puisque cet amour
ne consiste que dans le plaisir que nous gou=
tons a les voir heureux et a nous emploier contribuer
pour avancer a leur bonheur. Cet amour
est un penchant naturel que la raison ap=
prouve comme très conforme a nôtre desti= et auquel nous devons dès la même
nation,
donner un libre cours. C'est un Devoir
d'autant plus indispensable que cet amour
est lié inseparablement a celui que nous
devons a Dieu; car si nous devons aimer Dieu,
nous devons necessairement aimer tout ce
qu'il aime lui même, et tout ce qu'il a créé
pour etre l'objet de nôtre affection. Il n'est
pas moins lié avec le vrai amour de nous
mêmes qui exige manifestement que nous
aimions tous les Etres dont il est essentiel a
nôtre bonheur de nous concilier l'affection
a laquelle nous ne saurions avoir aucune
part, si nous ne leur donnons des preuves si l'amour
non equivoques de la nôtre, et
de nous mêmes devient un amour propre per=
sonel et exclusif. Ainsi aimer Dieu,
s'aimer veritablement soi même, aimer ses
semblables, sont trois Devoirs inseparables
<101> [186] qui decoulent des memes principes, et nous
imposent des obligations liées etroitement
entrelles.
7 lignes biffure
399 Nous ne devons pas aimer les autres hommes
plus que nous mêmes: nous ne pouvons 1 mot biffure pas
les aimer autant que nous mêmes, puisque
dans les cas ou nos interets essentiels ne trouventroient
tellement en conflict avec les leurs, qu'il faut=
droit de necessité que les uns cedentassent aux autres, il
est seroit moralement impossible que nous fassions
le sacrifice des nôtres; puisque cela rejoigneroit
1 mot biffure 1 mot écriture a la premiere Loi de nôtre nature, qui ne nous car lors
permet absolument pas de renoncer a nôtre bon=
heur, pour 1 mot biffure des autres; 1 mot biffure
même queil nous croions devoir sacrifier pour
eux les autres notre fortune et nôtre vie, ce n'est qu'autant
que nous 1 mot biffure avons en vüe des interets plus
grands encor, qui nous 1 mot biffure peuvent nous tenir lieu de dedom=
magement de ceux auxquels nous renoncons
en leur faveur. Mais nous pouvons et nous
devons aimer les autres comme nous mêmes
c.a.d. d'une maniere toute semblable a celle
dont nous nous aimons essentiellement nous
mêmes, avec sincerité, activité, efficace,
constance, mais en même temps a celle dont nous
devons nous aimer c.a.d. avec raison, sages=
se et prudence (332), ce qui suppose que nous
ne devons pas leur temoigner nôtre amour
par des effets qui pourroient tout a la fois
leur plaire et leur etre funestes, tout com=
me nous ne devons pas, par un amour de
nous mêmes aveuglé, nous livrer a des plai=
sirs trompeurs, et contraires a nôtre verita=
ble bonheur.
Et meme tous sans
exception
54 400 Nous devons aimer tous les hommes
sans excepter même nos ennemis c.d. ceux
qui nous ont fait du mal ou qui nous en veu=
lent, puisque ce sont precisement ceux la
auxquels dont il nous importe le plus de gagner
l'affection par de bons procedés qui leur
temoignent sans equivoque nos 1 mot biffure
dispositions favorables a leur egard. Et puisque cet
amour doit etre lié avec celui de Dieu et
le desir du bien general, ce ne doit pas etre
un pur exterieur de bienfaisance et dont
les vues ne portent que sur un calcul interessé
<101v> [187] mais un amour interieur qui ait son siege
dans le coeur; il n'est pas moins essentiel aussi
qu'il ne soit pas borné a des sentimens steriles,
ou a des paroles, et mais qu'il produise des effets reels
et sensibles.
BONTE. HUMANITE. COMPASSION &C.
Cet amour consideré
sous divers points de
vue s'appelle Bonte
ou Bienveillance
universelle, humani=
te, compassion, chari=
té 1 mot biffure, grati=
tude, amitié.
401 Cet amour prend divers noms selon les divers
points de vue sous lesquels on l'envisage ou les
divers objets auxquels on le rapporte. (2 mots biffure) Si on le
considere du coté de l'interet qu'il nous fait
prendre au bonheur de tous nos semblables,
on l'appelle Bonté ou bienveillance uni=
verselle, consideré du côté de la part qu'il
nous fait prendre a leur foiblesses, 1 mot biffure
aux accidens et aux miseres casuelles qui a 1 mot biffure auxquelles ils sont exposés ici bas,
4 mots biffure
on l'appelle humanité. Quand nous l'en=
visageons comme s'appliquant a des
malheureux qui souffrent, nous l'appellons
compassion, et cette compassion produit
naturellement la charité qui 2 mots biffure des effets au dehors
1 ligne biffure
nous appartient.
destines a les sou=
lager, qu'on peut
appeller en gene=
ral Charité et au=
mone , lorsqu'ils con=
sistent a leur faire
part de nos biens. S'il 1 mot biffure un objet des s'agit de per=
sonnes de qui nous avons reçu quelque
injure que nous avons mise en oubli, c'est notre
alors misericorde amour devient support. Mais quant il s'appli=
que a des personnes de qui nous avons reçu
des bienfaits, entant qu'il suppose un
retour d'affection singuliere qui nous por=
te a checher l'occasion de la leur temoigner
par des effets, cet amour prend alors le nom
de gratitude ou reconnoissance. S'il s'agit
de gens auxquels nous vouons un attachement
de preference a cause de leurs bienfaits ou
des relations de parentage, de voisinage que
nous soutenons avec eux, ou a cause de quel=
que rapport de tour d'Esprit et de caractere
qu'ils peuvent avoir avec nous, ce sentiment
qui nous unit a eux, par une affection plus
vive et plus tendre que celle que nous avons
pour le reste des hommes, nous l'appellons amitié.
car Il importe d'observer ici que quoique
nôtre amour doive embrasser tous les hom=
mes, il ne doit cependant pas les confondre,
nous pouvons et nous devons par Devoirs
accorder un amour, non d'exclusion,
<102> [188] mais de preference a certaines personnes selon
les circonstances et les relations que nous soute=
nons avec elles.
ESPRIT D'EGALITE HUMILITE, MODESTIE
L'esprit d'egalité
qui a produit envers
nos semblables l'hu=
milité et la modestie
402 1 mot biffure A l'obligation d'aimer nos semblables
est liée inseparablement celle de les regarder
comme nos egaux, par nôtre communauté
de nature, d'origine, de destination, de con=
dition primitive, et par la dependance mutuel=
le ou nous sommes les uns a l'egard des autres
parrapport aux besoins et aux affaires de
cette vie; et de la resulte l'obligation ou nous
sommes de nous abstenir de toute pretention
a la superiorité, hors celle dont nous pouvons
etre revetus en vertu de quelque institution
civile, des la même, de toute opinion de
nous mêmes qui pourroit faire disparoitre a
nos yeux cette egalité primitive, nous faire
penser que nous sommes fort au dessus des
autres par nôtre merite, qu'ils nous doivent
au dela de ce que nous leur devons, et nous
porter a en exiger d'eux qu'ils fassent pour
nous au dela de ce que nous sommes dispo=
sés a faire pour eux; dela nait le Devoir
de l'humilité et de la modestie qui suppose
en nous des sentimens tout opposés a ceux
la.
REGLE GENERALE
14 lignes biffure
403. De ces sentimens d'amour que nous devons
a nos semblables, de cette humilité, qui ne
nous permet pas de les regarder autrement que
comme nos egaux, qui ne nous doivent rien
de plus que ce que nous leur devons, se deduit
immediatement cette regle generale, qui doit
nous servir de boussole dans toute nôtre con=
duite envers eux, c'est que nous ne devons ja=
mais faire aux autres ce que nous ne vou=
drions pas qu'ils nous fissent, et que nous
devons faire pour eux tout ce que nous
pourrions raisonnablement desirer qu'ils
fissent pour nous; ce qui suppose que nous
ne devons jamais leur faire de mal, mais
au contraire leur faire tout le bien qui
est en nôtre pouvoir.
<102v> [189] CE QU'ON ENTEND PAR DROITS
D'ou naissent deux
sortes de Devois
les uns que les autres
peuvent exiger de
nous a 1 mot biffure de Droit
les autres qui sont
de pure conscience
404 Cette regle generale nous conduit a
distinguer deux sortes de Devoirs envers
nos semblables; les uns qui correspondent
a des Droits de leur part en vertu desquels
ils peuvent, pour le maintien de leurs avan=
tages, exiger que nous nous abstenions de
faire certaines choses, ou que nous en fas=
sions d'autres, et sont même autorisés par
les voeux raisonnables de l'humanité et
ordinairement par les Loix civiles de chaque
societé, a nous y contraindre, pour les 1 mot biffure,
et cela en consideration du grand preju=
dice qui resulteroit pour le general des
hommes, s'ils souffroient que les choses allas=
sent autrement (2 mots biffure): Mais il est d'autres Devoirs
qui ne correpondent a aucun Droit pro=
prement dit, que les autres ne peuvent point
exiger de nous par contrainte, attendu
qu'il seroit contre tous les interets de l'huma=
nité, contre la sureté, la tranquillité et le bon ordre
de la societé, que nous fussions genés le moins
du monde dans leur exercice, qui n'est mê=
me bon 1 mot biffure et louable 3 mots biffure qu'autant qu'il part de nôtre pure
2 mots biffure
bonne volonté.
Diverses distinctions
de Droits
On distingue que divers
Droits selon les diverses
3 mots biffure choses
que dont l'homme peut
maintenir par
la force ses rapports
qui 1 mot biffure avec
1 mot biffure lui, et s'opposer
a ce que les autres
y changent rien
sans son contente=
ment.
Les Droits considerés
relativement a leur
objet, sont personels
ou reels relative=
ment a leurs sources
ils sont 405 Ainsi Les Droits de l'homme sont ou
naturels et originaires, ou adventifs et
acquis. Sous les premiers sont compris les
Droits de conservation sur la personne, sa vie, ses membres
ses organes, ses talens, ses facultés, ses
opinions, sa liberté, toutes les choses qui commencent a exister avec 1 mot écriture et appartiennent a sa nature, ainsi que sur les
choses qui ne sont pas susceptibles de pro=
prieté exclusive, parce qu'elles ne sauroient
etre occuppées par personne, qu'elles sont
d'un usage inepuisable, et destinees a
servir indistinctement a tous les hommes
pour leurs permiers besoins, comme la
chaleur du Soleil, l'air, la lumiere
l'eau courante &c. Sous les droits adven=
tifs, sont compris l'autorité ou le Droit ac=
quis au service ou a l'obeissance des autres hom=
mes 2 mots biffure dont il faut cependant excepter
1 mot biffure l'autorité des
Peres qui est
naturelle, la possession 1 mot biffure passagere et la proprieté continue sur certaines
<103> [190] choses, par l'occupation, 2 mots biffure, l'in=
dustrie ou le travail, par la convention,
la succession, ou a titre de reparation et
d'indemnite. Dela derivent toutes les distinc=
tions adventives. Les Droits naturels sont
reconnus a la premiere
indication; les adven=
tifs ne peuvent l'etre
sans preuves et
sont matiere a dis=
cussion.
Ce qu'on appelle
tort, lesion, injus=
tice, legitime deffen=
se de soi meme.
On comprend que le
Droit de quelqu'un a une chose
exclut tout Droit
d'un autre a cette
même chose, eux
mêmes 1 mot écriture;
sans quoi le Droit
servit une chimere.
Ainsi 406 Des qu'il existe un Droit pour quelqu'un,
chacun est obligé de le respecter, ou en s'abste=
nant de tout ce qui est prejudiciable a l'exer=
cice de ce Droit, ou en faisant ce que ce
Droit lui donne le pouvoir d'exiger. Qui=
qu'onque agit autrement, en violant son
Droit, lui 4 mots biffure, lui fait
un tort, une injustice et lui donne Droit de repousser d'emploier
le tort par tous les moiens qu'il juge effica=
ces et necessaires, ou pour prevenir ce
tort sil le craint, ou pour le repousser sil survient, ou pour en solli=
citer la reparation sil en fait, Droit qu'on appelle
legitime deffense de soi même.
cette La regle gene=
rale que nous avons
indique nous obli=
ge a ne faire au=
cun tort a person=
ne sans necessite
OBLIGATION
GENERALE PAR
RAPPORT AUX
DROITS
407 on comprend que Le premier Devoir
compris sous la regle generale (1 mot biffure 1 mot biffure) est donc
de ne jamais faire du mal nuire a personne, sans
necessité, en faisant quelque chose contre
son Droit, ou qui puisse le faire souffrir,
lui causer tort ou dommage ou l'affliger. C'est a quoi nous invite le
penchant naturel que nous avons a l'huma=
nité, qui nous fait eprouver du deplaisir
a voir les autres dans la souffrance, et
nous inspire de l'eloignement pour toute ac=
tion qui leur est nuisible, et du regret, lors=
que nous leur avons fait quelque mal (1 mot biffure) (1 mot biffure). La
raison nous fait comprendre aussi que
nous ne saurions faire du mal a nos sembla=
bles, sans qu'ils eprouvent les mouvemens
d'indignation, de ressentiment et de colere,
que nous eprouvons nous memes lorsque nous
sommes offensés (1 mot biffure) (1 mot biffure), ni dès la sans nous expo=
ser aux effets naturels de ces mouvemens,
et aux efforts qu'ils ne manquent pas de faire
pour repousser a leur tour le mal par le
mal et nous oter l'envie de leur en faire de
nouveau. La Religion doit nous faire
assès sentir enfin combien c'est manquer
a ce que nôtre Devoir envers Dieu, et s'oppo=
ser a ses vues a l'egard des hommes, que
de chercher le mal de ses semblables,
ceux que Dieu veut que nous aimions
comme nous memes, et de leurs
<103v> [191] nuire sans necessité. Je dis sans necessité
parce que il est nombre de cas ou nous ne
pouvons nous dispenser de faire du mal a
autrui, lorsqu'il s'agit ou d'exercer quelque
Droit essentiel auquel nous ne pouvons renon=
cer, ou de prevenir, de repousser les torts dont
on nous menaces ou poursuivre la repara=
tion du dommage qui nous a été fait ou de
remplir notre Devoir.
LA JUSTICE
A cette obligation
se rapporte le devoir
de la Justice dont
une branche essentielle
est la bonne foi et
la fidelité.
408 Dela decoule le Devoir essentiel de la
Justice qui consiste 1° a ne donner aucune
atteinte aux Droits naturels ou acquis de
nos semblables, a ne point les priver de ce qui
leur appartient, a ne leur causer aucun dom=
mage ni en leur personne, ni en leurs biens,
ni en leur reputation, et en general a ne
leur faire aucun mal sans necessité. Cette
meme justice exige 2° que lorsqu'il nous est
arrivé de leur faire quelque mal, par notre
faute, sans necessité et sans Droit, ou de leur
prendre ce qui leur appartient, nous repa=
rions incessamment le dommage ou que nous
leur fassions restitution . Elle veut 3° que
dans nos discours, nous ne nous servions ja=
mais de la parole pour les induire en erreur
puisque ce seroit leur faire un tort essentiel
et que dans nos promesses, nos conventions,
nous agissons toujours de bonne foi et soions
fideles a executer nos engagemens.
L'EQUITE
Mais l'exercice de
la justice doit etre
regler par l'equite.
409 Souvent nous pourrions, en suivant
les Loix de la Justice rigoureuses telles
quelles sont etablies dans la societé, faire
beaucoup de mal a nos semblables et sans
aucune necessité. Dans ces cas, qui sont
extremement frequens, nous devons suivre
les Loix de l'Equité qui consiste a ne pas
nous prevaloir de nôtre Droit, et du benefice
des Loix humaines, pour agir envers eux a
toute rigueur, et par des voies onereuses
pour eux, mais a nous relacher 1 mot biffure de
nos pretensions, a supporter quelque perte,
plutot que les accabler, les ruiner 1 mot biffure, ou en exiger des choses contre
fond ensemble
la voix de nôtre conscience qui nous
<104> [192] 1 mot biffure crie non seulement de ne pas faire aux autres
ce que nous ne voudrions pas qu'ils nous fissent,
mais encor de faire pour eux tout ce que nous pour=
rions raisonnablement desirer qu'ils fissent pour
nous.
BIENFAISANCE
6 lignes biffure
410 Ce n'est pas assès en effet de ne point faire
de mal a personne; nous devons encor leur faire
tout le bien qui depend de nous. Tel est le
Ce n'est pas assés de ne
point faire de tort
a personne, nous de=
vons encor faire aux
autres tout le bien
que nous pourrions
raisonnablement desi=
rer qu'ils fissent pour
nous, si nous etions a
leur place, tout le bien
qui peut dependre
de nous. Tel est le Devoir de la bienfaisance, qui consiste a
saisir avec empressement les occasions et les
moiens de contribuer a leur bien etre, soit
parrapport a leur corps, soit par rapport a leur
ame; parrapport a leur corps et leur fortu=
ne, par nos conseils et nos bienfaits, par
l'exercice de la liberalite envers ceux en gene=
ral auxquels nous pouvons faire part de ce
qui nous appartient, de l'aumone envers ceux
qui recourent a nôtre assistance, de l'hospita=
lite envers les etrangers, du pret gratuit
envers ceux qui ont besoin de ce secours pour
faire valoir leur industrie; parrapport a
leur ame, par nos instructions, exhortations,
reprehensions a l'egard de ceux qui s'egarent,
nos consolations a l'egard de ceux qui sont
affligés, nos prieres en faveur de tous, et
en general notre empressement a contribuer
aux progrès de leur perfection par nos discours
et surtout par nôtre bon exemple.
411 C'est a quoi nous invite la nature par le
penchant que nous sentons tous chès nous a
l'humanité et la bienveillance universelle,
dont les actes bienfaisans sont liés avec le
plaisir le plus pur et le plus delicieux, plaisir dont
la jouissance n'est jamais sujette au degout,
et est pour nous une recompense suffisante,
lors même que nous n'avons aucun retour a
esperer de nos bienfaits. Mais l'experience nous
apprend que nous pouvons conter jusques a un
certain point sur ce retour, ou du moins
que notre bienfaisance est tout ce qu'il y a de
plus propre pour nous concilier l'estime, l'atta=
chement et la bienveillance des autres, et
nous assurer leur secours dans le besoin. uni
Si nous voulons au contraire separer absolu=
ment nos interets de ceux des autres, et rapporter
tout a nous mêmes, nous sommes serons
<104v> [193] exposés a nous voir bientot privés de leurs se=
cours, abandonnés, oubliés, et a mener une
vie malheureuse, livrés aux remords de
nôtre conscience qui nous rappellera sans cesse
combien nôtre conduite est imprudente et con=
traire a nôtre destination, et a la volonte de
nôtre Pere commun, qui nous a placés ici bas
pour faire du bien, et qui veut que toutes ses
creatures soient bienfaisantes comme lui.
AMOUR DE LA PAIX
Sans oublier le devoir
essentiel de l'amour
de la paix, qui com=
prend le support, la
patience des 1 mot biffure,
le pardon, la mode=
ration.
6 412 Mais pour etre en etat de remplir nos
Devoirs envers nos semblables, il est et de
travailler nous mêmes avec succès a nôtre
perfection et a nôtre bonheur, rien n'est plus
necessaire que de vivre dans la paix, l'union
et la concorde avec eux, d'eviter tout ce qui
peut la troubler, de ne rien negliger pour
la retablir lorsqu'elle est troublée, et mettre
en usage tous les moiens possibles pour l'entrete=
nir et la rendre solide et durable. De la
naissent divers Devoirs indispensables,
l'amour de la paix, et tout ce qui est caracterise essen=
tiel a l'Esprit pacifique; le support pour les
deffauts et meme les vices des autres, la tole=
rance a l'egard de leurs opinions, la patience
parrapport aux injures et aux injustices, et
la disposition a les pardonner de bon coeur a
les oublier, en y joignant l'equité, la modera=
tion dans la juste deffense de nous mêmes et
de nos Droits, la reconciliation enfin avec
ceux qui nous ont offensés.
AFFECTIONS SOCIALES
et des affections soci=
ales, la probité, la
douceur, la sinceri=
te veracité, candeur
franchise 1 mot biffure
a la condescendance
la civilite, la politesse
le savoir vivre &c.
413 Mais rien n'est plus necessaire pour serrer
les noeuds qui lient les hommes entr'eux que
les dispositions sociales, qui sont la probi=
té dans le caractere, qui consiste porte a respecter
tellement le repos et le bonheur d'autrui qu'on
ne fasse jamais rien qui puisse y donner la
moindre atteinte, la douceur dans le tour
d'Esprit qui consiste a envisager tout ce qui
se passe autour de nous du côté les plus favora=
bles, a fermer les yeux sur nombre de choses,
qui vües de trop près pourroient nous aigrir
et se 1 mot biffure preter aux circonstances pour ne rien
faire qui puisse aigrir les autres; la sincerité
et la veracite dans les discours, qui ne permettent
pas de deguiser en quoi que ce soit la verité,
<105> [194] la candeur et l'ingenuité qui porte a
dire cette verité sans aucun fard ni apprets,
et 2 mots biffure a avec cet air franc et ouvert qui peut seul inspirer aux autres
un entiere confiance, et la la franchise
et la rondeur dans les procedés et dans les
manieres; mais qui n'exclut point cela la
condescendance portée jusques a un cer=
tain pour les opinions, les prejugés, quelques
fois, pour les pretensions des autres, la civi=
lité et l'honneteté qui exige de la decence et des justes egards,
la politesse attentive a plaire, et la com=
plaisance qui s'empresse a obliger; et toutes
les qualités comprises sous le nom de
savoir vivre eloigné de toute ruse et
de toute affectation.
DEVOIRS PARTICU=
LIERS
Des Devoirs generaux
decoulent ceux qu'on
appelle particuliers
qui ne sont que des
1 ligne biffure
1 mot biffure aux divers objets
qui 1 mot biffure les
hommes, leur personne
1 mot biffure leur honneur
leur fortune &c.
68. 414 De ces Devoirs envers nos semblables qu'on peut appeller
generaux, decoulent certains Devoirs
particuliers, parrapport a nos semblables
leur vie, leur personne, leur reputation,
leurs biens, leurs affaires, &c. lesquels ne
sont que des consequences qui des obliga=
tions generales de la justice, l'equité, la bien=
faisance &. entant qu'elles nous prescrivent
non seulement de ne donner aucune atteinte
aux avantages d'autrui, mais encor de les
maintenir, autant qu'en nous est, les avan=
cer et les augmenter, conformement aux
vües que Dieu s'est proposées en nous appel=
lant a vivre en Societé, ce n'est pas ici le
lieu d'entrer dans le detail de ces Devoirs.
DEVOIRS RELATIFS
15 lignes biffure
415 [6]9. Il est des Devoirs absolus, et d'une
obligation universelle pour tous les hom=
mes, parce qu'ils sont liés inseparablement avec
leur etat naturel, leur constitution et leur
position ici bas. (1 mot biffure) Mais il en est aussi
de relatifs qui tiennent aux relations surve=
nues entre les hommes a la suite de l'etat
d'institution, ou l'etat civil, avec tous les ar=
rangemens auxquels il a donné lieu; Devoirs
dont l'obligation est indispensable pour tous
les hommes qui 1 mot biffure soutiennent ces
relations, mais qui cependant ne sauroitent ja=
mais se trouver en opposition avec les Devoirs
absolus, lesquels ne souffrent aucune
exception quelqu'onque.
<105v> [195] 416 Tels sont les Devoirs essentiels a la societé
conjugale et domestique, a la societé religieuse,
a la societé civile; a 4 mots biffure tous les Devoirs publics
3 mots biffure
qui resultent des relations publiques que
nous y soutenons; tels que sont, pour les sujets,
la soumission, l'obeissance, la fidelité;
pour le Prince et les magistrats, l'emploi de
leur pouvoir pour assurer maintenir la paix au dedans
et au dehors, et assurer a chaque sujet la 1 mot biffure
possession de ses Droits, ches pour tous les mem=
bres de la societé, un vrai patriotisme qui
prefere toujours le bien public aux interets
privés, et fait qu'on s'acquite avec zele et fidelité ou
de l'emploi public dont on est revetu, ou de
la profession qu'on a embrassée, pour
la faire servir au plus grand bien de la
patrie. On peut joindre tous les Devoirs
qui derivent soit de quelque convention ou ou
association particuliere, soit de celles
chacun ne cherche directement que son
profit particulier, soit de 3 mots biffure quelque
association ou chacun est les associés sont appellés a travailler tous de concert a un
avantage commun, dont les produit doi=
vent etre repartis entre tous. Tous ces Devoirs
relatifs forment ce qu'on appelle propre=
ment la morale du Cytoien.
417 En On peut consideranter aussi les Societés ou Etats com=
me autant de personnes morales qui doivent leur ori=
gine a l'institution
humaine, et
6 lignes biffure qui ont
entr'elles certaines relations, des Droits et des
obligations reciproques, comme les particu=
liers; on il est manifeste des la qu'on peut leur appliquer tous les princi=
pes generaux etablis cy dessus; et les con=
sequences qui en naissent donnent une
nouvelle classe de Devoirs compris sous le
nom de morale des nations; ce n'est pas
ici le lieu d'en faire l'exposé, puisque
nôtre but dans 2 mots biffure jusques ici n'a été que de
presenter 3 mots biffure sous un Tableau general les divers
Devoirs de l'homme, et montrer comment
ils peuvent etre deduits des Loix naturelles
generales dont il a été parlé plus haut.
<106> [196] Chapitre III VI
Des Principes generaux qui servent pour
a determiner la qualité des actions
humaines, et la quantité morale
des actions
humaines
QUALITE MORALE
DES ACTIONS
Ce qu'on entend par
la qualité morale des
actions, 1 mot biffure il
importe de savoir l'ap=
precier
4180 Ce n'est pas assès de connoitre d'une
maniere generale et abstraite le prescrit
des Loix naturelles, il faut encore avoir
des principes pour determiner en chaque
cas si telle ou telle action individuelle
qu'on veut faire ou qu'on a faite est reelle=
ment conforme ou contraire a ce prescrit,
ou ce qui revient au même pour juger de
sa qualité morale c.d. sa convenance
ou disconvenance avec la Loi ou le Devoir.
Le prescrit de la Loi
embrasse egalement
et la fin et les moiens
LE PRESCRIT DE LA LOI
EMBRASSE LA FIN
ET LES MOIENS
419 Dans tout prescrit de la Toute Loi naturelle suppose que
le Legislateur, dans son prescrit, a en vue
une fin, c.a.d. qu'il veut que quelque effet
ait lieu ou n'ait pas lieu, et qu'il exige,
en vue de cette fin, l'usage de certains moiens
necessaires pour l'obtenir. Je dis certains
moiens, car telle chose qu'il aura prescrite
pour etre executée par certains moiens, cesse=
ra de l'etre dans les cas ou elle ne poura plus
etre executée par ces moiens, et pourra même
etre deffendue, sil se trouve qu'elle ne puisse
etre executée que par tels autres moiens
qui seront en opposition avec quelque Loi.
Par la même raison, une chose deffendue
en tel cas, et entant qu'executée par tels moiens,
poura etre permise, et même commandée
en d'autres cas, ou 1 mot biffure son execution
sera possible par d'autres moiens legitimes.
CARACTERES D'UNE
ACTION CONFORME
A LA LOI. ELLE DOIT
ETRE CONFORME
A SON PRESCRIT
ET A SON ESPRIT
420 De la nous tirons ce principe general
c'est que pour qu'une action puisse etre envisa=
gée comme conforme a la Loi, il faut qu'elle
le soit egalement a son prescrit quant
a la fin, 4 mots biffure et aux moiens.
Se proposer la fin de la Loi, sans emploier
les moiens qu'elle prescrit, c'est ne s'y confor=
mer qu'en partie, et souvent faire ce qui
2 mots biffure, entant que deffendu par
d'autres Loix. De même en matiere de
<106v> [197] de deffense expresse, si l'on fait une seule des
choses qui pourroit produire l'effet contraire a
la fin de la Loi; quand même on ne se propose=
roit pas une directement de violer son prescrit
quant a cette fin, ou qu'on auroit même en
vüe une fin legitime et conforme a quelque
autre Loi, on seroit toujours dans le cas d'avoir
violé la premiere.
Pour se conformer
a la Loi il faut de
l'attention au prescrit,
de la diligence et de
l'activité dans l'exe=
cution
421 Ce principe posé, il s'ensuit que pour se
conformer a la Loi, il faut apporter 1° de l'at=
tention à son prescrit, quant a la fin et aux
moiens, de même qu'aux circonstances et aux
cas particuliers auxquels cette Loi doit etre ap=
pliquée; 2° de la diligence dans l'usage de ses
facultés et ses forces pour en executer convena=
blement le prescrit; 3° de l'activité pour ne negli=
ger aucun des moiens legitimes, pour epier et
saisir les occasions propres a en faciliter et assurer
le succès, et, s'il le faut, les faire naitre, pour
surmonter les obstacles qui se presentent et
meme pour prevenir d'avance ceux qui peu=
vent etre prevus, sans attendre le moment et
l'execution, ou ils pourroient devenir insurmon=
tables, ou du moins ne pouroient etre surmon=
tes sans de grandes difficultés.
Dans toute action il
faut distinguer le
4 lignes biffure
422 17 lignes biffureDans toute action, il faut distinguer
le physique ou materiel, consistant dans
un effet exterieur, [qui 3 mots biffure
en soi, peut etre commandé ou deffendu selon
les circonstances particulieres et selon les 1 mot biffure
les vües et les motifs qui l'accompagnent];
et ce qu'il a de moral qui consiste dans
l'action interieure de l'ame, la determination
de la volonté, selon tels ou tels motifs, et 1 mot biffure
est constamment et invariablement legiti=
me ou illegitime, selon le prescrit de la Loi
qui l'approuve ou la condamne invariable=
ment et sans exception. Ainsi on pourra discuter
sans fin sur telle ou telle action exterieure
pour savoir si elle est conforme ou contraire
a la Loi; on n'arrivera jamais aux resultats
uniforme, si l'on fait abstraction des circonstan=
ces particulieres qui determinent les cas d'une
maniere precise, et des actions interieures de
l'ame d'ou celles la pourront proceder; mais
jamais on ne discute sur celles ci 1 mot biffure
<107> [198] jamais on ne mettra en question si la sagesse
la prudence, l'humanité &c sont un bien
moral, si la folie, la 1 mot biffure, sont un mal
moral.
Pour qu'une action soit
conforme a la Loi
Pour se conformer
a la Loi ce n'est pas asses
d'en executer le prescrit
quant au materiel de
l'action, il faut encor
que la morale c.a.d.
les principes et les motifs
qui font agir, soient
d'accord avec ceux
que le Legislateur 1 mot biffure
2 lignes biffure
ce qu'on peut appeller
l'Esprit de la Loi.
Pour qu'une action soit
conforme a la Loi il
faut qu'elle soit confor=
me non seulement avec
1 mot biffure quant au mat=
eriel mais 2 mots biffure
1 mot biffure de la Loi quant au
moral.
423 Il en est donc evident que la même Loi, Ce
qui prescrit l'action exterieure prescrit en
même temps l'action sur la disposition interieur=
re d'ou elle doit partir, pour etre 1 mot biffure
1 ligne biffure
même Loi qui prescrit la disposition prescrit
aussi la conduite qui doit en resulter 1 mot biffure
effet naturel. Ainsi nôtre Legislateur su=
preme en nous prescrivant certaines choses,
veut non seulement que nous executions le
prescrit exterieurement, par l'action ou le mou=
vement qui 3 mots biffure l'effet
au dehors, mais encor que nôtre volonté s'y
determine interieurement par des motifs
repondant a la fin qu'il a lui même
en Vue, 4 mots biffure;
qui constitue l'Esprit de la Loi. D'ou il 2 mots écriture ici que pour se conformer a la Loi, ce n'est
faut
pas assès d'en executer le prescrit quant a
l'action physique exterieure, il faut encor que l'action
interieure 7 mots biffure cd les pratiques et les motifs qui
font agir determinent la volonte, soient d'accord avec l'Esprit de la
Loi; qui les decide, d'ailleurs.
Et pour que cette
conformité ait lieu
il faut que 1 mot biffure
se determine a l'action
par tous les motifs
par lesquels le Legisla=
teur veut qu'on 1 mot biffure
sans une 1 mot biffure
1 ligne biffure
par des motifs etrangers
et surtout contraires
a l'Esprit de la Loi
424 Et comme on ne doit negliger aucun
des moiens qui peuvent assurer l'execution de
la Loi, pour se conformer a son Esprit, il faut
se determiner a son observation par tous les
motifs par lesquels le Legislateur veut qu'on
agisse, comme etant necessaires pour la
faire observer dans tous les cas, selon ses
intentions. C'est donc s'ecarter de l'Esprit de
la Loi que d'en executer le prescrit par quel=
ques motifs seulement dont l'efficace est trop
bornée pour s'etendre a tous les cas auxquels
la Loi est applicable; C'est encor s'en eloigner
aussi que de resister aux motifs que la Loi
prescrit comme suffisans, pour ne se rendre
qu'a d'autres ajoutés aux precedens, puisque
c'est se mettre dans le cas de violer la Loi, toutes
les fois que ce supplement de motifs ne poura
plus avoir lieu. Mais ce sera s'ecarter en=
cor bien plus de l'Esprit de la Loi, que d'en
<107v> [199] executer interieurement le prescrit par des motifs
qui lui sont etrangers, et qui dans aucun cas, ne
sont suffisans pour determiner a agir, selon
les vues du Legislateur; a plus forte raison
encor, si ces motifs se trouvent contraires a
l'Esprit et aux vües de la Loi, et tendent par
eux mêmes a mettre obstacle a ce que l'homme
atteigne le but que le Legislateur se propose.
Il faut enfin qu'il
eloigne de son ame
toute sideration ou
disposition qui pour=
roit l'eloigner de l'obser=
vation de la Loi, et
qu'il contracte toutes
les dispositions habi=
tuelles propres a les
1 mot biffure
425 Enfin pour se conformer a la Loi, il est evi=
dent qu'il faut eloigner de son Esprit et de son
coeur, toute pensée, sentiment, mouvement,
affection, comme aussi s'abstenir de tout
acte même indifferent en soi, qu'il pourroit
par ses suites incliner la volonté a manquer
a la Loi, et ne se plaire qu'aux pensées, senti=
mens, mouvemens, affections, actes, qui peu=
vent l'incliner a suivre la Loi et lui en facili=
ter l'execution. Ceci est surtout important par
rapport aux habitudes, pour se tenir en garde
contre toutes celles qui peuvent eloigner de l'obser=
vation de la Loi, et contracter toutes celles qui sont
necessaires ou utiles pour la mettre en prattique.
IMPUTATION
MERITE DEME=
RITE
12 lignes biffure
imputation il
426 Tels sont les principes generaux d'ou
l'on peut deduire les regles de l'imputation qui
consistent a comparer une action 2 mots biffure mo=
rale avec la Loi, et lui appliquer celle ci pour
juger si elle lui est conforme ou contraire
et prononcer sur le merite ou le demerite
de l'auteur. Il ne s'agit pas ici de l'imputa=
tion judicielle que fait le Juge civil en ap=
pliquant le Droit au fait, laquelle ne porte
que sur le materiel ou l'exterieur des actions,
mais de l'imputation conscientieuse qui s'etend
aux actions interieures combinées avec les ex=
terieures, et que chacun peut s'appliquer a exercer sur lui
même, en comparant ses actions avec la Loi
pour juger s'il la observée ou violée.
Quand on peut s'im=
puter la violation
de la Loi? 1° quand
on manque a son
prescrit 2° meme
a quelqu'un de ses
points de la Loi
merite
427 Suivant les principes posés cy dessus, on
doit s'imputer la violation de la Loi 1° lors
en general qu'on a manqué au prescrit de
la Loi, en ne faisant pas ce qu'elle comman=
doit de faire en tels cas, ou en faisant ce
qu'elle deffendoit de faire; 2° lorsqu'on a man=
qué a quelqu'un des points de la Loi, c.d. qu'il
n'a pas fait une ou plusieurs des choses que
le Legislateur voudroit que l'on fit, en vue d'une
<108> [200] certaine fin, ou qu'on a fait, par man=
que d'attention a la Loi, une ou plusieurs
choses dont elle vouloit qu'on s'abstient, com=
me pouvant, ou une seule, ou plusieurs
par leur ensemble, donner lieu a l'effet que
le Legislateur avoit en vue d'empecher, c'est
toujours violation, lors même que par l'eve=
nement, l'effet commandé auroit eu lieu
ou que l'effet prohibé, n'auroit pas suivi.
3° quand on a agi
dans une intention
opposée a celle du Legis=
lateur et a dessein de
transgresser sa Loi
4281 chiffre bifure. On est aussi 3° coupable de violation
silon a agi dans une intention opposée a
celle du Legislateur, et a dessein de transgres=
ser sa Loi, quand même, par les circonstan=
ces, il n'en seroit resulté exterieurement
aucun effet contre le prescrit de la Loi. Obser=
vons ici que comme puisque toutes les Loix naturelles
sont autant de consequences de quelque
Loi generale, dont elles sont des la même
autant de points liés intimement entr'eux,
comme aussi avec les fins et la volonté du
Legislateur, on ne peut violer la Loi natu=
relle en un point sans manquer en ce sens
a toute la Loi et que d'autant plus qu'en resistant a l'autorite
du Legislateur dans 2 mots biffure qui en un point cette resistence porte
son influence sur tous les points.
Mais un effet produit
au dehors contre le
prescrit de la Loi, ne
peut etre imputé a
8 lignes biffure
3 lignes biffure
429 Que si quelqu'un fait une action d'ou
il resulte exterieurement un effet deffendu
par la Loi, sans qu'il ait voulu ni produire
cet effet ni rien faire de tout ce qu'il a pu
savoir propre a le produire, sans qu'il ait
manqué de diligence, parrapport a aucun
moien prescrit pour s'instruire exactement des
choses, et prevenir l'effet, dans ce cas, comme
sa volonté n'a pas été contraire a aucun point
de la Loi, l'effet produit ne peut pas lui etre im=
puté a violation. D'ou il suit qu'un accident
ou evenement qu'on a pu ni prevoir, ni pre=
venir, ni detourner, dans les circonstances
ou l'on s'est trouvé, ne peut etre imputé a per=
sonne, comme il pourroit l'etre dans le cas
contraire. Il en sera de même d'un effet
commandé par la Loi, s'il manque d'arriver
sans que la personne appellée a se conformer
a la Loi, ait elle même manqué a aucun
des points que la Loi exigeoit d'elle pour le
produire.
<108v> [201] surtout dans le
cas ou son action
n'a pas été libre ou
que l'action opposée
n'a pu dependre
de ses facultés mo=
rales, 1 mot biffure n'y
9 lignes biffure
84 430. On comprend aussi qu'un effet produit
contre le prescrit de la Loi, ne peut etre imputé
a personne, lorsque l'action d'ou il est resulté
n'a pas été libre, fait consciâmente et sponte ,
ou que aiant été libre a certains egards, l'action
opposée n'a pu deprendre de ses facultés morales,
ensorte qu'il n'a pu agir autrement qu'il a
fait, - et qui en general, pour qu'une action
soit imputable a l'auteur, il faut que l'auteur ait
pu connoitre la Loi, et qu'il ait pu dependre de lui
de s'y conformer ou de faire le contraire. 2 mots biffure
1 mot biffure (1 184) (289)
ACTIONS COMMISES PAR ERREUR
431 Comme toute action libre suppose un choix,
et dès la la connoissance de certains objets entre
lesquels on peut opter, s'il n'y a eu chès l'auteur
aucune connoissance qui put donner lieu au
choix, l'action ne sauroit lui etre imputée, 2 mots biffure
puisqu'il n'a pu regler son choix sur les idées qu'il n'avoit ni ne
pouvoit avoir au moment de l'action, ni dès la
meme agir autrement qu'il a fait.
On distingue l'erreur
involontaire et
l'erreur volontaire.
La violation de la
Loi 2 mots biffure
suite de celle ne
peut etre imputée
8 lignes biffure
Mais les
Les Jusrisconsultes distinguent ici Ignorance et
Erreur; mais comme l'ignorance qui consis=
te dans une absence d'idées et de jugemens,
n'est gueres cause determinante, qu'autant
qu'elle conduit a des jugemens faux, nous com=
prenons ici l'une et l'autre sous le nom d'erreur.
L'erreur peut etre quelques fois une suite naturelle
et inevitable de l'imperfection ou des vices de nos
organes, de quelque deffaut de temperamment,
de quelque travers d'Esprit ou d'humeur, du man=
que de secours pour s'instruire, ou d'autres causes
exterieures independantes de nous. Quand la vo=
lonté n'a aucune part ni directe ni indirecte a
l'erreur, elle est appellée involontaire. Mais
souvent l'erreur procede de certaines causes qu'il
depend de nôtre volonté de prevenir, comme
par ex. une trop grande curiosité, la legereté,
la precipitation, la paresse, un deffaut habituel
de reflexion des passions violentes, de mauvai=
ses habitudes, un manque de diligence a
s'instruire, a profiter des moiens et des occasions
qui se presentent pour cela. Dans ce cas l'erreur
peut etre envisagée comme une action interi=
eure dependante de la volonté, et des la même
qui peut etre imputée a celui qui viole la Loi
par erreur, avec toutes les consequences qui en
resultent comme le prescrit de la Loi. Observons
cependant ici que quoique l'erreur soit involontaire
<109> [202] au moment de l'action, entant qu'il ne depend
plus de la volonté de l'eviter, elle peut cependant
etre imputée comme volontaire, entant qu'il a
pu dependre de la volonté de la prevenir originai=
rement ou de la redresser a temps, 4 mots biffure
ou qu'elle a été auparavant vincible, ce=
qu'on ne peut pas dire, si elle a été au
paravant et originairement invincible. ou qu'elle est le fruit
d'une suite d'erreurs
dont la Loi vouloit
qu'on se garantit.
3 lignes biffure
86 432. L'erreur qui a produit une action contraire
a la Loi, peut avoir été une erreur de Droit qui
portoit sur le prescrit de la Loi, ou une erreur de
fait qui portoit sur les circonstances de l'action
et empechoit de lui appliquer la Loi. On demande
si en matiere de Loix naturelles, il peut y avoir
une erreur involontaire et invincible sur le Droit,
quelques uns le nient par la raison que les Loix
naturelles sont a la portée de tous les hommes mêmes
des plus simples. D'autres affirment le contraire
et se fondent sur ce que les lumieres naturelles des
hommes ont été entierement obscurcies et af=
foiblies par une suite de corruption. Peut
etre que si l'on examinoit la chose de près on trou=
veroit que toute erreur, en matiere de morale,
se reduit a une mauvaise application de la
Loi au fait, et par consequent a une erreur
de fait. Quoiqu'il en soit, il est difficile de
concevoir que les fautes des hommes procedent
d'erreurs de Droit involontaires dans tous les
cas qui n'offrent rien de compliqué et qui
forment le plus grand nombre; il faut avouer
cependant aussi qu'il en est ou l'application
du Droit au fait est delicate, et ou l'on peut
aisement etre induit en erreur par la compli=
cation des circonstances.
433 Concluons des principes posés cy dessus
que si ce qui a été fait contre la Loi a été fait
par une suite d'erreurs dont la Loi elle même
vouloit qu'on se preservat, soit en s'eclairant,
soit en suspendant l'action jusques a ce qu'on eut
obtenu de nouvelles lumieres, et qu'ainsi l'erreur
ait été vincible originairement, on est respon=
sable de sa contravention, par la même qu'on a
manque d'emploier les moiens prescrit par la
Loi (1 nombre biffure) ce qu'on ne peut pas dire, si l'on
n'a rien omis de ce que la Loi vouloit qu'on fit
pour se garantir d'erreur, et qu'ainsi l'erreur
ait été involontaire et invincible, en sorte que
l'action opposée n'a pu 4 mots biffure
ni dependre de la volonté.
<109v> [203] Distinguons de l'erreur
en efficace et con=
comitante, celle ci
peut etre imputée
et non pas l'autre
434. Si l'erreur qui a été cause de l'action por=
toit sur les particularités essentielles, qui seules
pouvoient faire connoitre a l'auteur que cette
action etoit contraire a la Loi, et en general sur sur tout objet dont la connoissance eut
tout
ete necessaire pour le determiner a agir autre=
ment qu'il n'a fait, ce qui est le cas de l'erreur
appellée efficace , 2 mot biffure, en supposant
d'ailleurs qu'elle n'ait pas été vincible originai=
rement et a temps, l'action commise ne peut
lui etre imputée a violation. Il n'en sera pas
de même si l'erreur ne porte que sur des circons=
tances incidentelles, que l'auteur pouvoit igno=
rer sans etre depourvu de connoissances suffi=
santes pour lui montrer que l'action etoit con=
traire a quelque Loi, ni de motifs suffisans
pour le determiner a agir autrement; ce qui
est le cas de l'erreur appellée concomitante .
89 435. On doit remarquer ici qu'une action
Individuelle peut etre considerée sous des cir=
constances de differens genres, et rapportée ainsi
a differens genres d'actions, lesquelles peuvent
etre comparées a differentes Loix; d'ou il suit
qu'une action peut etre susceptible d'imputa=
tion, considerée sous son rapport avec une Loi
parrapport a laquelle il n'y a pu avoir aucune
erreur efficace et invincible, pendant que cette
même action ne poura etre imputée sous son
rapport a une autre Loi, parrapport a laquelle
il n'y a pu avoir lieu a une telle erreur.
ACTIONS EXTORQUEES PAR LA CRAINTE
Il ne peut y avoir
non plus d'imputation
a violation pour les
actions naturelles qui
5 lignes biffure
90 436 Il est aussi des actions qui ne doivent pas
etre imputées parce que l'opposé n'a pu depend=
dre de la volonte; Telles sont les actions natu=
relles (1 caractère biffure 188) dans tous les cas ou l'homme
n'a pu ni du influer sur elles par sa volonté
et activité, pour les prevenir ou les exciter selon
le prescrit de quelque Loi; car en tels autres cas Telles
il peut etre responsable de sa negligence et
de toutes ses suites physiques ou morales.
sont encor les actions forcées qui sont l'effet
physique d'une force exterieure qui ploie les
membres de quelqu'un, et dispose de ses forces
contre sa volonté et malgré sa resistance.
Il est certain Je dis malgré sa resistence, car
si la violence n'a pas été insurmontable, si on
n'a pas fait ce qu'on devoit pour lui resister
<110> [204] efficacement, si on a pu la prevoir et la
prevenir, il est clair qu'on est comptable jus=
ques a un certain point de ce qui a été fait
contre la Loi.
5 lignes biffure
437 Quant a l'action extorquée par la crainte
de quelque mal dont on a été menacé, quoi
qu'on ne l'ait faite qu'avec repugnance, elle
ne laisse pas d'etre imputable dans tous les cas
ou la Loi deffend d'eviter un tel mal par le
moien de telle action, de laquelle il peut resul=
ter un mal beaucoup plus grand que celui
qu'on veut eviter. Celui en effet qui a commis
l'action, a agi avec reflexion et par choix
apres s'etre decidé a vaincre sa repugnance, plu=
tot que s'exposer a un mal, sans egard au
prescrit connu de la Loi, et quoi qu'il y eut
des motifs superieurs a opposer a ceux qui
ont été emploiés par l'auteur de la contrainte,
et capables de le porter a agir tout autrement car quoique la crainte agisse avec
qu'il n'a fait;
beaucoup de force sur la volonté, elle ne
detruit point l'usage de la liberté, qui subsiste
toujours tant qu'il est possible de resister a
son impulsion, et de ses 3 mots biffure. Cependant l'imputation ne
on est menacé
sauroit avoir lieu dans les cas ou la Loi
dont le prescrit a 1 mot biffure, ne sauroit
alors dans son Esprit, exiger de l'homme qu'il resis=
te a la contrainte; tel est 1 mot biffure celui des sujets
d'un Etat qui se rendent a l'ennemi, lorsqu'ils
voient qu'ils sont dans l'impuissance absolue
de se deffendre efficacement; et cela nonobs= le serment qu'ils ont preté d'une
tant
fidelité inviolable
jusques a la mort,
ne les oblige pas jus= a faire de leur
ques
vie un sacrifice en=
tierement inutile
a la patrie.
CAS D'IMPUISSANCE
Il n'y a aucune im=
putation pour les cas
ou il y a impuis=
sance absolue et
insurmontable ori=
ginairement de mettre
la Loi en execution
ACTIONS QUI SONT LA SUITE D'UN DEFFAUT
DE POUVOIR
438 Il est enfin des cas ou le prescrit de la
Loi n'a pu etre executé par un deffaut absolu
de forces, de facultés, de moiens, d'occasions
essentielles, ou a cause d'une force 1 mot biffure
d'obstacles insurmontables. L'inexecution
etant alors une chose entierement involontaire,
elle ne sauroit des la même etre imputée; com=
me elle doit l'etre dans tous les cas ou elle
n'est point l'effet d'impuissance, mais de negli=
gence a emploier les moiens qui sont a sa
portée pour surmonter les obstacles, ou a
prevoir ceux ci et les prevenir d'avance
ou a epier et saisir les occasions favorables
<110v> [205] ou les faire naitre, selon que la Loi l'exigeoit.
En suppossant que la chose soit impossible a executer
actuellement, 1 mot biffure il n'en est pas moins certain
qu'on doit repondre de l'inexecution, si l'impossi=
bilité ne vient que de negligences ou de ce qu'on
n'a pas pris ses mesures à temps ou de ce qu'on ne
s'est pas mis soi même dans une situation qu'on
pouvoit prevoir etre necessaire pour se trouver
en etat d'executer, le cas echeant, ou de ce qu'on
a negligé dans un temps, un certain moien a
sa portée qui auroit pu, par une enchainure
naturelle, conduire au moien immediat
propre a l'execution du prescrit.
Mais l'imputation
a demerite a lieu
11 lignes biffure
439 Ainsi si quelqu'un n'a pu eviter d'agir
contre la Loi par la force imperieuse de quelque
passion ou habitude, dont il auroit pu et
du prevoir et prevenir de bonne heure l'in=
fluence et l'effet, selon le prescrit de la Loi;
ou s'il a manqué a ce prescrit uniquement
pour n'avoir pas contracté un certain penchant
decidé, une certaine habitude, qu'il n'ignoroit
pas etre necessaire et même prescrite par la
Loi, il est evident qu'il est dans le cas de la
contravention. J'en dis de même de tous les cas
ou l'on a agi contre la Loi par l'effet naturel
de quelque situation d'Esprit ou de corps dans
laquelle on s'est mis volontairement, quoi
qu'on peut en prevoir les suites facheuses
relativement a la Loi. Dans tous ceux ou
on n'a pu absolument prevoir l'effet de telle
habitude, ou telle situation, ni comprendre
a quoi la Loi obligeoit a cet egard, on ne
sauroit etre responsable de ce qui est est
resulté contre son prescrit. Ceci Tout ceci
peut etre appliqué aux actions commises
en songe, dans l'yvresse, dans un trans=
port de passion, par l'habitude, ou la
contagion de l'exemple, ou la seduction
des autres. Ce dernier article nous conduit
naturellement aux regles d'imputation
applicables aux actions d'autrui sur lesquelles
nous pouvons et devons influer.
IMPUTATION DES ACTIONS D'AUTRUI
<111> [206] Nous pouvons influer
sur les actions d'au=
trui par divers moiens
moraux, et par la
nous en rendre
responsables pour
2 mots biffure de ce qu'il
a fait jusqu'a
negliger de faire
440 Je puis influer sur la volonté et l'activité
d'autrui pour le porter a agir ou l'empecher d'a=
gir, selon le prescrit de la Loi ou aussi contre ce et cela par des
prescrit, et cela sans lui imputer 1 mot biffure 3 mots biffure
moiens purement moraux, qui lui laissent l'exer=
cice de sa liberté, tels que sont p. ex. le consen=
tement exprès ou tacite, donné ou refusé,
l'approbation ou l'improbation, la louange
ou le blame, le conseil ou la dissuasion,
l'avertissement, l'exhortation, la seduction, la
promesse, la menace, et quelques fois le comman=
dement ou la deffense.
Souvent nous som=
mes obligés par la
Loi d'influer ou
de nous abstenir d'in=
fluer sur l'action
d'autrui dans 1 mot biffure
10 lignes biffure
441 Si une Loi m'ordonne ou me deffend d'in=
fluer sur quelque action d'autrui qui se,
rapporte au prescrit de quelque autre Loi
et que contrevenant a mon Devoir, il en
resulte une contravention de la part de ce
dernier, celle ci peut, comme consequence de
la mienne, m'etre imputée a moi même. Ainsi
1 ligne biffure si par mon influence sur la volonté d'au=
5 mots biffure
trui, par les moiens 3 mots biffure cy dessus je le disposer a faire
pour3 mots biffure
certaines choses selon contre le prescrit de quelque
Loi, si 2 mots biffure mon Devoir 2 mots biffure si je l'aide
3 lignes biffure
ce qui est contraire a la Loi, ennt
pour cela de mes forces, en lui fournissant des moiens
et des occasions &c. 1 mot biffure je dois sans contredit
etre comptable pour ma part de ce qu'il a
fait a la suite de ce que j'ai fait moi
même. De même aussi, si sans egard a
mon Devoir, j'ai manqué d'influer sur sa
volonté pour le disposer a agir selon la
Loi, ou l'empecher d'agir contre 1 mot biffure si je lui ai refusé
3 mots biffure
le secours de mes forces, 2 mots biffure
etoient en mon pouvoir pour soutenir
les siennes, si je ne lui ai pas fourni les moiens
et les occasions qui pouvoient dependre de
moi; a plus forte raison, si je lui ai suscite
des obstacles, ou fait manquer des occasions
favorables, pour l'empecher d'executer ce; ce qui en est resulté de
prescrit de la Loi
contravention de sa part me doit aussi
etre imputé.
<111v> [207] Toutefois ce qui nous
est imputé n'empeche
point que la contra=
vention ne soit aussi
imputable a autrui, quand
il n'a pas fait de son
cote ce qu'il devoit
faire pour se soustrai=
re a notre influence
442 Mais si cette personne, nonobstant
ce que j'ai fait ou omis, contre mon devoir,
pouvoit et devoit par la Loi, faire usage
elle même de ses facultés morales, et de sa pour agir autrement qu'elle a fait,
liberté
2 mots biffure, dans ce cas, ce qui m'est imputé
a moi même, n'empeche point que la contra=
vention ne lui soit aussi imputée, comme
n'aiant pas fait usage de ses facultés pour
resister, comme elle le devoit, a mon influence
et mieux regler sa determination par elle
même, pour se conformer a la Loi. L'im=
putation ne ne pourra etre mise toute en=
tiere a ma charge que dans ces deux cas;
1° lorsque cette personne placée dans la
situation ou je l'ai mise par mon action,
n'a point pu ni même du faire autrement
qu'elle n'a fait; a plus forte raison si elle
y etoit obligée par quelque Devoir special
d'obeissance auquel elle etoit tenue en=
vers moi et mes ordres; 2° lorsque par je la laisse dans l'erreur sur
mon fait
des circonstances essentielles dont je devois
l'instruire 1 mot biffure ou que j'emploie auprès d'elle des dis=
cours insidieux, pour la jetter dans une
erreur involontaire et efficace qui la
conduise a agir contre le prescrit de la
Loi.
Cas particuliers REGLES
ou l'on se trouve
en contravention
avec la Loi.
CAS PARTICULIERES
DE L'IMPUTATION
CONSCIENTIEUSE
443 Si l'on se rappelle de ce qui a été dit
(1 nombre biffure) ci devant (426 426) on comprendra qu'on est dans
le cas de la contravention lorsqu'on n'a point
agi selon l'Esprit de la Loi, que sa volonté
n'a point été la même que celle du Legisla=
teur, quant a la fin, qu'elle ne s'est point deter=
minée par les motifs par lesquels il a vouloit
qu'on agit, lorsqu'on a agi par des motifs
trop bornés, ou par des motifs ajoutés com=
me supplemens a ceux que la Loi presentoit
comme suffisans: a plus forte raison lors=
qu'on a agi par des motifs qui lui etoient
etrangers ou meme contraires, lorsqu'on a nourri
dans son Esprit et dans son coeur des pensées
et des desirs, qu'on s'est meme permis des
actes, qui pouvoient tous conduire a la
violation du prescrit de la Loi (1 nombre biffure) quand
même cette violation ne s'en seroit point
suivie exterieurement, on comprendra
<112> [208] des la même que celui la est coupable qui faisant
une action exterieurement conforme au prescrit
de la Loi, croit faire une action contraire, qui fait
ce qu'il croit deffendu quand même ce seroit une
chose permise et même commandée, ou qui ne
fait pas ce qu'il croit commandé, quand meme
ce seroit une action indifferente ou meme def=
fendue; il est vrai que dans ce dernier cas
il violeroit egalement la Loi en la faisant pas en=
tant qu'il a pu dependre de lui de prevenir
son erreur.
444. Celui la est coupable encor qui fait une
chose dont il n'est pas sur qu'elle soit per=
mise, sans avoir d'ailleurs aucune raison de
croire qu'elle soit commandée; lorsqu'il ne fait
pas une chose parrapport a laquelle il est
bien assuré qu'elle n'est pas deffendue pen=
dant qu'il a quelques raisons de croire qu'elle
est commandée; lorsqu'il ne s'abstient pas
d'une chose parrapport a laquelle il est plus
probable pour lui qu'elle est deffendue que
commandée, ou qu'il ne la fait pas, lorsqu'il
a plus de raisons de croire qu'elle est comman=
dée que deffendue; lors surtout qu'etant
dans l'incertitude, et l'action pouvant etre
differée sans danger, il se precipite a se deci=
der et a agir au lieu de suspendre son ac=
tion, en attendant de nouvelles lumieres plus
sures. Dans tous ces cas, l'auteur de l'action
agit contre l'Esprit de la Loi, la volonté et la
fin du Legislateur; et par consequent il se
rend coupable de violation, lors même que
le prescrit se trouveroit executé quant a
l'exterieur; c'est ce qu'on comprendra encor
mieux parce qui
sera dit dans la suite
sur la conscience.
Ce qui est essentiel pour
qu'une action puisse
etre imputée a obser=
vation
445. De tout ce qui a été dit, il resulte
aussi que pour qu'une action puisse etre im=
putée a 1 mot biffure observation, il faut 1° que le
prescrit de la Loi ait été executé dans tous ses
points; 2° qu'on ait été dans la persuasion
qu'on agissoit selon ce prescrit, et dans l'in=
tention de l'executer; car sil'on a agi, a l'avan=
ture, ou par erreur, sil'on a fait ce qui etoit
commandé en le croiant deffendu, ou
seulement permis, on ne peut pas dire
<112v> [209] qu'on ait observé la Loi; il faut 3° enfin
qu'on ait agi, dans l'interieur, selon l'Esprit
entier de la Loi, en vue de sa fin, et par tous les
motifs par lesquels le Legislateur a voulu
que l'on agit.
REGLES POUR
L'APPRECIATION DE LA
QUANTITE MORALE
DES ACTIONS
Chapitre 1 mot biffure
De la quantité
morale des 1 mot biffure
humaines
Ce que c'est que la
quantité morale
des actions 1 mot biffure
4 lignes biffure
446. Ce n'est pas assès de connoitre des regles
d'imputation qui servent a juger de la qualité
morale des actions; il faut aussi s'instruire de
celles qui enseignent a apprecier leur quanti=
te morale, c.d. le plus ou le moins, la 1 mot biffure de leur conformité ou de leur oppo=
ou la 1 mot biffure
sition avec la Loi, en les comparant entr'elles, et
des la même leur degré de merite ou de deme=
rite. et la proportion de recompenses ou de
peines applicables a leur auteur. Nous 1 mot biffure
l'observation 2 mots biffure faite (128).
Plus on a violé de
points de la Loi, plus
la violation est
grande
Il est evident que plus on viole de points de la
Loi, considerés comme autant d'articles dis=
tincts, plus la violation est grande; ainsi celui
qui n'aura voulu se conformer a aucun point
de la Loi ni quant a la fin, ni quant aux
moiens, sera plus coupable que celui qui au=
ra executé les divers points de la Loi quant
aux moiens, sans cependant se proposer preci=
sement la même fin, ni agir par les mêmes
motifs que le Legislateur avoit en vue.
Ainsi la violation
malicieuse est plus
grande que la vio=
lation par inadver=
tance: circonstan=
ces qui rendent la
premiere plus grave
dans les divers cas
particuliers
447. Celui qui aura agi contre la Loi sciem=
ment, de propos deliberé ou par une determi=, avec intention de la violer
nation formelle
par malice est beaucoup plus coupables, toutes
choses d'ailleurs egales, que celui qui est contre=
venu au prescrit de la Loi, sans se la proposer par inadvertance ,
directement pour but, mais
negligence , manque d'attention et de soins,
puisque chès le premier il y a eu une volonté
opposée a la Loi dans tous ses points, et non pas
dans le second. Dans le cas de la violation ma=
licieuse, on sera d'autant plus coupable qu'on
aura contrevenu de propos deliberé a un
plus grand nombre de points, qu'on se sera don=
ne pour cela plus de peines, qu'on aura sur=
monté plus d'obstacles, qu'on aura abusé d'un
plus grand nombre de facultés, de forces et de
moiens, qu'on aura pris plus de soins pour sai=
sir et faire naitre les occasions de produire
<113> [210] des effets contraires au prescrit de la Loi. De
toutes les violations de ce genre, la plus enorme
est celle qui est en quelque sorte affecté avec
insolence , comme pour montrer publiquement
qu'on se plait a desobeir au Legislateur, et
qu'on tire de sa volonté même un motif
pour transgresser sa Loi.
Circonstances qui
peuvent aggraver
la violation par inad=
vertance ou la faute
448. Dans le cas de la violation par inad=
vertance, ce qu'on appelle communement
faute, on est d'autant plus coupable qu'on
a negligé a faire un plus grand nombre de
points de la Loi, qu'on avoit moins de choses
a faire pour en executer le prescrit, plus de
facultés chacune suffisante pour cela,
plus de moiens chacun suffisant, moins
d'obsctacles a surmonter pour mettre cette
Loi en effet, qu'il y avoit enfin moins de
motifs trompeurs et seduisans, moins de
ce qu'on appelle sources de tentations, pour
entrainer dans la violation.
La violation est d'au=
tant plus grande qu'on
avoit plus de motifs de
1 mot biffure sur le Droit
et sur le fait
449. Dans l'un et dans l'autre cas, on est
d'autant plus couplable qu'on avoit plus
de motifs pour porter a l'observation de
la Loi, qu'on etoit plus eclairé sur le Droit
et sur le fait, qu'on pouvoit prevoir plus
aisement et plus surement toutes les suites
facheuses de son action. Observons cepen=
dant qu'une violation d'inadvertance
peut etre portée a un tel degré, selon les
determinations enoncées cy dessus, que
celui qui s'en est rendu coupable, n'est
pas eloigné d'egaler en demerite celui
qui a violé la Loi de propos deliberé;
Ce que les Jurisconsultes ont exprimé par
cette maxime, lata culpa dolo aequipa=
ratur.
quoi a agi par des
motifs plus opposes
a ceux que le Legis=
lateur 3 mots biffure
1 ligne biffure
1 nombre biffure 450. La violation de celui qui n'est cou=
pable que pour avoir agi par des motifs
trop bornés, n'est pas aussi grande que celle
de celui qui a agi par des motifs etrangers
a la Loi, parce que celui ci la volonté de
celui ci se trouve opposée en plus de points
a celle du Legislateur; mais cette derniere
violation n'est cependant pas si grande
que celle de celui qui en executant le pres=
crit exterieur de la Loi, a agi par des motifs
<113v> [211] contraires a la Loi, a son Esprit, opposés
même a la volonté du Legislateur et a la fin
qu'il a en vue, lesquels, par consequent,.
seroient propres par tout autre cas, a le faire
agir contre le prescrit même de la Loi (1 nombre biffure 1 nombre biffure)
La violation par
erreur concomitan=
te est plus grande
que celle qui a ete
commise par erreur
efficace, quoique mais
originairement
evitable
451. La violation par erreur concomitante,
toutes choses d'ailleurs egales, est plus grande
que celle qui vient d'erreur efficace dans le
cas donné, quoique originairement surmon=
table 1° parce qu'il etoit plus aisé de prevenir
et de surmonter l'erreur; 2° parce que dans
le premier cas, on a transgressé la Loi nonobs=
tant qu'on eut une connoissance suffisante
pour comprendre qu'on agissoit contre la
Loi, ce qu'on ne peut pas dire dans le second
cas ou les circonstances essentielles n'etoient
pas connues (1 nombre biffure) (184)
La violation par
la 1 mot biffure d'un 1 mot biffure
est plus grande que
celle qui a été extor=
quée par la crainte
d'un mal
452. Il resulte des mêmes principes qu'une
violation ou l'on s'est laissé entrainer par le
seul attrait d'un bien a acquerir ou d'un
plaisir qu'on vouloit gouter ou faire durer,
est plus grande que celle qui a été comme
extorquée par la crainte d'un mal dont on
etoit menacé, ou par le sentiment d'une vive
douleur, d'un besoin pressant dont on vou=
loit se delivrer. Plus petit et plus eloigné
etoit le bien dans le premier cas, ou le
mal dans le second, et plus la violation
est grande. Cela est fondé sur ce que plus
il est aisé de resister aux motifs seducteurs
plus on est coupable.
On peut concevoir
aussi divers degres
de violation lors=
qu'il s'agit de l'im=
putation du fait
d'autrui
453. Dans les cas ou l'on a influé ou man=
que d'influer sur la volonté et la conduite
de quelqu'un, on peut etre plus ou moins
coupable selon la maniere et le degré de
l'influence, et la personne qui a cedé a l'in=
fluence peut etre aussi plus ou moins coupa=
ble selon qu'elle a eu plus ou moins de faci=
lite a s'en affranchir. Tout cela peut varier
a l'infini selon les cas et la position respec=
tive des deux, et ils peuvent, selon cela, etre
plus ou moins coupables l'un que l'autre.
<114> [212] Diverses circonstances
4 lignes biffure
454. Il est aisé de comprendre aussi que
l'observation de la Loi est d'autant plus gran=
de et plus digne de louange et de recompense,
que la Loi presentoit plus de points a obser=
ver sans qu'on ait manqué a aucun, qu'on
a eu plus de choses a faire pour l'observer,
et pour se conformer a son prescrit et a son
Esprit; qu'il a fallu emploier plus de moiens,
plus de facultés, d'attention, de diligence,
pour surmonter ou prevenir les obstacles,
epier, saisir, faire naitre les occasions, plus
de vigilance pour tenir en garde contre
toute pensée, sentiment, mouvement, acte,
habitude, situation, qui auroit pu conduire
a la violation de la Loi, ou pour nourrir
dans son Esprit et dans son coeur, des idées
des sentimens, y exciter des mouvemens, se
porter a des actes, contracter des habitudes
se placer dans des situations propres a facili=
ter et assurer l'observation de la Loi: Elle
sera aussi d'autant plus grande a propor=
tion qu'on aura eu moins de moiens, de
facultés pour cela, qu'on aura fait plus
d'efforts pour reussir, qu'on aura sacrifie
plus d'avantages prochains, qu'on aura
endure plus de souffrances, essuie plus de traverses, affronte plus de dangers et des dangers
plus emimens, jusques a la mort même
dans certains cas ou la Loi peut l'exiger.
<114v> [213] Chapitre IV IX VII
Des actions bonnes, et mauvaises, in=
differentes. Des habitudes de la 1 mot biffure
1 mot biffure indifferentes
1 mot biffure
CONDITIONS D'UNE ACTION BONNE
Conditions requises
pour qu'une action
puisse etre appellee
bonne juste louable
Qu'elle soit 1 mot biffure
selon le prescrit 1 mot biffure
de quelque Loi divine
actuellement presente
a l'Esprit
109 455. Les principes d'imputation etablis dans
le chapitre precedent servent a determiner
les conditions requises pour qu'une action
soit bonne, juste, et louable. (1 nombre biffure) (366)
Il faut 1° qu'elle soit faite selon le prescrit
de quelque Loi divine connu et present
a l'Esprit; Car quand même elle s'y trouveroit
conforme par l'evenement, si nous avons
agi a l'avanture, sans penser a la Loi, on
ne peut pas dire que nous l'aions observée;
et a plus forte raison, si nous avons agi con=
tre le prescrit, quand même d'ailleurs la fin
que nous nous sommes proposée seroit bon=
ne en elle même, et que nôtre contravention
au prescrit ne seroit que l'effet de l'erreur,
si du moins cette erreur n'a pas été absolu=
ment invincible, ce qui arrive bien
rarement, 1 mot biffure surtout en matiere de Droit.
2° dans une bonne in=
tention ou dans la per=
suasion qu'elle est con=
forme a la Loi et dans
le dessein d'en executer
le prescrit.
456. Pour qu'une action soit bonne, il faut
2° qu'elle soit faite dans une bonne intention
c.d. dans la persuasion qu'elle est bonne
ou conforme a la Loi de Dieu, et dans
le dessein d'en executer le prescrit; car si
je crois que mon action n'est point confor=
me a cette Loi, si seulement je suis a cet egard
dans le doute, si par consequent, en la faisant
je n'ai point pour but de 1 mot biffure de
faire ce qui m'est prescrit, il est clair que,
quand même cette action se trouveroit,
contre mon opinion, repondre exterieure=
ment au prescrit de la Loi, ou contre mon
attente, tourner en bien, elle ne sauroit
passer pour une action bonne et louable de
ma part puisqu'elle n'a point été faite
selon l'Esprit de la Loi.
3° Dans un bon but qui
reponde a la fin que le Le=
gislateur a eu en vue
et par les motifs qu'exi=
ge l'Esprit de la Loi
457. Enfin pour qu'elle ait ce caractere il
faut 3° qu'elle soit faire dans un bon but
<115> [214] c.d. une fin qui reponde a celle que le Legis=
lateur a eu en vue, et dès la même par tous
les motifs par lesquels il veut qu'on agisse
selon l'Esprit de la Loi; sans cela, quelque
intention même qu'on eut d'en executer le
prescrit, la volonté qui determine l'action
ne seroit point conforme a la sienne
et l'action ne sauroit 1 mot biffure etre regardee comme digne de son
approbation. Il est donc essentiel que
l'action soit faite avec connoissance de la fin
du Legistlateur, et par les motifs par les=
quels il exige qu'on se determine.
Quelle est cette fin que
le Legislateur a eu
en vue dans toutes ses
Loix, quels sont les mo=
tifs par lesquels il veut
que nous nous assignons cons=
tammant pour nous
conformer a leur Esprit?
Or il n'est
pas difficile de demêler qu'elle est la fin
que nôtre souverain Legislateur a en vue
dans toutes ses Loix, ni quels sont les motifs
par lesquels il veut que nous nous determi=
nions a les observer.
Nous les trouvons dans
ces principes generaux
qui servent de fondemens
a tous nos Devoirs et
de caracteres generaux
de tout ce qui est juste
et injuste.
458. Nous trouvons tout cela exprimé
dans les principes generaux des Loix na=
turelles que nous avons develloppès ci de=
vant
par lesquels nous scavons avec certitude
que Dieu se propose dans toutes ces Loix,
nôtre perfection et nôtre bonheur, le rapport
de toutes nos facultés et nos actions avec
nôtre destination, leur concours avec la
grande fin qu'il se propose dans cet Uni=
vers, le plus grand bien universel et l'a=
vancement de sa gloire. Ces grands princi=
pes qui sont les fondemens de tous nos
Devoirs, et dès la même les caracteres
generaux par lesquels nous pouvons distin=
guer ce qui est conforme ou contraire
a nôtre Devoir; sont en même temps
les motifs constans, qui dans les vües du
Legislateur, doivent reunir leur efficace
sur nôtre volonté, dans toutes nos actions,
pour qu'elles soient d'accord avec la sienne
et conformes a l'Esprit de ses Loix (85, (424). D'ou il
suit que pour que nous puissions faire habituellement des
actions bonnes, il faut que ces grands prin=
cipes, ces motifs, soient tellement familiers
et presens a nôtre Esprit, qu'ils deviennent
pour nôtre coeur, un ressort, un mobile ordi=
naire et habituel, dont toutes nos actions recoi=
vent sans cesse l'impression.
<115v> [215] Le deffaut 1 mot biffure seul
de ces conditions suffit
pour qu'une action
ne puisse pas etre
appellee bonne
459. Observons ici 1° que ces trois caracteres
generaux 1 mot biffure ne sont pas applicables aux
actions purement interieures, qui ne sauroient etre
conformes au prescrit de la Loi sans l'etre
en même temps a son Esprit, mais unique=
ment a celles d'ou resulte quelque effet
au dehors; 4 mots biffure 2°
que quant a celles ci, le deffaut d'une seule
de ces conditions, suffit pour les rendre in=
dignes du nom de bonnes; 3° qu'elles ne sont
jamais bonnes des qu'elles sont faites contre
le prescrit de la Loi; et que lors même qu'elles
y sont entierement conformes, elles ne
sont pas dignes du nom de bonnes si
elles manquent par l'intention et le but;
4° qu'enfin aucune action ne peut etre ap=
pellée bonne, lorsqu'elle est faite machina=
lement; par temperament ou habitude,
sans reflexion, ou a la suite de quelque
impulsion aveugle, ou enfin par des motifs
etrangers a la Loi.
Les motifs tirés des
avantages corporels
et exterieurs peuvent
entrer pour leur part
dans le nombre de
ceux qui doivent
determiner notre vo=
lonte a l'observation
des Loix de Dieu, pour=
vu que leur influence
demeure toujours su=
bordonnée a celle des
motifs tirés des biens
a venir et eternels
460. On demande s'il faut mettre dans ce
nombre les motifs tirés des avantages ap=
pellés temporels, tels que la santé, la fortune,
la reputation. Je reponds que ces avantages,
lorsque nous savons en jouir avec sagesse,
peuvent nous procurer non seulement mille
douceurs innocentes, mais encor beaucoup
de moiens et de secours pour avancer en
perfection; qu'ainsi ils peuvent entrer, sans
aucun inconvenient, dans le plan general
de nôtre bonheur, 1 mot biffure et doivent des la
même etre envisagés comme assès interessans
pour nous servir de motifs a la prattique
de nos Devoirs, et d'autant moins etre negli=
gés comme tels, que portant sur des objets
sensibles, palpables, prochains dont les impres=
sions renaissent a chaque instant, ils ne
peuvent qu'etre d'une très grande influence
sur nos determinations. Par les mêmes rai=
sons, on ne peut pas dire que ces motifs soient
etrangers a la Loi, ni hors des vues du Legis=
lateur, qui se proposant 1 mot biffure le bonheur
de ses creatures vivantes, veut que l'homme
fasse aussi entrer ce bonheur present, dans
la sphere des objets de son activité, et n'exige
<116> [216] autre chose de lui, si ce n'est, qu'en se
tracant un plan de bonheur et de perfec=
tion conforme a sa destination et
calculé sur les esperances qu'il a d'une vie
future 2 nombres biffure, il ait soin, conformement aux
premieres regles de la sagesse, de subor=
donner a des interets eternels; des inte=
rets passagers, et 1 mot biffure a des vues
d'une etendue illimitées celles qui se
rapportent aux objets bornés du temps
present. Pendant que l'homme se
conformera a cette regle essentielle de sa=
gesse, toutes ses actions et ses vues relatives
aux avantages de la vie n'auront rien
que de conformes aux vues du Legisla=
teur, et ces avantages pourront entrer
dans les motifs de ses determinations
sans s'ecarter en aucune maniere de
l'Esprit de la Loi, auquel ces motifs ne
seront point etrangers.
CARACTERES DES
ACTIONS MAUVAISES
OU PECHES
Caractere des actions
mauvaises injustes,
blamables; 1 mot biffure
2 mots biffure 1° lorsqu'elle
se trouve contraire a 1 mot biffure
1 mot biffure de la Loi, 2°
lorsqu'elle est faite
dans la persuasion qu'elle
est mauvaise 1 mot biffure 3°
dans le doute si elle est
legitime ou non, ou
par des mauvais
motifs, contraires
a l'Esprit de la Loi
461. Les memes memes principes d'imputation servent a determi=
ner les caracteres des actions mauvaises
injustes, blamables, auxquelles on donne
le nom de transgression; 1 mot biffure faute,
peché , crime, selon les circonstances ou
le degré de demerite. Toute action est mau=
vaise 1° lorsque dans ses circonstances, elle
se trouve contraire a quelque point de la Loi,
soit que la violation soit malicieuse, soit
qu'elle soit un l'effet d'ignorance, d'inadvertance
ou de la force imperieuse de quelque pas=
sion ou habitude, 2° lorsqu'elle est a ete faite dans
la persuasion qu'elle est etoit mauvaise, et contraire
a la Loi, en supposant même qu'elle fut en
soit legitime et conforme au prescrit, 3° lors=
qu'on est a ete faitedans le cas du doute, si elle etoit
legitime ou illegitime, quand même le but
1 mot biffure d'ailleurs en auroit été bon; parce qu'en
la faisant on s'est exposé volontairement
a agir contre la Loi; Enfin 4° lorsqu'elle a
été faite par de mauvais motifs, par des vues
contraires a celles que le Legislateur veut
qu'on se propose; puisque il y a eu dans ce
cas opposition de volonté avec celle du Legis=
lateur. Il faut la reunion de toutes les
conditions exprimées (169 III 2 nombres biffure) pour pour
<116v> [217] faire une bonne action; mais un seul des carac=
teres que nous venons d'indiquer suffit pour ren=
dre une action mauvaise.
DISTINCTIONS DES PECHES
On peut distinguer
les differentes sortes
de pechés selon les
divers rapports sous
lesquels on les envisa=
ge. Relativement
au prescrit de la Loi
on les distingue en
pechés d'ommission et
de commission, pechés
en eux mêmes et pe=
ches par accident.
Relativement aux di=
verses classes de Devoirs,
en pechés contre Dieu, con=
tre nous memes, contre
nos semblables.
462. En reunissant toutes sortes d'actions mau=
vaises, sous le nom de peché qui est le plus vul=
gaire, nous pourons distinguer differentes clas=
ses de pechés, selon les divers rapports sous les=
quels il peut ils peuvent etre considerés. Considerés sous
leurs rapports avec le prescrit de la Loi, on peut
distinguer les pechés d'omission qui consistent
a ne pas faire ce qui est commandé, et pechés de
commission, qui consistent a faire ce qui est def=
fendu; les pechés en eux mêmes, contraires par
leur nature a quelque Loi, et les pechés par acci=
dent, qui consistent en certaines actions 1 mot biffure indifferentes
en elles mêmes, qui deviennent mauvaises par l'in=
tention ou les circonstances. En les rappo consi=
derant relativement aux diverses classes de Devoirs
distinguées selon les divers Etres auxquels ils se rap=
portent, on peut encor les distinguer en pechés
contre Dieu, pechés contre nous mêmes; pechés
contre nos semblables, quoiqu'en un sens plus
general, ils soient tous des pechés contre Dieu
contre nous mêmes et contre les autres hommes
suivant ce qui a été dit. (1 nombre biffure)
Relativement a la 1 mot biffure
moiens en pechés inte=
rieurs et pechés exte=
rieurs, pechés secrets
et publics pechés qui
nous sont propres et
pechés ou nous som=
mes complices
463. En egard aux moiens par lesquels ils se
commettent on peut les distinguer en pechés
interieurs, qui ne s'effectuent que par la pensée
la volonté, les mouvemens de l'ame, et pechés
exterieurs resultant des premiers qui produi=
sent leur effet au dehors par des paroles et par
des actions. visibles En egard a la maniere dont ils sont commis, on
peut distinguer les pechés secrets et publics,
ceux qui nous sont propres, parce que nous les
commettons seuls, et ceux que nous commettons
avec les autres comme complices, ou auxquels
nous participons, quoique commis par eux,
1 mot biffure en influant ou en n'influant pas com=
me nous le devrions sur leur Entendement, leur volon=
te et activité, pour prevenir et empecher la vio=
lation; auquel cas ces pechés d'autrui de=
viennent moralement les nôtres propres, selon
ce qui a été dit (94-96) (440-447)
Relativement au prin=
cipe, en pechés d'ignorance
ou 1 mot biffure pechés d'ina=
dvertance, de fortune
pechés 2 mots biffure
comme de propos deli=
berés
464. En rapportant les pechés au principe in=
terieur d'ou ils partent, on peut les distinguer
encor en pechés commis par ignorance et
erreur sur le Droit, ou sur le fait; pechés
d'inadvertance, commis par deffaut actuel de
<117> [218] reflexion a la Loi et a son application ou par
negligence a eloigner les obstacles, a mettre en
usage les moiens; pechés de foiblesse, auxquels
on se laisse entrainer par un mouvement promt
et violent de quelque passion dominante, ou par la
force imperieuse de quelque habitude inveterée,
ou par l'apprehension de quelque grand mal qui
survient inopinement, ou par le vif sentiment de
quelque douleur cuisante, ou par la presence de quel=
que objet seduisant qui enchaine les sens avant
qu'on ait pu rassembler ses forces pour resister
a la tentation, ce qui trouve chès nous trop peu
d'activité et de courage, pour que nous puissions
nous resoudre a faire des efforts vigoureux et
soutenus, ou certains sacrifices pour nous deffen=
dre contre ses attaques. Tous ces pechés sont bien
volontaires, entant qu'il dependoit de nous de
nous mettre en situation a les eviter ou a en
prevenir les causes; mais comme au moment
de l'action même ils ne supposent pas une inten=
tion deliberée de contrevenir a la Loi, une oppo=
sition formelle de volonte a celle du Legisla=
teur, on les appelle a cause de cela involon=
taires, auxquels on oppose les volontaires
qui se commettent sciemment, de propos delibe=
ré, malicieusement, et quelques fois même
avec audace. (1 nombre biffure) C'est a ceux ci qu'on
reserve le nom de Crime : les autres s'appel=
lent communement des fautes , quelques
fois des transgressions, lorsqu'ils sont l'effet de
quelque passion violente.
Estima Regles pour
lestimation de la
quantité morale
des pechés
465. Suivant les principes posés ci devant (2 nombres biffure 446-1 nombre biffure)
un 1 mot biffure peché est d'autant plus grand 1° qu'il y
a eu plus de points de la Loi violés ou negli=
gés et plus de circonstances qui aggravent la
condanattravention; - 2° qu'il y a eu moins
d'obstacles a surmonter, plus de moiens chacun
suffisant a emploier, plus de loisir, d'occasions,
de facilités d'eloigner les obstacles, et de presser
l'emploi des moiens pour se conformer au
prescrit; - 3° qu'il y a eu plus de motifs
pour eloigner de la transgression, tirés de la
honte, du danger, ou des relations qu'on sou=
tient avec l'Etre contre lequel on a peché,
ou des diverses circonstances particulieres
qui devoient rendre plus attentif au Devoir.
<117v> [219] 466. Un peché est enfin d'autant plus grave
qu'il y a eu une intention plus decidée de
contrevenir a la Loi. Ainsi le peché d'omission
n'est pas si grand, toutes choses d'ailleurs egales,
que le peché de commission, le peché interieur,
et medité, que le peché exterieur et consommé,
le peché d'ignorance que le peché d'inadver=
tance, et ceux ci ne sont pas si grands que le
peché de malice. Il y a aussi des degrés dans
le peché d'ignorance, d'inadvertance, d'in=
firmité, selon que la negligence a été plus
ou moins grande et annonce plus ou moins
de relachement quant au Devoir. Les
pechés volontaires sont aussi d'autant plus
graves, que les motifs, qui auront induit a
les commettre, seront plus directement oppo=
sés a la volonté du Legislateur, qu'on aura
fait plus d'efforts pour affoiblir l'impression des
motifs presentés par la Loi, et pour consom=
mer le crime, qu'on s'y sera livré avec plus
d'empressement, qu'on y aura acquiescé avec
plus de complaisance après l'avoir commis,
qu'on se sentira encor plus disposé a le com=
mettre de nouveau et en contracter l'habitu=
de. S'il y a des 3 mots biffure?
ACTIONS INDIF=
FERENTES
Chapitre X
2 lignes biffure
467. Il est des actions qui en elles mêmes, abs=
traction faite des circonstances particulieres
qui peuvent les accompagner dans leur indivi=
dualité, sont indifferentes ou permises (366).
Telles sont p. ex. les actions animales, diverses
occupations de la vie civile, la maniere, le
temps, le lieu, que nous choisissons pour rem=
plir nos Devoirs, nos amusemens, nos recrea=
tions, nos visites, nos jeux &c. Quoiqu'il n'y
ait peut etre aucune action individuelle qui
soit absolument indifferente en soi, et aux
yeux de l'Etre qui appercoit distinctement tous
tous les rapports, il peut neanmoins y en avoir
de telles relativement a l'Entendement borné
de l'homme, les et il y en a effectivement
pour lui, lorsqu'il ne decouvre aucune rai=
son de croire qu'une chose soit bonne ou
mauvaise, commandée ou deffendue, quel=
ques soins qu'il ait pris pour acquerir la
dessus les lumieres necessaires. Mais il y a D'ailleurs on comprend
Toujours est il qu'il y a un très grand nombre de cas 1 mot biffure qui sont
reellement indifferente 4 mots biffure
aussi que
Ainsi plus un homme
est Intelligent, plus ses
actions sont reflechies,
plus il sera attentif a ne
rien faire contre les Loix de l'ordre et dont il ne puisse
se rendre raison a lui mème,
moins il produira de ces
actions qu'on appelle Indif=
ferentes. Il y a sans doute
quelque part dans l'Uni=
vers des Etres Intelligents
si parfaits, si reflechis
que leurs moindres actions
ont un bon but et 1 mot biffure un motif toujours
1 mot biffure
assorti a la noblesse
de leur Etre; mais un
tel degré de perfection
n'est pas donné aux
hommes ici bas.
<118> [220] Ce qui rend les actions
indifferentes 1 mot biffure d'une
grande 2 mots biffure
1 ligne biffure
les circonstances deve=
nir bonnes ou mau=
vaises
Toujours est il certain
qu'il y a un très grand
nombre d'actions indif=
ferentes a les considerer
sous leur notion generale, qui, considerées dans leur
individualité, eu egard a leurs circonstances
particulieres ou a l'intention, et le au but, et les
aux motifs qui les accompagnent, peuvent revetir
certains caracteres de bonté ou de pravité,
qui les rendent susceptibles de comparaison avec
quelque Loi a laquelle elles se trouvent confor=
mes ou contraires, et des la même dignes de
louange ou de blame. C'est pourquoi elles meri=
tent une grande attention de nôtre part; d'au=
tant plus qu'elles reviennent très frequemment,
qu'elles occuppent la plus grande partie de
nôtre vie, et que c'est le genre d'actions par
rapport auquel nous pensons le moins a nous
tenir sur nos gardes, comme c'est aussi celui
sur lequel il est le plus difficile de nous eclai=
rer par des principes lumineux et fixes.
Quand est ce qu'une
action indifferente
devient mauvaise?
Lorsqu'elle est faite dans
la fausse persuasion
qu'elle est mauvaise
1 mot biffure dans le doute si elle
est permise ou non
dans un but et par
des motifs contraires a
12 lignes biffure
CAS OU UNE ACTION
INDIFFERENTE DE=
VIENT MAUVAISE
468. Une action indifferente devient mau=
vaise 1° lorsque celui qui la fait, la fait
dans la fausse persuasion qu'elle est mauvaise,
deffendue, ou seulement dans le doute si
elle est permise ou non (2 nombres biffure 442-444) 2° lors=
qu'il la fait dans un but ou par des motifs
contraires a quelque Loi et a la volonté du
Legislateur (1 nombre biffure) 3° lorsqu'elle est revetue
de certaines circonstances, quant a la maniere
le temps et le lieu, les personnes, par lesquelles
elle se trouve en opposition a quelque Loi
dans quelque point; comme p. ex. si elle
est accompagnée de quelque excès funeste,
de l'essor de quelque passion violente, ou
s'il arrive qu'elle mette obstacle a l'exercice
de quelque Devoir qu'il faut lui sacrifier,
tels que seroient des Devoirs de piete, de cha=
rite, des fonctions attachées a sa vocation;
4° lors enfin qu'il peut en resulter, par une
suite naturelle des choses, certaines occasions
ou tentations de pecher, plus ou moins dange=
reuses, selon nôtre plus ou moins de facilité
a nous laisser entrainer; ou qu'elle peut nous
conduire a des reiterations d'actes, d'ou peuvent
naitre des habitudes qui degenerent en plis,
en besoins, en necessités, et des la même por=
tent obstacle au libre exercice de nos facultes
morales, et de notre liberté, qu'il nous importe
si fort de conserver dans son entier.
<118v> [221] Une action indifferente
devient souvent mau=
vaise par son influence
sur les autres hommes
en les affligeant en leur
donnant du scandale
4 lignes biffure
469. Une action indifferente peut encor
devenir mauvaise par quelque influence
sur les autres hommes, en leur causant de
la peine, du scandale , 2 mots biffure ou les portant
a faire eux mêmes des choses qu'ils croient
mauvaises (1 nombre biffure). Telles sont les actions indiffe=
rentes en soi, mais qui passent pour mauvaises
parmi ceux ceux avec qui l'on vit, et qui sont
condanées par l'opinion, et les usages reçus par
dans leur societé. Ainsi toute action vüe
de mauvais oeuil dans le public, qui peut
faire de la peine aux autres 1 mot biffure
influer sur l'opinion qu'ils que les autres ont de nous, les
porter a des jugemens desavantageux sur
notre façon de penser, nôtre religion, nôtre
caractere, nos moeurs, et par la leur causer
du chagrin, ou leur inspirer pour nous du
mepris ou de l'eloignement, ou meme donner
lieu a des disputes et des dissensions, toute
action qui condannée par eux comme mau=
vaise, peut par la force de l'exemple les en=
trainer a faire eux mêmes ce qu'ils condam=
nent, et devenir par la pour eux une occa=
sion de peché, a plus forte raison, encor,
si dans les cas ou les apparences exterieures de cette action
peuvent fournir quelque pretexte plausi=
ble pour juger qu'il y a du mauvais,
toute action, dis je, de cet ordre, dont on
peut prevoir qu'elle aura quelqu'une
de ces influences funestes dont je viens de
parler, cesse des lors d'etre indifferente, et
nous ne pouvons la faire sans nous rendre
responsables de tout ce qu'elle pourra en=
trainer de consequences contraires a la Loi
et 1 mot biffure comme etant elle même contre
la volonté du Legislateur. Mais ici on=
doit distinguer les jugemens d'un public
peu eclairé, foible, gouverné par l'opinion
auquel on doit la plus grande indulgence
d'avec les jugemens d'un ordre de personnes
plus eclairees peut etre, mais beaucoup
plus malitieuses et plus injustes, qui ne cher
chent que les occasions d'exercer sa leur censure
et leur critique envenimée, qui empoisonnent
les actions les plus innocentes, et condannent
toujours les autres, de quelque maniere
<119> [222] qu'ils se conduisent; les jugemens de ces=
derniers ne meritent pas la moindre atten
tion, et doit ne doivent pas influer le moins=
du monde sur nos determinations parrap
port aux choses qui sont indifferentes selon
nôtre façon de penser. 1 mot biffure
Une action indifferente
peut aussi devenir bon=
ne lorsqu'on la croit
bonne, ou qu'on la fait
dans un bon but ou
en l'accompagnant
de circonstances qui
la mette en rapport
de conformité avec
quelque Loi
COMMENT UNE ACTION
INDIFFERENTE PEUT
DEVENIR BONNE?
470. Une action indifferente en elle même
peut aussi devenir bonne, 1° lorsqu'on la
fait dans la persuasion, quoique fausse,
qu'elle est bonne, et selon le Loi prescrit
de quelque Loi; 2° lorsque en la faisant on
se propose un but conforme a quelque
Loi, car alors elle devient une action faite
selon la Loi, qui prescrivant une fin, pres=
crit aussi les moiens legitimes qui peuvent
y conduire. On peut enfin 3° rendre une
action indifferente bonne par la maniere
de la faire, en l'accompagnant de circonstan=
ces qui repondent a la volonté du Legisla=
teur, au aux grands principes dont il veut
que nous fassions autant de ressorts toujours
presens et actifs pour nous mouvoir et
nous exciter au bien (458). Ainsi un homme intelligent
vertueux et pieux, ne
se permet que le moins
d'actions indifferentes qu'il
est possible, toutes ses
actions sont reflechies, con=
formes aux Loix de l'ordre
et annoblies par le
but.
Chapitre VIII
De la vertu et
du vice
Tout ce qui est bon
doit passer en habitude
et c'est cette habitude
de faire des bonnes ac=
tions qu'on a appellée
vertu, raison de
cette denomination
CE QUE C'EST QUE LA VERTU
471. La Une action bonne et commandée
ne doit pas etre faite seulement une fois, ou
de loin a loin; elle doit etre reiterée toutes
les fois que l'occasion s'en presente et que nous
le pouvons; et 1 mot biffure cet exercice reiteré
nous sommes obligés en 1 mot biffure doit produire en nous l'habi=
tude ou la dispostion a la reproduire
en toute occasion, avec plaisir, empressement
exactitude et constance. Toute habitude de
ce genre est une habitude bonne de sa
nature, et conforme a la Loi de Dieu
digne de louange et de recompense.
472. Les anciens ont appellé vertu cette
force, cette energie de l'ame qui la rend
superieure aux obstacles et aux dangers,
et la dispose a agir avec fermeté et cons=
tance pour les surmonter et arriver a
son but. On a trouvé que cette expression
pouvoit très bien etre a 2 mots biffure generale appliquee
a la 1 mot biffure disposition habituelle a faire des
actions bonnes et conformes a la Loi de
Dieu, parce ce que cette disposition 1 mot biffure
suppose des qualites très analogues a celles
<119v> [223] qu'on a exprimées par le mot de vertu. En
effet la vertu , dans le sens que nous lui donnons,
suppose 1° des lumieres, de la justesse, et 2 mots biffure
une certaine etendue d'Esprit, qui mettent l'hom=
me en etat de faire le bien par connoissance
et par choix de bien diriger ses vües et ses deter=
minations et d'y appliquer des moiens efficaces
et de sages mesures pour en assurer l'effet, elle
suppose 2° dans l'ame une certaine force, ener=
gie, constance, fermeté, sans lesquelles l'hom=
me ne sauroit deploier aucune vigueur si pour triompher des diffi=
efficace, et 1 mot biffure
cultés, et consommer l'execution; 1 mot biffure vi=
gueur qui est si necessaire dans la plupart
des cas, et sans laquelle la vertu elle même
ne seroit qu'une foiblesse. La vraie vertu doit
etre un ressor puissant, superieur a tout au=
tre, exempt de toute indecision, de toute
inquietude ou apprehension pusillanime,
dominant sur toutes les affections particulieres
qui pourroient se trouver en opposition; elle
suppose des la même une elevation d'ame
que les plaisirs trompeurs ne peuvent seduire,
et que les douleurs ni 1 mot biffure les dangers ne sçau=
roient abattre.
L'habitude de la vertu
ne 1 mot biffure que par
l'exercice habituelle
est d'une necessité
indispensable pour
mettre l'homme en
etat de faire le
bien 2 mots biffure
de la Loi de
Dieu
473. On comprend de la 1° que l'habitude de la vertu
n'est pas l'ouvrage d'un moment, et ne s'ac=
quiert, dans suivant les Loix de l'ordre moral, que successivement
par degrés, avec l'exercice et l'application qui
contribuent si puissamment a la fortifier
et l'enraciner dans le coeur; 2° que rien n'est
plus necessaire a l'homme que cette habitu=
de, 1 mot biffure pour le mettre en etat d'agir avec
vigueur et promtitude, lorsqu'il s'agit de
triompher des obstacles qu'il rencontre dans
la prattique de ses Doivoirs, et lui rendre cette
prattique douce et aisée. Tout comme sans
l'habitude il lui seroit impossible d'executer
certains actes de la vie ordinaire (1 147 201),
de même sans elle il ne parviendroit jamais
a exercer avec une certaine facilité et cele=
rité un grand nombre d'actes de vertu qu'il
faut executer promtement, rapidement,
et souvent plusieurs 1 mot biffure tout 1 mot biffure a la fois 1 mot biffure.
L'Experience nous apprend aussi que dans
les commancemens l'homme ne se porte a cet
<120> [224] exercice qu'avec lenteur, avec peine, et dès
la même une sorte de repugnance; mais l'ha=
bitude est elle une fois formée l'homme
reitere les actes sans efforts, il s'y porte avec
plaisir, peu a peu l'idee de la vertu, toujours
presente a son Esprit avec tous ses charmes
et son cortege de biens, occuppe et possede son
coeur; la vertu elle même y etablit son
siege et son emprise, elle y jette des racines
toujours plus profondes, qui la rendent plus
ferme et inebranlable; elle y devient le ger=
me fecond de toutes sortes de bonnes pen=
sées, sentiment sentiment, affections, et de bonnes
actions au dehors, qui, a cause de cela,
sont appellées actions vertueuses, et com=
munement bonnes moeurs.
DISTINCTION DES VERTUS
La vertu prise sous
sa notion generale
est une, mais on peut
distinguer autant de
vertus particulieres
que de classes particu=
lieres de bonnes actions
ou de Devioirs. Il y
a des vertus generales
et des piete, tempe=
rance, justice, &c.
et des vertus particu=
lieres ou ordinaires.
474. Quoique la vertu soit une, dans
le sens general que nous lui avons donné,
on peut cependant, en descendant au par=
ticulier, distinguer autant de vertus
particulieres qu'on peut distinguer de diffe=
rentes classes ou especes de bonnes actions
ou de Devoirs auxquels elles se rapportent.
Ainsi comme il y a des Devoirs generaux
et particuliers (1 nombre biffure) il y a aussi des ver=
tus generales et des particulieres comprises
sous les premieres qui en sont comme les
branches. Et quoique les noms qu'on donne
aux differentes vertus soient le plus souvent
les mêmes qu'on donne aux Devoirs auxquelles
elles se rapportent, il arrive cependant quelque
fois qu'on leur donne des noms differens. Ainsi
Ainsi les Devoirs en=
vers Dieu sont desi=
gnes sous le nom
de culte et l'habitude de rendre a Dieu les Devoirs du culte
se nomme pieté , celle qui se rapporte aux De=
voirs du culte exterieur, devotion . L'habitu=
de de toutes 1 mot biffure les vertus qui se rapportent
aux Devoirs envers nous memes, est le plus
souvent designée par le mot de sagesse
et plus souvent encor par celui de temperan=
ce. Enfin l'habitude de toutes les vertus rela=
tives aux Devoirs envers les autres, se nomment
tantôt Justice, tantot Charité, et quelques
fois probité. terme dont on se sert aussi
pour designer la morale d'un homme
2 lignes biffure
<120v> [225] CE QUE C'EST QUE LE VICE
L'habitude des actions
mauvaises se nomme
vice. on peut distin=
guer aussi des classes
de vices ou d'habitudes
vicieuses. Rien n'egal
le pouvoir et en me=
me temps le danger
des habitudes vicieuses
475. Quand la Loi de Dieu nous deffend un
peché, elle nous deffend a plus forte raison d'en
reiterer les actes et d'en contracter l'habitude qui
nous sollicite avec tant de force a reproduire
ces mêmes actes toutes les fois que l'occasion s'en
presente. Toute habitude d'un peché est une
habitude mauvaise, on l'appelle un vice vitium par=
ce que c'est une chose a eviter avec soin, on
n'ignore pas que chès l'homme l'habitude en general 2 mots biffure exerce une
du Physique que du Moral chès l'homme
si grande force d'impulsion sur sa Volonté et
son activité, qu'elle vient a la fin a dominer
sur toutes ses facultés et ses organes, qu'elle 1 mot biffure chan= devient en lui comme une
ge comme en une
seconde nature substituée a la premiere, et
qui etouffe ses penchans naturels les plus confor=
mes a la raison. Ce pouvoir des habitudes vicieu=
ses est encor fortifié par la violence de la pas=
sion qui en est a ete le germe, et qui en est encor le
ressort, par le plaisir trompeur qui en accom=
pagne les actes, et par le desordre ou elle jette
l'ame, qui la rend insensible a tous les motifs
que son Intelligence pourroit lui presenter
pour la faire revenir de son egarement.
Dans les commancemens l'homme ne se porte
au mal qu'avec une sorte d'inquietude, parce
qu'il le trouve en conflict avec la voix de sa
conscience qui s'eleve pour le condamner; mais
a mesure que les actes de peché se reiterent,
les liens qui le retenoient au Devoir se rela=
chent, la voix de la conscience s'affoiblit ou
cesse de se faire entendre, ou le vicieux trouve
moien de lui fermer son oreille, pour se
livrer sans retenue au plaisir trompeur qui
l'a seduit; son Entendement lui même s'obscur=
cit au point qu'il en vient jusques a perdre
le discernement du bien et du mal, et ou=
blier tous les principes de sagesse. Tel est le
pouvoir et le danger des mauvaises habitu=
des; on comprend dès lors combien celui qui
les contracte ou qui neglige de les prevenir
se rend coupable contre la Loi.
DISTINCTION DES
VICES
On peut distinguer
differentes classes
d'habitudes vicieuses
selon leur opposition
a differentes classes
de Devoirs
476. Quoique le mot de vice se prenne souvent dans
un sens general et au singulier pour marquer l'habitude
de la transgression, il se prend aussi il est
emploié souvent aussi au pluriel pour
marquer des habitudes particulieres opposées
aux differens Devoirs, ou aux differentes ver=
tus. Ainsi a la pieté sont opposés tous les
vices qui la detruisent ou l'enervent, tel que
<121> [226] d'un cote L'Atheisme, l'impieté, l'indifferentisme, le
scepticisme, l'incredulité; de l'autre, le faux
pietisme, le fanatisme, le separatisme; a
la connoissance de Dieu, l'ignorance, la
superstition avec toutes ses dependances, l'Ido=
latrie, le Polytheisme; car quoi qu'on puisse
mettre tout cela au nombre des travers d'Es=
prit, on peut aussi les mettre au nombre des
vices, entant qu'ils depend de l'homme de
les eviter et qu'ils sont contraires a la Loi. Au
culte interieur sont opposés la tiedeur
l'hypocrisie, l'ingratitude envers Dieu, l'incoerence, la
prophanation, le murmure, le blaspheme,
la fausse confiance, le 1 mot biffure l'Apostasie, le
parjure. Les opposés des Devoirs ou vertus
envers nous mêmes, sont l'amour propre a=
veugle, l'orgueil, la concupiscence des biens
sensibles, l'indifference pour les biens spiritu=
els; l'ignorance, le degout pour la verité,
et la lumiere, les appetits et les passions dere=
glées, les mouvemens de la chair qui se refu=
sent a tout frein, l'intemperance, la sensua=
lité, la gourmandise, l'yvrognerie, l'impu=
reté, la mollesse; l'ambition, l'amour de
la vaine gloire, la vanité, le luxe; l'avarice
la prodigalite, les soucis, la paresse, la perte
du temps; la foiblesse d'ame, la pusillani=
mité, l'inpatience. Les opposés des Devoirs
envers les autres hommes sont l'inhumani=
té, qui suppose indifference ou misantro=
pie, ou haine, la dureté, la cruauté, l'in=
gratitude, la colere, la vengeance, l'impla=
cabilité, l'envie, la jalousie, le mepris, l'hy=
procrisie, la duplicité, la perfidie; dans les
discours, les injures, les maledictions, les
sarcasmes, la medisance, la calomnie,
les jugemens temeraires, les faux rapports
la curiosité, l'indiscretion, le babil, la flat=
terie; dans les actions, le scandale, le
mauvais exemple, la seduction, le meurtre
le duel, les batteries, l'adultere, le larcin
La fraude, l'Esprit de chicane, et toute es=
pece d'injustice. Il est encor des vices oppos=
sés a tous les Devoirs relatifs mais qui
ne sont que les penchans appliqués aux
diverses 1 mot biffure ou relations de la vie
humaine.
<121v> [227] A quels caracteres
on peut distinguer
l'homme vertueux
ou juste, de l'homme
vicieux et injuste.
Ce qui caracterise
l'homme vicieux
2 lignes biffure
CARACTERES DE
L'HOMME VERTUEUX
ET DU VICIEUX
477. En considerant la vertu et le vice comme
qualités inherentes, il importe de connoitre
a quels caracteres on peut distinguer l'hom=
me vertueux ou juste de l'homme vicieux
ou injuste, a prendre ces mots de juste et d'in=. On
juste sous l'acception la plus generale
ne poura pas dire d'un homme qu'il est vicieux
parce qu'il aura commis quelque acte de peché,
mais aussi il pourra 2 mots biffure etre quali=
fié de ce nom quoiqu'il ne vive pas dans la
transgression actuelle de tous ses Devoirs; il
suffit pour cela qu'il ait contracté l'habitude
d'un peché quelquonque, nonobstant le cri
de sa conscience, et qu'il y persevere sans faire
aucun effort pour se corriger; il suffira
même qu'il se soit rendu coupable de quel=
que acte de peché atroce, sans en avoir res=
senti aucune douleur, sans avoir rien fait
pour le reparer, ni formé aucune resolution
sincere pour n'y plus retomber. On peut
encor appeller vicieux celui qui sans com=
mettre habituellement ce que la Loi de Dieu
deffend, omet habituellement ce qu'elle or=
donne, et vit dans la negligence de ses De=
voirs. Mais ici il y a une infinité de de=
grés. Ceux la sous les plus vicieux, qui
s'adonnent aux pechés les plus atroces, ou
a un plus grand nombre de pechés de diffe=
rentes espèces, qui en reiterent le plus sou=
vent les actes; Ceux encor qui se livrent au
mal sans repugnance, sans combat, a
chaque occasion qui se presente de satis=
faire leur passion favorite, et par la con=
tractent une habitude si forte et si inve=
terée, qu'elle devient en eux un penchant
decidé pour le mal, qui fait qu'ils s'y portent
avec plaisir et empressement, et par la
se mettent dans l'impuissance morale de
se corriger. Enfin les plus vicieux de tous
sont ceux qui ont eu le plus de moiens et
de motifs particuliers, le plus de lumieres
et de secours pour fuir le vice, prattiquer
la vertu, et qui n'en ont tenu aucun
comte.
<122> [228] Ce qui caracterise
l'homme vertueux
et le distingue de celui
qui n'a qu'une fausse
vertu.
478. Pour etre vertueux, ce n'est pas assès
de prattiquer de temps a autre quelques bon=
nes actions; il faut 1°s'abstenir de tout
peché volontaire, qui suppose toujours un
principe vicieux dans le coeur; 2° s'il on
vient a tomber dans quelque faute, il
faut en ressentir de la douleur, la reparer
promtement, et se tenir en garde contre
la rechute; 3° il faut s'attacher a l'observa=
tion exacte de tous ses Devoirs, sans en ne=
gliger aucun, a la prattique de toutes
sortes d'actions bonnes, et faite selon toutes
les conditions requises; 4° il faut reiterer
les actes de vertu dans toutes les occasions
et en contracter l'heureuse habitude, pour
que de la naissent dans le coeur les precieux
germes de toutes les vertus qui produisent
continuellement de nouveaux fruits.
132. Il n'est aucune veritable vertu chès
le superstitieux, le fanatique qui s'attache
a des minuties pour negliger ce qu'il y a
de plus essentiel, ni chès l'hypocrite, qui
revet les dehors de la justice, sans en avoir
les principes dans le coeur; ni chès l'honnete
homme selon le monde, qui se borne a la
prattique des Devoirs de la vie civile, parce
qu'il y va de son honneur, de son interet
personel, qu'il et qui n'a dans le bien qu'il fait que des vues bornées,
etrangeres ou opposées a la Loi de Dieu;
ni chès l'homme tiede, nonchalant qui
croit avoir satisfait a la Loi, lorsqu'il ne
fait point de mal, et qui se laisse rebuter par
la moindre difficulté lorsqu'il s'agit de faire
le bien. L'homme vertueux est un homme
eclairé sur ses Devoirs, qui agit d'apres
des principes, qui aime le bien parce qu'il
en connoit tout le prix, qui le prattique
avec la sincerité, et la pureté d'un coeur
honnete, qui s'y porte avec plaisir, avec
zele et promtitude, par amour pour Dieu, dans l'inten=
tion de lui plaire, de repondre a ses vues
et de le glorifier; c'est un homme attentif
a saisir les occasions, a emploier les moiens
les plus propres pour remplir exactement
ses Devoirs, qui ne se contente pas de prattiquer
ceux qu'il trouve les plus conformes a son
temperamment, son humeur, ses penchans,
<122v> [229] favoris, mais s'attache a les prattiquer tous
sans exception, comme etant tous indispensa=
bles, et cela en tout temps, en toute occasion,
jusques a ce qu'il en ait contracté l'heureuse
habitude qu'il cher3 caractères biffureche encor a affermir de
plus en plus. C'est ainsi que l'homme ver=
tueux travaille sans relache a bannir
de son coeur tous les vices, a y etablir le ger=
me de toutes les vertus, a les epurer toutes
de tout ce qu'il pourroit encor y avoir d'etran=
ger et capable d'en ternir l'eclat, a les rendre
aussi parfaites que la nature humaine en
est susceptible. Il travaille a devenir pieux
sans fanatisme, zelé sans amertume,
juste et bienfaisant sans ostentation,
humble sans affectation, regulier dans
ses moeurs sans austerité farouche; il
persevere dans l'exercice de toutes les vertus
en travaillant a y faire sans cesse de nou=
veaux progrès, et dans cette delicieuse occu=
pation, il attend tranquillement la mort
sans la desirer ni la craindre. Tel doit
etre l'homme vertueux pour repondre
a sa destination, obtenir l'approbation
de sa conscience, et s'assurer les recompenses
attachés a l'observation des Loix de Dieu.
<123> [230] Chapitre V XII IX
De la conscience
Ce que c'est que la cons=
cience. 2 mots biffure jugemens
sont la regle prochaine
et immediate selon laquelle
nous devons diriger nos
actions et contre laquelle
nous ne pouvons agir
sans pecher
CE QUE C'EST QUE
LA CONSCIENCE
479. Tous les principes d'imputation
etablis ci devant sont autant de regles pour
la conscience, cette faculté par laquelle nous
jugeons de la qualite morale de nos actions
ou de leur rapport de convenance ou de dis=
convenance avec la Loi de Dieu. C'est sans dou=
te cette Loi eternelle et immuable qui fait
nôtre regle supreme, mais elle ne peut servir
de principe de direction a chacun de nous, qu'au=
tant qu'il peut en faire l'application a sa con=
duite par le moien de la conscience qui est la
seule Interprete de cette Loi parrapport a lui.
Les jugemens de cette conscience sont donc
la regle prochaine et immediate selon laquelle
nous devons diriger nos actions, et Dieu ne
peut nous l'avoir donnée que dans d'autre
but si ce n'est que nous suivions invariablement
ses decisions. dans toutes 2 mots biffure D'ou
il resulte qu'il ne sauroit y avoir aucune bon=
ne action que celle qui part d'un principe de
conscience c.a.d. d'un jugement qui approuve
cette action comme etant conforme a la Loi de
Dieu, et que tout ce qui se fait sans un tel
principe, au risque de violer la Loi, a plus
forte raison, tout ce qui fait contre le jugement
ou le dictamen de la conscience, est des la mê=
me un peché (428 1 nombre biffure)
COMMENT ON LA DISTINGUE
La conscience 1 mot biffure la
triple fonction d'inter=
prete de la Loi; de temoin
et de Juge; 2 mots biffure
la distinction en 1 mot biffure
2 mots biffure, concomi=
tante et subsequente.
480. On donne a cette conscience differentes
denominations suivant les differentes fon=
ctions qu'elle est destinée a remplir. Ainsi on
l'appelle Antecedente en tant qu'elle nous sert
d'Interprete de la Loi avant l'action pour nous
instruire de nôtre Devoir, concomitante, en
tant qu'elle accompagne chacune de nos ac=
tions et fait l'ofice de temoin, pour en conser=
ver le souvenir et deposer en nôtre faveur ou
contre nous, consequente, entant qu'elle fait
après l'action la fonction de Juge, qui nous
applique la Loi, et nous absout, ou nous con=
damne, et celle de Ministre de recompenses
ou de punition, entant que ses arrets d'abso=
lution ou de condanation sont suivis de
sentimens delicieux ou douloureux.
<123v> [231] SOIN DE LA CONSCIENCE
Rien de plus essentiel
pour l'homme que
4 lignes biffure
1 nombre biffure. Rien n'est plus essentiel pour l'homme
que de trouver en toute occasion dans sa cons=
cience un Interprete fidele, un guide assuré,
un temoin favorable, un Juge propice, un
Ministre de recompenses qui porte la joie et l'espe=
rance dans son coeur. C'est Or pour tirer de sa cons=
cience des avantages si precieux et 1 mot biffure il faut qu'il
1 mot biffure1 mot biffure en prendre un soin tout parti=
culier pour l'eclairer, la consu qui peut se
rapporter a ces trois chefs; 1° l'eclairer, 2°
la consulter et l'interroger; enfin la suivre in=
variablement dans toute sa conduite.
IL FAUT L'ECLAIRER
1° L'Eclairer pour
empecher qu'elle ne soit
erronee, douteuse, chan=
celanteet pour la ren=
dre droite et assuree
en facilitant ses
jugemens.
481. Pour que la conscience s'acquite remplisse exacte=
ment de ses fonctions, et surtout celle d'Interpre=
te fidele et de guide assuré, il est absolument ne=
cessaire qu'elle soit eclairée, et pour cela 1° qu'elle
ait des idées distinctes et exactes de la Loi de Dieu,
non seulement quant au prescrit, mais aussi
quant a l'Esprit; selon les principes etablis ci 2° qu'elle soit ins=
devant, en sorte qu'elle connoisse tous les Devoirs
de l'homme, generaux, particuliers ou relatifs,
qu'il est appellé a remplir;
truite des regles d'imputation, 4 mots biffure
pour etre en etat de juger pour l'examen du Droit dans quels cas et jusques
et du fait, quand
a quel point une action est ou n'est pas confor=
me au prescrit ou a l'Esprit de la Loi; si elle 3°
est bonne, mauvaise, indifferente
qu'elle ait assès de sagacité, lorsqu'il s'agit de
telle ou telle action individuelle, pour en de=
meler promptement toutes les diverses circons=
tances particulieres, qui peuvent servir a deter=
miner a quel genre elle appartient, a quelle
Loi elle peut etre comparée, et en l'eclairant
sur la nature de l'action, la mettre ainsi en
etat de lui appliquer la Loi convenablement,
en sorte qu'elle puisse porter sur cette action
par un jugement vrai et droit.
482. Rien en effet n'est plus funeste contraire a nôtre que l'erreur, et
perfection, 2 mots biffure
surtout en matiere de Devoir, puisqu'elle
conduit inevitablement au peché, et et qu'elle
est elle même un peché. 4 mots biffure Mais autant il nous
a la Loi de Dieu, et qu'elle est d'ailleurs, 4 mots biffure sur=
tout ce qui 4 mots biffure
et 1 mot biffure 2 mots biffure volontaire.
importe d'eviter l'erreur, autant aussi il nous
<124> [232] est necessaire de nous preserver du doute, de
l'incertitude, de l'indecision, qui conduit natu=
rellement a l'erreur. et des la même au peché.
C'est donc un Devoir pour nous des plus indis=
pensables, de nous donner tous les soins possi=
bles pour bien eclairer nôtre conscience a tous
les egards que nous avons indiqués, pour em=
pecher qu'elle ne soit erronée, douteuse, chan=
cellante, et la rendre aussi droite que assu=
rée et ferme dans ses jugemens.
L'INTERROGER LA
CONSULTER
2° l'interroger, la
consulter en toute
occasion
483. Mais il seroit inutile d'eclairer nôtre
conscience, si nous ne cherchions a l'entretenir
dans une activité continuelle pour nous servir
de guide, si nous n'etions dès la attentifs et
exacts a l'interroger sur tout ce que nous vou=
lons dire ou faire, pour savoir s'il est ou n'est
pas conformes au Devoir; a la consulter tou=
jours comme nôtre regle immediate, comme
un oracle dont les jugemens doivent etre ecou=
tés par preference a toute autre voix, a la
voix de l'opinion, du monde et de ses maximes,
de l'amour propre et des passions, je dis même
de nos penchans naturels, qui sont en eux mê=
mes aveugles, et ont besoin d'etre eclairés et di=
rigés par quelque principe lumineux qui
en previenne les 1 mot biffure et les ecarts.
LA SUIVRE
3° 3 mots biffure
5 lignes biffure
484. A cela il faut joindre un troisieme De=
voir sans lequel les deux precedens demeure=
roient inutiles, c'est de suivre constamment les
decisions de nôtre conscience, sans nous en
ecarter jamais sous quelque pretexte que ce
soit, puisque nous ne pouvons manquer de
respect pour ses decisions, sans agir contre la
volonté de nôtre Legislateur supreme, sans
nous exposer au risque de rendre cette regle
qu'il nous a donnée absolument inutile,
quant a nous, et dès la même de violer
toutes ses Loix.
485. Ainsi, dès qu'une fois nôtre conscience
a prononcé son jugement d'après des raisons
qui nous ont paru suffisantes pour dissiper
le doute, nous devons toujours suivre ce juge=
ment, au risque même qu'il se trouve erroné,
et que par cette erreur, nous soions conduits
a agir contre le prescrit de la Loi, en faisant
comme permis ce qui est deffendu, ou en
ne faisant pas ce qui est commandé; car
<124v> [233] supposés, en ce cas, qu'en suivant le dictamen
de nôtre conscience, nous venions a pecher, ce
ne sera jamais qu'un peché par erreur, au
lieu qu'en agissant contre ce dictamen, fut il
erroné, nous agissons contre ce que nous croions
etre le prescrit de la Loi, et cela volontairement
et de propos deliberé, ce qui nous rendroit beau=
coup plus coupable; (120); et par la encor
nous nous exposerions au risque de ne plus ecou=
ter et suivre nôtre conscience, dans les cas même
ou elle seroit droite et eclairée.
DANS LE DOUTE, SUS=
PENDRE L'ACTION OU
PRENDRE LE PARTI
LE PLUS SUR
Quand le jugement
n'est pas recompensé
de certitude, il faut
suspendre toute ac=
tion. Si on le peut,
mais la 1 mot biffure ne
permet pas de delai
il faut toujours
se decider pour le
parti qui paroit
le plus sur.
486. Dans tous les cas neanmoins ou nôtre
conscience n'est pas bien assurée de son jugement,
nous devons pour eviter toute erreur et tout
peché, suspendre l'action, en attendant des
lumieres plus etendues et plus sures; nous ne
devons pas même nous contenter de vraisemblan=
ces, mais faire tous nos efforts pour arriver a
la certitude, en nous assurant au moins que
l'action est legitime, et que nous pouvons la
faire 2 mots biffure sans violer aucune
Loi. Il nous importe même de ne rien negli=
ger dans l'occasion pour nous convaincre
que telle ou telle action que nous sommes
disposés a faire est conforme a la Loi de
Dieu, afin qu'en la faisant 2 mots biffure principe dans l'intention de nous confor=
de 1 mot biffure
mer a sa volonté 2 mots biffure elle puisse nous etre
imputée a louange (124).
487. Que si la nature de l'action et ses circons=
tances, ne peuvent permettre de delai 1 mot biffure
ulterieur, dans ce cas, il sera de la sagesse
de se determiner pour le parti qui le plus sur
c.a.d. celui ou il y a le moins de danger
apparent de pecher contre quelque Loi; Ainsi
p. ex. s'il on n'est pas assuré qu'une chose
est permise, le parti le plus sur sera de s'en
abstenir, si d'ailleurs on n'a pas des raisons
plus fortes encor de croire qu'elle est comman=
dée. Si l'on est bien sur qu'une chose n'est
pas deffendue, et qu'on ait quelque raison
probable pour croire qu'elle est commandée
le parti le plus sur est de la faire; Mais s'il est
1 mot biffure aussi probable que la chose soit deffen=
due qu'il est probable qu'elle est commandée
le parti le plus sur sera de s'en abstenir,
<125> [234] comme au contraire, s'il y a comme il le seroit aussi dans le cas ou il y auroit plus de raisons
pour croire qu'elle soit commandée que
deffendue; le parti le plus sur sera de la mais si les raisons se trouvoient egales,
faire;
le plus sur seroit, en ce cas, de demeurer
dans l'inaction, jusques a ce que l'equilibre
vienne a cesser. 1 mot biffure (98) (444)
1 mot biffure d'eclairer sa cons=
cience on se met sou=
vent dans cas de
pecher 3 mots biffure
que 2 mots biffure
NECESSITE DE LA
LUMIERE DANS LA
CONSCIENCE
488. Par tout ce qui vient d'etre dit, on doit
comprendre d'autant mieux la necessité d'eclai=
rer sa conscience, puisque, si elle est erronée
on se met dans la facheuse necessité de
pecher soit qu'on la suive, si elle se trouve erronée
par nôtre faute, soit qu'on ne la suive pas, et
même souvent soit qu'on agisse soit qu'on
n'agisse pas. Ainsi p. ex. sil l'on croit deffen=
due une chose qui est commandée, on peche
si on la fait, parce qu'on agit contre sa conscien=
ce; on peche aussi si on ne la fait pas, parce
qu'on manque au prescrit d'une Loi qu'on pou=
voit et devoit connoitre. Que si l'on prend mais si nous prenons
toute les precautions possibles pour bien eclai=
rer la notre conscience, et que malgré cela, elle
vienne a nous tromper, nous ne serons plus
responsables de l'erreur et de ses suites, et quoi=
qu'il arrive, nous n'aurons plus rien a nous
reprocher.
Il importe meme
de 2 mots biffure fond
sur tout ce qui peut
etre 2 mots biffure
et 2 mots biffure legitime
et innocent.
PARRAPPORT AUX
ACTIONS INDIFFE=
RENTES
489. Ajoutons ici de plus que nous devons pren=
dre un soin particulier d'eclairer nôtre cons=
cience surtout ce qui est en soi legitime et in=
nocent, pour ne pas etre exposés a prendre
pour deffendu ce qui est permis ou pour
permis ce qui est deffendu; car quoique
cette derniere erreur soit plus dangereuse que
la premiere, celle ci cependant n'est pas sans
inconvenient, sil'on se laisse aller a la tenta=
tion de faire ce qu'on croit mal a propos etre
deffendu. Ici nous ne devons pas moins etre
attentifs au jugement de nôtre conscience,
pour ne rien faire sans la persuasion que
ce que nous faisons est au moins indifferent
en soi et innocent et sans nous etre eprouvés
nous mêmes pour nous convaincre qu'en le
faisant nous n'avons aucune mauvaise
intention; et qu'il il n'est pas moins important
de nous assurer que ce que nous voulons
faire est non seulement innocent en soi,
<125v> [235] mais encor qu'il n'y a dans l'action indivi=
duelle aucune de ces circonstances particulieres
qui peuvent rendre mauvaise une chose
en soi legitime (468/69). C'est Il y a aussi une
grande regle de prudence que la conscience
doit sans cesse nous retracer, c'est que nous ne
devons pas nous prevaloir de la permission pour
faire tout ce qui est innocent en soi; qu'il nous
importe de nous refuser quelques fois des choses
legitimes, crainte que l'attrait ne produise
le gout, et que celui ci ne nous entraine
hors des bornes, ou nous rende esclaves de
nous mêmes.
RESPECT POUR LE QU'EN DIRA T'ON
Attention que la
conscience doit ap=
porter aux actions
même innocentes,
relativement a la
façon dont les autres
peuvent les 1 mot biffure
1 ligne biffure
1 mot biffure il faut respec=
ter le qu'en dira ton,
et pousser la circons=
pection et la condes=
cendance.
490. Nous devons aussi faire une grande atten=
tion a l'influence que des actions innocentes
en soi peuvent avoir sur les autres relative=
ment a leur façon de penser, selon ce qui a été
dit (169) en general c'est une regle de cons=
cience que de respecter le qu'en dira ton? mais
ici il faut excepter les jugemens d'un public
reconnu pour mechant et injuste, qui ne
s'occupe qu'a chercher les occasions de censu=
rer la conduite des autres, toujours disposés
a les 1 mot biffure condamner et les blamer de
quelque maniere qu'ils se conduisent, un
tel public nest merite que nôtre indigna=
tion et tout au plus nôtre pitié, mais nulle=
ment nôtre attention a nous regler sur ses
jugemens; il faut excepter 2° ainsi on peut mepriser tous les pro=
pos temeraires, indiscrets, peu 1 mot biffure
charitables, de certaines personnes que le
fanatisme, la misanthropie, l'humeur
chagrine, leur fait exhaler dans les conver=
sations, contre tout ce qui leur deplait chès
les autres, comme si leur façon de penser et
de voir les choses, devoit etre la regle de tout.
Ou en serions nous s'il falloit prendre de
tels jugemens ou de tels propos, pour la regle
de nôtre conduite; nous ne serions plus les mai=
tres de disposer de la moindre de nos actions
dans les choses les plus innocentes. Le qu'en
dira ton que nous devons respecter; ce sont
les jugemens de personnes d'ailleurs sans mali=
ce ni aigreur, bien intentionnées, scrupuleuses, qui, selon
leur façon de penser, voient avec peine cer=
taines choses, qui, sans etre mauvaises en soi,
ont cependant certaines apparences de mal,
<126> [236] ne peuvent cependant, avec quelque principe de raison,
etre mal prises, donner lieu a des jugemens defa= et nuire a nôtre reputation dans
vorables,
leur Esprit, en diminuant la confiance qu'ils
peuvent avoir en nous; ce sont encor les juge=
mens d'un public peu eclairé, gouverné par
l'opinion foible, qui par prejugé, par coutu=
me, condamne comme mauvaises certaines choses
uniquement parce que cela est contre l'usage
quoiqu'il n'y ait rien dans le fond de mauvais.
Ici il est de nôtre Devoir, et selon la voix c'est une affaire
de nôtre conscience, d'user d'une grande circons=
pection, 3 mots biffure pour eviter de blesser
les autres sans necessité, et uniquement pour
nous prevaloir de la liberté que la Loi nous
laisse de faire certaines choses; de pousser même
le menagement et la condescendance jusques
a nous gener, nous assujetir a certaines pri=
vations, lors du moins qu'elles ne nous seroient
pas trop onereuses, et que nôtre liberté, cet
avantage si precieux et dont il est naturel
que nous soions si jaloux, n'en recevroit au=
cune atteinte essentielle.
ATTENTION AUX
ACTIONS INDIFFEREN=
TES POUR LES REN=
DRE BONNES
1 mot biffure de la cons=
cience pour 1 mot biffure
les actions indifferentes
en actions bonnes
491. Une derniere regle pour diriger nôtre
conscience en matiere de choses indifferentes,
c'est de les rapporter, par la maniere de les faire,
a quelque fin qui soit d'accord avec les vues
de Dieu, qui tende au plus grand bien et a
l'avancement de sa gloire, puisque c'est le
moien de les convertir en actions bonnes qui
nous soient imputées a louange. selon ce
qui a ete dit (124) (472-486)
REGLES
Parrapport a la
conscience consquen=
te. Il faut 2 mots biffure
7 lignes biffure
492. Tout ce qui regarde la conscience
consequente en particulier, un Devoir essen=
tiel est de faire une grande attention a son
temoignage et a son jugement sur nos actions
passées; attention d'autant plus necessaire,
que le jugement de nôtre conscience après l'action
est toujours plus sur, que celui qu'elle porte
avant que de la faire; car dans le temps que nous
sommes aveuglés et echauffés par quelque
passion, qui n'est pas encor assouvie, il reste,
dans notre ame, un nuage qui obscurcit
la lumiere interieure, et qui ne se dissippe
qu'après que la passion a pris son essor.
<126v> [237] 493. Il n'est pas moins necessaire que nous donnions
un libre cours aux mouvemens de joie ou de
tristesse, de confiance ou d'inquietude, d'es=
perance ou de crainte, qui s'elevent dans nos
ames a la suite de l'approbation ou de l'im=
probation de nôtre conscience, puisque c'est
la un des plus puissans ressors pour nous
porter a reiterer les actions bonnes, et nous
abstenir des mauvaises. Il est surtout bien
extremement important de ne point chercher,
dans les distractions et les plaisirs de la vie, des
moiens de nous derober aux sentimens doulou=
reux produits en nous par la vue de nos vices
et du desordre de nôtre ame. Ces sentimens
sont comme un remede preparé par la na=
ture pour nos maladies spirituelles, ou plutot
comme une de ces maladies que la nature
emploie pour nous rendre la santé, et plus
efficaces souvent que tous les remedes. Ce
ne sera donc pas assès de ne pas fermer l'oreille
a ce cri de nôtre conscience quand elle nous parle
parle de ne pas nous roidir contre ses remords et ses
aiguillons, il faut de plus que nous travailons
nous mêmes a tenir cette conscience toujours
en haleine, a la reveiller, l'exciter, en sorte
qu'elle ne soit jamais gagnée par un som=
meil funeste, une letargie qui nous condui=
roit a une perte inevitable.
Il faut frequem=
ment faire la revue
de sa conscience
494. C'est même un Devoir essentiel pour nous
que de faire la revue de nôtre conscience de
temps en temps, avec une severe exactitude
et comme en la presence de Dieu, pour voir
quand, de quelle maniere et a quel point,
nous nous sommes rendus coupables de
peché, et surtout, si nous n'avons point
deja contracté quelque habitude de vice,
et quels progres ou plutot quels ravages
ce vice peut deja avoir fait dans nôtre coeur
pour examiner quel est nôtre vice domi=
nant, celui auquel il est expedient d'appor=
ter le plus prompt remede, pour et tourner
d'abord de ce coté la tous nos soins, comme
etant celui dont la destruction peut le plus
influer sur le retablissement de l'ordre mo=
ral dans nous mêmes; pour voir 1 mot biffure
quelles sont les vertus que nous avons pu
<127> [238] negliger jusques a present, afin de nous
travailler incessamment a les former dans
nos coeurs, par la prattique de leurs actes,
et en general, quels progrès nous pouvons
avoir fait jusques ici en pefection et ce qui
nous reste encor a faire.
<127v> [239] Chapitre VI XIII
Des motifs a la vertu
De la 1 mot biffure des Loix Divines
NECESSITE DES MOTIFS A LA VERTU
Pour flechir la
volonté de l'homme
il faut des motifs a la vertu
asses 1 mot biffure d'une
force et d'une evi=
dence capable de
surmonter toute
1 ligne biffure
1 mot biffure dans
une direction
contraire
495. L'homme ne peut etre determiné a
prattiquer ses Devoirs que par des motifs
presentés a son Intelligence pour flechir sa
Volonté (1 74 229 148 2 nombres biffure) et ces motifs sont d'au=
tant plus necessaires qu'il 1 mot biffure est appellé
souvent a resister a l'impulsion de sa sen=
sibilité, de ses appetits, de ses penchans et
que ce n'est pas sans qu'il lui en coute beau=
coup d'attention et d'efforts qu'il peut par=
venir a se former a l'habitude de la ver=
tu (403).
496. Mais pour soumettre sa volonte au soutenir son activité
jugement de son Intelligence ou au dicta=
men de sa conscience, pour la decider au
bien, pour exciter et
pour et le rendre victorieux des obstacles, il
faut que ces motifs soient non seulement
d'une telle force, d'un tel poids, mais encor
d'une telle evidence et certitude, qu'a moins
de fermer volontairement les yeux a
toute lumiere, et de vivre comme les bru= ou etre entierement insensé, l'homme ne puisse
tes sans reflexion,
3 mots biffure resister a leurs
impressions pour agir dans une direction Ces motifs 3 mots biffure
contraire. doivent etre tirés par des principes gene=
raux etablis ( ) 3 mots biffure
2 lignes biffure
SOURCE DE CES
MOTIFS 1° LES
PRINCIPES FONDA=
MENTAUX DE NOS
DEVOIRS
La premiere et prin=
cipale source des
motifs a la vertu
sert 1 mot biffure a l'hom=
me 3 mots biffure
3 lignes biffure
497. On peut et on doit tirer ces motifs
a la vertu 1° de tous les principes gene= etablis comme fondemens de
raux 1 mot biffure
tous nos Devoirs, et qui sont, comme nous autant de motifs generaux qui
l'avons dit,
doivent nous porter a leur prattique. Quelle
n'est pas en effet la force et l'evidence de
tels motifs, par lesquels on nous fait comprendre
clairement que ce n'est que par la prattique
de la vertu en general ou de telle vertu en par=
ticulier, que nous pouvons assortir nos pensées
<128> [240] nos desirs, nos actions, a nôtre nature, aux
fins des diverses parties de notre Etre, a nôtre
perfection et a notre fin et notre destination
generale, ainsi qu'a la derniere fin a laquelle
Dieu veut que tout se rapporte dans cet
Univers, et par consequent a l'obligation
ou nous sommes de nous conformer en tout
a sa volonté infiniment sage, bonne et
sainte, toujours exactement d'accord avec
nôtre veritable bonheur? Quels motifs ou
de même plus puissans pour nous eloigner
du vice que ceux qui nous demontrent clai=
rement 2 mots biffure qu'il est diametrale=
ment contraire a tous ces objets si importans
et si decisifs pour nôtre bonheur?
2° La seconde source deCe que la vertu
tout
a de beau, de grand
d'honorable 2 mots biffure
et 1 mot biffure ce que le vice
offre de bas, de diffor=
me et d'avilissant.
498. 7 mots biffure Pour juger
Ce que la vertu a de beau de grand en
elle même d'honorable pour l'humanité, ce
qu'il y a au contraire dans le vice de difforme
et d'avilissant, nous presente une seconde
source de motifs 1 mot biffure puissans.
sainement du peché et du vice, il ne faut pas
en juger parce qu'il paroit au pecheur au=
quel il se presente sous l'apparence trompeuse
du bien, non seulement de l'agreable, de l'uti= et même quelques fois de l'honnetete,
le, maisil il faut le considerer en lui
ne faut pas en juger non plus selon la voix du prejugé
et de la passion;
même, tel qu'il est aux yeux de nôtre raison,
lorsque nous voulons reflechir un peu serieu=
sement, ou tel qu'il nous paroit lorsque nous
le decouvrons chès les autres, et qu'il excite nô=
tre indignation et nôtre mepris. Car quand
nous 1 mot biffure connoissons des gens pour vi=
cieux et dereglés, nous rougirions de leur
ressembler, ou du moins d'etre envisagés dans
le public sur le même pied qu'ils le sont; et
pourquoi cela? n'est ce pas parce que nous
regardons le peché et le vice comme ce qui
degrade le plus l'homme, 1 mot biffure parce que
c'est ce qu'il peut y avoir chès lui de plus dif=
forme et de plus monstrueux, puisque des
la même que c'est ce qu'il y a de plus opposé
non seulement a sa nature 3 mots biffure a la nature des choses, leurs rapports, leur
harmonie, leur ordre, en un mot, a tout
ce qui constitue le beau dans le monde moral;
<128v> [241] que c'est enfin ce qu'il y a de plus odieux aux
aux yeux de Dieu dont il contrarie les vues
et les volontés, et dont il attaque la majesté
supreme par une rebellion contre desobeis=
sance ouverte a ses ordres et une sorte de
rebellion contre son autorité.
499. Mais que peut on concevoir au contraire
de plus beau, de plus grand, de plus glorieux
pour l'humanité que la vertu, considerée en
elle même, ou telle qu'elle nous paroit chès
les autres? car quelques vicieux que nous
soions nous mêmes, nous ne pouvons refuser
aux gens vertueux une estime et une con=
sideration distinguée; nous rendons l'hom=
mage le moins equivoque a leur vertu, lors=
que nous nous etudions en leur presence a en
revetir les dehors, et que, dans le temps que
nous nous croions dans l'impuissance d'en
obtenir acquerir la realité, nous voulons du
moins en avoir les apparences. Tout cela
n'est il pas la preuve evidente qu'il y a dans
la vertu quelque chose de grand et de noble
qui 1 mot biffure annoblit l'homme, et qui force les suffrages
de ses semblables, qui ne peuvent les refuser
a ce qu'ils admirent comme beau, com=
me parfait, comme propre a ce qui eleveroit la
creature Intelligente a la ressemblance
de son createur, n'est pas 1 mot biffure qui est le
premier modele de toute perfection?
La 3 source de motifs
nous est presenté dans
les plaisirs delicieux
qui accompagnent
immediatement tous
les actes de vertu,
pendant que ceux qui
accompagnent le vice
sont passagers et
trompeurs
500. Une nouvelle source de motifs puis= La joie du vicieux est
sant nous est presentée dans les plaisirs
delicieux qui accompagnent ou suivent immediatement
tous les actes de vertu, pendant que tous ceux
du vice ne sont que des plaisirs momenta=
nés et trompeurs.
une joie toujours dependante des objets ex=
terieurs et des circonstances; elle est en
quelque sorte forcée, et presque toute exterieu=
re et sur les levres; c'est une joie a laquelle le
coeur n'a que peu ou point de part, fort cour=
te, passagere, momentanée, entrecoupée de
longs intervalles de tristesse, d'ennui, de degout
et surtout de remords et de craintes pour l'ave=
nir; c'est une joie folle et insensée, l'etour=
dissement la precede, l'yvresse l'accompagne
et le trouble la suit. Mais l'homme juste est
en possession d'une joie bien superieure;
<129> [242] qui ne renait a chaque action vertueuse qu'il
prattique; cette joie precede l'action; c'est un
1 mot biffure pour lui un plaisir delicieux que d'en
concevoir l'idée, d'en concerter l'execution et
de la consommer; Cette joie accompagne l'action
et ne finit pas avec elle; elle est suive d'un
souvenir delectable ravissant qui dure autant que
la vie; cette vie n'etant même qu'une suite
non interrompue d'actions de ce genre, sa
joie doit etre continuelle, et croissant sans
cesse avec les progrès qu'il fait en vertu;
joie douce et pure, interieure et habituel=
le, toujours 1 mot biffure, propre a rendre
tous les plaisirs qu'il goute plus piquans,
ainsi qu'a exciter son activité pour avan=
cer dans une carriere qui devient chaque
jour plus riante et plus delicieuse.
La 4° est 1 mot biffure de l'in=
fluence que la ver=
tu a sur le bonheur
de la societe qui est
si etroitement lié
avec celui des parti=
culiers
501. 3 mots biffure On trouve encor de Pour qu'une societé soit heureuse, il
puissans motifs a la vertu dans l'influence
qu'elle a sur le bonheur de la societé qui
est si etroitement lié avec celui des particu=
liers.
faut qu'elle reunisse les avantages desquels
depend le bien commun, sureté, 1 mot biffure
liberté, paix, abondance. Or dans la posses=
sion de tous ces avantages depend de l'exercice
des Devoirs de la justice, l'humanité, la
bienfaisance, la probité, la sociabilité.
Que des Citoiens soient 1 mot biffure tous vicieux
dans une societé, avec les Loix même les
plus sages, elle ne sauroit subsister parce
que les Loix demeureroient sans efficace,
et ne pourroient opposer une digue suffi=
sante au torrent des passions, aux efforts
des grands pour usurper le despotisme, ni
aux entreprises des petits pour secouer le joug
de l'autorité, ni des la même maintenir la
subordination 2 mots biffure sans lesaquelle toute
societé tend necessairement a sa dissolution
et a sa ruine; Qu'une partie seulement des
citoiens soient d'un caractere mechant, il
doit necessairement, et sans qu'aucune insti=
tution civile puisse l'empecher, en resulter
des querelles, des procès, des inimities, des
<129v> [243] des deffiances, des troubles de toute espece,
qui sont portent une atteinte generale et
essentielle au repos, a la tranquillité et a la
felicite publique.
502. Que si au contraire la vertu reunit
son efficace a celle des Loix pour lier les
citoiens a l'exercice de leurs Devoirs recipro=
ques, si l'on voit regner parmi eux ces belles
vertus dont nous avons parlé, s'ils sont
generalement disposés a faire le sacrifice
de leurs interets particuliers et personels
au bien general et commun, si on si ceux
qui sont subordonnés sont promts a obeir
a ceux qui sont elevés en autorités comme
ceux ci attentifs a respecter les justes
Droits de ceux la, et a se servir de leur
autorité, non pour les opprimer, mais pour
les proteger, en un mot, si l'on voit que
la vertu vient partout a l'appui des
Loix, il est impossible qu'une telle societé
ne jouisse de la sureté, la paix, l'abon=
dance, et que ses membres, tous protegés
par les Loix, deploiant leurs talens et leur
industrie sans gene, ne soient se trouvent
dans une situation aisée, ne menent
une vie douce, et au contentement d'esprit,
ne joignent une joie pure et sereine qui
fait le bonheur de la vie.
La derniere source est
prise des grands avan=
tages que la vertu
procure a ses sectateurs
et des maux qui se
fondent sur les vicieux
ce qui forme l'essentiel
de la sanction des
Loix divines dont
nous allons parler
503. Les 1 mot biffure Il est enfin des motifs
moins generaux, qui portent plus direc=
tement sur l'etat du particulier ver=
tueux ou vicieux, et plus propres a reveiller
chès lui des mouvemens d'esperance
ou de crainte et dès la même a faire
sur lui de plus fortes impressions; je veux
dire ceux qui se tirent des grands biens que
la prattique habituelle de la vertu procu=
re a ses sectateurs, et des grands maux que le
vice attire personnellement a ses partisans.
Chapitre XIV
De la Sanction des
Loix divine, natu=
relle et positive arbitraire
SANCTION
Les motifs d'esperance
ou de crainte, tires des
recompenses ou des peines
qui suivent l'observation
ou la violation des Loix
de Dieu, forment cette
partie de ces Loix qu'on
appelle la Sanction
absolument necessaire
pour amener l'homme
a leur obeissance.
504. Nous avons supposé (319) et
renvoié jusques ici a prouver 1 mot biffure, que
les Loix divines sont munies d'une Sanc=
tion 3 mots biffure de laquelle depend leur efficace pour
flechir la volonté des hommes a l'obeissance.
<130> [244] Cette Sanction consiste en certains motifs
d'esperance ou de crainte, qui sont les deux
grands mobiles de l'humanité, lesquels ne
peuvent etre tirés que de la vue de certains
biens applicables a titre de recompenses
aux observateurs de la Loi, ou de certains
maux applicables a titre de peines aux vio=
lateurs; biens et maux dont la vue peut et
doit suffire pour contrebalancer tous les mo=
tifs faux et trompeurs qui pourroient 1 mot biffure
entrainer l'homme dans la transgression et
pour lui faire sentir la necessité morale ou
il est d'obeir. On comprend qu'une telle sanc=
tion est indispensable envers un Etre qui ne
sauroit etre lié proprement que par des mo=
tifs et l'interet qu'il prend lui même a son
propre bonheur, ce qui est le grand ressor de tout
le Systheme moral. (177) 1 nombre biffure)
NECESSITE DE CETTE SANCTION.
1 mot biffure Necessité de cette Sanc=
tion 2 mots biffure qui ac=
compagne les Loix di=
vines 1 mot biffure 1°
parce que la Sanction
est essentielle a toute
Loi
505. On sera convaincu qu'il doit y a=
voir une telle sanction attachée aux Loix divines si
l'on considere 1° que c'est une chose essentielle
a toute Loi, par la même que c'est le seul
frein par lequel les hommes puissent etre
contenus efficacement dans le Devoir.
Autant donc il est certain qu'il y a des Loix
emanées du Legislateur supreme, infiniment
sage et puissant, qui ne sauroit se proposer
une fin sans emploier les moiens efficaces et
necessaires au succès, autant il est certain
que ses Loix doivent etre munies de quelque
sanction qui en soutienne l'autorité et
en procure l'observation.
2° par la grandeur et
l'importance de la fin
de la Legislation divi=
ne
506. C'est ce qu'on comprendra encor mieux
si l'on reflechit 2° que la fin de la Legislation
divine est tout ce qu'on peut concevoir de
plus grand et de plus important, puisque
c'est le plus grand bien universel, auquel
Dieu veut que toutes les Creatures Intelligentes concourent,
en suivant les Loix qu'il leur a prescrites pour
regler leur conduite suivant cette auguste
destination. Autant cette fin est grande et
importante, digne de sa sagesse infinie, au=
tant aussi nous devons etre persuadés qu'il
n'a rien negligé pour donner a ses Loix toute la
force dont elles peuvent etre susceptibles, et par
consequent qu'il les a munies d'une Sanction pro=
pre a les rendre souverainement respecta=
bles.
<130v> [245] par la necessité de
cette Sanction pour
montrer aux hommes
combien 1 mot biffure de les
1 mot biffure, combien il
aime la vertu
1 nombre biffure 507. Ajoutons 3° que l'efficace de cette Legis=
lation demande necessairement que le Legis=
lateur fasse connoitre d'une maniere non
equivoque, combien il desaprouve le mal
qu'il deffend, il approuve le bien qu'il com=
mande, de quel oeuil different il envisage
ceux qui observent ses Loix et ceux qui les
transgressent, ce qu'il y a a craindre pour
ceux qui ne se soucient pas de lui deplaire, ce
qu'il y a a esperer pour ceux qui s'etudient a lui
plaire en faisant sa volonté. Or ladequelle
autre maniere plus sensible et plus frappan=
te pourroit il le temoigner qu'en mettant
une liaison marquée entre le bien moral
et le bien physique, le mal moral et le mal
physique, entre la vertu et la recompense,
le vice et la punition, une liaison même
assès ordinaire et constante, pour que les
hommes puissent bien comprendre combien
il aime la vertu, combien il deteste le vice,
et qu'ils soient dès la contenus par un frein
suffisant pour faire les empecher de se
livrer a leurs passions dereglées et de vivre
dans le desordre, au mepris de ses Loix.
4° par les perfections
de Dieu
508. C'est ce qu'exigent aussi necessairement
sa sagesse, sa sainteté, sa justice, 2 mots biffure en vertu
selon desquelles, il doit distribuer les biens et
les maux a chacun selon que 1 mot biffure l'exige
demandent sa grande fin generale, le et
bien universel et la manifestation de sa
gloire, 1 mot biffureselon dans une proportion
qui en reponde a l'idée que les creatures
doivent se former de ses augustes perfections, de.
ses vues parrapport a elles, et de sa volonté
toute parfaite(1 nombre biffure)
SA REALITE ET SA CERTITUDE
La realité et la certi=
tude de cette Sanction
se demontre par la
constitution meme des
Loix de Dieu et
3 lignes biffure
509. Mais nous comme nous ne pouvons
douter de la necessité de cette sanction, nous
ne pouvons pas revoquer en doute non plus
sa realité et sa certitude. 3 mots biffure
9 lignes biffure
12 lignes biffure
<131> [246] Elle se demontre d'abord
d'une maniere invinci= par la nature, et
ble
la constitution même
des Loix divines, qui
ne sont autre chose que
le resultat des rapports
essentiels et constans
des actions de l'homme
avec sa nature et la fin
generale de son existence
pour dire son bonheur
et dont le prescrit même
ne porte que sur des
actions a faire comme
liées avec des biens reels
et des actions a eviter
comme liées avec des
maux reels (1 nombre biffure) 1 mot biffure
2 lignes biffure
Ce seroit donc la chose la plus
4 mots biffure contradictoire que
de vouloir que l'homme puisse etre heureux
en violant des Loix, qui
peuvent seules, 1 mot biffure conserver son Etre et
et perfectioner
avancer son bien etre. Comment par ex. pre=
tendre donc qu'il fut intemperant
impunement, il faudroit
pour cela que les rapports
entre sa constitution de l'hom= et les alimens fussent ane=
me
antis; il faudroit qu'il.
eut un autre estomac
que un mechanisme
interieur et exterieur
tout autrement dispo=
ses pour dig les digerer
et mettre a profit
510. Nous trouvons
la confirmation de
cela dans une de experience journaliere et constante qui
nous presente comme un fait incontestable
la liaison ordinaire du bien physique avec
le bien moral, du mal physique avec le mal
moral. Cette liaison est marquée deja dans ce
que nous avons dit plus haut de l'indignation
3 mots biffure qu'excite la vue du vice, 1 mot biffure des sentimens desagreables
dans la douleur
qui en accompagnent les actes, et de sa funes=
te influence sur le bien de la societé, mais
pour nous en tenir a ce qui fait proprement
la recompense de ou la peine du particulier
vertueux ou vicieux, est il rien de plus mieux
constaté par l'experience que cet ordre mo=
ral en vertu duquel il resulte toujours des
actions conformes au Devoir, quelque
avantage reel pour celui qui en est l'auteur,
et des actions contraires, quelque prejudice
reel.
suites de la vertu et du vice par
rapport a l'exterieur
162 511. Car pendant que le vice altere le temperam=
ment et la santé, introduit dans le sang les
germes de toutes sortes de maladies et de lan=
gueurs, abrege les jours, la vertu en general
et en particulier la temperance, l'amour du
travail, le contentement d'Esprit contribuent
beaucoup a prevenir les maladies, a rendre
le corps sain et vigoureux, et conduisent a
une heureuse vieillesse. Pendant que le vice
et surtout l'orgueil, la mollesse, la paresse,
entrainent ordinairement la ruine de la for=
tune et la pauvreté, les vertus opposées, assu=
rent presque toujours des ressources suffisantes
pour une subsistance honnete. Pendant enfin
qu'on voit marcher ordinairement a la suite
du vice, la mauvaise reputation, le discredit,
le mepris, l'infamie, on voit la bonne repu=
tation, l'estime publique, la bienveillance
generale couronner la vertu et les bonnes
moeurs.
Parrapport a l'interieur
164 512. Mais les suites naturelles de la vertu et
du vice sont encor plus sensibles parrapport
a l'etat spirituel. Le vice oppose toutes sortes
d'obstacles a la perfection de l'ame; il conduit
naturellement a toutes sortes de prejugés et
de travers d'Esprit differens, selon les differens
vices 1 mot biffure dominans dans chacun; on a
très bien observé que la sensualité conduit
au sceptcisme, l'ambition et l'orgueil a
l'impieté, l'avarice a la superstition;
<131v> [247] Le vice rend la Volonté de l'homme esclave de
ses appetits, de ses penchans, de ses habitudes;
il lui ote tout empire sur soi même et sur son
propre coeur; il multiplie et enflamme ses
desirs, excite la soif des cupidités sans en
appaiser l'ardeur devorante; il fait de notre
ame le theatre de toutes sortes de passions
turbulentes qui se font la guerre entr'elles,
et la jette dans un trouble qui la rend inca=
pable de se posseder elle même, ni de jouir
d'aucun contentement. Le vice encor s'oppose
a l'exercice des forces de nôtre ame sur notre
corps pour en regler les mouvemens; il affoi=
blit et detruit peu a peu nôtre liberté mo=
rale; il produit enfin la legereté, la foiblesse,
la paresse, la negligence, et tous les deffauts
qui peuvent nous eloigner de la prattique de
nos Devoirs.
Le peche est puni
par le peche meme
513. Qu'on examine encor les suites naturelles
du peché selon l'enchainure ordinaire des
effets moraux, on trouvera que tout peché
est puni par le peché même, et que c'est la
une de ses punitions les plus terribles, puis=
qu'elle entraine a sa suite et qu'elle multiplie
toutes les autres. Tout acte de peché est en
effet suivi de quelque souvenir attraiant
qui se retrace a 1 mot biffure l'imagination souillée,
et dès la même d'une sorte de disposition
a la 1 mot biffure rechute; celle ci augmente la pente,
et entraine plus facilement encor dans une
seconde comme celle ci dans une 1 mot biffure &c.;
les chutes se reiterent bientôt avec plus de
facilité et de frequence et conduisent dès la
a l'habitude qui se forme, qui s'affermit, qui jette
chaque jour des racines plus profondes, racines qui toujours plus difficil=
3 mots biffure
les a extirper. Bientôt un abysme appelle un autre
abysme, une habitude vitieuse, par une
connexion naturelle, conduit a d'autres habitudes; elles
naissent en foule, croissent en progression,
jusques a ce qu'enfin il en resulte chès le
pecheur un eloignement universel pour le
bien, une tendance generale vers le mal,
une depravation complette, dans toutes ses un endurcissement
facultés et ses penchans,
dans le vice, accompagné d'une securité fatale
qui rend sa guerison moralement impossible;
tels est sont les tristes fruits du vice.
<132> [248] Suites naturelles
de la vertu. La vertu
recompensée par la
vertu meme
166 517. Opposons a cela les suites naturelles
de la vertu. Elle contribue puissamment a
etendre nôtre Intelligence, a rendre notre juge=
ment sain et droit, a nous faire gouter la lumie=
re de la verité et nous rendre sensibles a ses charmes.
Elle nous assure l'empire sur nous mêmes et nôtre
propre coeur, elle soumet nos appetits, nos penchans,
nos mouvemens, a nôtre Volonté, et celle ci aux
lumieres de nôtre Intelligence; elle devient en
nous un principe, un ressor constant d'activite,
qui nous rend superieurs a tous les obstacles et
1 mot biffure rend notre liberté independante dans
son exercice. Qu'on considere encor les suites
naturelles de la vertu, selon l'enchainure or=
dinaire des effets moraux, on trouvera que tout tout
acte de vertu est recompensé par la vertu même
et que c'est la sa premiere recompense
acte de vertu 1 mot biffure est suivi d'un plaisir delicieux
qui invite a le reiterer, et que cette reiteration con= produit naturellement a l'habitude; une bonne
duit
habitude ne demeure jamais seule isolee, elle conduit
necessairement a d'autres et peu a peu a toutes
les vertus; d'ou nait une aversion chaque jour
plus forte pour le mal, une tendance toujours
plus decidée vers le bien, des progrès continuels
dans toutes les vertus. et en general dans la
1 mot biffure de la perfection.
Peines et recompenses
qui sont 1 mot biffure
sur la conscience
meme.
5187. A tout cela nous devons joindre encor
la voix de la conscience, qui ne cesse de se faire
entendre a nous, tantot pour nous condaner,
tantot pour nous approuver, tantot pour nous
troubler par des remords et des craintes, tantot
pour nous rejouir par les plus douces esperan=
ces. Quelle punition plus accablante pour
le pecheur que de se sentir interieurement
devoré de remords, livré a la plus profonde
tristesse et aux plus terribles apprehensions, a
l'idée de ses pechés, de leurs suites, de son eloigne=
ment de Dieu, son souverain bien, de la privation
de son amour et de sa faveur, et de ses terribles
jugemens, qu'il n'a que trop sujet de craindre.
En faut il d'avantage pour le rendre insuppor=
table a lui même et par consequent malheureux?
Sil peut a force d'illusions, de sophismes, par=
venir a douter quelque temps du danger qui
le menace, et a s'endormir dans une fausse
<132v> [249] securité, tot ou tard cette Conscience se reveille
pour lui faire sentir avec d'autant plus de force
ses terribles eguillons; c'est surtout aux appro=
ches de la mort qu'il se voit assiegé de toutes
parts de frayeurs; bientot il n'existera plus
rien pour lui que Dieu, et ce Dieu ne peut etre
pour lui un objet d'amour, de desir, d'espe=
rance, il ne lui reste donc plus que le deses=
poir.
5169. Quelle recompense au contraire plus
sensible et plus douce pour l'homme vertueux
que l'approbation interieure de sa conscience,
la joie inexprimable qui accompagne le senti=
ment de ses progrès en perfection, l'assurance
qu'il a de plaire a son Dieu, d'avoir part a son
amour, et a sa protection et de pouvoir aspirer
a ses faveurs les plus precieuses, l'1 mot biffurel'avantage
de jouir d'une traquillité d'ame a toute epreu=
ve, dans l'esperance d'un avenir encor plus
heureux.
SANCTION ARBITRAIRE OU POSITIVE
Outre la Sanction
naturelle, on peut
concevoir encor une
Sanction arbitraire
ou positive, determi=
nee par la Justice
meme de Dieu,
raisons qu'on a pour
croire qu'il y en a
une telle.
169 520. De tout ce qui a ete dit de liaison natu=
relle de la vertu avec le bien bonheur, le vice avec
le malheur, nous en pouvons conclure que
c'est la une Sanction naturelle dont Dieu est
l'auteur dans le même sens qu'il est l'auteur
de ses Loix (363) et qu'il emploie pour
en soutenir l'autorité et l'efficace dans ses Loix. Mais
nous avons les plus fortes raisons de croire
que Dieu y a joint outre cela une sanction
arbitraire ou positive determinée par sa vo=
lonté elle même selon les regles de la Sagesse
et de la Justice. Ces raisons se tirent 1°
du but de sa Legislation, qui demande
l'usage de tous les moiens moraux capa=
bles de procurer efficacement l'observation
de ses Loix, et de ceux en particulier par les=
quels il peut demontrer le plus immediate=
ment, et de la maniere la plus palpable, com=
bien il aime la vertu et deteste le vice, c'est
bien tout ce que les gens vertueux ont a es=
perer et les vicieux a redouter de sa part.
170. Cette raison paroit d'une plus grande force
si l'on reflechit 2° au caractere naturel et or=
dinaire des hommes, qui semblent beaucoup
plus frappés des effets d'une sanction arbitrai=
re, que de ceux de la Sanction naturelle, aux=
quels, parce qu'ils sont plus ordinaires, ils font
moins d'attention, et qui ne se presentent pas
<133> [250] a leurs yeux sous des traits aussi frappans.
Joignons a cela 3° la croiance bien fondée et
generalement admise chès les nations d'une
Providence particuliere qui veille sans cesse
sur ce monde, physique et moral, et dont
la premiere fin est de dispenser les evenemens
de la maniere la plus propre a conduire les
creatures Intelligentes a leur destination
par l'observation de ses Loix. Enfin nous Car quoique l'univers soit un Systheme
pouvons en appeller ici a l'experience
de tant
de rapports 6 mots biffure
determinés les uns par les autres, ou tout est
soumis a des Loix constantes, 2 mots biffure, qu'en particulier
4 mots biffure
l'etat physique actuel de l'homme soit toujours la con=
sequence ordinaire de son etat moral precedent, com=
me l'etat futur sera la consequence
de l'etat moral actuel, cela ne doit pas
nous porter a 1 mot biffure exclure toute dispensa= que
tion particuliere de la providence, par la=
quelle Dieu peut a la Sanction naturelle
en joindre une positive. Ici nous pou=
vons en appeller au suffrage unani=
me de tous les peuples et qui doit
etre d'autant moins suspect qu'il est
fonde sur ce que nous montre
l'experience dans ce grand nombre
d'evenemens heureux ou malheu=
reux pour les particuliers, qui n'offrent au=
cune liaison naturelle avec leur genre de conduite
vertueuse ou vicieuse, mais ou on ne peut
s'empecher de reconnoitre les dispensations
d'un Juge supreme, qui veut montrer par
des traits eclatans, la disposition ou il est
de recompenser les gens de bien et de punir
les mechans.
<133v> [251] Chapitre VII XV
De la Sanction des Loix divines
reservée a un etat a venir
Sans Quoique la
sanction des Loix
divines sorte son effet
deja ici bas pendant
cette vie, on ne peut
pas dire que cet effet
soit plein et entier
ou que la vertu recoit
deja sa juste recom=
pense, et le vice sa
juste punition. 1 mot biffure
1 ligne biffure
119. Quoique nous ne puission dou=
ter que la Sanction des Loix de Dieu
ne sorte son effet ici bas, cette proposi=
tion, quoique vraie dans sa generalité,
souffre cependant des exceptions dans tous
les cas ou les suites naturelles de la vertu
et du vice ne se presentent pas a nos yeux
d'une maniere assès sensible et frappan=
te, pour que nous puissions dire, la vertu
recoit ici bas sa juste recompense, le vice
sa juste punition; or ces cas ne sont pas
rares. On voit des hommes notoirement
vicieux qui jouissent de la santé, de la
fortune et de l'eclat des dignités; des gens
vertueux qui sont sujets aux langueurs, qui
vivent dans la pauvreté, dans l'obscurité,
et une sorte de mepris et d'abandon. Les
vicieux ont souvent assès de ruse, et d'in=
dustrie pour se mettre a couvert de la plu=
part des suites funestes de leurs vices, et
pour venir a bout de leurs entreprises, quoi=
que injustes. Les gens de bien, quelques fois
même par une suite de leur franchise et
de leur simplicité, echouent dans leurs entre=
prises et manquent les avantages qui
sont d'ailleurs les appanages ordinaires
de la vertu. On voit des mechans parve=
nir au faite des grandeurs, et se prevaloir
de leurs richesses, leur puissance, leur credit,
pour opprimer les petits, qui vivent sans
eclat et dans l'innocence. L'Impie heureux se
montre même fier de
ce que Dieu l'oublie
il eleve sa tête altière
et tout plie devant
lui, souvent et le
juste 1 mot biffure opprimé,
mepris, lui 1 mot biffure
2 lignes biffure
foule aux pieds
n'ose pas meme faire
entendre sa voix
gemissante. Plusieurs scele=
rats viennent même a bout de s'etourdir
par le tumulte des affaires et des plaisirs,
d'etouffer jusques a un certain point le cri
de leur conscience, en se plongeant dans
l'yvresse des voluptés sensuelles, pendant
que les gens de bien sont souvent assiegés
de scrupules, de frayeurs chimeriques, qui
leur rendent la vie amere, et essuient bien
des traverses dans l'exercice de leurs vertus,
par une suite même de la malice des autres.
<134> [252] On voit enfin, des scelerats echapper aux
coups de la justice humaine, et des gens
de bien, distingués par des actes eminens de
vertu, eprouver des catastrophes qui eton=
nent tous ceux qui connoissent leur integrite.
Ces exceptions sont pres=
que inevitables dans
la constitution de cet
univers, et l'ordre des
choses humaines
520. Nous comprenons d'abord que ces
diverses exceptions a la Loi generale sont
comme inevitables dans la constitution de
cet Univers, et dans l'ordre des choses hu=
maines. Pendant que les hommes vivent
sur un globe ou ils sont exposés a divers
maux physiques par une suite necessaire
des Loix de la nature ou du cours des evene=, il seroit impossible, sans une con=
mens
tinuation non interrompue de morales 2 mots biffure;, que les maux retombassent uni=
ou de dispensations extraordinaires que
la Sagesse de Dieu ne sauroit admettre dans
le gouvernement de cet Univers, il seroit
impossible
quement sur les mechans, et les bien uni=
quement sur les justes. C'est au contraire
une necessité inevitable qu'ils soient confondus les uns
avec les autres, et que chacun ait son lot,
et sa portion des biens et des maux, selon
qu'il echoit. Et puisque d'ailleurs les hom=
mes ne peuvent pas vivre en dans la solitude si
les gens de bien forme une societé separée
de celle des mechans que tous ensemble
sont appellés a vivre en societe et dans une sorte de com=
munaute d'interets, et qu'ils sont 1 mot biffure il seroit impossible que Dieu
a une influence si prochaine et si imme=
diate sur la 1 mot biffure des autres, soit bons soit
mechans,
put exercer sa justice dans toute sa ri=
gueur envers les mechans, sans que le
chatiment ou ses suites facheuses ne
retombassent sur les bons, et que tous ceux ci
du plus au moins ne fussent envellop=
pés, sans l'avoir merité, dans la puni=
tion. quoique 3 mots biffure ingligée
au coupable.
Il y a un conflict [les lignes à partir de "d'une maniere assez" sont rédigés sur le folio 134v]
entre l'ordre physique
et l'ordre moral qui
fait que l'execution
de la Sanction est com=
me suspendue ou
ne peut se 1 mot biffure
d'une maniere asses
imposante pour con=
tenir l'homme mechant
et soutenir l'homme
juste
521 70. Nous ne saurions donc disconvenir
qu'il n'y ait ici bas une sorte de conflict
entre l'ordre Physique et l'ordre moral,
qui empeche que la Sanction des Loix de
<134v> [153] Dieu, ne sorte dans tous les cas
son plein et entier effet, et qui fait qu'elle
est en quelque sorte suspendue et arretée,
ou du moins que ses effets ne sont pas assès
universellement et constamment sensibles
pour donner a la Loi divine cet eclat de
majesté, d'autorité imposante, cette efficace
qui est necessaire pour frapper l'Esprit des
hommes, pour contrebalancer les puissans
attraits du peché, la force imperieuse des
penchans, pour jetter dans l'ame du me=
chant l'effroi et la terreur, sans lesquelles il
ne sauroit etre contenu, comme aussi pour
exciter, encourager, soutenir l'homme de
bien, contre la force des tentations, contre
les difficultés et les desagremens qu'il a
souvent a essuier, surtout dans certaines
circonstances critiques ou il faut tout
sacrifier au Devoir, jusques a sa propre
vie. S'il n'y avoit aucune retribution a
attendre après cette vie, combien de gens
4 mots biffure qui, peu attentifs
aux evenemens, peu frappés des avanta=
ges de la vertu, ne voiant que les difficul=
tes qui l'accompagnent, ne balanceroient
pas a en quitter le parti, pour se livrer
entierement au vice, qui offre un parti
bien plus seduisant pour la chair et les sens. A quoi serviroit il de
lutter contre le crime
de s'efforcer a la
prattique de la
vertu, si a la
mort tout etoit
mis au meme
niveau, et si
Dieu veut vouloit confon=
dre les justes et
les mechans dans
les mêmes abysmes,
et engloutir dans
le même neant
tous les crimes et
toutes les vertus.
Si donc le systheme
de la Legislation divi=
ne se bornoit a cette
vie dans son objet
et ses consequences
ce ne seroit qu'un
systheme defectueux
et peu assorti a la
grande fin que Dieu
se propose dans
cet Univers, ainsi
que 1 mot biffure que
nous nous formons
de ses perfections
522. De tout ce qui vient d'etre dit nous
pouvons bien conclure legitimement que si le
Systheme de la Legislation divine se bor=
noit a cette vie dans son objet et dans ses
consequences, ce seroit un Systheme de=
fectueux et imparfait, qui ne repondroit
nullement aux idées que nous nous for=
mons de Dieu, ni au but general qu'il s'est
proposé dans cet Univers, savoir, le plus
grand bien universel des creatures Intelli=
gentes, qu'il veut conduire 2 mots biffure au
bonheur par des Loix assorties a leur
nature et a leur destination, puisque
la Sanction de ces Loix seroit depourvue
d'efficace suffisante pour obliger les Crea=
tures a y conformer leur conduite; et dès la
il resulteroit que Dieu se proposant dans
sa Legislation une fin excellente, il
<135> [154] n'auroit point emploié les moiens necessai=
res pour l'obtenir; ce qui seroit n'iroit a
rien moins qu'a detruire toutes les notions
que nous nous formons de sa sagesse. C'est
cependant un attribut de Dieu aussi incon=
testable que son existence même, dont il nous
a donné les preuves les plus eclatantes dans
le plan de cet Univers visible, ou tout est si
bien calculé et arrangé pour selon ses
fins particulieres et sa fin generale; et
comment se persuader que dans le plan
general de ses oeuvres, il put avoir
une imperfection, un desordre, dans parrapport a ce
qui en fait la partie la plus importante,
le Systheme moral, auquel tout le plan
même se rapporte comme a l'objet princi=
pal et la derniere fin.
Nous pouvons donc
conclure très legitime=
ment que le desordre
actuel que nous
observons dans la
sanction des Loix di=
vines n'est qu'un de=
sordre passager com=
me ses causes, qui
doivent 1 mot biffure
pour faire place
a un ordre perma=
nent, un temps
de compensation et
de retribution exacte
ou la sanction 1 mot biffure
2 mots biffure entier
effet et la justice
divine 2 mots biffure
de la maniere la
plus exacte envers
les sectateurs de
la vertu et du vice
523. Si donc il y a actuellement un desor=
dre dans le systheme moral qui laisse le,
plan de la Legislation divine imparfait
il est evident, qu'a moins d'abandonner
les idées que nous nous formons de la sages=
se de Dieu, nous ne pouvons rien et nous devons
en conclure, presumer que ce desordre n'est qu'un
desordre passager et a temps, comme sont
les causes auxquelles il faut l'attribuer;
qu'ainsi il doit necessairement prendrequ'un temps doit venir, ou l'ordre physique
fin, pour faire place a l'ordre un 1 mot biffure, qu'il doit les
evo
present, etant aboli ou changé, ne se
trouvera plus en conflict avec l'ordre
moral; pour les 1 mot biffure obstacle 1 mot biffure
un temps reservé pour 1 mot biffure executer ce
qui, dans le plan de la Legislation divine
est resté comme suspendu; un temps
destiné a reformer et retablir tout
dans un l'ordre permanent, par une compensation juste
et 1 mot biffure en faveur des gens de bien qui
auront été privés des avantages dus
a la vertu, pour les en dedommager 1 mot biffure dans laquelle ils auront persevere
1 mot biffure jusques a la mort; par une retribution exacte
a l'egard et complete envers ceux qui auront per=
severé dans la vertu jusques a la mort
de sans avoir obtenu de recompense propor=
tionnée a leur 1 mot biffure et envers les
<135v> [155] mechans qui ont auront perseveré obstinement
dans le vice sans jusques a la fin, sans avoir
reçu le juste salaire de leur iniquité; un
temps enfin ou le Legislateur et le Juge su=
preme, après avoir suspendu pendant le
court espace de cette vie l'exercice de sa
Justice, par des raisons dignes de sa sagesse,
dissippera toute illusion et tout doute
que les creatures 2 mots biffure auront pu en concevoir de en la
1 mot biffure au sujet de cette Justice
demontrant de la maniere la plus eclatan=
te, et faire 2 mots biffure a 2 mots biffure et par la
sont les recompenses 1 mot biffure a la notre
les peines destinées au vice;
executer complettement tout le plan
de sa Legislation 4 mots biffure
selon tout ce qu'il doit a lui même, a
ses attributs glorieux, a la majesté et
a l'autorité de ses Loix.
Verité qui est comme
le 1 mot biffure de la
Religion 1 mot biffure abouti
et qui est 1 mot biffure
par le 1 mot biffure universel
de la 1 mot biffure et le
consentement de tous
les peuples
524. Grande et importante verité ou
aboutit en dernier ressort tout le Systhe=
me moral comme toute la Religion,
qui sans cela se reduiroient a 1 mot biffure verité dont
2 mots biffure ou du moins ne seroient que
d'une utilité bien 1 mot biffure;
la certitude repose sur les principes les
moins contestables, et qui est 1 mot biffure constituee
auprès 1 mot écriture de chacun de nous, par le cri
de la conscience qui nous rappelle sans
cesse un Juge que nous devons craindre dont nous devons redouter les jugemens;
et
1 mot biffure et qui se fait entendre aux plus pe=
cheurs meme les plus endurcis, dont les appre=
hensions redoublent à mesure qu'ils ap=
prochent du trepas, comme si dans ces
derniers momens, il ne pouvoitent plus dou=
ter du sort terrible qui les l'attend; verité
enfin appuiée sur le consentement
universel des nations, 2 mots biffure chès qui
les tenebres de l'ignorance, de l'erreur,
des prejugés, n'ont jamais pu detruire
l'idée d'une vie future, destinée a la
recompense des gens de bien et a la
punition des mechans.
<136> [156] S'il y a une vie future
Comme nous l'avons
prouve, qui peut
douter qu'elle ne soit
heureuse ou malheu=
reuse selon le bien
ou le mal qu'on au=
ra fait ici bas.
525. Quoique dans ce que nous avons dit Si l'on convient que
(I 14-18) et (I 2 nombres biffure) (312-337) nous avons prou=
vé d'1 mot biffure autre chose, si ce n'est que l'ame est im=
mortelle, et que la destination de l'existence de l'homme
n'est point bornée a la vie presente, mais
doit s'etendre au dela du tombeau jusques
dans la durée des siecles, nous sommes cepen=
dant bien autorisé a en conclure que
cette vie future est reservée a tous les
hommes et aux mechans aussi ainsi qu'aux
bons;
l'homme est appelle
a une vie immortelle
qui doit etre le parta=
ge du juste, qui pou=
roit douter qu'elle
ne soit aussi reservée
aux mechans a
titre de punition car qu'elle raison suffisante Dieu
auroit il pour les d'aneantir les mechans? après
tout ce que nous avons dit de la Legislation
divine, de la sanction qui l'accompagne,
de la sainteté et de la Justice de Dieu,
pourrions nous douter que le mechant
ne soit abandonné au triste sort qu'il s'est precipice qu'il s'est creusé a lui
attiré, au
meme; qu'appellé a subir les peines decer=
nées par la Loi, aux quelles il a echappé
dans cette vie, et en vertu de la les 1 mot biffure
qui 4 mots biffure (2 nombres biffure) (2 nombres biffure)
il ne soit laissé en spectacle a toutes les
creatures Intelligentes pour qu'il leur serve
d'exemple effraiant, 2 mots biffure 1 mot biffure d'instruction
sensible, et sur tout ce qu'il en coute pour
vivre dans l'abandon au crime, et de
Leçon plus efficace que tous les preceptes
pour les detourner du chemin qui conduit
a la perdition. 2 mots biffure En un mot est il prouvé
une fois qu'il y a une vie après celle ci,
il faut 1 mot biffure necessairement en conclure qu'elle doit etre
heureuse ou malheureuse pour l'homme
en proportion de ses vertus et de ses vices.
Chapitre XVI
De l'immortalité
de l'homme tout en=
tier pour le corps
comme pour l'ame
178. On a de la peine a se representer
un ame immortelle separée du corps et
exercant dans cet etat ses facultés, eprouvant
des sentimens, jouissant du bonheur ou du
malheur; cependant on doit comprendre
qu'il n'y a rien dans la chose même d'im=
possible des qu'on 1 mot biffure l'ame pour
une substance, qui peut avoir des la même
son existence a part, et par consequent
la conscience d'etre soi même, le sentiment,
la 1 mot biffure, le souvenir du passé, la perception de la
<136v> [157] [page entièrement biffée] liaison de son etat actuel avec l'etat pas=
sé et des la même la conviction de sa propre
identité.
179. Mais nous avons les plus fortes raisons
de presumer que l'ame humaine sera de nou=
veau reunie a quelque corps, qui poura lui
servir d'organe de sensibilité et d'instrument
d'activité, comme le corps actuel. Le même Dieu
qui a formé celui ci pour l'unir a l'ame par
une association si admirable, peut, par sa
même puissance; en rassembler des particules
ou elemens indestructibles 1 mot biffure de leur na=
ture, pour en former un nouveau corps, et
il reunira cette ame d'une maniere plus
merveilleuse encor. Cette circulation conti=
nuelle que nous observons dans cet Univers
en vertu de laquelle les corps des hommes
après leur mort, se dissolvent en poussiere
terrestre, qui sert ensuite a nourrir des plan=
tes, desquelles se nourrissent les animaux,
et après eux les hommes memes, en sorte
que les mêmes particules entrent successive=
ment dans la composition d'une multitude
de corps, cette circulation 1 mot biffure, n'empeche point
que chaque homme ne puisse 1 mot biffure
obtenir un nouveau corps qui 1 mot biffure conserve
son Identité avec celui qu'il a perdu
par la mort. Nous pouvons en effet conce=
voir cette Identité tout aussi bien que celle
que nous attribuons a nôtre corps pendant
cette vie; car quoiqu'il se fasse a chaque
moment en changement, une substitu=
tion dans les parties de nôtre corps, par
la transpiration qui les dissipe, et la nou=
riture qui les remplace, cela n'empeche
pas que nous ne nous envisagions dans un age avancé, comme
etant quant au corps les mêmes personnes
que nous avons toujours été depuis notre
naissance. Pour 3 mots biffure concevoir
2 mots biffure cette Identité de nos corps, il nous suf=
fit d'admettre ces deux 1 mot biffure suppositions
qui n'ont rien que de parfaitement con=
formes aux notions les plus communes que touchant
les hommes se 2 mots biffure nous avons de la nature animale,
3 mots biffure, c'est que les parties
Chapitre XVII
Idees sur la retri=
bution future.
526 Pour nous
former quelque idee
de la retribution a
venir nous devons nous
rappeller 1° que nous
avons les plus fortes rai=
son de croire que les
ames humaines seront
toujours unies a des
corps organiques qui
serviront soit a la
reminicence des
perceptions passees,
soit a l'acquisition
de perceptions nouvelles
soit a fournir a 1 mot biffure
une ces ames des instru=
ment d'activité, et
que comme ces corps
participent a la
felicite des ames jus=
tes, ils participeront
aussi aux malheur
des mechans, selon
ce qui a ete dit (390)
Nous devons nous
rapeller 2° ce qui a encor
ete dit (2 nombres biffure)
1 mot biffure que cette vie pre=
sente doit etre envisa=
gée, dans l'ordre etabli,
comme une preparation
a une autre, une echo=
le ou nous sommes apellé
a jetter les 2 mots biffure
3 mots biffure perfection
a faire une sorte d'appren=
tissage des lumieres
et des vertus, dont elle
doit etre un exercice
continuel 2 mots biffure
pour que notre exis=
tence reponde a notre
destination dans les
vues de Dieu.
527 En parlant
de ce principe nous
pouvons
<137> [158] Chapitre XVI
Idees sur la retribution future
Des principes poses ci
devant on peut tirer
quelque idee de la
retribution avenir
tant naturelle que
arbitraire
Pour nous former quelque idee de la retribu=
tion avenir nous devons nous rappeller ce qui
a ete dit cy dessus, que nous avons les plus for=
tes raisons de croire que les ames humaines
seront unies de nouveau a des corps organi=
sés qui pourront 1 mot biffure s'unir a l'ame comme et que ces corps
nos corps actuels, d'organes de sensibilité
pour acquerir des perceptions nouvelles et
d'instrumens d'activite pour 1 mot biffure leurs
ordres,rend seront aussi par=
ticipans du bonheur reservé aux justes
comme du malheur reservé aux mechans.
Nous ne devons pas oublier de plus ce que
nous avons dejà avancé, que dans l'ordre; cette vie ne peut etre
actuellement etabli
envisagée que comme une preparation
a une autre, une espece d'echole ou nous
sommes appellés au noviciat 1 mot biffure pour acquerir les lumieres et
2 mots biffure
les vertus dont la vie future doit etre un
continuel exercice, pour poser les premiers
fondemens de cette perfection qui doit etre
pour nous une source intarissable de bon=
heur pendant toute l'eternité.
Preuves de la retribu=
tion naturelle tiree de
1 mot biffure et de l'ana=
logie des 3 mots biffure
et des Loix de l'ordre
moral
En partant de ces deux principes nous pou=
vons concevoir quelque legere idée de cette
retribution avenir qui comme la sanction,
doit etre aussi naturelle et arbitraire.
La retribution naturelle consistera dans
cet etat heureux ou malheureux qui doit
etre la consequence necessaire de l'etat moral
dans lequel l'homme aura vecu et perse=
veré jusques a la fin. Rappellons nous que
que que le changement de condition qui survient a l'homme
<137v> lorsqu'il passe de cette vie a une autre ne doit en=
trainer aucun changement essentiel dans son ame qui de= conserve son iden=
meure toujours la même qui
tite personelle et morale, quant a ses lumieres,
son caractere, ses affections, ses habitudes, qui sub=
sistent toutes telles qu'elles etoient, sans eprou=
ver aucune revolution 3 mots biffure
mais qui s'ecarte du cours constant de l'ordre
physique et moral. L'ame demeure toujours
avec conscience de son identité, elle peut
se souvenir de son etat passé, le bien rappro=
cher de son etat actuel, et de cette compa=
raison doit naitre naturellement ou le sentiment
de l'accroissement de son bonheur, ou l'esperance
d'un plus grand encor, ou le sentiment de
l'accroissement de son malheur et la crainte
4 mots biffure qu'il n'aille toujours en croissant.
En nous fondant sur cette reflexion et sur l'ana=
logie des Voies de Dieu et de ses Loix de l'ordre eta=, rien ne paroit plus legitime que de con=
bli
clure, que si nôtre sort heureux ou malheureux
dans cette vie, n'est d'ordinaire qu'une consequen=
ce naturelle de nôtre conduite, prudente ou im=
prudente, nôtre sort a venir doit etre aussi
une suite toute naturelle des dispositions
bonnes ou mauvaises qui nous accompa=
gnent au dela du tombeau, en sorte que
ceux la doivent necessairement etre heureux
qui se sont munis de toutes les qualités
propres a leur assurer le bonheur, selon les
Loix de l'ordre moral, qui auront fait
des progrès dans la carriere de la perfection
et seront disposés a les continuer avec la meme
<138> [162] application et une plus grande encor;
Je redis au contraire que Ceux la seront naturel=
lement malheureux, qui n'aiant jamais eu
de gout pour la perfection et la vertu, en au=
ront entierement negligé l'etude et la prattique
pour se livrer a leurs penchans et se plonger
dans le bourbier du vice: qui par leur etat
moral, se trouveront absolument incapables
de gouter a ce bonheur pur, solide, complet, qui
ne se trouve qu'en Dieu, des la même qu'ils
n'eprouveront pour ce Dieu, aucun amour,
aucun desir de s'unir a lui, qu'ils seront dans
l'impuissance de jouir de sa communion,
et de trouver en lui ce souverain bien, dont
la privation seule suffit pour rendre toute
creature Intelligente, necessairement mal=
heureuse (1 207).
Ce qui doit arriver na=
turellement meme a 1 mot biffure
1 mot biffure a ceux qui
auront fait des pro=
gres en perfection,
parrapport a leur En=
tendement, leur volon=
te, leurs affections, leur
liberte, leur conscience
et leur union avec
Dieu comme a leur
souverain bien
529. En partant de ces mêmes principes, on
peut comprendre ce qui doit arriver a ceux
qui auront deja fait des progrès en perfec=
tion, et qui porteront dans la vie avenir un
desir ardent de les continuer et les etendre;
ils en feront continuellement de nouveaux
sans obstacle et sans retard; ces progrès
iront même toujours en croissant, sans
qu'il y ait ni limites ni fin, et leur bonheur
croitra dans la même proportion. Leur
Entendement affranchi des erreurs aux=
quelles il etoit exposé ici bas, parce que
les causes de ces erreurs ne subsisteront plus,
deviendra en eux une lumiere vive et pure,
chaque jour il acquera de nouvelles forces,
une nouvelle etendue, une plus grande
penetration, a la faveur desquelles il saisira
tous les objets de connoissance, non plus
comme dans cette vie, d'une maniere su=
perficielle, envelloppée d'obscurités et
de doutes, ou avec une marche d'opera=
tions très lente et peinible, mais d'une
maniere tout autrement distincte et com=
plette, avec beaucoup plus de certitude,
et en même temps de promtitude et de fa=
cilité, comme il convient a des Intelligen=
ces qui n'en sont plus a leur apprentissage,
mais qui sont parvenues a ce point de maturité
ou elles peuvent s'affranchir des entraves
de la methode et de l'art pour exercer leurs
facultes Intellectuelles, sans aucun obs=
tacle qui gene et retarde leurs operations.
<138v> [163] C'est ainsi qu'ils se connoitront plus intime=
ment eux mêmes leur nature, leurs facultés,
leurs forces, ainsi de meme que les autres creatures Intel=
ligentes avec lesquelles ils seront appellés a
former une societé; ils connoitront plus a fond
les oeuvres de Dieu, ses conseils admirables,
ses perfections glorieuses, et trouveront dans leur
contemplation, une source de plaisirs toujours
renaissans et delicieux.
530 Mais cette Science ne sera pas une vaine
theorie, comme celle qui nous occupe souvent ici bas
les 1 mot biffure; elle produira chès eux une sa=
gesse habituelle, une disposition constante qui n'aiant plus
de la volonté vers le bien
besoin d'etre excitée exercée, excitée, affermie
pour des 3 mots biffure se portera
vers le bien avec une pente decidée et in=
vincible; fera ils feront chaque jour de nouveaux
progrès vers la perfection, en portant la
prattique de toutes les vertus a un degré
toujours plus elevé; progrès qui seront d'au=
tant plus rapides, qu'ils seront soutenus
et encouragés par des motifs dont l'impres=
sion sera de jour en jour plus puissante.
C'est ainsi que toutes leurs affections se=
ront soumises a l'amour du vrai et du
bien, et concentrées dans l'Etre ou l'un et
l'autre se trouvent dans le degré le plus par=
fait. 1 mot biffure la 1 mot biffure du bonheur
Chaque jour l'exercice de leur liberté
deviendra aussi plus entier et plus parfait
a mesure qu'ils se 1 mot biffure dans le bien, que l'habitude de la vertu
et, jettera de
plus profondes racines et approchera d'a=
vantage de cette necessité morale qui
met l'Etre Intelligent dans l'heureuse l'impuissance
de faire du mal. Leur conscience ainsi
toujours droite, et jouira non seulement
de la tranquilite la plus inalterable, mais
encor d'une joie continuelle et ineffable,
egalement excitée par le souvenir du
passé, la sentiment pensee du present, et la pers=
pective de l'avenir, mais surtout par le
sentiment delicieux de leur union avec
Dieu leur souverain bien, de l'amour
sans bornes qu'ils auront pour lui, et
de celui qu'il aura pour eux, et dont il
<139> [164] ne cessera de leur donner des temoigna=
ges eclatans.
a ces recompenses na=
turelles 2 mots biffure
encor d'arbitraires,
3 lignes biffure
Car tout nous invite a
penser qu'a ces recompenses arb naturelles
Dieu en joindra encor d'arbitraires, en leur
fournissant lui même de nouveaux moiens
de sentir, connoitre, de jouir, en multi=
pliant les objets de leurs jouissances, sur=
tout en les munissant de nouveaux or=
ganes, pour contempler plus a fond le
spectacle magnifique de ses oeuvres, et
gouter des delices plus pures et plus vives,
dans le commerce avec leurs semblables,
et se communiquant lui même a eux
d'une maniere si intime, qu'ils soient a puissent pui= portee de puiser en lui comme dans la source premie=
ser
re et intarissable, le bonheur parfait qu'ils
desirent. C'est ainsi que toutes les parties
de leur Etre, et les vues de Dieu sur eux,
1 mot biffure correspondront entr'elles pour
leur assurer un bonheur pur, complet
constant, croissant sans obstacles, et d'au=
tant plus grand, qu'en vertu de toutes
les raisons presentes cy dessus, ils pourront
esperer avec confiance et certitude qu'il
n'aura jamais de fin.
Ce qui doit arriver na=
turellement a ceux qui
auront persevere dans
l'habitude du vice
jusques a leur mort
et a 2 mots biffure qui
doit leur tomber en
1 mot biffure
532 Ceux au contraire qui auront perseveré
dans l'habitude du vice jusques a leur mort,
et se trouveront dans cet etat moral dont nous
avons parlé (528) ne pourront echapper a la
plus affreuse misere. D'un coté, ils se verront
privés de tous les biens sensibles qui etoient les
seuls objets de leurs affections, et desquels ils reti=
roient quelques plaisirs passagers, qui pouvoient
faire diversion aux troubles de leur ame et aux
remords de leur conscience et leur procurer
ici bas une apparence de bonheur; d'un autre
côté ils seront incapables d'eprouver aucun
gout pour les biens spirituels, la lumiere, la
vertu, la paix de l'ame, le sentiment de l'amour
de Dieu, les delices de sa communion, qui
seuls alors pourroient les rendre heureux. Car
bien loin que leur changement d'etat puisse les
conduire a des retours salutaires vers le bien,
il est naturel de penser, qu'etant livrés au
<139v> [165] trouble le plus affreux et a un desespoir rongeant leur Entendement, d'ail=
leurs 2 mots biffure privé de secours pour s'eclairer,
ne pourra plus s'occuper de reflexions serieuses
et profondes qui seroient necessaires pour les
ramener a la lumiere de la verité; sans cesse
troublés par des images effraiantes, ils seront
enveloppés d'affreuses des plus epaisses tenebres, sans autre
idée que celle de son leur affreuse misere dans le
sentiment de laquelle ils seraont comme absorbés.
En proie a toutes sortes de mouvemens dere=
glés et criminels, ils en seront sans cesse obse=
dés sans aucun moien de les satisfaire, puis=
qu'ils seront privés des organes, et des objets
qui etoient les instrumens de leurs plaisirs
passés; privation qui ne fera que irriter
leurs desirs et produire en eux une soif
inextinguible, une anxieté, qui n'aura
aucun intervalle. Tout principe de ver=
tu etant detruit en eux, eloignés du bien
comme d'un objet d'aversion, ils n'auront
de pente decidée que pour le mal, qu'ils
commettront par une sorte de necessité mo=
rale, qui rendra leur retour au bien de plus
en plus impossible. En proie aux remords
les affreux de sa de leur conscience ils en seront
d'autant plus tourmentés qu'ils ne verront de
tous cotés que des sujets de desespoir; car s'ils
viennent a reflechir sur eux mêmes, ils ver=
ront qu'ils ont été les seuls auteurs de leur
misere, sans qu'il leur soit resté la moindre
ressource pour y mettre fin; s'ils veulent
tourner leurs regards vers les autres creatures,
ils n'y trouveront aucune diversion a leurs
maux, ni aucun espoir de secours de leur
part; s'ils osent s'elever jusques a leur Crea=
teur, ils n'y verront plus un Pere tendre, dis=
posé a les rendre heureux; mais un Juge
qui ne peut se dispenser de les livrer entie=
rement a leur aveuglement et a leur misere
et dont toutes les misericordes cessent
d'etre pour eux des ressources d'espoir. 1 mot biffure
533 1 mot biffure Destitues ainsi de ressources, et de toute force pour
sortir de leur etat, de tout motif, moien, en=
couragement, secours, leur misere sera d'au=
tant plus affreuse, qu'ils ne pourront se flatter
d'y voir jamais de fin, selon les Loix mêmes
de l'ordre moral. Car pour 3 mots biffure
concevoir quelque esperance a cet egard,
<140> [166] il faudroit qu'ils pussent venir a bout de
se persuader au que Dieu, touché de com=
passion a la vue de leurs maux, voudra bien
y mettre fin un jour ou en les faisant
rentrer dans le neant d'ou ils sont 1 mot biffure
les a tirés, ou en faisant intervenir sa
puissance miraculeuse pour les conver=
tir, c'est a dire pour changer en eux leurs
penchans, habitudes, passions, inclinations
et substituer chès eux, a la plus extreme
corruption, une nature entierement renou=
vellée, ou ce qui revient au même, les refon=
dre en entier, et en faire des Etres moraux
tout nouveaux. Mais comment concilier
cette esperance avec l'idée d'un Etre tout
saint et tout juste, qui a en horreur le mal
qui est en quelque sorte moralement necessité a les punir
pendant qu'il dure, dont la sagesse ne
permet, dans aucun cas, qu'il force le
pecheur par des moiens physiques et
coactifs a retourner au bien, ou qu'il le
rende heureux malgré lui en le faisant
malgré lui une creature entierement nou=
velle, et qu'il deploie envers lui toutes les
richesses de sa grace, pendant qu'il le persevere dans le mal,
3 mots biffure2 mots biffure et 1 mot biffure
6 mots biffure s'enfonce toujours plus avant
7 mots biffure dans le bourbier du vice
1 ligne biffure
Comment surtout associer concilier un tel
espoir avec les fortes raisons que nous
avons de presumer que Dieu infligera
encor a ce pecheur abysmé dans le mal,
des peines arbitraires, qui semblent neces=
saires pour demontrer d'une maniere ecla=
tante, 1 mot biffure et sensible pour toutes les creatu=
res, combien le peché est odieux a ses yeux.
Il y aura cependant
des degrés de bonheur
ou de malheur pro=
portionnés au degre
de merite ou de deme=
rite 1 mot biffure des gens de
bien et des mechans
534. On comprend aisement cependant qu'il doit y avoir
des degrés de recompenses pour les gens ver=
tueux, en raison de leur progrès en perfec=
tion, et selon qu'ils se seront rendus parla
capables d'un plus haut degré de bonheur,
comme aussi selon la proportion que doit
suivre necessairement la justice divine
en assignant les recompenses a chacun,
d'une maniere impartiale, et sans autre
egard qu'a leurs actions, et aux circons=
tances <140v> [167] qui peuvent en relever le 1 mot biffure merite
selon les principes posés (108 454)
Il est aisé de comprendre par les mêmes
raisons qu'il doit y avoir des degrés de
peines pour les mechans proportionés
a la turpitude et la depravation de
leur caractere et de leur conduite vicieuse,
et qui repondent aux Loix de la justice
divine aussi exacte qu'impartiale.
Il n'y a donc aucun
bonheur 2 mot biffure
que 1 mot biffure justes
et les pecheurs n'ont
d'autre perspective
que 1 mot biffure des
malheurs comme
par les peines de leurs
desordres. Quelle idée
nous pouvons nous
former des peines
qui ne 1 mot biffure plus
1 mot biffure
182) 535. De tout ce qui a été dit, il resulte
que les gens vertueux tels que nous les
avons caracterisés (222) (172 423)
ont seuls un juste et legitime fondement
d'esperer le vrai bonheur, deja dans
cette vie (165 1 nombre biffure) (2 nombres biffure) mais surtout dans
une vie a venir, comme suite naturelle
et comme recompense de leur vertu;
tandis que les vicieux, tels que nous les
avons depeints (138) (2 nombres biffure) non seule=
ment n'ont aucune raison de se flatter
d'obtenir un tel bonheur, mais de plus
de plus ne peuvent s'attendre qu'a etre
malheureux, deja dans des cette vie
mais surtout et definitivement dans
une la vie a venir, 2 mots biffure
5 mots biffure 1 mot biffure ils
seront livrés aux plus affreux tourmens
par une suite naturelle et necessaire de
leurs vices, et selon 1 mot biffure les justes
peines 1 mot biffure par le 1 mot biffure que de 1 mot biffure
<141> [168] resente aux violateurs de ses Loix 1 nombre biffure 536 1 nombre biffure, Que si l'on
nous demande quel peut etre le but et
l'utilité de ces peines, nous repondrons que
ce sont des maux necessaires dans l'ordre
moral; que ces maux sont une
suite inseparable de la constitution des
choses et de leurs rapports, aussi necessai=
res par consequent que ces rapports et
les Loix qui en sont le resultat -
qu'il est absolument impossible que
les choses soient constituées autrement
dans un monde moral -
qu'enfin ces maux sont le seul moien
de contenir les creatures Intelligentes
dans l'ordre, et dans l'observation des Loix
divines destinées a procurer le plus grand
bien universel.
<141v> [169] Chapitre XVII8
De la depravation actuelle
des hommes.
L'homme est bien
eloigné de la perfec=
tion absolue
191. 537. Si tout ce qui entre dans la constitu=
tion de l'homme etoit rapporté a la fin
et que toutes les parties de son Etre 1 mot biffure= generale de son existen=
sent a la destination
ce, il seroit un Etre parfait, -
toutes les pensées, volontés, actions, seroient
entierement conformes au prescrit et a l'Esprit
de la Loi divine, - il seroit complette=
ment vertueux, - et pourroit conter
pour cette vie, et surtout pour la vie avenir
sur un bonheur aussi parfait que sa nature
peut le permettre.
Il ne peut faire au=
tre chose que des pro=
grès vers la perfection
qui varient beaucoup
chès les divers Indi=
vidus
538. Mais toute perfection chès lui l'homme a
ses limites, - comme aussi ses obs=
tacles, qui peuvent en empecher ou retarder elle doit donc etre chès les
les progrès (I 176-179)
1 mot biffure divers Individus plus ou moins avancée
en degré, selon qu'ils prennent plus ou moins
de soins, pour faire un bon usage de leurs
facultés, pour se tenir en garde contre
les obstacles, contracter l'heureuse habitude et tendre
de les eloigner ou de les vaincre pour
sans cesse vers la destination generale de
leur existence.
La plupart ne font
pas 4 mots biffure
bien les progrès qu'ils
seroient en etat de
faire
539 un chifrre biffure. On n'ignore pas encor que les hommes
sont fort eloignés de faire dans la carriere
de la perfection tous les progrès dont ils seroient
susceptibles; qu'il faut beaucoup de temps
a la plupart pour apprendre a se condui=
re avec quelque reflexion, et non pas uni=, que lors même qu'ils paroissent
quement d'apres des impulsions aveugles
(I 196)
avoir acquis une certaine maturité de ju=
gement, ils sont encor sujets a se tromper
et a tomber dans mille meprises, par def=
faut d'examen, par precipitation, preven=
tion, surtout par les nuages que les passions
<142> [170] elevent dans l'ame, qui leur font appercevoir
les objets tout autrement qu'ils ne sont. 1 mot biffure
1 ligne biffure
Ils se laissent emporter
aux impulsions aveu=
gles de la sensibilite
et aux suggestions de
l'amour propre
540. Qui est ce qui ne connoit, par sa
propre experience, aussi bien que par celle
d'autrui, quelle est la force du penchant que
les hommes ont generalement pour les choses
sensibles, la facilité qu'ils ont a ceder du
premier coup aux impulsions de leur sen=
sibilité, avant que de s'etre donné le temps
et la peine de de reflechir; combien de fois
il leur arrive de se determiner sans aucun
motif distinct, d'après les idées confuses,
les tableaux phantastiques et seduisans
de leur imagination, et sans egard aux aux jugemens vrais
idées distinctes et
de leur Intelligence; de ne suivre enfin
que les suggestions d'un amour de soi
même aveugle, un amour propre et
personel, exclusif, qui devient en eux
le germe funeste de toutes sortes de pas=
sions dereglées et d'habitudes funestes.
Ils tombent dans
5 lignes biffure
541. Il y a t'il même un seul homme
a qui il n'arrive de commettre des pechés
non seulement d'ignorance, d'inadvertance
de foiblesse, mais meme de pechés volon=
taires contre leurs ses lumieres, -
qui, lors même qu'il voit distinctement le
mal qu'il faudroit eviter, le bien qu'il
faudroit faire, ne soit se laisse entrai=
ner par des passions impetueuses a faire
tout autrement que ce que la conscience
leur prescrit comme Devoir; qui voiant
distinctement le bien reel, ne donne en=
cor la preference au bien apparent, qui
seduit ses sens, et son imagination, et flatte
ses penchans favoris; qui n'eprouve enfin
souvent les plus grands obstacles de la
part de son propre coeur lorsqu'il s'agit
de faire usage de sa liberté pour pratti=
quer le bien, et ne soit comme contraint
de faire cet aveu; video meliora
proboque, deteriora sequor.
<142v> [171] 12 lignes biffure
542. L'exp Une triste experience ne
demontre t'elle pas qu'il y a chès la plupart
des hommes, une passion dominante, qui
devient dans leur coeur le germe de toutes
sortes de mouvemens dereglés, et de pechés qui les eloigne de
propres a les 1 mot biffure,
tout le bien qui ne peut se concilier avec
ses interets, et qui même infecte tout ce
qu'ils font de bien exterieurement, selon
le prescrit de la Loi, en y associant des vues
et des motifs etrangers ou contraires a
son Esprit (78 115) je dis plus, qui pendant
qu'elle exerce son empire, les met dans l'im=
puissance de faire aucune action vraiment bon=
ne, - et les dispose a violer la
Loi de Dieu dans tous ses points, dès que
l'occasion se presente de la transgresser.
pour en suivre les mouvemens (22(128)
543. Prenès par ex: un voluptueux chès
qui la sensualité est la passion dominan=
te, il ne vous paroitra d'abord ni ambitieux
ni injuste, il vous semblera plutôt même
moderé, equitable, doux; mais se presente
t'il une occasion ou il ne puisse satifai=
re sa une passion brutale, sans s'elever a
quelque dignité, ou commettre quelque
injustice, soiés sur qu'il cessera bientot
d'etre ce qu'il vous paroissoit; il deviendra
ambitieux, avare, injuste; prenès un
avare, il vous paroitra d'abord eloigné d'ambition
et de faste, mais faites lui comprendre
que telle ou telle dignité lui fournira
de nouveaux moiens de s'enrichir, bien=
tot il sera plus ambitieux que personne;
avec de l'argent vous le porterés a toutes les
bassesses, a tous les crimes; toute passion
dominante quelquonque est un princi=
pe destructif de vertu, et une source
empoisonnée de tous les vices.
544. Tout ce que vous voiés faire de bien
a un homme obsédé 1 mot biffure et tyrannisé
par une passion, n'est qu'un phantome
de vertu; c'est ou vertu de temperamment,
<143> [172] qui n'est suivi d'aucun bon effet moral,
ou vertu forcée, qui ne resulte que de l'im=
possibilité ou il est d'associer certains vices
avec sa passion dominante, qui le met
dans la necessité de s'en abstenir, ou
vertu simulée qui le dont il affecte les
dehors, par certaines actions qu'il peut faire
sans peine et sans qu'il en coute a la passion
favorite, mais auxquelles il renonce bien=
tôt dès que celle ci cesse d'y trouver son
comte.
545. Ces fausses vertus, quoiqu'elles pro=
duisent exterieurement des quelques effets bons et
utiles a la societé, ne peuvent cependant
a tout prendre, qu'etre pernicieuses, quant
a celui qui les exerce, parce qu'elles lui ou=
vrent une source feconde d'illusions dange=
reuses sur son etat moral, en lui donnant
lieu de se flatter qu'il est reellement vertueux
parce qu'il en a les apparences et le nom, et
lui faisant negliger l'acquisition des ver=
tus qu'il croit avoir, ce qui le conduit a la
securité la plus funeste. 4 mots biffure Et quoi que ces vertus
2 mots biffure 1 mot biffure très prejudiciables a la 1 mot biffure
2 mots biffure
la semblent produi=
re au dehors quelques
fruits avantageux
elles ne laissent pas
d'etre funestes au fond
et tres reellement
funestes a la societé
1° parce qu'elles empe=
chent d'acquerir des
vertus reelles et qui
lui seroient tout au=
trement utiles 2° parce qu'elles tournent en piege
a ceux qui en sont les temoins, qui se voient
souvent sacrifiés ainsi par ceux mêmes
dont ils avoient le moins sujet de se deffier;
quant aux plus dangereux mille fois
que ceux qui ne prennent les dehors d'au=
cune vertu pour en imposer, et se livrent
ouvertement a leurs passions.
Tout annonce ches
les hommes une nature
morale depravee
ou un etat moral
discordant avec
2 mots biffure des=
tination 3 mots biffure
2 lignes biffure
546. D'apres ces reflexions Qu'on 1 mot biffure promeine ses regards
sur le spectacle que nous offre l'espece
humaine; on que trouvera t'on, presque univer=
sellement sous les chès tous les hommes? des
traits qui annoncent hautement la depra=
vation de leur nature et de leurs facultés;
un Entendement obscurci par les tenebres
de l'ignorance et de l'erreur, promt a s'aveu=
gler lui même, par sa precipitation a
juger, par son respect pour l'opinion,
sa deference aux illusions et aux sophismes
qui flattent la chair et les sens; une volonté
<143v> [173] qui au lieu de suivre toujours le dicta=
men de l'Intelligence, se laisse le plus sou=
vent entrainer aux impulsions aveugles de
sa sensibilite et des penchans; des penchans
qui; degenerant en passions violentes, cessent
d'etre subordonnés a l'Intelligence, et luttent
perpetuellement contre elle pour soustraire
la volonté a sa direction; une ame
depouillée en grande partie de l'empire
qu'elle devroit exercer sur elle même, sur
ses penchans, sur les organes, et les mem=
bres de son corps, qui ne veulent plus obeir
qu'a l'impulsion des passions; qui succom=
be aux tentations dans toutes les occasions
dangereuses, et devient ainsi peu a peu
l'esclave d'elle même, de ses gouts, de ses
habitudes vicieuses, qui la precipitent
dans toutes sortes d'ecarts, et dans l'abysme
des maux qui en sont la suite inevitable;
mort spirituelle etat deplorable ou l'ame se trouve
dans une impuissance totale de sortir
de sa misere, 1 mot biffure ni même de se reveiller
de l'assoupissement funeste ou l'en qui a
enchainé ses facultés et ses forces, et
1 ligne biffure
1 mot biffure et deplorable etat moral qui
doit conduire l'homme 3 mots biffure
inevitable, ou a une mort eternelle
selon tout ce qui a ete dit.
547. Tell'est la malheureuse situation
ou se sont trouvés et se (se trouvent actuellement encor les hommes pauvres humains; comme nous
presque universellement
pouvons nous en convaincre, non seule=
ment par l'histoire de tous les peuples,
et en lisant le triste catalogue de tous
les excès et les crimes dont l'espece humai=
ne s'est souillée dans tous les temps; de
même que les plaintes ameres qu'on fait
a ce sujet un petit nombre de Sages
qui eux mêmes n'ont pas été exempts
des folies et des travers de l'humanité;
mais sans remonter si haut, nous n'avons
pour nous convaincre de ce fait univer= qu'a ouvrir les yeux sur tout ce qui
sel
nous environne, sur tous les evenemens
que nous offre la scene de ce monde; ou la
<144> [174] seule Societé dans laquelle nous vivons,
nous que dis je, nous n'avons qu'a rentrer en
nous mêmes, examiner le tissu de nôtre
conduite, et surtout les ressors secrets qui
nous meuvent; il ne nous sera plus possi=
ble de douter revoquer douter de la grande
depravation de l'espece humaine, qui
fait qu'elle est si eloignée actuellement
d'etre ce qu'elle pourroit et devroit etre pour
repondre a sa destination, 2 mots biffure, qu'elle est dans un etat
2 mots biffure 1 mot biffure
moral absolument discordant avec ce
qu'exigeroit sa nature et les vues que
Dieu a evidemment sur elle; une sorte
de maladie morale des plus dangereuses
puisqu'elle conduit l'homme a une mort
mille fois pire que la mort naturelle, je
veux dire une mort sprirituelle, qui
rend l'homme incapable de toute activité
pour le bien et le bonheur, et ne lui en
laisse que pour le mal et le malheur;
mort qui doit enfin etre inevitablement
suivie de la mort eternelle, ou il ne
vivra plus que pour le desordre et un
malheur eternel (186 187) (532 538)
Chap XI XVIII
Des moyens, d'y
remedier
Des Devoirs de l'hom=
me relatifs a son
etat de depravation
actuelle.
remedier
Il est du Devoir essen=
tiel de l'homme de
chercher avant tout
a bien conoitre et
sentir la depravation
et sa misere, et la
necessite d'en sortir par
un serieux retour a
la verite et la vertu
CONNOITRE CETTE
DEPRAVATION
548. Tel'étant l'etat actuel de corruption
et de misere auquel tous les hommes parti=
cipent du plus au moins, il est evident
qu'il est du Devoir essentiel a chaque hom=
me de chercher avant tout a bien connoi=
tre et a sentir vivement cette misere.
Ceux qui sont atteints de maladies corporelles
sentent d'abord leurs maux, et ils conviennent
et desirent d'eux mêmes d'y trouver quelque
remede. Il n'en est pas de meme des mala=
dies spirituelles: les plus malades sont sou=
vent ceux qui refusent le plus obstinement
d'en convenir; les plus fols veulent etre les
plus sages; le point le plus difficille de leur
guerison est de les amener a la pleine convic=
tion de leur misere; des qu'on a gagné ce
point, on a presque tout fait. C'est La premie=
re chose que doivent donc faire ceux a qui il
reste quelque principe de Sagesse,
<144v> [175] c'est de reflechir serieusement sur tout ce
que leur etat moral actuel a de contraire
a leur nature, a leur destination, aux vües de
Dieu, a sa volonté, et des la même a leur
veritable bonheur, et combien il importe
a leurs veritables interets de sortir d'un etat
aussi deplorable par un serieux retour a la
verité et la vertu, un retour d'autant plus
promt que le danger est plus pressant, que
les difficultés qu'il offre a surmonter crois=
sent sans cesse a proportion que les mauvai=
ses habitudes s'enracinent; un retour enfin
bien decidé, soutenu et constant, qui ne soit
plus suivi de rechutes nouvelles, lesquelles
1 mot biffure contribueroient a empirer l'etat prece=
dent et le rendre plus incurable encor.
Il n'est pas moins neces=
saire de rechercher
avec soin quelles sont
les causes qui ont pu
amener cette deprava=
tion parmi les hommes
et qui servent a 1 mot biffure
tenir 3 mots biffure
d'eux
EN RECHERCHER
LES CAUSES.
549. Un second Devoir que qui se deduit im=
mediatement du precedent, c'est de s'occupper
a la rechercher des principales causes qui comment cette deprava=
tion a pu ont pu s'introduire cette depravation par=
mi les hommes qui, originairement 1 mot biffure crées par un
et les considerer comme l'ouvrage d'un
Dieu tout sage et tout saint 1 mot biffure, doivent etre sor=
tis de ses mains avec une sagesse et une
droiture naturelle, dont ils n'ont pu
s'eloigner que par l'abus de leurs facultés,
1 mot biffure et par des causes survenues,
qui ont donné naissance parmi a la
corruption, l'ont entretenue et propagée
parmi eux sur la terre. On peut doit mettre au nombre
de ces causes tout ce qui a pu contribuer
a aveugler l'Intelligence, a soustraire la
volonté a son 2 mots biffure dictamen, pour la sou=
mettre a des penchans aveugles, tout ce
qui a pu faire convertir l'amour de soi
même en amour propre et personel exclu=
sif, et l'Inclination naturelle pour les choses
sensibles, en convoitise effrenée et livrer
ainsi l'homme aux impulsions de passions
violentes, avant que, instruit par sa pro=
pre experience et par la reflexion, il ait
pu en connoitre les dangers; toutes qui ces dispositions en general vitieuses
fait
qui ont pu favoriser contribuer a
<145><145v> <146> [176] pervertir les penchans naturels et innocens
1 mot biffure a les convertir en mouvemens, irregu=
liers, incapables d'etre contenues par la rai=
son, toujours en lutte avec elle pour en obscurcir la raison
obscurcir toutes les 1 mot biffure et les principes,
et en detruire toute l'impression sur la
volonté; tout ce qui peut a pu 1 mot biffure contribuer
a oter a l'homme l'empire sur son propre
coeur et le rendre esclave de lui même.
elle meme et oter
a l'homme tout em=
pire sur son propre
coeur
causes qui sont ou in=
terieures ou exterieures
550. On peut meme mettre dans ce rang, une
legereté, presque generale chès les hommes,
qui fait qu'ils ne sont presque jamais contens
de leur sort et aspirent toujours a changer
d'objets de 1 mot biffure et de jouissance, une
curiosité indiscrette, qui veut eprouver
de tout, et expose les hommes a mille me=
prises et tentations; et la une precipitation
a juger et a agir sans examen, et
malgré cela une opiniatreté deraison=
nable a persister dans ses idées, et son
sens, sans egard aux instructions des
autres ou de l'experience. A cela il faut
joindre l'influence des divers temperam=
mens, dont tous ont une assès grande for=
ce pour disposer les l'hommes, les uns a un
vice, les autres a un autre, a l'orgueil
la sensualité, l'avarice, la paresse
selon ce qui a été dit (I 162-163)
et determiner leurs penchans vers les divers
objets qui les environnent, selon qu'ils en
sont differemment affectés.
551 A toutes ces causes qui tiennent
a la constitution interieure de l'homme il
faut joindre des causes exterieures qui
sont d'une très grande influence, telles
que sont l'education, tant pour le physi=
que que pour le moral, les maximes
fausses et pernicieuses qui sont peuvent
etre repandues parmi les hommes ou dans
la societé ou l'on vit, des usages, des cou=
tumes tout a fait etrangeres aux bonnes
moeurs, des mauvais exemples qu'on peut
avoir devant les yeux, des commerces
trop familiers avec des personnes vicieuses,
<146v> [177] certaines conditions ou genres de vie en
suite desquels l'homme se trouve placé
en diverses situations ou les motifs faux
et trompeurs peuvent faire de plus vives im=
pressions sur lui, mille circonstances va=
riées et combinées a l'infini qui fournis=
sent des occasions favorables pour faire
le mal, sans obstacle, et sans gene, et
souvent par des moiens qui mettent a cou=
vert des suites naturelles qui en pourroient
resulter.
Il importe surtout de
chercher a remedier
a sa corruption natu actu=
relle par l'usage assi=
du de tous les moiens
qui peuvent detruire
ou au moins affoiblir
les causes, il faut
eclairer l'entendement
EMPLOIER LES
MOIENS POUR LES
DETRUIRE OU AF=
FOIBLIR
553 Un troisieme Devoir essentiel pour
tout homme sage, c'est de chercher a reme=
dier a sa corruption actuelle par l'usage
assidu de tous les moiens qui peuvent en
detruire ou affoiblir les causes. en lui Pour cet effet il doit 1° travailler
meme
a eclairer son Entendement sur tous les
objets qui ont rapport a son etat moral,
sa destination, ses Devoirs, ses esperances
et ses craintes; objets dont la connoissance
distincte, presente et familiére a son Esprit,
peut devenir en lui un principe lumineux
propre a eclairer et diriger ses pas, et incli=
ner sa volonté vers les biens spirituels et
eternels plutot que vers les biens corporels
et passagers. contenir l'amour Il doit 2° chercher a conte=
propre
nir son amour propre dans les termes d'un
amour de soi même eclairé, sage et raison=
nable qui ne lui permette jamais d'oublier
ce qu'il doit aux autres Etres, et en general
toutes les impulsions de sa sensibilité et
de tous ses penchans, dans de justes une juste
dependance, ensuite ensorte qu'il puisse
toujours les reprimer, pour qu'ils ne degene=
rent pas en convoitises effrenées, en passions
turbulentes, en habitudes inveterées qui
tyrannisent son coeur, et y etouffent les
precieux germes de l'amour de Dieu, et de
l'amour de ses semblables; mais que plutot
ces deux affections toujours dominantes,
y demeurent dans une harmonie parfai=
te avec l'amour de soi même, et conspirent avec
ce dernier pour affermir ses pas dans la
carriere de la perfection et du bonheur.
<147> [178] se tenir en garde
contre l'influence du
temperamment.
Il doit enfin se tenir en garde contre les
influences de son temperamment selon qu'il
le connoit disposé a incliner son coeur vers
tel ou tel objet sensible, et en general contre
toutes les causes exterieures dont nous avons
parlé, selon ce qu'elles peuvent avoir plus d'effi=
cace pour arreter ses progrés, ou l'entrainer
pour le seduire et l'entrainer dans des chutes
funestes.
s'y prendre de bonne
heure pour triompher
des obstacles
S'Y PRENDRE DE
BONNE HEURE
556. Mais pour reussir dans un ouvrage
de cette importance, il faut 4° s'y prendre
de très bonne heure, car si l'on laisse a ses
passions le temps de prevenir l'usage de la
reflexion, et de gagner l'ascendant sur la
volonté aux depends de celui que doit avoir la
raison, les difficultés et les obstacles peuvent
se multiplier au point de rendre cet ouvrage
presque impossible; on aura beau faire les
plus grands efforts, jamais on ne pourra se
mettre a l'abri des tentations et de l'influence
victorieuse des objets sensibles, et on se
trouvera, a tout instant, dans le cas de voir
le meilleur et de suivre le pire. Que si mal=
gré cela, on ne se laisse cependant pas decou=
rager, si instruit par l'experience, de ses
chutes et de leurs suites funestes, on s'arme
de fermeté et de vigilance pour resister
a ses passions, on ne manquera pas de
remporter quelques victoires sur elles; et
le plaisir flatteur qu'on goutera dans ses
triomphes, sera une nouveau ressort de
plus pour exciter l'ame, pour augmenter
son courage et ses forces, ainsi que lui
assurer de plus en plus le succes dans les
guerres qu'elle livrera a ses passions, et
la mes enfin un empire complet sur celles
qui la mettra en etat de les contenir, les
moderer, et les faire servir même d'instru=
ment utile pour avancer ses progrès en
perfection, et s'affermir dans le bien moral
comme etant la seule source du veritable
bonheur.
AVEC PRUDENCE
detenir sans cesse toute
prudence 2 mots biffure
1 mot biffure
557. Mais pour si nous voulons sortir
victorieux de ce combat contre nous mê=
mes, il faut 5° que toutes les fois qu'une
image seduisante nous est presentée,
<147v> [179] toutes les fois que notre sensibilite est
trop vivement affectée par les impressions
de quelque objet, que nous rappellions inces=
samment a nôtre Esprit toutes les reflexions
qui ont rapport a nos Devoirs, a leur im=
portance, aux avantages qui nous revien=
nent de leur observation; il faut que nous
contractions de bonne heure l'habitude de
ne jamais nous livrer a la paresse, l'indo=
lence d'Esprit, aux egaremens de nôtre Ima=
gination, mais plutot de nous occupper d'idées
et d'objets serieux, propres a eloigner les idees
insensées, et etouffer les impressions dangereu=
ses; il faut, lorsque nous nous sentons
saisis actuellement par quelque impression
forte, que nous suspendions toute action
jusques a ce que nous soions plus calmes,
et que nous puissions nous livrer a la refle=
xion, pour examiner l'objet qui nous a af=
fectés, et voir s'il est effectivement digne de
nôtre attachement; il faut surtout que nous
evitions les objets dont nous savons par ex=
perience qu'ils peuvent faire sur nous des
impressions trop violentes, nous surprendre
au depourvu, nous tenter et nous seduire,
et que nous prenions garde de nous expo=
ser au danger sans necessité; que nous
fuions les lieux et les personnes dont nous
avons quelque sujet de nous deffier et de
craindre le pouvoir sur nos Esprit et sur
nos coeurs. 558. Dans les circonstances critiques,
de la dans l'adversité, les maladies, aux
approches de la mort, il faut que nous rap=
pellions toutes nos forces pour reprimer
les mouvemens de nôtre sensibilité, pour
conserver ce sens froid qui sert si effica=
cement a affoiblir les impressions des
maux, il faut et pour cela il est necessaire
que nous nous accoutumions de bonne
heure a voir le mal de loin sans effroi,
que nous nous familiarisions avec son
idée, afin qu'il ne nous surprenne jamais
a l'improviste, et sans que nous soions
deja premunis contre ses atteintes.
<148> [180] Les moiens que la
sagesse humaine
1 mot biffure pour 1 mot biffure=
mer cet ouvrage si
importante ne sont
pas suffisans et
pourquoi?
559. Telses sont les moiens que la simple
sagesse, ou la lumiere naturelle, presente a
l'homme pour remedier, autant que possible,
a son etat actuel de corruption, et de misere,
et lui rendre le calme et la tranquillité,
qui sont si necessaires pour le mettre en etat
de tra triompher de lui même, de revenir
au bien, et de travailler a sa perfection et
son bonheur. Mais ces moiens sont ils suf=
fisans? peuvent ils le rassurer entierement
sur son sort, peuvent ils le ramener effica=
cement au chemin de la verité et de la
vertu? question trop importante pour
la laisser indecise?
560. C'est un principe incontestable que
l'homme pecheur ne peut esperer aucune
communion avec Dieu, ni aucun bonheur,
et n'a au contraire que misere a attendre,
pendant qu'il demeure chargé de crimes,
assujeti aux peines naturelles qui les sui=
vent, et aux peines positives que la Justice
de Dieu ne sauroit se dispenser de leur infli=
ger, selon ce qui a été dit (186 3 nombres biffure).
L'unique fondement d'esperance qu'il pour=
roit avoir, seroit la misericorde infinie de
Dieu, qui le dispose a pardonner et faire
grace. Mais Cette misericorde peut sans dou=
te l'autoriser dans fonder l'espoir de quelque sup=
port, de quelque delai de punition, pendant pendant qu'il y a lieu au
quelque temps,
retour; mais quand elle pourroit lui garan=
tir qu'il sera l'exemption des peines arbi=
traires que de la Justice divine leur 1 mot biffure, toujours
est il certain qu'elle ne sauroit l'autoriser lui fournir
a se flatter a aucun fondement legitime d'esperer celle des peines natu=
relles que le vice entraine inevitablement
après lui; car pour lui procurer une telle
exemption, il faudroit que Dieu deploiat
sa puissance miraculeuse pour suspendre
toutes les Loix de l'ordre moral, ou même
les abolir entierement, afin de laisser
un libre cours a sa misericorde arbitraire,
sans egard a ce qu'exige sa justice, ce
qu'il est impossible de concevoir ni
de supposer un instant. Du moins
<148v> [181] faudroit il encor pour que cette miseri=
corde put s'exercer envers tous ses pechés
precedens, par la suppression totale de
toutes leurs consequences, que le pecheur
put en effacer la tache et jusques au sou=
venir, par un retour a la verité et la ver=
tu, serieux et efficace, qui le mit a cou=
vert de toute rechute pour l'avenir; mais
qui repondra de ce retour et de sa perse=
verance dans le bien? ou prendra til des
forces suffisantes pour se reformer et
se refondre en entier, Comment le
Maure changera til sa peau, et le Leo=
pard ses taches? comment celui qui est
accoutumé a faire le mal, prendra t'il
l'habitude de faire le bien?
Chap XIX
Necessite d'une
morale revelee
Chapitre XVIII
XX La necessité
et 1 mot biffure d'une 1 mot biffure morale
qui ne se trouve que
dans la revelation.
Pour remedier a la de=
pravation actuelle
de l'homme, il fau=
droit une bonne mo=
rale 1 mot biffure qui a
2 mots biffure, pratti=
quée 3 mots biffure
3 lignes biffure
et 1 mot biffure asses
efficaces, pour suppleer
a sa foiblesse. Une
morale en un mot
telle qu'il conviendroit
a l'homme perverti
et miserable pour
le tirer de son etat
570. Ce ne sera donc pas assès pour operer
la guerison de l'homme de le de le bien
convaincre de sa maladie spirituelle, de
lui inspirer un vif desir d'etre gueri, il
faudroit encor lui decouvrir quelque
remede sur, et lui apprendre a l'emploier
convenablement. Ce seroit, sans contre=
dit, un bon remede qu'une instruction
morale, 5 mots biffure,
qui en faisant connoitre aux hommes
leurs Devoirs, leur apprendroit en même
temps a les bien remplir et leur en facili=
teroit la prattique; une morale qui
Mais pour qu'une telle morale put etre reel=
lement salutaire, elle il faudroit 1° qu'elle
fut asses claire solide et complette pour
eclairer substamment pleinement leur Esprit sur
le Devoir, par des instructions prattiques,
renfermees dans des preceptes clairs et
precis, d'une application assès etendue
et assès facile, pour qu'ils pussent en toute
occasion, demeler surement ce qu'ils doivent
faire et ce qu'ils doivent eviter; il faudroit
2° qu'elle eut assès d'efficace pour tou=
cher leur coeur par des motifs capables
de le flechir a l'obeissance, d'une evi=
dence et d'une certitude qui put les
fit triompher de tous les attraits seducteurs
<149> [182] du vice; il faudroit 3° qu'elle fournit a
l'homme corrompu et foible, tous les secours
dont il a besoin dans son etat actuel, direc=
tions pour lui apprendre a se rendre mai=
tre de son coeur, conseils pour resister aux
tentations, consolations pour prevenir le
desespoir ou le decouragement, moiens
efficaces, et aides 1 mot biffure, secours
exterieurs 1 mot biffure suffisans, pour soutenir
ses efforts et le rendre victorieux des dif=
ficultés.
570. Telle seroit la morale usuelle
dont l'homme auroit le besoin le plus pres=
sant dans son etat actuel; science egale=
ment importante par son objet, son but,
ses moiens et les avantages inestimables
qu'elle peut pourroit lui procurer. Ce n'est ne seroit pas seule=
ment une lumiere pour eclairer son Esprit
c'est ce seroit encor une flamme propre a rechauffer
son coeur, et une source intarissable de
consolations et de delices, ce n'est ne seroit pas la une
morale seulement destinee a l'usage de l'homme deja ver= suppose deja vertueux, ce seroit la mora=
tueux, c'est celle de l'homme vicieux
le destinee au salut de l'homme perverti et foible et miserable, qu'elle auquel
elle tendroit 1 mot biffure une main secourable
pour l'arracher a sa misere, et le rendre
a sa destination.
Une telle morale
ne se trouve ni dans
les Loix civiles ni
dans les ecrits des
Philosophes
571. Mais ou trouverons nous une telle
morale? Sera ce Ce ne sera pas dans des
corps de Loix civiles, faites par des hommes
qui se bornent a reprimer les injustices cri=
antes, se taisent sur une foule de pechés,
n'obligent personne a faire le bien et n'ont
aucune efficace pour faire le sur le coeur
et ses affections. Que les hommes seroient
a plaindre s'il n'existoit sur la d'autre morale
pour les rendre sages et heureux?
572. Nous trouverons sans doute quel=
que chose de mieux dans cette morale
philosophique que la seule raison per=
fectionnée et aidée de l'experience nous
enseigne, et qui est tout aussi certaine
que la religion naturelle, a laquelle elle
est inseparablement unie ( ).
<149v> [183] Nous pouvons comprendre même
que cette morale naturelle eut pu suf=
fire a l'homme pendant qu'il en seroit
demeuré l'observateur exact; mais de=
puis qu'il est tombé dans un etat d'a=
veuglement, de depravation, et de mise=
re, il est aisé de sentir qu'une telle mo=
rale a du s'obscurcir et se defigurer
dans son Esprit, qu'elle a du perdre son
efficace sur son coeur, et qu'elle est
restée absolument insuffisante pour
remedier a son impuissance, et a sa
misere, en sorte qu'elle est très eloignée
de reunir tous les caracteres d'une
essentiels a une morale usuelle
telle que l'exige la situation actuelle
des choses humaines.
573. Nous pouvons juger de l'insuffi=
sance de cette morale philosophique
par ce qui nous reste des ecrits des Philo=
sophes de l'antiquité. Les fondemens
de leur morale sont presque entierement
etrangers a la Religion et souvent même
contraires a ses principes fondamen=
taux; Devoirs et motifs, tout semble
se borner absolument a la vie presente
et aux Dev vertus sociales; ils approu=
vent certains vices, ils blament certaines
vertus, ils ne disent rien, ou du moins rien
de positif sur des Devoirs importans;
ils les appuient sur des motifs peu lou=
ables ou peu efficaces; en general on n'y
trouve rien qui soit propre a l'etat ac=
tuel de l'homme pour operer sa reforme
et subvenir a sa foiblesse.
Nous ne la trouvons
que dans la revela=
tion que Dieu nous
a donnee
574. Mais autant nous avons de raisons
pour mettre nôtre confiance en la Sagesse
et la Bonte infinies de nôtre Dieu, autant
nous avons sujet d'esperer qu'il pourvoira,
ou qu'il aura deja pourvu par quelque
moien ou secours surnaturel aux
besoins pressans de nôtre etat moral, et
des la même qu'il de presumer qu'il existe
quelque part sur la terre une Doctrine
divine et celeste qui reunisse tous les
<150> [184] caracteres requis d'une morale 1 mot biffure
propre a remedier a nôtre misere spiri=
tuelle. Ce n'est pas ici le lieu de devellop=
per les preuves de l'origine divine de
ce Livre par excellence, que nous appellons
l'Ecriture Sainte; il nous suffit de remar=
quer qu'un de ses buts principaux a été
de nous donner precisement cette mo=
rale parfaitte et assortie a nôtre condi=
tion naturelle, qui supplée en tous points
a ce qui manquoit a la morale naturelle
pour satisfaire a nos besoins.
La morale revelee
ou Chretienne con=
vient en tout point
avec la morale na=
turelle, mais elle est
tres superieure a
plusieurs egards,
quant a l'origine, a
l'objet, au fondement
au but, aux preceptes
aux motifs, aux secours
575 Cette morale revelée ou Chretienne n'est
rien a aucun egard en opposition avec la
morale naturelle; elle la suppose partout;
elle renvoie a ses principes comme a des
principes connus; elle appuie ses instructions
sur les siennes comme sur une baze ine=
branlable; elles conviennent en tout,
dans leur origine, leur objet, leur fon=
dement, leur but, leurs moiens. Mais
cette convenance si sensible a tous ces
egards, n'empeche pas qu'il n'y ait, et aux
mêmes egards, une grande difference entre
elles, toute a l'avantage de la morale Chre=
tienne.
quant a l'origine
576 Considerons les 1° quant a leur ori=
gine. L'une et l'autre viennent de Dieu;
mais l'une par une voie mediate, par le
canal d'une faculté humaine, sujette a
l'erreur; l'autre par une voie immediate
et infaillible, une revelation divine.
Considerons les 2° quant a leur objet; l'une
et l'autre se rapportent a l'homme, mais
la morale naturelle ne le considere que sous
l'idée generale de l'homme; mais la revelée
le considere de plus comme degenerés,
affoibli, malade, qui a besoin de remedes
et de regime pour etre rappellé a la vie spi=
rituelle.
217. Considerons les 3° quant a leur fondement.
L'une et l'autre etablissent leur fondement
sur les relations que l'homme soutient avec
<150v> [185] Dieu; mais la premiere se borne a la depen=
dance naturelle de l'homme a son egard com=
me son souverain Maitre; la 2de y joint la
relation de Creature rachetée et adoptée,
envers un Pere misericordieux qui a daigné
la rappeller a la liberté, a la lumiere, au
salut. Considerons les 4° quant a leur
but; l'une et l'autre se proposent de condui=
re l'homme au bonheur et même a la feli=
cite future eternelle; mais la morale naturelle
n'en parle pas a beaucoup près avec autant
de certitude que la revelée qui fixe sur
ce grand objet toute l'attention et les
esperances de l'homme.
219 Quelle superiorité la morale Chre=
tienne n'a telle point encor 5° du côté des
preceptes; sans erreurs, sans omissions
sans superfluités, tous ses preceptes sont
justes, droits, utiles, exprimés avec la
plus grande clarté, d'une maniere qui
est a la portée des plus simples et qui en
rend l'application sure et facile; rien de
tout ce qui est essentiel aux besoins ac=
tuels de l'homme, et necessaire a sa
reforme 1 mot biffure, n'y est oublié, c'est une
morale de regeneration.
220. Quelle superiorité encor 6° du côté
des motifs? sans negliger ceux que la
morale naturelle presente, elle insiste
principalement sur la promesse d'un salut
eternel, comme un ample dedommage=
ment des maux que les justes peuvent
souffrir ici bas, et une retribution infini=
ment superieure a celle du present siecle.
A cela elle joint les puissans motifs de
reconnoissance, d'amour et d'obeissance,
qui se tirent de nôtre redemption par J. C.
et de nos obligations comme enfans
adoptés de Dieu. 1 mot biffure Et lorsqu'elle presse
l'obligation ou nous sommes de nous sou=
mettre a la volonté de Dieu, elle a soin
de nous rappeller sans cesse que ce n'est pas
<151> [186] ici une volonté arbitraire ou tyranni=
que, mais une volonté toute bonne,
toute sainte, toute agreable, et en meme
temps toute parfaite. Jamais elle n'em=
ploie de raisons dont l'homme ne puisse
sentir lui même toute la force, comme
elle ne propose jamais de maximes qu'il
ne doive approuver, en consultant ses
veritables interets.
221. Enfin ce qui demontre sa grande
superiorite, c'est qu'elle fournit a l'hom=
me tout ce qui est necessaire pour subvenir
a sa foiblesse, direction, conseils, moiens,
secours publics et particuliers, exterieurs
interieurs. Telle est l'excellence de la
morale Evangelique destinée a eclair=
cir, confirmer, devellopper la morale
naturelle, et lui servir de supplement
pour tout ce qui lui manque relative=
ment a l'etat actuel de l'homme.
222. Malgre cette superiori=
te de la morale Evan=
gelique, il est tres utile
de s'occuper comme
nous l'avons fait a de=
duire les principes de
la morale philosophique. Mais cela etant ne devrions
nous pas abandonner entierement la
morale naturelle pour ne nous occupper
que de la morale chrétienne? et pourquoi me
dira t'on venes vous
de perdre votre temps
a nous transcrire
une morale toute
fondée sur la na=
ture des choses et le
raisonnement? Je reponds
que cela non; et a cela que l'etude de celle La
morale naturelle nous est et nous sera toujours tres necessaire
pour nous retracer les premieres notions
et les principes generaux de morale que
l'Evangile suppose, et sur lesquels il ba=
tit, pour nous rendre plus sensibles la
beauté, la justice, l'utilité des preceptes
que celui ci nous donne; pour nous
mettre en etat d'en faire l'application
a une infinité de cas particuliers qu'il
n'ont n'a pu etre specifier; 1 mot biffure pour
reduire les instructions de l'Evangile a
un certain ordre methodique, et en
faire un corps regulier; enfin pour
former nôtre Esprit a une connoissan=
ce distincte et solide, qui le penetre
du respect pour la verité, et lui donner inspire cet amour
eclairé pour la vertu, sans lequel
il n'en est point de reelle.
<151v> [187] 223. Selon nos principes 2 mots biffure Suivant cela il
Il semble qu'il eut été convenable de
presenter les elemens ou principes gene=
raux de la morale Chretienne a coté
de ceux de la philosophie morale,
en les rapprochant dans tous leurs points
de convenance ou de contact, pour
que ces deux instructions pussent se pre=
ter un jour mutuel, mais nôtre but
a été d'executer ces deux choses separe=
ment, en commancant par l'exposition
des elemens de la philosophie morale
considerés separement de la morale
revelée. Si ce premier essai peut
avoir quelque succés, c'est a dire
quelque utilité reelle pour l'avance=
ment de la gloire de Dieu et les progres
de la vertu qui en a été le
seul but, il sera suivi d'un second
destiné aux elemens de la morale
chretienne, ou nous marquerons avec
soin 1° les articles dans lesquels elle
convient avec la premiere; 2° tout ce
qu'elle a ajouté a celle ci pour les
besoins de l'homme pecheur. Cela
second essai pouroit etre suivi d'au=
tres ou 3 mots biffure qui presenteroient la morale phi=
losophique et la morale chretienne
dans leur 1 mot biffure reunion, sur tout le detail des Devoirs particu=
liers, et tout ce qui doit entrer dans
le plan d'une morale usuelle. Que
si nous voions que peu de fruits de
ce premier fruit de nôtre travail
et ou qu'on y re nous nous garderons
de fatiguer les lecteurs par un se=
cond.