Transcription

Mingard, Gabriel, Lettre à Isaac van Schinne, Breda, 01 octobre 1762

Monsieur

La décision que depuis longtemps j’attendais de Mademoiselle votre sœur, avec autant de
crainte que d’impatience, et que je n’ai reçue que depuis quelques jours, m’aurait
comblé de la joie la plus pure si je n’avais appris en même temps qu’elle n’aurait
jamais l’approbation des parents de Mademoiselle van Schinne, qui courait même
le risque par-là de perdre pour toujours leur amitié et d’en être méconnue. Nulle chose
au monde ne pouvait répandre plus d’amertume sur ma joie qu’une telle déclaration.
Permettez, Monsieur, que j’en fasse mes plaintes à vous-même, dont le caractère connu
vous assure l’estime générale. Je ne saurais me persuader que cette trop sévère sentence
soit irrévocable. Une sœur, qui par tant d’endroits doit vous être chère, ne trouvera-t-elle
point d’indulgence et de support dans le cœur d’un frère? Ses sentiments pour moi ou
les miens pour elle lui seraient-ils imputés en crime, s’ils sont la seule manière inno=
cente et légitime dont elle désire d’être heureuse? Je m’en ferais un bien grave de l’avoir
exposé à un blâme juste de la part d’une famille aussi respectable comme la vôtre, et si
je pouvais encore me faire en conscience à cet égard quelque reproche fondé, Mademoiselle
votre sœur n’en mériterait bientôt aucun de la part de qui que ce soit, et serait aussi libre
<1v> par rapport à moi qu’elle l’ait jamais été. Je sens tout ce qu’on doit à l’honneur des
familles, et même aux simples préjugés de la naissance. Je ne me pardonnerais pas
d’y avoir porté atteinte et quelque fortune qu’il y eût à faire par ce moyen, je ne me
permettrais pas de l’employer. Un caractère irrépréhensible me paraît trop préférable
aux richesses et à l’éclat des alliances, pour que je voulusse le leur sacrifier. Mais il est
bien peu de sacrifices que je ne fusse prêt à faire pour me concilier l’estime et la bien=
veillance d’une personne d’autant de mérite que Monsieur van Schinne; J’en
ferai en toute occasion un objet précieux de mes désirs. Permettez-moi, je vous en prie,
l’espoir de les cultiver désormais avec succès, et que mes relations avec Mademoiselle
votre sœur y servent plutôt que d’y être un obstacle. Me flatterai-je en vain d’y
réussir si rien dans ma condition, dans mon caractère, dans mes mœurs et dans
mes autres relations ne m’en rend indigne, et si le bonheur réel de Mademoiselle
van Schinne est mon ouvrage, comme ma félicité sera certainement le sien?
Accordez-moi la permission d’y travailler, et pour cela, veuillez, Monsieur, approuver
par un mot en réponse, le dessein où je suis, si vous ne me le défendez pas, d’aller
ou cet après-midi, ou demain, à l’heure que vous trouverez à propos de fixer,
vous rendre de même qu’à madame, mes obéissances à Oosterhout , vous demander
<2r> instamment votre amitié, vous promettre que je m’en rendrai digne, aux yeux de
votre amitié pour Mademoiselle votre sœur, par les sentiments du plus tendre amour,
par les soins affectueux les plus empressés pour tout ce qui peut la rendre heureuse,
et par le profond respect et le parfait dévouement avec lequel je suis et serai
toujours,
Monsieur

Votre très humble et très
obéissant serviteur

G. J. H. Mingard, ministre

Breda, ce 1er octobre 1762.


Adresse du destinataire

A Monsieur
Monsieur Van Schinne
Conseiller de S.A.S Monseigneur le Prince
Stathouder
actuellement chez Monsieur
Hallungius Drossard
A Oosterhout


Note

  Public

L'orthographe et la ponctuation ont été modernisées.

Citer comme
Mingard, Gabriel, Lettre à Isaac van Schinne, Breda, 01 octobre 1762, cote NL-HaNA, 1.10.75.01, inv.nr. 25. Selon la transcription établie par Kees van Strien pour Lumières.Lausanne (Université de Lausanne), mise en ligne le 02.10.2026, version du 04.10.2026, url: https://lumieres.unil.ch/fiches/trans/1434/.
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