Transcription

La Harpe, Frédéric-César de, Mémoires. Sixième période, 1802-1803 (Cahier L), Lausanne, 1837

Cahier L

Continuation des Mémoires de F. C. delaHarpe
depuis son départ de St Petersbourg jusques
à son retour à Paris et à son sa
canpagne du Plessis-piquet
fin de 1802 Comencement de 1803.

 

VIe Periode

Depart de St Petersbourg le 8 May 1802

Itinéraire jusqu'à Paris

Arrivée à Paris, Sejour d'hyver à Paris

Période de la Consulte helvétique 1802-1803

 

Lettres inscrittes en entier, ou par fragmens

 

<1> VIe Periode

En rentrant sur le territoire francois
un nouveau genre de vie m'étoit
comandé. J'allois être surveillé de très
près,: car car on ne pouvoit supposer que
mes rélations avec mon ancien disci=
ple eussent cessé entièrement après avoir
été si intimes, et l'on ne doutoit pas devoit s'attendre
que dans mes conversations avec mes
conoissances parisiennes, je ne laissois
échaper
il m'échaperoit sur le pays
que j'avois quité, des indiscretions, dont
on pourroit tirer parti. La Poste devoït
être chargée
Tandis que la Poste étoit avoit
chargée
d'exploreroit ma correspondance,
des visiteurs 1 mot biffure me faire causer, me feroient causer
tout cela eut lieu, en effet 1 mot biffure
début de la ligne biffure come je m'y attendois,
j me 1 mot biffure étoient prêtes pour demeu=
rer sur mes gardes
.

Au comencement de Juillet 1802 j'ar=
rivai dans maison de campagne du
Plessis-piquet, où je fus bientôt visi=
té par mes amis,

Je m'attendois à tout cela; mais ayant
pris la résolution de vivre en retraite
à la campagne, et de ne recevoir
qu'un petit nombre de compatriotes et
d'amis dont les sentimens m'étoient
bien connus, de demeurer étranger
aux affaires politiques, et de rempla=
cer les heures consacrées jadis à celles
ci, par des occupations purement scientifiques,
j'espérai échaper aux explorations de
la Police, et pouvoir vivre sans être
inquiété, par elle en demeurant fidèle àu
plan de conduite que j'adoptois, et.

J'arrivai au comencement de Juillet
1802, dans ma campagne du Plessis-=
piquet, où mes compatriotes et mes
conoissances particulières 3-4 caractères biffure s'em=
pressèrent de me visiter. Mr Monod
ancien Préfet du Canton du Léman,
mon respectable et fidèle ami, Mr Ber=
gier jadis Lieutenant du Préfet et Mr
Perdonnet ancien membre de la Cham=
bre administrative, qui dont l'ardent
patriotisme m'avoit secondé, dans l'entre=
prise de notre délivrance, s'empressèrent
de m'apporter
vinrent, les premiers, me
faire part des tristes événe des nouveaux
bouleversemens qu'avoit essuyé notre
patrie, et qui quelques mois plus tard
furent suivis, par la tentative du réta=
blissement
<2> de l'ancien régime, et de l'interven=
tion du 1er Consul, come médiateur.
Je fus mis par ces amis au courrant
de ce qui s'étoit passé, pendant mon ab=
sence, et fus étois aïnsi bien préparé,
lorsque des Visiteurs chargés d'une au=
tre espêce, arrivèrent essayèrent sous le prétexte
de me féliciter sur mon retour, de dé=
couvrir, si je n'étois porteur d'aucun
message pour le Chef du Gouvernement.

Mes réponses toutes simples, parurent les
surprendre, et après quelques nouveaux,
ils essais, ils ne revinrent pas à la char=
ge.

J'allai peu après visiter mes amis de
la ville: c'étoient Mrs Coos Vamberchem
qui avoit soigné mon amitié mes petits
intérêts financiers, et m'étoit tendrement m'avoit, à diverses
reprises attaché donné des preuves d'un véritable
attachement; l'ancien Evêque de Blois
Grégoire, home profondément vertueux,
deffenseur intrépide des noirs, et de tous
les opprimés, cett modèle d'attachement de dévouement à
la foi catholique, mais chaleureux avocat
de la tolérance; le Comte Ch. de Lasteyrie
auquel la France doit l'introduction
des Mérinos et de la Lythographie, infa=
tigable dans les recherches et
excellent
Citoyen qu'on trouve à la tête de toutes
les associations ayant pour but le
perfectionement de l'Agriculture, des
l'Education arts utiles et de l'éducation
populaire, et qui 1 mot biffure toujours
avec le même zèle sert son ingrate patrie,:
c'étoit J. Baptiste Say, le célèbre
auteur du Traité d'Economie politique
que son indépendance politique
distinguoit éminement, aumilieu des
homes à grands talens, qui avoient
renié leurs principes pour participer
au pouvoir: c'étoit l'orientaliste
Langlès, sans cesse occupé des moyens
de nous faire connoitre, et aimer, ce
qu'il trouvoit d'estimable et d'utile
dans la 1 mot biffure Littérature de l'orient,
c'étoit le représentant du peuple Poultier
ancien Conventionel, dans la feuille prin=
cipal Rédacteur de l'Ami des loix, feuil=
le dévouée à la deffense des droits du
peuple qui avoit généreusement embrassé 2-3 mots biffure
la notre: c'étoit le tribun Thiessé, dont
l'éloquence tenoit en respect, ceux qui
travailloient à seconder les trahissant
leurs devoirs, secondoient 1 mot biffure ouvertement
les attaques renouvellées chaque jour
en faveur au profit du Pouvoir arbitraire.3 caractères biffure
1-2 mots biffure dans ce moment à citer ces hom=
mes respectables 2-3 mots biffure auxquels
je me réserve d'ajouter d'en ajou

En observant les précautions coman=
dées alors par la prudence, nous
<3> échangeames les comunications mutuelles
que nous avions mutuellement à nous
faire, et qui étoient essentielles pour
rêgler désormais notre conduite.

Un objet 1-2 mots biffure réglé

Il devenoit surtout urgent d'arrêter défi=
nitivement notre nouveau genre de vie.

D'accord avec l'excellente compagne qui avoit
courageusement partagé avec moi, la ma
bonne et mauvaise fortune, il fut conve=
nu entre nous 1° que nous nous arrange=
rions de manière à passer toute l'année
en à la campagne, et n'irions habiter la ville
qu'en hyver et seulement, lorsque des af=
faires ou des occupations la rendroient
indispensable. 2° que le Gouvernement ab=
solu de la maison et de ses dépendances,
seroit exclusivement dévolu à ma feme.
3° que la direction des travaux agricoles
seroit le résultat des mesures arrêtées
entre nous. 4° que je serois seul chargé
de surveiller les plantations et de soigner
la pépinière qui seroit établie. 5° que
chacun de nous poursuivroit, dans les inter=
valles, les occupations particulières, dont
il avoit fait choix mais que la fin de
chaque journée seroit consacrée à des oc=
cupations comunes.

Le Plessis-piquet renfermoit plusieurs
maisons de campagne habitées seulement
pendant la belle saison, ainsi ensorte
que pendant l'hyver, notre solitude étoit
respectée, mais pendant l'Eté nous eumes
le bonheur d'avoir fin de la ligne biffure

Cet ordre de choses maintenu strictement
fut la base fondamentale des jours tranquilles heu=
reux
que nous passames en France jus=
ques à l'année 1813, et il n'y fut appor=
té de modification, que pendant les courts
séjours que nous fimes en ville pendant l'hyver.

Le Plessis-piquet renfermoit plusieurs
maisons de campagne, qu'habitoient en
Eté leurs propriétaires, avec un petit
nombre desquels nous étions en rélation.
mais En hyver notre Solitude étoit
respectée, et il ne nous arriva jamais
d'y connoitre l'ennui. Les 2 hermites
toujours d'accord n'étoient jamais oisifs;
Ma Tandis que ma feme veilloit à ce que
le bon ordre et l'économie rêgnassent dans
la maison, je visitois avec soin les tra=
vaux agricoles, de mon parc et la bêche ou la Ser=
pette à la maison, je parcourois mes
<4> mes plantations, ou venois repren=
dre dans mon Cabinet, mes études
littéraires et mes correspondances.

Pour tous les deux la journée parois=
soit constament trop courte, et sou=
vent le coup de minuit nous surpre=
noit, au milieu d'une lecture, qui dont l'intérêt nous
avoit fait oublier le lendemain. Un
chien fidèle venoit régulièrement
se réfugier auprès de nous au moment
où le Thé étoit servi, et ne nous quit=
toit plus, et s'établissoit en senti=
nelle pour nous garder.

Ces préliminaires une fois rêglés,
if il fallut s'occuper des comissions
qui m'avoient été données, en part quit=
tant la Russie, en aviser aux moyens
de les remplir, et en rendre compte
des résultats, ce qui, à l'aide du Chif=
fre et de la précaution de faire passer
mes lettres par la par la voye des
maisons de comerce et sous leurs
formes habituelles, pouvoit avoir lieu
sans courir de risques.

Je satisfis à ce devoir sacré par 3
lettres datées du Plessis piquet, le 16e et
18e Juillet et 925e Aout 1802 dont
je transcris ici les passages les plus
importans.

La 1ère annoncoit l'expédition de la
belle Bibliothèque de l'Ex-Directeur
Ochs, pour le prix modique de 5251
francs, le peu de probabilité quil
y avoit pour que la lettre dont j'é=
tois porteur put être remise, et
3 caractères biffurerendoit compte deu l'opinion
jugement des gens de bien qui se pro=
nonçoit ouvertement sur le jeune Em=
pereur du Nord dont les regards se
tournoient vers le jeune Empereur dont
qui 1-2 mots biffure la propagation des
lumières et l'introduction d'un Sys=

d'un Système libéral
dont les regards se tournoient vers le
Nord, attirés par les 1ers actes d'un
rêgne qui s'anonçoit par 1 mot biffure
1 mot biffure protection déclarée des lumières,
et 1 mot biffure par de grandes réformes
qui feroient fin de ligne biffure
des abus, sur des institutions libéra=
les la cassation des abus et la pros=
périté 1-2 mots biffure d'un grand peuple

dont les regards se tournoient alors mainte=
nant vers le Nord, attirés par les 1ers
actes d'un nouveau regnoiente anonçant
des reformes qui devoient destinées à
faire disparoitre d'anciens abus, et à
leur substituer des institutions libérales
<5> protectrices des la prospérité persones
et de la prospérité durable d'un grand
peuple. Des voeux sincères et ardens
étoient émis de toutes parts, pour pour
que le succès répondit à un si bril=
lant début; je ne pouvois me dispenser
de les transmettre.

La 2de lettre, déclaroit positivement
qu'il n'étoit plus possible de remettre
au 1er Consul la lettre quie lui étoit des=
tinée "Toute liaison intime entre
paru
l'Empereur lui avoit destinée, par=
ce qu'elle ne recontreroit point les dis=
positions qu'on avoit supposées en l'é=
crivant.

 

Toute liaison intime entre ces
2 homes,
disois-je dans cette lettre, me
paroit désormais impossible. La loyauté,
la modération, les idées libérales, la
philantropie de l'un, s'accorderoient
mal de la duplicité, de l'ambition
démésurée et des idées illibérales de l'au=
tre.

Tout ce qui tient aux principes, au pro=
grès des lumières, à l'établissement d'une
liberté sage: tout ce qui sent avec éner=
gie et porte un coeur pur et généreux,
vous est dévoué, Sire, et fait des voeux
pour vous; aussi, ceux qui suivent
une marche opposée à la votre, sont=
-ils très jaloux de ces dispositions,
et certes, ils n'ont pas tort, puisque
vous avez choisi la seule route qui
conduise à la vraïe gloire.

Ce n'est plus à la seule Russie que
vous appartenez. Le deffenseur des
droits de l'humanité, l'ami des lumières,
le monarque qui s'honore du titre de
citoyen, appartient à la Societé im=
mortelle des homes à idées libérales.
Les yeux de ces homes se tournent vers
vous de toutes parts, en France, en An=
gleterre, en Allemagne . On 1 mot biffure porte
dans les festins le toast A l'étoile polaire
en citant le vers de Voltaire; C'est du
Nord, aujourdui, que nous vient la lu
=
mière. Ouï, vous justifierez cette
attente, et vous aurrez, dans l'histoire,
une place bien plus distinguée que celle
de cet Aléxandre qu'on appela grand
pour avoir conquis ravagé l'Asie.

Devenu le véritable fondateur de la civili=
sation de la Russie, en rendant ses habi=
tans dignes du bienfait de la liberté civile,
vous aurrez étendu la sphère des lumières,
conquis un azyle nouveau pour les def=
fenseurs des principes, et puissament
servi le genre humain. Vous êté né, vous
futes formé par les soins de votre auguste
ayeule, pour devenir un jour le Trajan

<6> de la Russie; mais vous ferez plus
que celui ci, en créant des institutions
qui mettent votre peuple et vos Succes=
seurs dans la nécessité de concourir pour
achever votre ouvrage. Qu'elle sublime
destinée! Vous vous engageates à la
remplir, en montant sur le trône, vous
la promites au moment où la couronne
fut placée sur vôtre tête aux acclama=
tions de l'Europe; vous me les 3-4 caractères biffure réïté=
rates enfin, le 6e May au soir en me serrant la main
en m'arrosant de vos larmes.

 

Dans La même lettre contient contient
un éxamen critique de l'organisation
nouvelle du Conseil d'Etat francois, auquel on
reprochoit d'administrer, tandis qu'il
n'avoit été créé que pour préparer,
scruter et éxaminer, et j'en deduisois
la necessité de mesures à prendre pour
que le Conseil de l'Empereur ne fut en
qu'un Tamis à son usage, et ne se
mélât point d'administrer, concurrément
avec ses ministres.

Je l'entretenois encore des Homes d'Etat
la rédaction du Code civil françois dont
avoient été chargés 3 Jurisconsultes célè=
bres Cambacérès, Tronchet et Portalis,
des difficultés que rencontreroit son
acceptation qui 1 mot biffure seroit peut être
précédée par une épuration du Tribu=
nat, des attaques auxquelles le Jury
començoit à être en butte, et de
la réfutation victorieuse que le
tribun Thiessé   fit du Discours du Minis=
tre des cultes qui 1-2 mots biffure Portalis
qui s'étoit chargé 1-2 mots biffure qui,
comptant sur son l'admirable talent
oratoire avec lequel il soutenoit éga=
lement bien, le pour et le contre,
avoit ôsé livrer l'assaut à cette insti=
tution protectrice de la liberté.

 

Le Timoléon sur lequel j'avois comp=
té, continuois-je,, a complettement
disparu. Il est remplacé par un
home à ambition

Jamais marche retrograde ne fut
plus promte, continuois-je. On rou=
git prèsque d'user de sa raison, et
si cela continue on fera le pané=
gyrique de l'utile ignorance, de
la pieuse crédulité de nos pères, du
pouvoir arbitraire et tous les préju=
gés qu'on avoit 3-4 caractères biffure cru irrémissible=
ment détruits.

Il éxiste réellement une conjura=
tion contre les lumières, la liber=
té, et les principes qu'on n'ôse plus

<7> deffendre, qu'en tremblant. Les Jurés
déja ébranlés vont être abolis come ab=
surdes. Les citoyens enlevés à l'impro=
viste, sont transférés, ou au Temple, ou
à Stam, ou éxilés dans les Départemens,
ou déportés, sans forme de procès.

La liberté de la presse n'éxiste que pour
les écrits et les journaux flagorneurs
chargés d'attaquer les principes, de recom=
mander une nouvelle Dynastie, de prê=
cher une autre constitution. Tout ce
qui ne loue pas avec excès, ou ne va
pas dans ce sens est supprimé à l'ins=
tant même.

Le 1er Consul ne sort plus qu'avec une
nombreuse escorte. Jouïssez de votre
sort: Vous vous promenez seul, et sans
gardes, ainsi que votre famille. Les
bénédictions du peuple sont vos seuls
satellites; vous ne nourrissez que des
projets philantropiques; vous ne croyez
pas que la Russie entière soit faitte
pour Alexandre; vous pensez au contrai=
re, qu'Alexandre est le chef de l'Em=
pire au service de la Russie. Lors=
qu'on lit cela dans les gazettes, on
fait ailleurs de singulières comparaisons.
Toutes les Institutions tendent à pré=
parer les esprits pour un ordre nou=
veau.

Ainsi, il n'y aurra d'écoles primaires
pour les campagnes, que là où les habi=
tans pourront en faire les fraix: c'est
à dire, qu'il n'y en aurra pas; mais
aussi il n'est pas besoin que ce mépri=
sable peuple, bon tout au plus à faire
des souliers
  en sache plus qu'il ne
faut pour tourner la meule.

Je vous la dénonce, Sire, cette horrible
doctrine à Vous fils et petit fils d'Em=
pereurs, qui n'êtes monté sur le trône,
qu'avec l'intention d'éclairer votre
peuple afin de le rendre digne de la
liberté. Je vous la dénonce à vous
Empereur-Citoyen, dont le plus beau
titre sera celui d'avoir été, l'Empe=
reur du peuple, le civilisateur de
ses concitoyens.

 

L'institution de la Légion d'honeur devoit trouver ici sa place,
étoit une nouvelle institution, dont
car son le but étoit de former un Corps de
fidèles devoués come la 10e légion de
Cesar, à protêger les usurpations
de son imitateur, et les developpemens
de son anbition cop conquerrante.

<8> L'éxposition du mal aise resultant
de la marche rétrograde adoptée
pour faire réussir ces vastes projets
étoit une nécessité, et ce qui n'étoit
pas moins urgent, étoit d'en déduire
les conséquences imédiates; c'est ce que
je fis dans les termes suivans

 

Dans un tel état de choses, il est donc
impossible de songer davantage à
établir un concert au profit de la
paix, des lumières et de la liberté.

Vous l'avez desiré, Sire; vous avez même
fait dles avances; on n'y a pas répondu,
et l'on n'est pas organisé de manière
à y répondre. La posterité vous ren=
dra la justice qui vous est due.

Quant aux vues du nouveau Charle=
magne, elles tendent exclusivement
à devenir le Chef d'une nouvelle Dy=
nastie, à établir son autorité sur
les débris de la liberté, à incorporer à
l'Empire gaulois, le plus de peuples
et de provinces
. Conquérant et Domina=
teur, voilà ce qu'il veut être.

Nul ne projette avec plus d'audace et
de secret; nul ne poursuit son but
avec plus de constance: nul ne revêt
avec plus de grace la peau du re
=
nard, celle de l'agneau et celle du
lion: nul enfin n'éxécute avec plus
de vitesse
.

Le repos d'un pareil home ressemble
fort aux entr'actes qui donnent le tems
de préparer les machines. : gare le
signal.

Il faut d'autres mesures que celles
que celles qui ont été adoptées jusqui=
ci, pour opposer une digue au tor=
rent dévastateur, qui menace tout à
la fois, le Nord, l'orient et le Midy.

Assurément de pareilles données doi=
vent inspirer les plus sérieuses réflé=
xions, et il seroit peu sage d'attendre
qu'il ne fut plus tems

Heureusement la Russie n'est pas
exposée aux premiers dangers, et vous
pouvez vous préserver de ceux ci: dabord
en vous tenant prêt à agir d'une ma=
nière décisive, dès que les circonstances
le comanderont; puis, en préparant
pour vos Etats, tout le Bien qu'on n'a
pas sçu faire ailleurs, et augmentant
ainsi vos ressources et vos forces, de la
seule manière qui puisse les rendre
imposantes et durables.

<9> En un mot, Sire, sans vous engager
trop avec ceux qui sont plus intéres=
sez que vous, à se garantir, demeurez
en mesure d'agir come il sied à votre
puissance, et dans l'intervalle occupez
vous surtout de la Russie et de tirer parti
de ses imenses ressources.

Je viens, Sire, de décharger mon coeur.
Désormais je me tairai sur ces points
délicats, au moins tant que je demeu=
rerai dans ces contrées.

 

La même lettre annonçoit à l'Empe=
reur le remplacement de 1 mot biffure la Consti=
tution du donnée imposée à la Suisse le 28 Oc=
tobre 1801, par la faction des anciens
Gouvernans, Reding etc. etc., à laquelle
avoit succédé en May 1802, une Consti=
tution expédiée de Paris accompa=
gnée d'une injonction pour la faire
accepter de suite. Pour arriver à
ce résultat qui devoit rendre l'in=
fluence françoise toute puissante,
l'Envoyé du Gt françois, Verninac
avoit été chargé de préparer sur
plusieurs points des insurrections par=
tielles contre des Gouvernans mal
1 mot biffure afin qui missent les nouveaux
Gouvernans dans la nécessité de deman=
der l'assistan l'assistance du militaire
françois, qui avoit évacué la Suisse
sur l'insistance du Gouvernement
déchu. Les Gouvernans nouveaux
chargés de l'éxéc la mise à éxécution
de la Constitution nouvelle, avoient de
plus été autorisés à remplacer tous les
fonctionaires de quelque importance
par des homes de leur opinion, et
ce que le Gouvernement françois desi=
roit depuis longtems, l' un home rusé, accoutumé 1 mot biffure
1-2 mots biffure 3-4 caractères biffure à trahir son pays et bien décidé à suivre les
directions quelconques de son Envoyé, avoit été
placé à la tête de la République, en
qualité de Landaman.

2-3 mots biffure Le but caché de ces
int machinations étoit d'arr come on
le verra bientôt, étoit de mettre aux
prises les 2 partis, et d'arriver par
ce moyen à la dissolution du Systê=
me unitaire, dont on redoutoit la résistance et de le remplacer
par le Fédéralisme que sa foiblesse
rendroit plus complaisant.

 

Les puissances intêressées à empêcher
le bouleversement du Systême européen

<10> disois-je concluois-je de ces faits,
doivent enfin reconoitre l'utilité dont
seroit, en Helvétie, une république
unique, organisée fortement et ca=
pable de deffendre son indépendance
et sa neutralité.

Mais, pour que le gouvernement helvé=
tique pût jouer un rôle, il faudroit
qu'il se soutint par ses propres forces;
or il ne peut se soutenir ainsi, qu'au=
tant qu'il sera agréable à la grande
majorité de la nation qui ne veut
décidément, ni noblesse, ni Patriciat,
ni Ilotisme, ni bourgeoisies souverai=
nes, ni Sénats et baillis artisocra=
tiques ou démocratiques etc. etc.

La Constitution qui établiroit un
tel gouvernement devroit donc garantir
au peuple suisse, l'abolition des pri=
vilêges héréditaires, l'égalité des droits,
une représentation vraiment natio=
nale delaquelle on pût obtenir de
bonnes loix, et des magistrats de son
choix, et une procédure judiciaire
qui assure la punition du crime, sans
allarmer le foible et l'innocent.

En un mot, il faut que les Helvé=
tiens participent tous, à la même
liberté, dont jouïssoient leurs ayeux
et qu'ils avoient en partie perdue. Cette liberté
bien limitée ne peut allarmer aucu=
ne puissance; sans elle, il seroit
inutile d'établir un Gouvernement,
puisque privé de la faveur populaire,
il faudroit qu'il recourrût à la pro=
tection d'autrui.

Le gouvernement Dolder-gaulois 
d'aujourdui est dans ce dernier cas,
et l'on s'en appercevroit bientôt, s'il
étoit abandonné à ses propres forces 
coment donc seroit-il reconnu
par d'autres que par ceux qui l'ont
créé et dont l'intérêt isolé, est de le
soutenir?

J'en conclus que la Russie doit at=
tendre, pour reconoitre ce Gouverne=
ment, que les autres puissances, plus
intéressées qu'elle, se soyent expli=
quées; car, ces puissances ne peuvent
reconnoitre, en Helvétie, qu'un Gouver=
nement indépendant, national, déli=
vré de l'influence étrangère, bien diffé=
rent, en un mot, du Gouvernement actuel.

<11> Mais, si quelque hazard heureux per=
mettoit à la nation helvétique, seule,
un gouvernement fort (fut ce même
un Dictateur), et si cette nation mon=
troit la volonté de soutenir son indépen=
dance, alors je dirois que les puissances
doivent s'intéresser à ses succès; alors
je solliciterois l'intervention de V. M. I.
parceque ma nation en seroit digne.

Aureste, Sire, je suis étranger à tout
ce qui se passe, et je persévérerai dans
la même conduite, jusqu'au jour où les
étendarts de ma patrie étant relevés
par un noble désespoir, et l'épée de
Hans de Hallwyll étant confiée à un
2d Vercingétorix digne de la porter, mon
devoir accourir pour participer à l'ho=
neur ou de la défaitte.

Une nation telle que la notre, ne doit
finir que sur le champ de bataille. Ce
seroit, au moins une belle journée, que
celle où nous serions rangés, ou pour
vaincre ou succomber dignes de nos pères.

Serons nous appelés à donner cette
preuve d'indépendance? Je répugne à en
douter et n'ôse cependant me livrer à
l'espérance. Mais, si le Vercingétorix
de l'Helvétie paroissoit tout à coup,
soutenu par la nation entière, et, si
sa conduite le faisoit reconoitre le faisoit
reconnoitre
pour home de tête et de coura=
ge; alors je réclamerois pour lui, au=
près de Vous.

Je finis sur ce point, en observant que
les nations ne se soutiennent que par
l'énergie et le courage, et qu'il est des
situations dont on ne sort, que parce=
qu'on appeloit cranerie en d'autres tems.

 

La 3e Lettre que j'adressai le 25e Aout
suivant à l'Empereur, et dont un an=
cien et fidèle ami, Don Antonio Colombi
ancien jadis Consul général d'Espagne
et Chef d'une maison de comerce respectable,
en Russie, avoit bien voulu se charger,
rendoit compte, de quelques envois, et
en anoncoit d'autres. aAu nombre desquels de ces
1 mot biffure derniers devoit se trouver ce tableau des rouages de l'admi=
nistration francoise, qu' dont un membre
distingué du Tribunat, Thiessé, s'occu=
poit avec un zêle chaleureux, péné=
tré d'admiration pour ce que je lui
avois raconté des vues philantropiques
de l'Empereur et desireux de coopérer
pour des renseignemens consciencieux
aux bonnes oeuvres dont il étoit pénétré.

 

Le tems présent, disois-je, est l'arche
du Seigneur; aussi je me félicite de vivre à la

<12> campagne, où l'on ne peut me
citer, ni come auditeur, ni come
spectateur, ni come interlocuteur,
ce qui est prèsque également dange=
reux. En lisant Suétone et Tacite
vous en scaurez autant que nous
;
les noms seuls sont changés.

 

En parlant des mesures sévêres prises
contre la Presse étrangère, je remar=
quois que l'Europe n'en liroit qu'avec
plus d'empressement ses productions.

 

A Dieu ne plaise, ajoutais-je, qu'un
qu'un seul home pût fermer toutes
les bouches! La liberté de la presse
sauvera le genre humain; c'est l'unique
contrepoids des actes arbitraires. Vous
n'avez rien à redouter d'elle, en
marchant come vous avez comencé.

 

Après avoir fait connoitre à l'Em=
pereur, qu'il avoit été induit en
erreur, en honorant de ses Dons, 2
homes qui n'en étoient pas dignes,
je lui faisois observer, en ces termes,
les 1-2 mots biffure conséquences fâcheuses
de ces protections de comérage

 

Le mérite est volontiers modeste; réser=
vez lui vos faveurs, et gardez vous
des corsaires, brocanteurs, rimail=
leurs et re1 caractère écriturearceurs de la république
des lettres. C'est ici que vous aurriez
besoin d'un home de lettres bien pen=
sant, pour recueillir, rédiger, met=
tre en ordre tout ce qui tient aux
Sciences et arts, pour vous présen=
ter des Résumés hebdomadaires des=
tinés à vous faire les choses et les
homes dignes d'être connus. Vous ne
pouvez entrer dans les détails; mais,
qu'un tel home sache au moins, que
l'utile seul doit intéresser le Chef
d'un grand Empire. Le choix de
cet home, s'il est bien fait, vous dé=
barrassera de beaucoup d'importuni=
tés.

 

Le Choix de cet home eut effective=
ment lieu, mais ne fut pas heureux.
Mr Kotzebue, auteur distingué de piè=
ces de théâtre, et d'une Histoire de la Prus=
se, auteur fin de la ligne biffure

que ses pièces de théatre, son Histoi=
re de l'ancienne Prusse
, et plusieurs
autres productions littéraires avoient
fait avantageusement connoitre, étoit
assurément capable de remplir ces fonc=
tions d'une manière intéressante, s'il
n'eût pas été partagé l'animosité
qui començoit à se manifester 1 mot biffure
<13> contre le prétendu mauvais esprit qu'on
imputoit aux Li Ecrivains allemands,
et plus particulièrement aux Universi=
tés de l'Allemagne, et à la jeunesse
qui les fréquentoit. Mr Au lieu de s'en
tenir au rôle d'observateur impartial,
Mr Kotzebue eut le grand tort de se
constituer le Critique de cette leurs oeu=
vres, et celui plus grand encore, d'user
de menaces, en se présentant come char=
gé de ayant mission de rendre compte
à l'Empereur de l'esprit et des sentimens
de l'Allemagne. Cette conduite impru=
dente que la publicité donnée à quel=
ques uns de ses rapports passionés, avoit
enf fait dégénérer en une haine furieuse 1/2 mot biffure
1/2 mot biffure
, contre celui que la portion stu=
dieuse de la nation, envisageoit come
un son ennemi le plus dangereux, produi=
sit ses fruits. La jeunesse s'éxalta, et
Sand se chargea d'être le vengeur de
l'Allemagne, en poignardant Kotzebue,
et fournissant àux ennemis des Universités un argu=
ment de plus, pour, les dépouiller de
leurs jurisdictions patriarchales de la
liberté d'enseignement, de la jurisdiction
patriarchale qu'elles avoient éxercée avec
modération et sagesse, et les qu'on rempla=
ça par l'intervention brutale de la
Police.

Je profitai de l'occasion pour ajou=
ter quelques connoissances plus détailléesà ce que j'avois dit dans ma précédente
sur la révolution qui venoit d'éclater
en Suisse
lettre sur le dernier mouvement
opéré en Suisse, quelques détails propres
à le mieux caractériser.

 

En Avril dernier. Aloys Réding et Consorts
vrais apprentifs politiques, sont renversés
par les menées françoises. On leur donne
pour successeurs, les pantins Dolder, Rütti=
man et Mousson que V. M. I. connoit
par mes Mémoires.

Ces nouveaux usurpateurs prennent le
titre de Petit Conseil.

Ils sont à peine installés, que les François
voulant à tout prix introduire une nou=
velle Constitution qui perpétuât notre
foiblesse et leur influence, leur ordonent
de convoquer des Notables chargés pour
la forme de l'éxaminer, opération
qui finit après quelques jours, par le
conseil d'accepter. Celà fait, le Petit
Conseil
provoque sur l'oeuvre entière,
la Sanction du peuple, par un Arrêté du
25 May 1802 dont 2 articles méritent
d'être cités.

§. 5 L'inscription (civique), devra consister
<14> dans l'acceptation simple, ou le rejet,
sans qu'on puisse insérer les motifs de
l'un ou de l'autre, ni émettre un voeu
conditionel
.

§. 6 Tous ceux qui négligeroient de
s'inscrire, ou de se faire inscrire, dans
les susdits régistres, seront censés avoir
accepté tacitement la Constitution
.

Ce n'est pas tout. Un titre addition=
nel inconnu aux Notables est ajouté
au projet par le Petit Conseil seul; et
par ce titre, nonseulement celui ci se
donne le droit de nomer aux places du
Sénat, il décrête que la 1ere nomina=
tion des Jurés de proposition et d'élec=
tion dans les cantons, est aban=
donnée au Sénat, c'est à dire aux
Usurpateurs eux mêmes et à leurs Cli=
ens, sans consulter les représentans du
peuple.

Voilà, Sire, ce qu'on appèle la nouvel=
le Constitution helvétique, fatras in=
forme, destiné par ses inventeurs à
dissoudre l'unité, et à créer un Gouverne=
ment sans force: je la joins au paquet.

Il seroit inutile d'ajouter que cette
Charte ne renferme rien de national,
et que ses premiers pères, ainsi que
ceux qui se sont chargés de la faire
adopter, sont également abhorrés.

Les Helvétiens de tous les partis rou=
gissent de voir le Gouvernement con=
fié aux 3 homes qui forment le
Conseil d'éxécution, dont le 1er, surtout
n'est connu que par ses trahisons, au
profit de l'Etranger. A peine un
gouvernement pareil pourroit se
soutenir, s'il étoit composé d'homes
à grands moyens, courageux, éner=
giques, investis de la confiance na=
tionale; que sera-ce, s'il en
est dépourvû?

Et, c'est dans ces circonstances; après
avoir excité l'insurrection des paysans
du C. du Léman; après avoir éxas=
péré toutes les classes d'habitans, semé
les défiances et les haines; que le Gou=
vernement françois retire toutes ses
troupes!

Celles ci n'avoient pas évacué, en=
core le territoire helvétique, lorsque
Aloys Reding et son parti, excités pro=
bablement par l'Autriche et par des
agens françois, ont levé l'étendart, en
proclamant la séparation des Cantons
des montagnes.

<15> On dit que le Conseil d'éxécution fait
marcher des troupes contr'eux. La guerre
civile s'ensuivra; c'est là où les attendent
les instigateurs, afin d'avoir un prétexte
pour réoccuper l'Helvétie avec des forces
plus considérables, et faire ce que j'eus l'hon=
neur de vous annoncer l'hyver passé.

Qui pourroit nous sauver, dans ces conjonc=
tures? Un Dictateur home de tête,
dur, infléxible, ayant assez de dévouement
et d'audace pour rassembler promtement
nos moyens, armer nos bras, et reconqué=
rir, l'épée à la main, l'indépendance et
l'honneur de la nation. Mais ce nest,
ni avec Dolder, Ruttiman et Reding,
ni avec la méprisable Clique des anciens
Gouvernans qui ne rêve que vengeance,
retour à l'ancien Régime et aux vieilles
absurdités, qui n'a dailleurs fait preu=
ve que d'ineptie, et dont les déclamations
n'émeuvent, ni ceux qui croyent que
la qualité de patriote remplace tout au=
tre mérite, ni ces temporiseurs, trembleurs
et neutraliseurs qui nous entravèrent
jadis, et dont le charlatanisme de vertu
en imposa longtems au peuple au=
quel on fit accroire que l'Etat seroit
sauvé par le seul empire de leur sagesse,
sans recourir à des mesures énergiques.
Non; ce n'est pas avec de tels homes, que
nous gagnerons le port.

Le Directoire helvétique qui tenoit ses pou=
voirs des représentans légitimes de la
nation seroit seul en droit de créer un
pareil Dictateur, s'il pouvoit se réunir
de nouveau, et si sa majorité constitu=
tionelle pouvoit compter sur l'interven=
tion des puissances prépondérantes, pour
le cas, où des mesures énergiques étant
prises par cette majorité, ces puissances
n'aurroient pas la crainte de se trouver
compromises.

Mais encore: où trouver l'home doué
des qualités requises pour la Dictature?
Où trouver le Républicain prononcé
et pur qui sache user avec sagesse, de
la Toutepuissance? Où trouver l'home
qui ne recule pas devant les devoirs ter=
ribles qui lui seroient impôsés? Où
trouver l'home mû par le seul du Bien,
qui consente à se précipiter de sang froid,
dans les dangers inévitables qui accom=
pagneroient une telle entreprise, avec
des chances de succès aussi incertaines ? Où
trouver enfin, celui qui ôse et veuille
reprendre les cornes de la charrue, après
avoir 1 mot biffure bû dans la coupe enchantée?

<16> Je ne connois aucun individu réunis=
sant ces diverses attributions; ainsi ma
patrie est perdue sans retour; car une
nation qui n'a à sa tête, ni Gouvernement stable,
ni homes capables de deffendre son éxis=
tence politique et son indépendance,
n'est plus rien. Nous en somes au point,
où les ressources ordinaires sont insuf=
fisantes. Il nous faudroit l'épée de Dunois
et l'étendart de son amie.

Si cependant le hazard lançoit tout
à coup sur la scêne un home, ou des
homes énergiques, capables d'ôser, et dont
les entreprises connues et la conduite, montrassent
que la sagesse dirigeoit leur audace, alors,
je vous en conjure, Sire, ne les dédai=
gnez pas: chargez des Ages dignes de
votre confiance, voulant aussi sincêrement
ce que vous voulez, d'éxaminer leurs
oeuvres

Mais, tant que l'Helvétie n'aurra que
des Gouvernans pareils à ceux qui l'ont
régie depuis le 7. Janvier 1800; tant que
ces homes seront de pures marionettes
marionettes, votre dignité, Sire, vous
comande de n'avoir rien de comun avec eux.

Les marionettes actuëlles m'ont fait
sonder pour savoir, si je ne voudrois pas les
aider à rectifier les Données de Mr de
Markof qu'ils prétendent être partiales
en faveur des anciens Gouvernans, ce
que je n'ai nulle peine à croire; ma
réponse a été que je voulois demeurer
étranger à leur politique; je me défie
1-2 mots biffure. Ils viennent de nomer
Préfet du C. de Vaud, mon bon ami
Monod home du plus rare mérite, qui
n'a accepté, que pour faire respirer
un peu son Canton, foulé jusqu'ici
par le séjour des troupes étrangères et
par les menées perturbatrices des agens
de l'Usurpation. S'ils ont cru par là
me gagner, ils se sont trompés

Prêt à joindre les bannières du Ven=
geur de l'Helvétie, si elle doit enfin
avoir le sien, je ne ferai jamais cause
comune avec des lâches devenus les
instrumens de l'Etranger; et, si je
pouvois un jour me résoudre à dissi=
muler avec eux, ce ne seroit que pour
faire du pouvoir qui me seroit fut
confié jadis; au nom du peuple, un
usage capable d'effrayer quiconque
ôseroit désormais le trahir.

Je termine par ces réfléxions.

1° Quoique divisés, les Helvétiens sont
susceptibles de se réunir, par 2 passions,

<17> par le desir de l'indépendance, qui
ira s'affoiblissant toujours plus, et par
la soif de la vengeance, qui les rendroit
capables des plus grands sacrifices.

2° La comotion excitée en Helvétie par
le recouvrement de son indépendance, ne
seroit peut être pas arrêtée, par les mon=
tagnes, qui sçait si elle n'ébranleroit pas
Nabuchodonosor, aux pieds d'argile? 

 

Des Tandis que des évênemens
Les tristes évênemens qui s'étoi dont je
venois de rendre compte, et ceux auxquels
on devoit s'attendre, n'avoient cependant
point détourné mon attention des objets
dont j'avois promis de m'occuper. Pour
satisfaire plus facilement à ce devoir, je
m'établis en Ville, afin de m'aider ou je
trouvais des amis disposés à me fournir tous
les renseignemens dont j'avois besoin, et à
s'occuper de travaux pénibles, que le noble
desirer d'être utiles à un monarque philan=
trope professant les doctrines les plus libé=
rales, avoit rempli d'enthousiasme. L'un
de ces plus précieux résultats fut confiéqu'accompagnoient divers ren=
seignemens importants
fut confié le 16 Decembre suivant au Comte de Hall=
wyll 3-4 mots biffure mon compatriote, qui
avoit été 1 mot biffure
officier dans l'artillerie
de la garde: c'étoit le developpement des
1 mot biffure rouages dont se compôsoit la machi=
ne administrative françoise, que l'illus=
tre Tribun Thiessé avoit entrepris, dans le
but de coopérer aux reformes 1-2 mots biffure pro=
jettées par l'Empereur.

Des conversations que suivies avec plu=
sieurs homes distingués avec tels que l'En=
voyé américain Josias Barlow l'auteur
du poëme de la Colombiade; Makintosch
ancien Juge suprême au Bengale et connu
en Europe par sa réfutation du éloquente
de l'ouvrage de Burke contre la révolu=
tion françoise: Fulton, auquel 1 mot biffure

1 mot biffure doit appartient, l'invention des bateaux 1 mot biffure mis
en mouvement à par la vapeur, et plusieurs au=

tres decouvertes, que l'Europe eut le grand
tort de ne point n'apprécier qu'après la
mort de l'auteur: enfin ce célèbre ora=

teur et depuis Chancellier d'Angleterre
W. Erskine

Des conversations suivies avec quelques hom=
mes célèbres, méritoient aussi d'être
connues de l'Empereur, par le rapport
qu'elles avoient eu avec à la Russie.
Ces homes étoient l'Envoyé américain
Josias Barlow, moins connu par son poë=
me de la Colombiade, que par la réussite
de sa négociation qui 1 mot biffure dona la Louisiane aux
Etats-Unis ; Sir James Makintosh distin=
gué come orateur parlementaire, come
ancien Juge suprême du Bengale, come
auteur d'une réfutation du Libelle publié
<18> par le célèbre Burke, contre la révolu=
tion françoise, l'interessant Fulton
auquel appartient la grande invention
des bateaux à vapeur, et que l'Europe
ne comença ap à apprécier qu'après
sa mort : l'illustre W. Erskine, illustré
W. Erskine enfin illustre au Barreau et dans
la Chambre des Comunes, come orateur,
Magistrat revéré depuis come Chance=
lier d'Angleterre, Ecrivain élégant et
1 mot biffure patriote éminent, dont 1 mot biffure ques=
tion
avec lequel j'eus l'honeur de cor=
respondre et soutins depuis des rélations
dont il sera rendu compte plus tard.

L'orage qui menaçoit ma patrie et
que dont les in derniers évênemens avoient
été les avantcoureurs, venoit enfin d'éclater, et je crois
ne pouvoir mieux décrire ses effets,
qu'en insérant ici, les lettres du 4e
Octobre et 1er Décembre, dans lesquelles
j'en rendois ample à l'Empereur un Compte détaillé
qu'il lui importoit de connoitre, pour
n'être pas induit en erreur par son
Ambassadeur et par les agens de celui
ci.

 

Paris 4e 8bre 1802
(n.9)

Sire

Les Evênemens me forcent encore à vous
entretenir de l'Helvétie

Si mes Nos précédens  vous sont par=
venus, vous aurrez la clef. Le n° 10 (aussi
daté du 4e 8bre), doit avoir précédé celui
ci; il sera décidément le dernier, parce=
qu'il m'importe de savoir, si tout vous
parvient
.

La retraite des troupes françoises hors de
l'Helvétie a eu, en partie, les résul=
tats que je vous avois anoncé.

Il paroit seulement, que si le gouver=
nement françois n'a pas voulu jouër
les Insurgés (ci devant-gouvernans), en les
excitant à comettre des sottises dont il
comptoit tirer parti, il a été joué par eux.

La déconsidération de la république
helvétique et de son gouvernement central
a été portée aussi loin que possible,
par la nouvelle Constitution que la
France lui a fait établir, par la
manière insultante dont la nation a
été traitée, lors de sa prétendue accep=
tation, par les élections qui en ont
été les suites, et en particulier par
celle de Dolder, en qualité de Lan=
daman, par les fausses mesures de
toute espêce qui ont signalé l'admi=
nistration de ces intrus, et finale=
ment par leurs inepties, leurs perfi=
dies, et leur honteuse lâcheté.

<19> Il étoit impossible qu'une pareille ma=
chine pût tenir. Elle ne s'est même
soutenue jusqu'à ce moment, que par
le dévouement de quelques homes, qui,
attachés à l'Unité et à la Centralité
du Gouvernement, regardées par eux,
come les conditions
sine qua non, de
notre indépendance, ont imposé silence
au mépris et à l'indignation dont ils étoient
pénétrés pour les manequins appelés,
le Gouvernement central.

Le Gouvernement françois avoit espéré
amener au même état d'impuissance, les
adversaires de ce gouvernement central,
en particulier les patriciens démocrati=
ques et aristocratiques connus sous les
dénominations d'anciens gouvernans et
d'Olygarques. Il a fait luire aux yeux
de ces homes, orgueilleux et vindicatifs,
l'espoir de rétablir leur ancien régime;
et ses émissaires leur ont indiqué pour
éclater, l'époque présente.

Les Olygarques ont feint de donner dans
le piège, ou, y ont donné en effet.

Quoiqu'il en soit, le nom françois est
tellement abhorré qu'il ne leur a pas été
difficile de fa réunir sous les bannières
de la haine et de la vengeance, un parti
nombreux, et voici ce qu'ils ont fait
entendre aux Campagnards et aux Citadins
fatigués de tant de souffrances:

Dans l'espoir de vous délivrer d'anciens
abus, que nous aurrions du abroger nous
mêmes, vous avez entrepris une révolu
=
tion. On vous avoit promis, la liberté,
l'égalité etc. etc., et depuis 4 ans vous
êtes malheureux!

L'étranger vous véxe et vous opprime im=
punément; et pour comble d'ignomi=
nie, il vous donne pour gouvernans, des
homes ineptes, lâches et corrompus.

Revenez à nous, de bonne foi; nous oubli=
erons le passé, et nous vous promettons
1° que, désormais il n'y aurra plus de
différence entre la qualité de bourgeois
des Capitales et de bourgeois de la
campagne

2° que la faculté d'arriver aux places
sera comune à tous.

3° que les droits féodaux seront rache=
tables à un prix modique

4° qu'il y aurra liberté d'industrie,
comerce etc. etc.

Parmi les anciens Gouvernans qui
ont tenu ce langage, il en est de 2 espêces.

<20> Ceux des cantons démocratiques paroissent
avoir été sincères, et ont, en effet,
émis des proclamations qui ne tendent
pas seulement à faire cesser, pour tou=
jours, les distinctions odieuses de privilê=
giés et de Sujets; mais, ce qui a fort
scandalisé leurs associés, ils ont sonné
la trompette démocratique, d'un bout
de l'Helvétie à l'autre.

Quant aux ci-devant Gouvernans
des Aristocraties de Zurich, Berne,
Lucerne, Fribourg, Soleure, Bâle,
Schafhouse etc. etc., il paroit par leurs
oeuvres actuelles, qu'à l'exception de
ceux de Zurich, tous n'ont cherché
qu'à gagner du tems, dans le fol espoir,
que de futurs contingens leur fourni=
roient peut être, les moyens de ne
tenir que ce qu'ils voudroient.

En attendant, les campagnards, tou=
jours crédules et entrainé par leur
haine et pour les Francois et leurs
adhérens, n'ont rien soupçonné, et
prèsque partout, on les a vu se lever
simultanément.

Si le gouvernement central actuel
eut été composé différement; avec
un peu d'adresse et d'énergie, il aur=
roit prevenu l'explosion du Complot
qui étoit connu depuis plusieurs
semaines.; mais ainsi que j'ai
deja eu l'honeur de vous le mander,
Sire: c'étoit pour faire des sottises,
et encourir le mépris, qu'on avoit
choisi ses membres; ils ont répondu
en plein, à ce qu'on attendoit d'eux

Les troupes de ce gouvernement ont dabord été dissémi=
nées, afin de les avoir foibles par=
tout, et on leur a donné pour Géné=
ral, Andermatt natif du canton
démocratique de Zoug, bon officier,
lié avec les chefs des Insurgés, le=
quel a comis, sans doute exprès,
fautes sur fautes . La consé=
quence a été, qu'elles ont du se ré=
plier de toutes parts, et que quel=
ques corps ont été interceptés.

Tandis que cela se passoit, à l'ar=
mée, les membres du Gouvernement

<21> central donnoient le spectacle de divisions
insensées. Voici ce que m'écrit, à ce sujet,
mon ancien Collêgue Secretan "Les 2 Statt=
halter Füssli et Rüttiman, les Ministres
Rengger, Schmid, avec la majorité du Sénat
étoient brouillés avec le Landaman Dolder
au point que nonseulement ils évitoient

toute comunication de civilité avec lui,
mais qu'ils sembloient rechercher les occa
=
sions de lui faire insulte. Il suffisoit
que Dolder proposoit émit une opinion, pour
qu'elle fut rejettée, et Dolder de son côté
n'étoit pas fâché que les résolutions de
ses enemis n'êussent aucun succès.

Aujourdui même, où ils sont sur le point
de périr, la même fureur les anime encore.

Telle étoit l'animosité de ces Messieurs que
pour se défaire de Dolder, ils voulurent
se jetter dans les bras des Olygarques ber
=
nois les plus prononcés.

Il y a 15 jours que, secondés par Tribo=
let (patricien bernois), leur nouveau mi=
nistre de la Police, ils surprirent Dolder
dans son lit, le forcèrent de donner sa
démission et le firent conduire au château
de Jägistorf
. Ils se hatèrent le lende=
main de nomer un Landaman, et ce
Landaman n'étoit rien moins qu'un
De Watteville désigné depuis quelque tems
come le principal Chef des Comités in
=
surrecteurs de Berne et de l'Oberland.
Ils lui associèrent Monod qu'ils vouloient
attirer hors du Léman, et d'Eglise préfet
de Fribourg dont ils ne redoutoient pas le
caractêre. Ils éprouvèrent dans cette occasion
un refus ignominieux. Watteville partit
le même jour pour prendre le comande
=
ment des Insurgés du voisinage. Monod
qui sentit le piège avoit également refusé,
et ces Messieurs se virent contraints d'aller
tirer Dolder du chateau de Jägistorf,
et de le prier de reprendre sa place de
Landaman.

Peu de jours après Watteville parut
devant Berne avec un ramas de 6 à 700
paysans et un couple de canons, il soma
la place, où se trouvoient 1200 homes de
bonnes troupes, il fit tirer 5 ou 6 coups
de canon contre l'Hotel de ville etc. et
le Gouvernement capitula.

Nos Elites demandèrent en grace de
pouvoir attaquer l'ennemi, on le refusa
et il s'en fallut peu que leur mécontentement
n'eût des suites sérieuses."

<22> Jamais peut être la perfidie ne fut poussée
plus loin; mais elle n'appartient pas exclusive=
ment à ces Gouvernans. Ce fut Verninac
qui décida finalement à cet égard.

Ce fait universellement connu, mais que les
François ne manqueront pas de contester,
achêve de caractêriser leur Politique, qui
tend depuis longtems à retrancher le pays
de Vaud, jadis Canton Léman du reste de
l'Helvétie.

Si les Bernois excités sous main, persis=
tent à vouloir réunir ce beau pays à
leurs anciens domaines, (et dans leur éxal=
tation actuelle ils ne s'occupent que du
présent sans songer à l'avenir), les Fran=
cois viendront bientôt le leur reprendre.

Les Bernois sont ils repoussés? Les émis=
saires françois feront comprendre aux
habitans, que pour être désormais en
sureté, ils doivent, ou demander leur
réunion au territoire françois, ou de=
mander à former une république pa=
reille à celle du Vallais.

Le Gouvernement central refugié à
Lausanne avec Verninac, paroit s'y
être rendu que pour accélérer ce mouve=
ment.

Heureusement pour les Vaudois qui ne
veulent, ni du régime olygarchique
de leurs cidevant Seigneurs magnifiques,
ni du Régime françois, ils ont pour
Préfet un home sage, énergique et
incorruptible, auquel il a fallu conférer
des pouvoirs illimités, parce qu'il inspire
une confiance universelle; c'est Monod
mon ancien ami.

A la voix de ce digne Magistrat, nos
braves milices se sont levées pour def=
fendre leur territoire contre l'armée
de l'Helvétie allemande toute entière,
qui menace de l'envahir pour dissou=
dre les tristes débris du Gouvernement
central, et dêja sur plusieurs points,
on en est venu aux mains avec l'achar=
nement qui caractêrise les guerres
civiles.

En attendant les olygarques des
Aristocraties, à l'exception des Zuricois
(dit-on), se regardants dès lors come
inébranlabes, ont rétabli leur ancien
Régime
, repris leurs titres, leur mor=
gue, toutes leurs prétentions etc. etc. assu=
rés qu'ils se croyent, des secours l'assistance de l'Au=
triche, de l'Angleterre et peut être encore
de quelques autres.

<23> De son côté, le Gouvernement central
a demandé dans les formes, la médiation
de la France qui n'attendoit que cette invi=
tation pour agir.

Les olygarques bernois ont envoyé à
Paris, 2 des leurs, Mrs de Müllinen, fils
de l'Ex-Avoyer et Stettler.

Ce qui surprend un peu les homes atta=
chés aux principes libéraux, c'est que ces
Messieurs ainsi que tous les ennemis de
la liberté de notre nation, se vantent
avec ostentation de l'appui qu'ils ont
trouvé en Russie, et rangent Alexandre Ier
parmi les restaurateurs de notre ancien
Régime
.

Qu'ils parlent ainsi de Mr de Markof,
celà se comprend, puisqu'il les accueille,
et s'est prononcé hautement et de vieille
date, pour le rétablissement de l'antique
tyrannie en Helvétie. Les opinions
sont libres, mais si celle de V. M. I. dif=
féroit de celle là, il semble que ses agens
diplomatiques devroient un peu moins
émettre les leurs propres, et s'observer
davantage.

La France ne gardera surement pas
sur la joue, l'empreinte du souflet que
l'Autriche etc. etc. etc. lui ont appliqué par la
main de nos Olygarques, en reconnois=
sance des indemnités. Il est même
urgent qu'elle intervienne promptement;
mais sera ce donc d'elle seule que de=
vront dépendre nos destinées?

Voilà le Piémont réuni, et sous les
apparences de l'indépendance, le Vallais
assujetti. Les Cabinets de l'Europe
attendent-ils donc que l'Helvétie entière com=
plette le territoire de l'Empire gaulois
d'Occident
?

Sera-ce avec des notes tardives que
le torrent sera arrêté? J'en appèle ici
à mes memoires des mois d'Octobre et
Novembre 1801.

Sans doute, Sire, ce n'est pas vous
qui êtes menacé; mais le moment est
d'intervenir sérieusement pour Vous, come pour ceux qui sont
plus exposés, et ce moment durera peu.

Le sort de l'Helvétie intéresse toute
l'Europe, et ne peut être fixé que d'ac=
cord avec les grandes puissances.

Sire! voulez vous connoitre les faits?
Voulez vous déjouer les intrigans de tous
les partis? Faites-choix pour la Diplo=
matie, pour ce qui n'en constitue pas
au moins, la partie honteuse, d'homes purs,

<24> incorruptibles, instruits, affables
avec dignité, doué d'idées libérales,
sachant voir par eux mêmes, désirant
le Bien come vous même; intéressez
à la vraïe gloire de celui qui veut
être le civilisateur de son peuple, le
deffenseur des idées libérales.

J'en étois là, lorsqu'on m'apporte
la Proclamation du 8 Vendémiaire 
qui me décide à vous adresser de suite,
et vaille que vaille, mon N°10 

Après avoir invoqué votre interven=
tion, il ne me reste plus qu'à faire
des voeux, pour quelle vous paroisse
convenable.

Si Alexandre Ier ne veut, ou ne peut
pas s'y résoudre l'accorder, je demeure
aumoins convaincu, qu'il ne coopére=
ra pas à nous donner des fers. Je
le conjure, pour son propre honeur,
de deffendre à ses agens diplomatiques
d'accorder trop ouvertement leur
protection à nos anciens oppresseurs.
Quand à moi, Sire, j'ai fait pour
mon pays et pour la cause de la
Liberté en Europe, tout ce que je
pouvois faire.

Je ne prendrai aucune part aux
négociations qui seront entamées
ici, a la suite de la Proclamation
du 8e Vendémiaire, sauf le cas où
elles auroient lieu 1 mot biffure, en concur=
rence avec un ministre russe digne
de votre confiance et de la nôtre.

Si ma patrie a perdu sa dignité,
je ne dois pas m'exposer à perdre
aussi la mienne.

On m'annonce, dans ce moment, que
le Général Ney doit comander en
Helvétie. De toutes parts, les trou=
pes marchent. Il en vient par
Huningue, Genève et la Cisalpine.
On comence ici à se douter qu'il
n'y a pas de tems à perdre.

S'il est vrai que le Vorarlberg
soit garni d'Autrichiens, cela semble=
roit indiquer l'intention de soute=
nir les ci-devant Gouvernans, au=
moins dans les Grisons.

 

Après avoir rendu compte
Ce
A ce recit fidèle de ce qui s'étoit
passé en Suisse et à Paris, il faut
ajouter joindre ces 2 Postscripts du 8e et 12e
Octobre, qui complettent le Tableau

 

Les Olygarques démocratiques ont
émis une proclamation tendante
à démocratiser toute la Suisse, et

<25> qui a produit cet effet, que les
Olygarques des villes aristocratiques
n'ôsent plus professer leur vieilles
et odieuses doctrines, au moins pour
le moment.

Mes concitoyens du Léman ont été
forcés de se réplier de quelques lieues,
devant un enemi 4 fois plus fort; ils
continuent cependant à faire bonne
contenance.

Reding et son parti sont bien mal=
adroits de n'avoir pas traité avec des
braves, dont le seul desir est de rester
indépendans; par ce moyen ils aur=
roient enlevé au Gouvernement central,
ses seuls deffenseurs; qui et depuis long=
tems celui ci aurroit pris la fuite. L'or=
gueil des bernois est la cause de cette nouvel=
le bévue. Ces homes ne peuvent se ré=
soudre à renoncer à leur ancienne
domination.

Les 2 députés de Berne ont été ren=
voyés, mais on assure que d'autres
sont arrivés.

Les intrigans de tous les partis vont
accourir, et donner le triste spectacle
de notre corruption dont on ne se
doutoit pas.

 

J'ai dit qu'une lettre de la même
date avoit été expédiée à St Cergue,
pour être réexpédiée de là, avec
plus de sécurité. Elle conte renfermoit
les pièces offici documens qui pouvoient
avoir de l'importance 2-3 mots biffure

juger qui n'ont point 2 mots biffure jus=
qu'à présent et qu'il faut enfin con=
noitre qu'on a ignoré jusqu'à présent
et qu'il est tems de faire connoitre

des Documens destinés à devenir
publics et officiels, si les Conjonc=
tures rendoient favorisoient
leur présentation. Les conjonc=
tures de cette époque paroissant
telles, j'en fis usage. Ce fait
ayant été ignoré jusqu'à pré=
sent, il est tems de le faire
conoitre

 

St Cergue Canton du Léman
le 4e 8bre 1802. (n.10)

Sire

La situation malheureuse de l'Helvétie ne
peut demeurer indifférente à l'Europe.

Le territoire de ce petit pays fut tou=
jours considéré come une barrière né=
cessaire entre les territoires des grandes
nations qui l'environenttourrent.

De là ces axiomes 1° que pour le main=
tien de l'Equilibre et de la paix, en
Europe, l'Helvétie doit former un Etat
indépendant et neutre, non plus
sous la forme d'une impuissante Con=
fédération, mais sous celle d'une répu=
blique unique.

2° que pour assurer cette indépendance
et cette neutralité, il faut à cette républi=
que unique, un gouvernement central

<26> fortement organisé, qui par ses
moyens propres, puisse se faire obéïr
obéïr audedans et respecter au dehors.
3° que pour éviter de nouveaux troubles,
ce Gouvernement central doit reposer sur
une constitution vraiment nationale,
qui resserre les liens d'union, centralise les
pouvoirs, et fasse jouïr, non plus quelques
familles isolées, mais la totalité des habi=
tans, des institutions compagnes d'une
liberté sage, institutions qui se combi=
nent avec le bon ordre et la subordi=
nation.

La Constitution qui fut établie en 1798 sur
les ruines de la Confédération helvétique
que la nation accepta solemnellement
à cette époque, et sous laquelle elle a
vécu jusqu'au 7. Janvier 1800, aur=
roit pu remplir ces conditions, si la
sagesse eut présidé aux corrections
qu'indiquoient les principes et l'expé=
rience.

Au lieu de celà, dès le comencement de
l'année 1800, les factions s'en em=
parèrent, et l'on vit paroitre, sous
le nom de Gouvernemens provisoires,
des autorités usurpatrices, qui s'é=
tayant audacieusement de cette même Constitution
qu'elles violoient à chaque instant,
se renversoient successivement, au
gré de l'Etranger, après avoir foulé
la nation, chacune, à sa manière.

Telle étoit la triste condition de
l'Helvétie, lorsque la dernière de ces auto=
rités provisoires lui dicta ce qu'on
appèle la Constitution de 1802, qui
est devenue le signal d'une conflagra=
tion générale et de la guerre civile.

Les Helvétiens attachés à leur patrie,
sentoient depuis longtems qu'une
médiation énergique éxercée par les
grandes puissances, étoit le seul remê=
de à leurs maux; ils se plaisoient
surtout que le coeur magnanime de
V. M. I. ne se refuseroit à leur ren=
dre cet éminent service.

Les malheurs qui menacent leur
patrie et la proclamation du Gouver=
nement françois du 8e Vendémiaire
an XIe, ne leur permettent plus de
suspendre leurs démarches.

Dépositaire des dernières Volontés
du Directoire helvétique, seul gouver=
nement légitime éxistant en Helvé=
tie depuis l'année 1798, envertu du
Plein-pouvoir ci-joint qu'il me
remit le 7e Janvier 1800 , dans
sa dernière séance, et pour remplir

<27> les engagemens sacrés que je contractai
envers le peuple en acceptant l'office
et les pouvoirs que ses mandataires légi=
times me confièrent le 28 Juin 1798
et qui substistent en leur entier, malgré
les violences éxercées depuis par les factions,
je suis obligé 1 mot biffure par les conjonc=
tures critiques de ce moment à user
de ce document.

Je prens donc la liberté de recourir à
V. M. I. et viens la conjurer de vouloir
bien intervenir dans ces circonstances,
en prenant de concert avec les puissances
amies de la paix, des mesures propres
à procurer enfin à l'Helvétie, une Consti=
tution nationale et libre, un Gouver=
nement central et énergique, qui lui
assurent l'indépendance et une tranquil=
lité durable.

Sire!

Quoique froissée et abattue par tant
de comotions, la nation helvétique,
n'est point avilie. Elle est digne encore
d'intéresser les ames généreuses, et
V. M. I. qui apprécie si bien les
jouïssances du coeur, et dont les princi=
pes libéraux sont si généralement
connus, éprouvera sans doute un
plaisir bien grand pur à contribuer
au bonheur d'une nation estimable,
dont la reconoissance proclamera son
nom parmi ceux de ses bienfaiteurs.

Je suis avec respect

Sire

De V. M. I.

Frédéric Cesar delaHarpe, en qualite de
Président ad intérim, du ci-devant Direc=
toire helvétique.

 

Plein pouvoir

Liberté. Egalité

Au nom du peuple helvétique.

Le Directoire Exécutif constitué en vertu
de l'article 6. de la loy du 13 Aout 1798
apprenant les mesures inconstitutionelles
et violentes adoptées en cet instant par
les 2 Conseils, mesures qui attestent le
mépris des principes de la Constitution et
des droits du peuple, mais se trouvant
trop foible pour balancer l'appui,
qu'au mépris de l'alliance, elles trou=
vent dans l'étranger, arrête:

1° les Directeurs Oberlin, LaHarpe et
Secretan formant, à cette heure le
Directoire helvétique constitutionel
seul pouvoir éxécutif légitime en Helvétie

<28> protestent au nom du peuple, duquel
ils tiennent leurs prérogatives, contre les
atteintes qu'on vient de porter à la Consti=
tution jurée le 15 Avril 1798, et s'en=
gagent mutuellement sur leur honeur,
à faire valoir, en tems et lieu, la susditte
protestation.

2° Réduits par la violence à l'impossi=
bilité de se réunir de nouveau consti=
tutionellement, ils déclarent au nom
du peuple, et come chargés chargés spé=
cialement par l'article 79e de la Consti=
tution, de surveiller et assurer l'éxé=
cution des loix, regarder come illégaux,
nuls et non-obligatoires, tous les actes
émanés, ou à émaner des autorités qui
pourroient être établies, jusqu'à la réin=
têgration du Gouvernement et des pou=
voirs constitutionels.

3° Par les mêmes motifs, ils s'autorisent
mutuellement et autorisent en parti=
culier leur Président, le Citoyen Frédéric
César LaHarpe, à se présenter, négocier
et agir, au nom du Directoire et du peuple
helvétique, partout où il sera nécessai=
re, pour réclamer, en faveur de la pa=
trie, les bons offices des puissances euro=
péennes, et ce envertu des pouvoirs
attribués au Directoire par l'article 80e
de la Constitution. 

4° Le citoyen Dolder s'étant emparé du
Sceau de l'Etat, et le Secretaire général
l'ayant suivi, le Directoire Exécutif dé=
cide que ses 3 membres présens signe=
ront le présent Arrêté, duquel il sera
remis un éxemplaire à chacun d'eux
pour leur servir de Lettre de créance,
jusqu'au jour où la Constitution étant
réhabilitée, et l'Helvétie délivrée du
fardeau des troupes étrangères, le
Directoire pourra de nouveau, se
rassembler.

Ainsi fait et signé par nous, à Berne,
dans le Palais directiorïal, à 7 heures
du soir, le 7e Janvier 1800.

Signés Fréderic Cesar LaHarpe. Président
Oberlin - Directeur
Secretan - Directeur
Pour le Secretaire général
Secretan, Directeur.

 

Les nouvelles rélatives à ma patrie n'a
Ce n'étoit pas seulement de ma pauvre
patrie, que j'avois à entretenir celui
qui m'avoit exprimé si souvent le desir
de lui être utile; j'avois auss j'éprou=
vois aussi le besoin de lui comuniquer
<29> tout ce qui pouvoit l'intéresser person=
nellement, ou être utile à la Russie.

Après la conclusion de la courte paix
qui interrompit pendant quelque tems,
les hostilités entre l'Angleterre et la France,
Paris fut inondé d'Anglois de toutes condi=
tions, avides de voir par leurs propres
yeux, ce qui s'étoit passé en France, depuis que la
guerre avoit interrompu tout les comuni=
cations entre les 2 peuples, et que la
cConstitution de l'un d'eux avoit acquis
tant de ressemblance avec celle de l'autre.

Les Homes d'Etat qui durant la grande
lutte avoient deffendu avec éloquence,
les mêmes doctrines que les Orateurs
françois soutenoient glorieusement, à
la Tribune de France, avoient accouru
à Paris, et 1 mot biffure où les amis de la
Liberté les avoient accueilli avec enthou=
siasme. Dans le nombre de ces Homes
distingués, brilloient surtout Ch. Fox,
Le Chevalier Makintosh, et W. Erskine
avec lesquels, des amis comuns me firent
faire conoissance. Ce dernier m'ayant
témoigné plus particulièrement, le desir
de m'entretenir de ce qu'il avoit appris de
sur l'Empereur je l'invitai à se rendre
à ma campagne, et nous convinmes,
que chacun de nous ne parlant pas bien
courament l'idiome de l'autre, quoique
le comprenant courrament, chacun de
nous parleroit le sien propre, arrangement
qui me procura l'avantage d'entendre
parler durant pendans toute 2 mots biffure une journée entière avec son élé=
gance accoutumée, et sur une grande va le plus éloquent des
Avocats de l'Angleterre

parler pendant une journée entière, sur
une grande varieté de sujets, l'un des plus
éloquens Orateurs de l'Angleterre. Voici
coment je transmis à l'Empereur, laes
partie résultats de notre Entretien qui le concernoient per=
sonellement:

 

Vous connoissez, Sire, de réputation et
même par quelques plaidoyers, ce Démosthêne
anglois, aussi éloquent, mais plus intrépide
et plus vertueux que celui d'Athênes, et
vous n'avez peut être pas oublié la lecture,
que nous fimes, il y a 9 ans des discours
énergiques qu'il prononça en faveur de
Hardy, Thelwall, Horne-Tooke etc. etc.
qui vous firent connoitre et admirer, cette
institution du Jury sans laquelle il n'est
aucune vraye liberté sur la terre.

Erskine me pria de lui parler de vous.
<30> Je ne me fis point presser. Que n'êtiez
vous derrière, pour écouter cette conver=
sation qui se passa toute entière dans
l'allée en berceau, que je vous ai désignée
dans le Dessin de mon jardin.  Vous
eûssiez jouï de l'impression produitte
sur une ame indépendante et géné=
reuse, par le récit des faits qui vous sont
propres. Mais ce que vous me dites est
tellement étranger à ce que nous avons
sous les yeux
, reprenoit de tems en
tems Erskine, qu'il faut que vous me le
répétiez, pour que je puisse y croire.

Eh! bien, lui dis-je, vous serez convain=
cu, prenez et lisez. Je lui mis alors
entre les mains, la précieuse lettre que
vous m'adressates, il y a 18 mois, que je n'ai
montrée qu'à 3 homes dignes de la
lire, mais que je conserve avec d'autres,
pour la postérité, afin qu'elle vous juge
sur pièces probantes,. Ce fut un vrai
coup de théatre. A mesure qu'Erskïne
lisoit je voyois sa poitrine s'élever et s'a=
baisser avec violence et de grosses larmes
sillonner ses joues. Ah! me dit-il,
tout ému: je vous crois maintenant: cette
lettre devroit etre gravée en caractêres
d'or
.

Certes de pareils témoignages ont de la
valeur, de la part d'un Etranger, grand
par lui même et indépendant.  Des
dispositions pareilles ne devoient pas
être perdues. Je sçais, repris-je à mon
tour, que vous possédez la confiance
du Prince de Galles: c'est à l'home d'Etat
indépendant et philantrope que je
vai m'adresser
.

Les nations n'ont contracté jusqu'ici que
des alliances politiques, Oeuvres de la
fourberie et de la ruse. Il seroit tems
qu'elles en contractassent désormais,
au profit de la civilisation, des lumiè
=
res et d'une liberté sage; c'est aux Chefs
des grandes nations qu'il appartient
d'ouvrir la carrière.

Vous connoissez maintenant, l'ame de
l'un d'eux; ses principes ne seront, ni
altérés, ni détruits, parce qu'il ne les tient
pas des circonstances qui créent les apos
=
tats, et surtout parce qu'il n'obéït à
aucune autre influence que celle de sa
judiciaire. Veuillez donc vous rappeler
cette alliance lorsque votre ami sera
placé, de manière à pouvoir y concourir,
et l'y préparer d'avance.
 

Pour toute réponse, Erskine saisit ma
main avec transport, la serra, et promit
de me donner de ses nouvelles depuis
l'Angleterre. Il m'a envoyé un

<31> Exemplaire de la 33e Edition de son
éloquente brochure,,
View of the causes
& consequences of the présent War with
France
, en me priant, si je l'approuvois, de
vous la comuniquer, ce que je ferai.

Il est essentiel, Sire, ajoutois-je que vous ayez des
amis parmi les homes éclairés et indépen=
dans, qui jouïssent come homes d'Etat
tant come simples citoyens, que come
homes publics, d'une considération propre,
légitimement acquise.

C'est en partant de là, que je me suis
entretenu, à plusieurs reprises, avec des
amis du célèbre Jefferson dont vous avez
goûté l'admirable discours d'installation;
et si l'occasion se présentoit, je crois, Sire,
que vous ne vous répentiriez pas d'avoir
manifesté l'estime que cet home illustre
vous inspire.

Ce seroit p. ex. une bonne occasion,
lorsque vous enverrez des Botanistes recueil=
lir en Amérique des graines 1 mot biffure de végé
et de nouveaux végétaux, si vous les
lui recomandiez directement, d'home à home, d'Ale=
xandre à Jefferson. 

Je voudrois, Sire, vous procurer des amis
audelà des mers: je voudrois que vôtre
nom fut prononcé par des bouches indépen=
dantes et pures, même au milieu des
forêts de l'Amérique.

 

Le Post script du 12e 8bre contenoit
en outre ce qui suit:

 

Une nouvelle affreuse circule à votre sujet.
On assure (et la source m'en impôse) qu'on
a voulu vous assassiner, qu'on a fait
feu sur vous, qu'il a eu un complot,
qu'on craint pour vos jours
: je n'ôse vous
en dire davantage. Quelle horreur!

Ah! je vous en conjure: écartez tout ce
qui n'est pas pur: chassez loin de vous
ceux qui ont participé à la mort de
votre père; en attendant que vous puis
=
siez leur faire rendre compte de leur
conduite
, si cela est nécessaire pour l'é=
xemple.

Quelques uns de ces homes ôsoient encore se
montrer; ils avoient espéré vous domi=
ner, i. Ils sont capables de tout. Ils savent
bien que votre mort seroit le signal de
l'anarchie, et leurs ames ambitieuses
se flattent qu'ils pourroient alors se
saisir du Gouvernail.

De la fermeté, de l'énergie, de la sévérité!
Contenez les fripons, les grands fripons.
Entourez vous des homes honnêtes, des
homes qui veulent ce que vous voulez;
il en est encore, et vous les trouverez.

<32> N'êtes vous pas l'Empereur du peuple?
l'Empereur des coeurs de tout ce
qui aime la vertu, l'humanité, les
principes?

S'il y a eu quelque tentative, vous
me le ferez connoitre. Il m'est impossible
de vous exprimer mes angoisses, jusqu'à
ce que j'aye appris de quelque chose
de certain et de tranquillisant.

Soyez juste, toujours juste; mais
que votre indulgence naturelle, ne
dégénêre pas en foiblesse.

Je donnerois tout ce que j'ai, pour
être seulement 5 minutes auprès de
vous, pour vous entendre. De quoi
ne sont pas capables les homes corrom=
pus qui entrevoyent le terme des abus
dans la sagesse avec laquelle vous procé=
dez. Vous me connoissez, Sire, je suis
à vous, à la mort et à la vie: dites
adoucias .

 

La Diète que les Chefs des Insurgés Chefs
des anciens Gouvernans s'étoient haté de
convoquer à Schwiz, sous son ancienne
forme, n'avoit pas perdu son tems. Aussi=
tôt après la retraite des troupes francoises
ils avoient fait un appel au peuple, et
celui ci quils avoient réussi à tromper
par des proclamations qui lui promettoient
réparation de tous les torts que les anciens
gouvernemens avoient eû, à son égard,
s'étoit levé de toutes parts, et sous le
prétexte d'expulser le Gouvernement cen=
tral, ils avoient pénétré partout où il
avoit encore quelques 1 mot biffure l'armé
l'armée de la Diète de Schwiz, après l'avoir
forcé à lui livrer Berne
l'armée insur=
rectionelle de la Diete, qui venoit de
le forcer à évacuer Berne, avoit enva=
hissoit le C. de Vaud où il s'étoit refugié,
et començoit à s'y livrer à des actes de
vengeance, lorsque le Général Rappa
aide de Camp du 1er Consul, arriva por=
teur d'une déclaration anonçant que
le 1er Consul acceptoit la Médiation
qui lui étoit offerte, invitoit somoit les 2 par=
tis à cesser les hostilités, qu'un Corps d'ar=
mée françoise
annonçoit l'entrée en Suisse
d'un corps françois chargé d'y maintenir la
paix, et invitoit les 1 mot biffure cantons à nomer
des Députés avec mission de se rendre
à Paris, pour y former sous le nom de
Consulte, une assemblée destinée à 1/2 mot biffure
1/2 mot biffure les moyens 1 mot biffure fournir au 1er
Consul les renseignemens que'il le 1er
Consul
jugeoit indispensables, pour remplir
<33> en conscience, la tâche dont il s'étoit chargé, et à laquelle
il desiroit que s'associassent tous ceux, qui
sous les Gouvernemens précédens avoient oc=
cupé des places supérieures.

Les Chefs de l'armée insurrectionelle qui se
croyoient déja maitres de chatier leurs ennemis,
fur furent terrifiés par cette déclaration,
se mirent furent contraints de s'arrêter dabord,
puis de se retirer pour faire place aux troupes
francoises. Le Gouvernement central retourna
à Berne, la Diète de Schwiz s'évanouït après
avoir montré sa mauvaise volonté et im=
puissance; et aux mouvemens belliqueux, suc=
cédèrent les agitations éléctorales compagnes ordinaires
de ces réunions nombreuses dans lesquelles les peu=
ples désignent ceux qu'ils chargent de deffendre
leurs droits.

Les 2 années qui s'étoient écoulées depuis l'ex=
pulsion du Directoire, avoient fourni des expé=
riences nombreuses, qui avoient fait faire
d'utiles réfléxions à ceux qui avoient dont les
passions avoient eu le tems de se calmer.
La comparaison dLes avantages que la Consti=
tution de 1798 promettoit, si elle eut été deve=
loppée, et complettée avec bonne foi par de
bonnes loix, comparés à 3-4 caractères biffure aux promesses à ce
qu'on à ce que les 4 Constitutions avoient promis
sans pouvoir s'affermir, avoient reconcilié
le peuple avec les 1 mot biffure qui avoient 1 mot biffure ceux qui étoient
chargés de gouverner à cette époque périlleuse,
et les homes qui avoient poursuivi avec tant
d'acharnement de passion le Directoire

étoient si évidens, surtout en les comparant
aux mécomptes qui avoient résulté, des
3 révolutions que la Suisse avoit supportées
par la Suisse dans l'intervalle, que la grande
majorité du peuple manifestoit des regrêts,
et que ceux 1 mot biffure mêmes qui avoient poursuivi avec
tant d'acharnement le Directoire, començoient
à éprouver du repentir, d'avoir traité si du=
rement, ceux qui leur avoient anoncé les tris=
tes résultats d'une conduite aussi passionée.

Quelques uns des membre de la cette Comission des dix
qui avoient engagé les Conseils Legislatifs, à
violer la Constitution de 1798, pour expulser
la majorité du Directoire (Secretan, Oberli et
LaHarpe) et lui substituer le Pouvoir provisoire
de la Comission Exécutive
, furent assez noble=
ment pensans, pour me faire des avances de
réconciliation, que j'accueillis avec empres=
sement, parceque j'avois toujours attribué leurs
fautes, à des erreurs dans lesquelles les avoient
entrainé de fausses données. fin de la ligne biffure

Ces homes devinrent depuis de chaleureux amis,
et je m'honore de compter dans le nombre
l'illustre Escher de la Linth, les Bourgmaistres Usteri
de Zurich, Zimerman de Broug, Koch de Thoun)

Le résultat de ce changement d'opinion
s'étoit opéré, pendant mon voyage en Russie,
et se manifesta, au moment où il fut
<34> question de faire choisir des homes en état
de représenter la nation, dans la Consulte.
De toutes parts je reçus des invitations
à accepter avec les 1 mot biffure fonctions de Député,
et accompagnées des voeux des gens de Bien
pour que je rentrasse dans les affaires à
la tête des futurs Gouvernans. Les assem=
blées électorales des grands Cantons de
Berne et de Lucer Zurich, ne se contentè=
rent pas de me nomer leur 1er Député,
les Districts de la campagne bernoise
et zuricoise 1-2 mots biffure m'exprimer en se rap=
pelant ce que j'avois tenté et voulu
et tenté pour assurer les droits du peu=
ple, voulurent joindre leurs sollicitations
par des adresses, et le Canton de Zoug
habité par une population toute ca=
tholique avoit également manifesté
le même voeu en faveur d'un Protestant,
lorsque informé de mes refus, il fut
obligé de me remplacer par l'un des
siens. La lettre suivante que l'Assem=
blée électorale du C. de Zurich me fit l'hon=
neur de m'adresser le 5. 9bre 1802, et ma
réponse du 17e Novembre, exprimant
clairement nos sentimens réciproques,
je crois devoir les insérer ici, come l'expres=
sion identique de ce que m'adressèrent à la même époque l'assem=
blée électorale et les principaux dis=
stricts de la campagne de C. de Berne.
L'Assemblée élective du C. de Zurick
qui sur la proclamation du 1er Consul

 

L'Assemblée électorale du C. de Zurich, qui, sur la proclamation du
1er Consul de France du 8e Vendemiaire, et sur le Décrêt du Gouvernement
helvétique du 25e Octobre, s'est assemblée aujourdui, pour nomer des
Députés pour Paris parmi les membres qui composoient les 2
Diètes 1-2 mots biffure du 1er Aout 1801 et du 2e Avril 1802.  an=
nonce par ceci, que le citoyen Fréderic César LaHarpe ci-devant
Directeur de la république helvétique, par la pluralité absolue des
suffrages a été nomé 1er Député du C. de Zurich, pour assister au
Congrès qui doit se tenir à Paris; et en qualité de Représentant
du dit Canton il est autorisé d'user de ses talens et de ses lumiè=
res, pour contribuer à rétablir la tranquillité et le Bien-être
dans la République helvétique.

Citoyen

Le Canton de Zurich desire par ce choix vous donner une preuve
que les mérites, que vous vous êtes acquis, à la fondation de la
république helvétique, rélativement à votre patrie, sont encore
présens à sa mémoire.

A qui, les citoyens d'un état libre pourroient-ils mieux confier
leurs intérêts, qu'à celui qui réunit, à l'amour de la patrie
le plus pur, le plus désintéressé, les conoissances les plus éten=
dues pour ce qui concerne, pour ce qui conerne, les rélations
les rélations tant intérieures qu'extérieures de l'Helvétie?

Ce fut un de ces momens funestes, dont notre résolution offre
tant d'éxemples qui vous éloigna de nous , pour nous
faire mieux sentir, la perte que notre patrie venoit de faire.

Vous eutes assez de générosité et de grandeur d'ame pour
<35> oublier les injures personelles, et pour
ne vous occuper que du bonheur de votre
patrie, malgré le vaste espace qui vous
séparoit d'elle.

Le 1er Consul reconnoit enfin en vous,
un des premiers citoyens de l'Helvétie,
et lira facilement dans le choix que nous
venons de faire, le voeu d'une grande
partie de cette nation, c'est de vous voir
occuper, de nouveau, une des premières
places.

Puissiez vous, pour le bonheur et l'indé=
pendance de votre patrie, vous décider à
en occuper une!

Au nom de l'assemblée électorale du
C. de Zurich.

Zurich
le 5 Nov.
1802.

Koller Préfet du Canton
et Président de l'Assemblée.
Hotz 1er Secretaire

 

Je fus profond touché de l'honorable confi=
ance que me témoignoit la brave popu=
lation de ce Canton, et, si des motifs
puissans, pour refuser les propositions
qui me seroient faittes ne m'avoient pas été
dictés d'avance, j'1 mot biffure j'aurois accepté
la mission qui m'étoit offerte. Ces motifs
furent présentés le 17e 9bre suivant à
l'Assemblée électorale par la lettre suivante.

 

Aux citoyens formant l'assemblée élec=
torale du C. de Zurich, le 5e 9bre 1802

Citoyens

Je reçois aujourdui le Décret d'élection
qui me nome Député du C. de Zurich, et la
lettre infiniment honorable dont vous avez
bien voulu l'accompagner.

Etranger aux affaires publiques depuis près
de 3 ans, je ne devois guêres m'attendre à vivre
encore assez dans le souvenir de mes concitoyens pour être revêtu de
nouveau, d'une mission de confiance.

Ce témoignage précieux de votre estime, Citoyens! m'a vivement ému,
et il m'eut été bien doux de pouvoir y répondre, dans ces circonstances,
si de puissans motifs ne m'imposoient pas depuis longtems, l'obliga=
tion de renoncer aux fonctions publiques.

Déja, en 1798, j'eus tort d'accepter dans le Directoire, une place qui
ne pouvoit cependant être refusée, à cette époque, sans encourir le repro=
che de pusillanimité.

J'ai payé pour cette erreur involontaire, mais une récidive seroit
inexcusable.

D'après mes principes, les homes qui ont eu une part principale
aux révolutions, doivent pour plusieurs années, rentrer dans
une condition privée. Trop prônés par les uns, trop méconus
par les autres, ils ne tardent pas à devenir le point de mire
des passions des passions, au détriment de la chose publique.

Les circonstances sont telles, d'ailleurs, qu'avec le plus grand desir
de servir ma patrie, dans la station que vous m'offrez, j'y serois
moins propre que personne, dans ce moment; peut être même
les desservirois-je, à force de zêle et de dévouement.

Enfin, Citoyens, jusqu'à ce qu'un autre ordre de choses ait
<
36> ait succédé, par la volonté nationale, à celui qui fut
adopté en 1798, je suis lié par mes obligations, et forcé
d'attendre l'heure à laquelle le peuple helvétique, indé=
pendant, libre et armé, pourra recevoir le Compte
que je lui dois, de l'éxercice des fonctions qu'il m'avoit
jadis confiées, fonctions incompatibles avec celles
auxquelles vous me faites l'honeur de m'appeler aujour=
dui.

Aureste, Citoyens! si je ne puis servir la patrie, dans ce
moment, come fonctionaire public, le choix que vous ve=
nez de faire d'un citoyen né dans le canton du Léman 
prouvera aumoins que l'Assemblée électorale du Can=
ton due Léman Zurich, tient au principe de l'Unité, bâse
fondamentale de notre liberté et de notre indépendance
futures.

De mon coté je n'oublierai jamais les preuves multipliées
1 mot biffure de dévouement et de patriotisme que le C. de Zurich a
fournies, l'empressement avec lequel ses milices marchèrent
aux frontières pour deffendre notre territoire, la bravoure de
ses soldats, dans les champs de Winterthour et de Frauenfeld,
et le zêle avec lequel sa brave réserve accourut à Lucerne au
moment où le Gouvernement n'avoit plus que son audace
à opposer aux conspirateursions, que le voisinage d'une
armée ennemie faisoit éclater de toutes parts.

Simple citoyen, mon zêle ne sera pas moindre, et peut=
être, qu'il sera plus utile à mon pays. Plus ce dernier
est dans le malheur, et plus je tiens fortement à lui.
Puisse t-il, enfin, recevoir ces institutions qui garan=
tissent au peuple la jouïssance d'une sage liberté, et
procurent au Gouvernement assez de force et de moyens
propres, pour faire éxécuter les loix et deffendre avec
succès, notre liberté et nôtre indépendance! C'est
par ce voeu que vous répéterez sans doute avec moi
Citoyens! que je termine cette lettre. Salut et Considéra=
tion. F.C. LaHarpe, membre du ci-devant Directoire Exécutif
au Plessis-piquet, le 19e Nov. 1802.

 

Les refus
Les motifs de ce refus, et de tous ceux que contenoient mes
réponses aux assemblées qui m'avoient honoré de leurs
suffrages, déplurent fort au Gouvernement francois, qui croyant
y voir 1 mot biffure des élémens d'opposition, lâcha la bride
à ses journalistes, qui pendant quelquetems me firent
l'honneur d'in1 mot biffured'interprêter, ces motifs chacun à sa façon. La police
fut aussi chargée d'explorer ce qui se passoit en ville, dans
mon domicile où je reçevois les membres de la députation 1 mot biffure qui se
soucioient d'entendre mes les observations d'un Magistrat éprou=
vé par des crises diverses, et dont les procédés à leur
égard, attestoient le plus entier oubli du passé, et le
desir sincêre de leur voir remplir dignement leurs de=
voirs. Come il n'y avoit là rien 1 mot biffure qui pût allar=
mer le Gouvernement, 1 mot biffure je fus oublié par lui,
ainsi que je m'y attendois, mais, je continuai a demeu=
rer au courrant de ce qui se passoit..

J'appris ainsi, que le 1er Consul venoit de désigner
4 Comissaires chargés de négocier avec les députés
les Députés à la Consulte. Comissaires étoient
4 Sénateurs, Mr Barthelemy ci-devant ambassa=
deur en Suisse 2-3 mots biffure enemi bien connu de l'ordre
de choses postérieur à l'anée 1798, le ministre de
la Police Fouché, dont les principes avoient changé
<37> si souvent qu'il y aurroit eu de la
témérité à en espérer quelque chose
Mr Röderer 1 mot biffure Exconstituant, plein
d'esprit, de connoissancees ver et de talent,
mais versatile, 1 mot biffure quel 3 mots biffure et maldisposé pour le peuple,
ce propos peu digne d'un Fonctionaire
préposé à l'Instruction publique. A quoi
bon apprendre apprendre à lire et à écrire
a un gros paysan? A quoi sert d'augmen=
ter la masse des livres? Nous en avons déja
tant
enfin Mr Desmeuniers magistrat
distingué du Département du Jura, ami
des idées libérales et disposé à écouter favo=
rablement les doctrines qui établissoient
les droits du peuple. Les Députés suis=
ses furent invités à nomer 10 d'en=
treux, pour discuter leurs intérêts avec
les Comissaires ci-dessus. Leur choix soit
libre, soit influencé, porta sur Mrs Louis
d'Affry
de Fribourg, Pierre Glouz de Soleu=
re, Emanuel Yauch d'Ury, H. Monod du
Canton du Léman. Reinhardt de Zurich,
Sprecher de Bernegg des Grisons, P. A. Stapfer
d'Argovie ancien Ministre de l'Instruction publique et
Envoyé de la République à Paris, Paul Usteri
de Zurich. R. de Watteville de Berne. Ign.
de Flue
, du Haut Underwalden.

Après plusieurs conférences, les Comis=
saires françois et helvétiques furent
invités à se réunir sous la Présidence
du 1er Consul-médiateur, dans une Séan=
ce qui ne dura pas moins de 56 heures,
et durant laquelle cet home extraordi=
naire, prêta une attention remarquable
à toutes les quéstions, et aux discussions les
plus chaleureuses, aux quelles il prit
souvent part, avec un rare talent.

Les résultats de cette mémorable séance,
recueillis avec soins, devinrent 1 mot biffure plus plus tard les bases
de l'Acte de médiation du 19 Fevrier 1803.

Cet acte comprenoit, 1° les bases fondamentales 1/2 mot biffure
1/2 mot biffure des Constitutions des 19 Cantons 2 mots biffure membres
à cette époque, de la confédération
2° sous le titre d'Acte fédéral les dis=
positions générales destinées à établir
les fixer les bases de la nouvelle Confé=
dération, et dans le nombre le mode
de la mise en activité de celle-ci,
et ainsi que la création d'une Comission 1 mot biffure
chargée 2-3 mots biffure de Liquida=
tion composée de 5 membres, chargée
de se faire rendre un Compte exact des
prétentions financières respectives tant des
Cantons et du que des gouvernans qui avoient
s'étoient succédé depuis, 1798, avec
pouvoir de prononcer sans appel
sur ces prétentions.

<38> L'acte de médiation nomoit pour
l'année 1803 le Comte d'Affry Landaman
de la Suisse avec des pouvoirs illimités, et
chargeoit des Comissions cantonales com=
posées de 7 citoyens de s'occuper de l'éxécution la mise
à éxécution du nouvel ordre de choses, de
manière que la nouvelle Diète fédérale
pût Etre réunie le 1er Juin et pût s'occuper imédiatement des
affaires qui lui étoient dévolues.

L'unité venoit d
Les partisans du Systême unitaire, furent=
rent profondément affligés, de le voir
sacrifié au Systême fédéraliste, qui
reprit 1 mot biffure bientôt des nouvelles forces,
et, sous le nom d'Esprit cantonal, op=
posa aux mesures nécessaires 1 mot biffure pour
que les nouveaux pouvoirs de la Diete
et du Vor-ort, fussent obéïs, des diffé=
obstacles, qui mettoient en péril l'honeur
et l'indépendance de la Suisse entière,
mesures qu'on reconoit aujourdui, come indispensables mais qu'on
ne veut et ne peut attaquer.

L'Acte de médiation trouva toutefois
tous les partis disposés à l'accepter come une nécessité et
l'on doit reconnoitre, que le Médiateur la Suisse jouït sous lui tant qu'il 1 mot biffure jus=
que à au mois de Décembre 1813, d'une
tranquillité parfaite, souvent regrettée

come une nécessité à laquelle il falloit
se soumettre, et l'on doit reconnoi=
tre que le Médiateur ayant surveil=
lé l'éxécution de son oeuvre, la Suis=
se jouït jusques au moïs de Décembre
1813, d'une tranquillité parfaite,
souvent regrettée depuis.

Les travaux de la Comission de Liqui=
dation terminés seulement le 1er Novembre
1804 ne furent au contraire accueillis, avec peu
de bienveillance,. sSoit à tort, soit à
raison, on prétendit que les anciennes
capitales dominatrices avoient été
beaucoup trop favorisées, et Berne
fut accusé, d'avoir soustrait quelques
millions, détournés en 1798 de son
Trésor, et qui aurroient du être 1 mot biffure
faire partie des Fonds sur lesquels
la Comission de Liquidation avoit à
prononcer. L'oeuvre de cette Comis=
sion étoit toutefois inattaquable;
mais en 1835 et 1837, un procès fut
intenté, 1 mot biffure aux à des magistrats
bernois accusés d'avoir célé cette
soustraction.

Le Canton de Vaud
Tous les cantons s'empressèrent d'or=
ganiser leurs Constitutions conformé=
ment àux l'Acte de médiation. En
nomant les membres de son Grand
Conseil, le C. de Vaud, me fit l'honeur
de m'y appeler, mais j'avois résolu
de n'accepter aucune place, et je
remerciai, pour m'adonner tout à
fait, aux nouvelles occupations que
je m'étois créées, et que les évênemens
de 1813 m'obligèrent d'interrompre.

<39> Je continuai
Tandis que la Consulte helvétique s'occu=
poit de la sorte, je tachois de mettre
à profit les dispositions de mes amis fran=
çois, pour recueillir les renseignemens que
j'avois promis de transmettre à l'Empereur,

Mon impatience étoit augmentée par
les Papiers publics, qui m'apprenoient que
les réformes proj entreprises, étoient 1/2 mot biffure
1/2 mot biffure
pour donner à l'administration
publique une autre forme, comencoient
étoient en train de se développer. Les
Ministêres étoient créés, quelques Minis=
tres avoient été només, et celui auquel
je tenois plus particulièrement étoit en
pleine activité, mais j'avois appris quoi=
que très satisfait de sa composition, j'avois
j'aurois désiré qu'aulieu de mettre à sa
tête le Conseiller privé actuel Zavadofvsky
on y eut placé l'home respectable qu'on
y lui lui avoit donné come son Lieutenant
1 mot biffure. J'étois surtout inquiet, du sort
1 mot biffure des lettres des 3 premières lettres, dans lesquel=
les j'avois donné à l'Empereur, se trou=
voient quelques Données, qui pouvoient
avoir de l'importance dans ces conjonctures,
et dont La réception ne m'avoit pas été
accusée, et ce ne fut pas sans étonnement que
j'appris que des précautions excessives, leur
avoient fait faire le tour de l'Europe avant
d'arriver à leur destination.

Il importoit cependant de persévérer dans
ce que j'avois entrepris à rendre compte
de ce que j'avois obtenu. C'est ce que j'ef=
fectuai dans 2 lettres du 1er et 16 Dé=
cembre, dans les quelles j'ai je donnois j'inserai
un extrait sur la marche qui mettoit au propre à caractêriser
1-2 mots biffure de la marche de la Consulte
helvétique. 1 mot biffure Je profitai de l'occasion
pour raconter la brusque conversion des adversaires
de l'ancien Directoire, qui et mon élection come
Député à la Consulte, dans 3 cantons, et
les motifs de mon refus que j'accompagnai
de la copie de la lettre honorable que m'a=
voit été adressée et de ma réponse

qu'accompagnoient les invitations pressantes de
la part des Comunes de la campagne. J'en insère=
rai
joins ici quelques fragmens.

 

J'ai appris avec bien de la peine que mes 3
premières lettres dans lesquelles je vous rendois
compte de ce que j'avois éxécuté, ont fait le
voyage de Naples, avant de vous parvenir.

Voilà le beau résultat de trop de précautions.
Dès lors, des homes de mérite m'ont préparé un
Volume de Notes intéressantes sur le jeu inté=
rieur des rouages administratifs, et je n'attends
pour vous l'adresser qu'une occasion sure, si
vous voulez me la fournir. Le paquet est à
votre disposition; je crois que son Contenu pourra
pourra vous être utile.

<40> Les malheurs qui ont fondu sur notre patrie,
depuis l'époque à laquelle mes amis et moi quittames
forcement le g timon des affaires, ont ouvert
les yeux. Nos plus ardens adversaires n'a=
vouent pas seulement leurs erreurs et leurs
torts, ils revienent à moi, et je ne cesse
d'être sollicité pour accepter la 1ère place
dans le Gouvernement qui sera créé.

Le Canton de Vaud, mon pays natal, ins=
truit que je n'accepterois aucune mission
ne m'en a point donné, mais les assemblées
électorales des Cantons de Berne, de Zurich
et de Zoug et celles des districts d'une gran=
de partie de l'Helvétie allemande m'ont
nomé unanimément leur 1er Député,
et m'ont adressé les plus vives sollicita=
tions, non seulement pour accepter,
mais encore pour entrer dans l'adminis=
tration, come leur Chef.

Ce retour est d'autant plus extraordinaire,
que les assemblées électorales des 3 Cantons
ci-dessus, sont composées des mêmes
individus qui composèrent en 1801 et
1802 les Diètes cantonales, Diètes créées
par mes ennemis et recrutées parmi
eux et leurs cliens. Enfin l'assemblée
électorale de Zoug est composée en entier
de Catholiques zêlés, et je suis protestant,
ou passe du moins pour l'être.

Je comptai toujours sur l'Avenir,
pour obtenir de mon pays, la justice
qui m'étoit due; c'est même ce qui me don=
na le courage d'endurer les injures, les
persécutions et les avanies. Je ne me
doutois guêres que cette justice me seroit
rendue d'une manière aussi éclatante,
de mon vivant, dans 1 mot biffure ces circonstances,
et lorsque retiré aux champs, je ne m'occu=
pois plus que de travaux agricoles.

Vous trouverez ci-joint, Sire, la
lettre de l'assemblée électorale du C. de Zurich
et ma réponse. Celle ci étoit prette depuis
plusieurs années; elle n'eut admis d'ex=
ception que dans un seul cas.

Si Alexander Ier et Bonaparte avoient
pu s'entendre pour rêgler nos destinées
de concert avec nous; alors, j'aurois
accepté la mission qu'on a bien voulu
me confier; et, si la 1ère place m'eut
été offerte, ainsi qu'il paroit en avoir
été question, je m'en serois chargé, dans
l'espoir de former le chainon qui eût
réuni les 2 chefs de nations puissantes,
appelés par leur position, à influer

<41> d'une manière marquante sur les desti=
nées de l'Europe.

Le Chef indépendant d'une nation pau=
vre mais honnête, auroit pu tendre une
main à l'un, et l'autre main à l'autre,
sans attenter à votre dignité. Tel fut
longtems mon rêve, et s'il ne s'est pas
réalisé, s'il ne peut plus l'être, la
cause n'en est, ni à V. M. I. ni à moi
qu'une destinée bizarre eût placé ainsi,
là où il le falloit, pour coopérer avec
vous. Mais, je suis trop fier, trop in=
dépendant pour assister à un Congrès
convoqué sous d'aussi funestes auspices, et
avec aussi peu d'égards pour ma nation;
et certes, ce n'est point à une pareille
agrégation, bien que formée d'homes
dont les 3/4 aumoins sont bien intention=
nés, que je reconnoitrai le droit de nomer
le Chef de l'Helvétie.

Je suis donc, ainsi que j'ai eu l'hon=
neur de vous le mander, demeuré étran=
ger à tout ce qui se fait et se prépare.

L'Angleterre et l'Autriche, ont ainsi que je
vous l'ai écrit, soufflé le feu. La premiè=
re a fourni les fonds, et son Ministêre
toujours emporté par ses passions, ou tou=
jours mal informé, vient par cette der=
nière échaffourée, de jetter entre les bras
de la France l'Helvétie entière, et rien
n'est plus absurde que ce qui se dit, ou
se traite en Angleterre, à cet égard.

Il m'est impossible de vous cacher
Sire, qu'on a cherché à faire croire au
peuple suisse, que vous aussi étiez le
protecteur des anciens Gouvernans, c'est
à dire, de la caste qui tout récement en=
core s'est permis des actes de perfidie,
et des atrocités dignes de celles éxercées à
Naples, il y a 3 ans. Aujourdui même
une personne digne de foi me confirme
ce que je n'avois pas voulu croire, que
Mr Christin se disant chargé de comis=
sions de la part de la Russie a assisté,
a Berne, à Fribourg, à Yverdun (son lieu
natal), et ailleurs aux conciliabules des
Insurgés, et a corrigé et même rédigé leurs
proclamations.

Qu'on employe quelques fois de tels êtres,
il est triste de penser que cela puisse
convenir; mais j'ôse vous assurer, Sire, que
dans un pays tel que le nôtre, ils ne con=
viennent nullement, et que ce ne sera
point par eux que vous obtiendrez des
renseignemens, véridiques fondés sur les faits,
les seuls pourtant qui doivent vous être
présentés

 

<42> Postcript du 5. Decembre

En arrivant en Ville, j'y trouve Sire,
votre lettre du 24e Octobre, qui m'a
fait oublier, ce que les conjonctures ont de
pénible pour moi. Ah! ne croyez pas
que je vous en aye voulu pour votre
silence.

Quelque inexprimable plaisir que me
procurent vos lettres je scais que 50
millions d'homes ont des droits, devant
lesquels les miens disparoissent.

Il me suffit d'apprendre par vous,
que vous êtes toujours le même, que
vous marchez courageusement, et que
mes épitres vous parviennent. N'ayant
pas la même responsabilité que vous, je
continuerai à vous écrire, et si je puis
vous être utile dans ma retraite, il ne
manquera rien à mon bonheur.

On s'adresse quelque fois à moi pour
des projet

En attendant que mon séjour de quel=
ques mois en Ville, me permette de
vous adresser quelques notes sur les éta=
blissemens publics, je vous serois obligé,
en présentant 1 mot biffure l'homage de mon
respect à à S. M. I. votre auguste mère, de lui
dire que; d'après le témoignage de
bons juges, l'établissement d'éducation de
Madame Campan
tend plutôt à
former d'aimables Demoiselles, que
de futures mères de famille

On n'a point encore trouvé de Sujet pour
la place de Précepteur. Les troubles en sont
la cause; mais on continue les recherches. 

Les papiers m'ont appris les changemens
qu'a subi votre administration; ils ont
obtenu l'assentiment de tous les gens de
bien. 

Vous n'avez aucune idée de l'intérêt qu'ins=
pire à ces derniers, tout ce que vous
faites. Ils se consolent de ce qui se
passe autour d'eux, en vous voyant
marcher avec sagesse. Home heureux
vous êtes devenu le dépositaire de ce
que tant de nations et tant de coeurs
généreux ont cherché au travers des
guerres civiles, et c'est un Empereur
qui est chargé de ce dépôt!

Le choix de Michel Nikitsch m'a
fait un bien grand plaisir . C'est
un si digne home, un home si pur, si
intêgre. Soutenez le, empêchez le qu'il
ne cède trop à l'influence de son Associé
ou Supérieur, auquel il m'est impos=
sible, par des motifs que vous trouverez

<43> dans mes lettres, d'avoir une confiance
égale.

J'ôse vous en conjurer, Sire: veillez à
ce qu'on ne repête pas ce qu'on se permit
sous votre auguste ayeule, qui eut le
noble projet de populariser l'instruction,
mais qu'on trompa, en élevant à la hâte,
des fabriques brillantes, dont vous avez
les résultats dans mon mémoire sur l'état
de vos écoles. Au nom de l'humanité,
empêchez qu'on ne veuille briller, faire
du bruit aux dépens de la réalité. Si
on l'ôsoit, levez le voile, arrachez les
guenilles dorées dont on aurroit décoré
le phantôme, et faites justice des Charla=
tans.

L'instruction publique généralisée,
popularisée, rendue utile et non bril=
lante: voilà la pierre angulaire de
votre édifice.

 

On me pardonnera d'inserer dans ici la
lettre que l'Empereur m'avoit adressée, et que
j'attendois avec une vive impatience: Elle
étoit ainsi concue.

 

Au citoyen LaHarpe ci devant membre du
Directoire Exécutif de la République, au
Plessis-piquet près Paris.

Mon cher et vrai ami

J'ai tardé longtems à vous écrire; ne m'en
voulez pas de mal; j'ai été si surchargé
de besogne, que peu de momens me restent
libres.

J'ai reçu maintenant vos 3 bien intéres=
santes lettres de Königsberg, de Francfort
et du Plessis-piquet. Elles m'ont fait un
plaisir bien réel. Vous conoissez, mon
cher, mon amitié sincêre pour vous: vous
savez quelle est basée, dabord, sur l'estime
la plus vraye pour votre caractêre, ensuite,
sur toute la reconnoissance que je vous de=
vrai jusqu'au tombeau. Vous n'y avez
pas peu ajouté par votre voyage à Pé=
tersbourg. Je sens et reconnois encore
jusqu'ici, toute l'utilité que j'en ai retiré,
même sans parler de tout l'agrêment que
j'en ai eu, en vous revoyant après une
si longue absence.

Bien des graces pour tous les détails dans
lesquels vous entrez dans votre lettre de Franc=
fort.  Je l'ai lue avec un grand
intérêt, et je m'efforcerai surement de
mettre à profit les conseils que votre amitié
me donne.

La mesure dont nous avons si souvent
parlé ensemble, se trouve en pleine activi=
té. 

Le ministère est organisé, et va assez
bien, depuis 1 mois.

<44> Les affaires en ont acquis beaucoup
plus de clarté, et de méthode, et je
scais tout de suite à qui m'en prendre,
si quelque chose cloche.

Lambsdorf  est de retour depuis quelques
jours;. Il est à Gatschina avec ma
mère; j'attens son retour pour lui
parler au sujet de Ludwig, dont je
crois l'acquisition très utile.

Adieu, mon cher et bon ami. Ma
feme vous dit mille choses: présentez
mes homages à la votre, et conservez
moi toujours votre amitié et votre
souvenir qui me resteront éternelle=
ment précieux. Votre sincêre ami
Aléxandre.

 

Une bonne occasion s'offroit, dans
ce moment pour répondre: j'en pro=
fitai pour transmettre à l'Empereur
tout ce que je lui avois promis, et plusieurs
quelques nouveaux ouvrages, et les
annonces de plusieurs autres.

 

Paris 16. Dec. 1802

Sire

Je remets au Comte de Hallwyll, les
papiers et ouvrages renfermés dans
ce paquet, et prens la liberté de vous
recomander ce jeune concitoyen de qui
il n'a pu dépendre d'être rendu plus tôt
à sa destination.

Pour le tranquilliser j'ai du lui pro=
mettre de mettre sous vos yeux, les
obstacles qui l'ont empêché de partir
plustôt. Il espêre que vous voudrez
bien y avoir égard; ces obstâcles con=
sistant dans les longueurs imprévues,
que nos troubles ont entrainées.

S'il étoit possible que ce jeune home
pût être placé ailleurs qu'à Kazan,
qui est prèsque le bout du monde
pour un Suisse, et où il se trouve à
peu près privé de toute correspondance avec
les siens, j'ôserois vous le demander, pour
lui même, et pour sa 1 mot biffure respectable
mère feme du plus grand mérite. 

Vous trouverez, Sire, dans ce paquet
ce que je vous ai annoncé dans ma
lettre du 10 Frimaire N° 11 (1er Dec. 1802).
Il a fallu faire quelques fraix pour l'ob=
tenir, et l'home distingué qui m'a
assisté, sans autres motifs que le desir
de vous être utile, sera sensible à un
témoignage de satisfaction de votre
part.. Voulez vous que je lui offre
l'une des médailles d'or que vous me
donnates en partant? J'attens la dessus
votre réponse.

Je joins à ce paquet, quelques livres
et des brochures allemandes concernant
la méthode d'enseignement populaire
de Mr Pestalozzi
.

<45> Le rapport intitulé Ueber die pestalozzische
Lehranstalt in Burgdorf
est l'ouvrage d'un Ecclê=
siastique distingué par ses lumières, et que sa qualité
de Patricien bernois, rend certainement très impar=
tial. Veuillez jetter les yeux sur les pages 81 et
suivantes.

L'ouvrage intitulé : Wie Getrüd ihre Kinder
lehrt
n'est pas moins intéressant; c'est le 1er Livre
élémentaire.

Je crois faire à V. M. I. un présent digne d'Elle, en
lui faisant connoitre l'home et ses oeuvres et je la
conjure de se faire présenter un Rapport sur le tout, par un
home à idées libérales, sans préjugés, voulant
le bien, et sentant qu'il ne peut être fait d'une
manière solide, qu'à l'aide de l'instruction publi=
que.

Vous ne pensez pas come le Conseiller d'Etat
Röderer prépôsé ici à l'Instruction publique qui
disoit, il y a peu de jours du ton tranchant qui le
distingue: A quoi bon apprendre à lire et à écrire,
à un gros paysan? A quoi sert-il d'augmenter
la liste des livres? Nous en avons deja tant!
 
Non: vous ne pensez pas come cet illustre et ses
pareils; j'en rends grace au bon génie de la Russie.

La suite des ouvrages de Pestalozzi se pu=
blie par souscription chez Gesner libraire à Ber
Berne. Le tout ira peut être à 5 ou 6 Volumes;
voyez, Sire, si vous ne pourriez pas honorer
de votre nom, du nom de l'Empereur du peuple,
la liste des gens de bien qui veulent aider, le modes=
te, le vertueux Pestalozzi.; ce seroit un argent
bien employé, et un fort bon éxemple. 

Le libraire Gesner étant le gendre du célèbre
Wieland qui, on pourroit donner la comission
à celui ci-qui réside à Weimar. Le Général
Klinger est l'ami et le Correspondant du dernier.

J'ai adressé à Pestalozzi quelques questions
aux quelles j'attends une réponse, que je joindrai
à ce paquet.

Si de jeunes russes pouvoient lui être confiés,
vous aurriez au bout de quelques années, des
instrumens nationaux, capables d'en former
d'autres. J'en reviens à mon refrein.

Si vous avez besoin des Secours de l'étranger,
ils ne peuvent vous servir, qu'autant que vous
opérerez par des instrumens russes.

J'oserois enfin vous prier, Sire, de vouloir
comuniquer ce qui concerne Pestalozzi à S. M.
l'Impératrice votre auguste mère, qui prend un
si grand intérêt à l'éducation de la jeunesse, et
s'en occupe avec tant de soin. C'est dans la
sincêrité de mon coeur que j'aime à répéter
à son fils chéri: on peut s'énorgueillir d'une telle
mère.

Vous trouverez encore, Sire le Prospectus des
Annales du Museum; ouvrage périodique d'un grand
mérite, accompagné d'un Catalogue de quelques bons
ouvrages. Le Prospectus vous plaira.

<46> Il paroit une nouvelle édition en 13 Volumes
de l'intéressante
Collection des Séances des écoles
normales
. J'ai failli vous l'envoyer; mais come
vous avez ici un Correspondant littéraire, je
ne veux pas empieter sur ses fonctions, quoique
je ne le connoisse pas.

Dans une autre lettre je vous parlerai de ce
qu'on appèle encore l'Helvétie, qui va 1 mot biffure
bientôt s'engloutir dans le grand gouffre, ainsi
que je le prophêtisois, il y a 1 an.

Ceux qui ont excité nos ci devant Gouvernans
à faire la dernière échaffourée, nous ont doné
le coup de grace, en nous lançant dans les
griffes du lion. Si l'Angleterre et l'autriche
en sont coupables, ainsi qu'on le prétend, j'ai
bien peu d'estime pour leur diplomatie.

En général, Sire, je trouve chaque jour
plus de vérité dans les paroles du Gd Chancelier
Oxenstierna à son fils partant pour Muns=
ter. 

Agréez, Sire, tous mes voeux, et l'assurance
du dévouement sans bornes de celui qui
vous chérit chaque jour davantage, et qui
vous souhaite, santé, force, courage, per=
sévérance, Contentement.

 

2-3 mots biffure
1-2 mots biffure
Dans 2 lettres subséquentes
Dans 2 lettres successives, du 4e Janvier et
13 Fevrier 1803 (les Nos 13 et 14 de ma Correspon=
dances), je continuai à rendre compte à
l'Empereur des derniers évênemens qui
avoient 1 mot biffure accompagné lamission
finale de l'Acte de Médiation, et de l'effet
produit en Suisse, par sa publication et
de la manière dont il fut éxécuté. N'ayant
point participé à cette oeuvre, j'étois obli=
gé à ce qui m'étoit raconté j'étois obligé
de m'en rapporter aux recits que des amis
bienveillans qui y avoient participé, que me faisoient
de leurs discussions avec les Comissaires, et ne pouvois entrer
dans des détails, qui aurroient
des nég
de leurs négociations avec les Comis=
saires françois. J'étois donc obligé Je ne pouvois
donc transmettre à mon Correspondant, que
les grands résultats, qui seuls 1 mot biffure étoient
dignes de l'intéresser.

J'insistais encore sur la proposition d'en=
voyer à l'Institut de Pestalozzi, à Burg=
dorf, de jeunes russes des populations diver=
ses, pour les faire élever, d'après la méthode
qu'on y suit, et en former une pépinière
d'instituteurs nationaux, pour les campa
=
gnes.

 

Mon seul espoir, (disois-je, à Aléxandre 1er)
dans tout ce que je vois, repose en vous.

C'est en popularisant l'instruction, en vous
<47> en vous occupant des institutions primordiales
solides, non brillantes, destinées au grand nom=
bre que vous soustrairez la pauvre humani=
té, aux griffes des tartuffes, des fourbes et des
ambitieux qui la veulent, ignorante, corrom=
pue, avilie, afin d'avoir un prétexte pour la
calomnier, l'insulter, l'affermir l'asservir,
satisfaire, en un mot, leurs viles passions à
ses dépens. Ah, rappelez vous le serment
prononcé par votre coeur, longtems avant
votre avênement au trône, celui que vous
prétates dans le moment où vous y futes
porté, celui, qu'en présence de la Russie, vous
prêtates au Maïtre de l'Univers, lorsque la
couronne fut placée sur vôtre tête, celui que
votre coeur répèta si souvent, dans la modes=
te chambre, où vous me procurates tant de
momens délicieux, celui enfin que vous réïté=
rates, en me serrant dans vos bras, en m'ar=
rosant de vos larmes, le soir du 8 May 1802.
Oui: je suis sur que vous le tiendrez.

Je ne vous parle point de la gloire qui vous
attend et des éloges de la postérité; c'est à
votre coeur seul que j'en appèle, aux
principes dont vous avez reconnu la vérité,
étant simple particulier, et qui n'1 mot biffure
n'ont pas cessé d'être vrais, parce qu'en mont=
tant sur le trône, vous êtes demeuré home
et citoyen.

L'Empereur du peuple scait que l'un de
ses premiers devoirs, est de répandre l'ins=
truction parmi le peuple, afin de le
rendre meilleur et plus heureux. Il sçait
que l'édifice de la félicité générale ne peut
avoir de solidité, qu'autant que ses fon=
demens repôseront sur des institutions
qui nécessitent la subordination et le bon
ordre. Il sçait que c'est peu de choses
de fonder des Universités et des Académies,
là où elles ne peuvent être occupées que
partiellement, par des indigênes, là où
il n'y a pas d'écoles
. Il sçait enfin, qu'en
matière d'administration et surtout en
matière d'instruction, tout ce qui porte le
caractêre du brillant, est volontiers, l'ensei=
gne de l'inutile, ou du nuisible. 

Laissez murmurer ces homes bouffis d'un sot
orgueil, qui pensent que le Créateur de ces my=
riades de mondes roulant sur nos têtes, ne dona
l'éxistence aux classes inférieures, que pour
les menus plaisirs de quelques uns! Laissez
les misérables qui professent un mépris insolent
pour leurs semblables, et qui, dans l'excès de leur

<48> démence, voudroient que les lumières, les lettres les lettrés dispa=
russent à jamais, pour assurer leur ténébreuse domi=
nation: Laissez-les poursuivre seul, cette carrière de
honte; la juste postérité les attend, s'ils échappent
à la justice du tems présent. C'est sur vous que se
tournent les regards des gens de bien. Le contraste offert
par le Nord les console un peu des sottises du Midy;
mais il faut poursuivre come vous avez comencé.

La nomination de Michel Nikitsch m'a fait un vrai
plaisir; mais come il est très doux, soutenez le, encou=
ragez le, afin qu'il ne se laisse pas dominer par son
principal.

Il m'est impossible de vous le dissimuler, Sire; le
choix de ce dernier m'a fait la plus vive peine, et si
vous vous rappelez mes lettres de l'hyver passé, vous
trouverez peut être que je ne parlois pas au hazard.
Jamais je ne lui ai parlé; jamais nous n'avons eu
quelque chose à démêler ensemble; ainsi, sous ce
point de vue, je suis neutre; mais voici des faits.

1° C'est un home dur, plein de prétentions excessi=
ves, accoutumé à l'encens des flateurs, surtout op=
presseur du mérite fier et modeste, et très intêressé.

2° Cet home accapara sous le rêgne de Catherine 2de,
toutes les fonctions appartenantes de la Comission
des écoles, dont il rebuta plusieurs membres, et effraya
les autres, par son crédit et par celui de ses amis.
Le respectable Epinus que j'ai beaucoup conu 
fut calomnié par cette Clique malveillante auprès de votre
auguste ayeule et dénoncé come un frondeur, dont le rado=
tage entravoit l'éxécution de ses projets.

3° Le grand mémoire du 4e Mars 1802 que j'eus l'honeur
de vous remettre sur l'état de l'Instruction en Russie,
renferme les résultats incontestable des oeuvres de cette
Comission, ou plutôt, de son régulateur, qui, satis=
fait d'avoir fait grand bruit de ses miracles durant
les 3 ou 4 premières années, laissa aller les choses come
vous le savez, dès qu'il eut obtenu de l'argent, des ordres
de chevalerie, des rangs etc., dès que les principaux fai=
seurs subalternes, Pastoukof, Jankovicz etc. furent satis=
faits. Et c'est l'home qui neutralisa les intentions
bienfaisantes de Catherine IIde, et qui possêde l'art
de faire trainer les affaires, de lasser, d'impatienter,
qui se trouve placé à la tête du Département de
l'instruction publique! Certes, il m'est impossible
de ne pas déplorer vivement l'erreur dans la quelle
on vous a fait tomber.

Voudroit-on peutêtre empêcher l'Instruction de
se répandre? Je comence à le soupçoner sérieusement.
N'osant vous contredire, on espêre vous rebuter par les
obstacles.
etc. etc. On aurra gâgné du tems, et dans le
langage de Cour: qui gagne du tems, gagne tout.

Vous avez été trompé par de fausses données, Sire. On
veut vous influencer, vous dominer, vous cerner, vous
encager; ne le permettez pas. Brisez le joug qu'on
vous destine, et que vous porterez, si vous donnez
à la clique de ce Monsieur, le tems de vous entourer
de ses cliens, ainsi que cela eut lieu sous votre auguste
ayeule.

Puisque votre choix est fait, vous ne pouvez, j'en
conviens vous donner un Démenti; mais, que Michel
Nikitsch, demeure aumoins seul dépositaire de vos

<49> projets, et qu'on ne tarde pas à s'appercevoir que
vous le distinguez
. Cela neutralisera l'autre, qui
peutêtre se dégoutera, ou que du moins vous pourrez
éloigner plus facilement, en l'occupant ailleurs.

Que je vous plains avec votre loyauté, au milieu
de tant de masques! Ne perdez pourtant pas
courage.

En rapprochant de vous les homes modestes: en ne
pactisant jamais avec les impurs et les méchans
quelque éminens qu'ils soyent, vous réunirez
enfin autour de vous, le bataillon sacré des
gens de bien. Il n'y a rien à espèrer des foibles,
des lâches, des fourbes et des homes corrompus.

 

C'es par ces Conseils que

C'est au milieu des réflexions que que me suggé=
roient les nouvelles de ce qui s'opéroit dans ce
moment en Russie, et ce qui se passoit sous mes
yeux en France q
obsédé par les inquiétudes
que m'inspiroient les destinées futures de ma patrie,
que je trouvois encore le tems, de tenir l'Empereur
au courrant de ce qui se passoit autour de moi.

Retiré des affaires publiques, j'allois adop adop=
ter un autre mode de vie, reprendre des études
abandonnées trop longtems, essayer de celles qui convenoient
à un Home qui retiré à la campagne, 2 mots biffure
renoncer aux Societés du grand monde, po en faveur de
celles
pour ne fréquenter que celles des gens de lettres
qui me promettoient du plaisir et de l'instruction,
réduire mes correspondances pour les consacrer à la
seule amitié, et recueillir tout ce qui me paroissoit
profitable à la Russie, pour le transmettre à celui au Marc Aurèle qui
s'occupoit alors de régler de rêgler ses destinées.

1 mot biffure Cette période obscure de ma vie qui 1 mot biffure qui
me procura tant de jouïssances, comença avec l'année
1803 et finit, en 1813 avec ma rentrée accidentelles
dans les affaires publiques.

Mars 1838

J'e vai essayer de la retracer.
 


 

Etendue
intégrale
Citer comme
La Harpe, Frédéric-César de, Mémoires. Sixième période, 1802-1803 (Cahier L), Lausanne, 1837, cote BCUL, IS 1918, Ba 11. Selon la transcription établie par Lumières.Lausanne (Université de Lausanne), url: https://lumieres.unil.ch/fiches/trans/1127/, version du 01.07.2019.
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