Transcription

La Harpe, Frédéric-César de, Mémoires. Suite de la cinquième période, 1801-1802 (Cahier H), Lausanne, [1837]

Cahier H

Continuation des Mémoires
de F. C. de la Harpe depuis le mois de Juillet 1800
jusques à l'année

Suite de la Ve Période
2d Séjour à St Petersbourg - 1801 - à 1802
Retour de Paris

 

Mémoire

Lettres et memoires insérés ou indiqués

Mémoire du 21. Nov. 1801, contenant des observations sur la
Suisse, et destiné a être transmis au 1er Consul
par l'Empereur.

Fragmens d'une réponse de l'Empereur au 1er Consul, rélative à l'ar=
ticle qui traitoit de la Suisse, qui accompa=
gnoit mon Mémoire du 21. Nov.

Observations adressées le 28e Janvier 1802. à l'Empereur sur la Dépêche
du Comte Markof qui accompagnoit la Dépêche
d'Aloys Reding.

Observations adressées le 28e Janvier 1802 à l'Empereur sur la Dépêche d'Aloys Reding, transmise par
le Cte Markof.

Projet de réponse à faire par l'Empereur à une nouvelle lettre du 1er Consul de
la fin de Fevrier ou comencement de Mars.

Lettre du 21. Mars 1802. transmettant à l'Empereur des observations
sur 2 lettres dont on lui donnoit conoissance, réla=
tivement à ce que les François faisoient en Suisse.

Lettre du 27. Mars 1802. avec des observations sur la Dépêche
du patricien bernois Thorman, accompagnée
d'un Projet de réponse, à faire par la Diploma=
tie russe, aux agens du Gouvt helvétique.

Billet du 19e. Dec. 1801. faisant connoitre les menées de Fauche-Borel
pour obtenir le Monopole de l'introduction des
livres.

Lettre du 19e Dec. 1801. pour l'inviter l'Empereur à prendre des
précautions contre les menées de ceux qui
voudroient abuser de ses sentimens libéraux
pour l'engager à prendre des mesures précipi=
tées.

<123> Memoire sur l'Helvétie, envoyé au
1er Consul, le 21. Novembre 1801.

 

Sire

V. M. I. s'intéressa dans tous les tems au
sort de l'Helvétie

Aujourdui que la paix renait de toutes
parts, Elle pardonnera à un Helvétien
de Lui offrir quelques réfléxions sur les
moyens d'en faire partager les bienfaits
à sa patrie.

Avant d'entrer en matière je suppose
qu'on reconnoit

1° l'importance du territoire helvétique, et
l'utilité dont seroit, dans cette partie de l'Euro=
pe, une république fortement organisée.

2° l'impossibilité d'obtenir ces résultats sans
une Constitution qui satisfasse le peuple et
mérite la confiance des puissances étrangères,
en procurant au Gouvernement, les moyens
de deffendre l'indépendance et la neutralité
de l'Helvétie.

Ces axiomes étant admis, 3 questions sont
à éxaminer

rétablirat-on l'ancienne Confédéra=
tion avec les formes de l'ancien régime?

créerat-on une autre Confédération?

3° La république helvétique serat-elle,
une, indivisible, soumise à un Gouver=
nement central?

I

1ère Question Rétablirat-on l'ancienne Confédération
avec l'ancien régime?

On assure que l'Autriche et l'Angleterre
l'éxigent, et les émissaires de nos anciens
Gouvernans en profitent pour nier l'éxis=
tence des griefs qui ont amené la révolu=
tion, et pour colporter des adresses fabri=
quées dans le but de persuader que le peuple
desire le retour à l'ancien régime.

Ces vieilles ruses sont usées, et si V. M. I.
le jugeoit nécessaire, je lui présenterois
bientôt une liste de ces griefs, suffisante
pour justifier ce que nous avons fait.

Les souffrances de l'Helvétie ont fait
certainement beaucoup de mécontens, et
les opinions y sont très divisées; mais on
se tromperoit fort en pensant que le
peuple des campagnes regrette ses Bourg=
mestres, ses avoyers, ses Baillis, ses
Patriciens, leur morgue, leurs monopoles
et leurs éxactions.

Les sauvages grossiers, fanatiques et
corrompus qui formoient, dans les montagnes,
des Démocraties occupées à pressurer sans

<124> pitié, leurs ilotes, et les bourgeois
de quelques villes jadis souveraines,
qui avoient tout accaparé, regret=
tent, je crois, les tems heureux où
ils jouïssoient doucement du fruit
de leurs usurpations; seroit-il
juste de leur donner, de nouveau, la
nation à dévorer?

On pourroit sans doute remettre
celle ci sous un joug momentané; mais
mais l'ordre de choses introduit sous
de pareils auspices, ne seroit pas de
longue durée, et finiroit tôt ou tard
par de nouvelles secousses qu'il seroit
sage de prévenir.

L'ancienne Confédération étoit
dailleurs si foiblement organisée,
qu'elle ne pourroit plus protéger l'Helvé=
tie. J'en appèle ici à la triste
figure que les anciens Gouvernans
firen en 1798, à comencer par celui
de Berne le plus riche et le plus for=
tement organisé de tous.

Le retour à un mode aussi ab=
surde, ne peut convenir aux puissan=
ces qui desirent une paix sincêre et durable.

Il ne convient pas à la France
qui paroit cependant le favoriser, ;
car les 50 lieues de sa frontière que
couvre le territoire helvétique, ne
sont en sureté qu'autant que ce
dernier peut être maintenu invio=
lable par un Gouvernement robus=
te, ce qui ne seroit pas le cas sous
une Confédération semblable à
l'ancienne.

Le rétablissement de celle ci, con=
vient, au contraire à l'Autriche

1° parce que l'impuissance d'un tel
gouvernement la laissant sans
inquiétudes sur le Tyrol, lui per=
mettra d'en retirer toutes ses trou=
pes, en tems de guerre, et de les
porter ailleurs.

2° parce qu'elle est assurée d'un dé=
vouement aveugle de la part de tous
les membres de l'ancienne Confédé=
ration, qui voyent en elle leur
protecteur.

3° parce que, si elle vouloit un jour,
faire valoir d'anciennes prétentions
sur l'Italie, il lui seroit facile,
par ses créatures, d'occuper bien
vite les cantons des montagnes qui
sont la citadelle de cette partie de l'Eu=
rope, citadelle dont l'importance lui

<125> a été prouvée.

Cette puissance aspire donc tout na=
turellement à regagner ce que le Gouver=
nement helvétique et les François lui en=
levèrent en Septembre 1798; mais elle
n'a pas besoin d'agir beaucoup; les an=
ciens gouvernans travaillant partout pour
son compte avec tant de zêle qu'elle peut
s'en rapporter à eux.

Les liaisons de l'Angleterre avec l'Au=
triche son alliée naturelle sur le Conti=
nent, font desirer à la première, de
procurer à celle ci, de nouvelles ressources
pour l'avenir; et, tels sont sans doute les
motifs du vif intérêt qu'elle prend à la
restauration des anciens gouvernemens;
intérêt que leur cause ne pourroit décem=
ment inspirer à la nation angloise, qui
mieux que toutes les autres, conoit le prix
des institutions protectrices de la liberté
civile.

Ces convenances sont-elles celles des
autres grandes puissances? Il est permis d'en
douter.

Passons à la 2de question.

II

Donnerat-on à l'Helvétie le régime
fédératif?

Ce régime a des avantages incontesta=
bles, dans une position insulaire, ou
pour un pays tel que l'Amérique sep=
tentrionale. Dans le cas au contraire où se trouve
l'Helvétie, au contraire, dont le territoire
placé au centre de l'Europe, sépare ceux
de grands Etats rivaux, jamais un
Gouvernement fédératif n'aurroit assez
de force et de vitesse, pour empêcher que
ce territoire ne devint l'arêne de leurs
armées.

Nous eûssions succombé en 1799, au
bout de peu de jours, entravés come nous
l'étions audedans, si nous avions eu un
Gouvernement fédératif. La conduite
énergique du Directoire helvétique au
milieu des périls, des contradictions et
des obstacles de toute espêce, a montré
ce qu'on pourroit éxécuter, même avec
peu de ressources, à l'aide d'un gouverne=
ment central et fort, qu'on aurroit le
tems de mieux organiser.

Le Fédéralisme a pour les Puissances,
voisines, come pour toutes les autres, les
mêmes inconvéniens qui ont déja été
énumérés. La foiblesse en sera le
premier résultat, et amênera bientôt
une désorganisation, qui se terminera
par le démembrement de l'Helvétie.

 

<126> III

L'unité d'une république régie par
un gouvernement central et fort, est
donc le seul ordre de choses convenable
à l'Helvétie, pour remplir le rôle au=
quel sa position l'appèle, et le seul
aussi qui puisse inspirer aux Gouver=
nemens étrangers assez de confiance
pour les décider à le reconoitre.

Pour obtenir ces résultats il faudroit
dabord amalgamer les peuplades diver=
ses de ce pays et fondre leurs territoires,
de manière à effacer les divisions qui
faisoient des anciens cantons, autant
de petits états rivaux, pour ne pas
dire ennemis.

Il faudroit ensuite donner au
peuple, une Constitution, qui lui assu=
rât, aumoins, les bienfaits de la
liberté civile, puisqu'il a des droits
incontestables à celle ci, et que si on
l'en privoit, de nouvelles secousses, en
seroient les suites.

Il faudroit enfin, que le gouverne=
ment fut très fort, et pût agir avec
énergie et promtitude, sans être entra=
vé; ce qui n'aurra pas lieu, tant
que le Pouvoir Exécutif sera confié
à un Sénat, ou à une Diète, tant
qu'il faudra de longues discussions, et
recueillir péniblement des suffrages,
pour agir.

Nous éprouvames quelques fois l'in=
convénient d'être au nombre de 5.
Réduits à 3, nous aurrions fait plus
et mieux; mais nous eûssions été perdus,
s'il y avoit eu autant de Gouvernans
que de cantons, ainsi que le vouloient
nos Solons et nos Lycurgues.

L'Helvétie, en un mot, ne peut
deffendre son indépendance, qu'à
l'aide d'un gouvernement très fort,
qui ne convient pas moins aureste
de l'Europe, même à la France et
à l'Autriche.

La dernière duaurroit dumoins la
certitude de ne pouvoir être attaquée
par le Tyrol, ainsi qu'elle l'a été

<127> avec tant de succès, dans la dernière
campagne, avantage qu'elle peut
mieux apprécier que personne, et
surlequel elle ne peut compter de la
part d'un gouvernement qui seroit
foible.

La France a d'autres motifs encore,
pour être sans inquiétude de la part
d'un gouvernement fort, en Helvétie.

Le territoire de celle ci lui est ouvert
depuis Bâle jusqu'au lac Léman, et
les besoins physiques, industriels et co=
merciaux des Helvétiens, les obligeront
toujours à avoir les plus grands égards
pour le géant leur voisin.

Ces raisonemens ne pourroient être
atténués, qu'en suppôsant que ces 2
puissances nourriroient des projets
ultérieurs d'aggrandissement et de
domination; car, il leur conviendroit
sans doute alors de n'être point gênées
en Helvétie par un Gouvernement trop
fort. Seroit-il donc impossible de
leur montrer leurs vrais intérêts, dans
une Politique toute opposée?

Après avoir démontré la nécessité de
conserver en Europe, une république
helvétique ayant un Gouvernement
central, capable de la protêger par
ses ressources propres, il resteroit à
indiquer la marche qu'il faudroit
suivre pour obtenir ce résultat.

Il me paroit dabord impossible
d'attendre notre salut des Législatures=
teurs actuëls de l'Helvétie, qui n'ont
manifesté jusqu'ici, qu'égoïsme, igno=
rance et vues courtes.

Les puissances étrangères n'ont pas
le droit d'y suppléer seules, et n'opêre=
roient d'ailleurs qu'à l'aveugle.

C'est de leur concert avec un gouverne=
ment helvétique digne de ce nom, que
peut résulter seulement, l'oeuvre
qui doit ramener le bon ordre, et une
paix durable dans nos contrées.

Mais à quelles puissances recourir?
L'Angleterre qui ne nous voit que par
la lunette de son intérêt mercantile, ou
par celle de l'Autriche son auxiliaire
accoutumée sur le continent, nous destine
froidement la Servitude.

L'Autriche à qui les fanatiques, sup=
pôts de l'ancien régime, et les enemis
des idées libérales sont aveuglément
dévoués, desire leur remettre le sceptre.

La Prusse que, sa position, ses vrais
intérêts, et un gouvernement libéral,

<128> devoient intêresser à notre sort, per=
sista toujours, et je crois, bien im=
politiquement à s'éloigner de nous.
Elle a aujourdui des intérêts si pres=
sans à faire valoir pour son propre
compte, que les nôtres seroient bientôt
oubliés.

Nous avons eu, et nous avons encore
beaucoup à nous plaindre de la France. Come
membre du gouvernement de ma patrie,
et come simple citoyen, je n'ai point
à me louer de ses gouvernans ;
mais, ma profession de foi, come poli=
tique, n'a point changé à son égard;
et en ma qualité d'Helvétien, je ne puis
voir, dans la France quelle que soit
la forme de son gouvernement, que
l'Alliée nécessaire de ma nation.

J'aime au moins à me persuader
qu'elle remplira les engagemens an=
ciens et modernes auxquels elle étoit
tenue en faveur du peuple; et quoi=
qu'on aît cherché à faire naitre
dans l'ame du 1er Consul, des préventions
contre nous, on me persuadera diffi=
cilement que cet illustre citoyen que
nous regardions come le futur Timo=
léon de la France , veuille sérieuse=
ment devenir l'auxiliaire de nos
patriciens et de ces fanatiques et
grossiers montagnards, ennemis de
toutes conceptions libérales, qui
nous préparent déja le rétablisse=
ment des anciens abus.

L'éloignement de la Russie doit
nécessairement diminuer l'intérêt
qu'elle peut prendre au sort de l'Hel=
vétie, en sa qualité de puissance
prépondérante. Cet intérêt néen=
moins n'est point chimêrique, puis=
que le territoire russe touche à celui
des puissances voisines du nôtre, et
pourroit s'accroitre encore, si ses
rapports avec la France venoient
dans la suite, à se multiplier, ou
devenoient plus intimes.

C'est donc moins à l'Empereur
de Russie, qu'à la personne d'Alexandre
Ier, que peuvent recourir, dans ce
moment, les Helvétiens attachés à
l'indépendance et à la liberté de
leur patrie. Ils savent, Sire,
que vous estimez leur nation; et
vos principes libéraux leur semblent
être garans que vous ne répugneriez
pas à vous intêresser à leur sort.

<129> Il éxiste en Europe, 2 grandes nations
ayant à leur tête 2 homes doués
de tout ce qu'il faut pour opérer
le bien, devant fournir une longue
carrière, et pouvant, s'ils s'entendoient
préserver la pauvre humanité, de
l'oppression et des ténêbres, en même
tems qu'ils porteroient au plus haut
degré la prospérité de leurs patries
respectives
.

Que mon pays seroit heureux si V. M. I
pouvoit s'entendre à son sujet, avec le
1er Consul!

Je n'ai point l'honeur de connoitre
assez celui ci pour me permettre de
préjuger ses dispositions; mais
rien ne m'autorisant à les croire
opposées à mon voeu, je supposerai
la possibilité d'un tel concours de vos
2 volontés, pour présenter mes idées
sur les moyens d'opérer facilement et
d'utiliser le concours.

Il me semble dabord qu'il seroit
possible d'autoriser vos Ministres res=
pectifs, à écouter les propositions des
agens diplomatiques helvétiques, et
à entrer en négociation, soit en
Helvétie, soit ailleurs.

Dans le cours de ces négociations, on
conviendroit des bases d'une Charte consti
constitutionelle réunissant les avantages
indiqués plus haut.

Cette Charte seroit proposée à l'ac=
ceptation du peuple réuni en assemblées
primaires, et il ne la refuseroit pas
après tout ce qu'il a souffert.

Une fois acceptée, elle seroit munie de
la garantie des puissances continentales,
prépondérantes, et promulguée.

Enfin, dans le but de prévenir de
nouvelles secousses qu'amêneroit cer=
tainement le triomphe d'un parti, il

<130> seroit essentiel d'exclure des places
du Gouvernement, pendant plusieurs
années, les homes les plus marquans
de chaque parti.

La plus grande difficulté consiste
dans le choix des agens helvétiques,
auxquels on reconnoit le droit de
parler au nom de la nation.

Il est impossible assurément de
reconnoitre pour tels, des patriciens
qui ne représentent que 5 ou 600
familles.

Les Gouvernemens provisoires qui se
sont succédé depuis le mois de Janvier
1800, sous la protection d'une armée
françoise, ne peuvent pas y prétendre
davantage. Le simple exposé des
faits justifiera cette assertion.

Le 7 Janvier 1800 une faction
renverse la Constitution établie, dis=
sout le Pouvoir Exécutif légitime,
crée un Gouvernement provisoire, et
le confie à 7 Citoyens, sous le nom
de Comission éxécutoire éxécutive,
sans que la nation soit consultée.

Le 8e Aout, nouvelles atteintes
portées aux droits de la nation.

La Comission éxécutive expulse les
2 Conseils, dont l'indigne conduite
ne méritoit pas mieux, elle crée
de sa seule autorité, un nouveau
Conseil Législatif dont elle élit
les membres, et se métamorphose
ensuite en Conseil Exécutif provisoire,
toujours sans consulter la nation.

Ce Conseil Exécutif d'accord avec
son fils, le Conseil prétendu législa=
tif, convoque en Septembre dernier,
ce qu'on appeloit la Diète, autre
assemblée illégale, composée, non
de députés de la nation, mais de
députés des municipaux, laquelle
devoit sanctionner, sans discussion,
un projet de constitution apporté
de Paris, élire un Sénat dirigeant,
et quelques autres fonctionaires, puis
se dissoudre.

Cette assemblée s'imaginant
à son tour être une Diète vraiment
nationale
, se déclare constituante
de sa seule autorité; elle modifie
le projêt présenté , et nome un

<131> Sénat dont les 30 membres sont
tirés, prèsque exclusivement de son
sein.

Deux membres du Conseil Exécutif , et
ceux des membres du Conseil prétendu
législatif
qui n'étoient pas au nombre
des élus , renversent le 28 Octobre
suivant cet échaffaudage, sous la
protection du militaire françois et
helvétique, la Diète est dissoute et
son projet de Constitution anéanti.

Les 2 membres du Conseil Exécutif,
daccord avec les 17 Citoyens formant
le Rump helvétique, tirent de l'oubli
un projet de Constitution du 30e May,
et le promulguent de leur autorité pri=
vée, come loy de l'Etat. Celà fait,
ils créent un Sénat de 25 citoyens près=
que tous anciens Gouvernans, auquel
ils confient les destinées de l'Helvétie.

Tels sont les faits.

Il seroit superflu, après cela, de
demander si de pareils gouvernans
peuvent être considérés come les organes
de la nation helvétique, s'ils sont admis=
sibles à traiter avec les puissances
étrangères?

Jusqu'au mois de Janvier 1800 il avoit
éxisté en Helvétie, un gouvernement
constitutionel et légitime, sanctionné
par la nation entière, reconnu par la
France, par l'Espagne, et la république
batave, ainsi que par d'autres Etats,
qui lui envoyoient des ministres et
recevoient les siens.

Dispersé violement par des factieux,
qui depuis, sont tombés prèsque tous
dans l'abjection, ou la nullité, il
éxiste encore virtuellement par le
Décret constitutionel qui lui donna la
vie, et que la nation n'a point revoqué.

Pour le remettre en activité, il faudroit
simplement faire cesser les obstacles qui
avoient interrompu l'éxercice de cses fonctions,
et rappeleur à leur poste, les citoyens aux quels
il fut confié. 

Trois d'entreux qui, au 7 Janvier 1800,
constituoient la majorité du pouvoir éxécutif
se voyant abandonnés, durent céder alors
à la force majeure; mais pour s'acquiter
au moins envers le peuple, duquel seul ils
tenoient le droit de faire éxécuter les loix, et de
pourvoir à la sureté de l'Etat
, ils rédigèrent
une Protestation, pour le moment où ce peuple
rentreroit dans la jouïssance de sa Souveraineté.

<132> Trois d'entr'eux qui, au 7 Janvier 1800
constituoient la majorité du pouvoir éxé=
cutif se voyant abandonnés, durent alors
céder à la force majeure.

Cette protestation, Sire, me fut confiée
à titre de Président, come un Dépôt sa=
cré . Les conjonctures m'ont interdit
jusqu'à présent d'en user, puisqu'il ne
s'agit, ni d'exciter des troubles, ni de faire
du bruit; et la copie que je prens la
liberté de joindre à ce memoire est même
purement confidentielle.

Mais, je ne pourrois faire un meilleur
usage de cette pièce, qu'en déclarant à
V. M. I. que mes 2 Collègues et moi, qui
formions, au 7. Janvier 1800 la majorité
constitutionelle
du seul pouvoir éxécutif
légitime éxistant en Helvétie, nous
concourrions volontiers avec la mino=
rité, à hâter les résultats salutaires
du Concert qui pourroit s'établir entr'elles
et le 1er Consul de la république françoïse.
 

Cette idée étant accueillie, il convien=
droit d'éxiger des membres de ce Gpou=
voir Exécutif, l'engagement par écrit
de rentrer pour plusieurs années, dans
une condition privée, aussitôt après
la promulgation de la nouvelle Charte
constitutionelle.

Je puis promettre cet engagement
pour mes 2 amis. Le gouvernement
françois n'est pas moins assuré de celui
de nos 2 autres Collègues Dolder et
Savary.

Enfin je joins ici la copie de la rési=
gnation que je déposai, en Juin 1800,
en mains sures , pour le moment où
ma nation rentreroit dans ses droits;
et je puis assurer V. M. I. que ce seroit
un beau jour pour moi, celui, où
déchargé loyalement de la responsabi=
lité à la quelle je suis tenu envers
le peuple de l'Helvétie, je pourrois enfin,

<133> reprendre ma bêche, come simple
citoyen d'une république libre.

Rappeler à leur poste les membres
du Pouvoir Exécutif dissous en Janvier,
1800, qui sont en Helvétie, seroit une
mesure conforme aux principes et qui
produiroit un bon effet, en montrant
qu'on a des égards pour un ordre
de choses sanctioné par la nation.

D'autres avantages bien plus im=
portans en seroient les suites imédiates.
Ainsi 1° En vertu de l'article 79 de la
Constitution le pouvoir éxécutif sur=
veilleroit et assureroit l'éxécution des
loix
.

2° en vertu de l'article 76, il pourvoi=
roit à la societé sureté intérieure
et extérieure de l'Etat
, expressions qui
lui donneroient une latitude très éten=
due.

3° En vertu de l'article 80, il entame=
roit et conduiroit les négociations
avec les puissances étrangères
, préro=
gative qui n'appartient à aucune
autre aggrégation d'homes en Hel=
vétie, et dont il pourroit user tout
de suite, et de manière à applanir
bientôt tous les obstacles.

4° En vertu de l'article 64e qui en=
joignoit aux 2 conseils législatifs
de s'ajourner, chaque année, pendant
3 mois; il aurroit le droit de les
ajourner pendant 9 mois, puisque
au mépris de cet article Constitutionel,
ces Conseils ont siégé 28 mois de suite,
depuis le 12e Avril 1798 jusques au
8e Aout 1800.

Cet ajournement seroit annoncé au
peuple par une proclamation légale
qui réuniroit tous les suffrages; et
l'on seroit dispensé de consulter ces 1/2 mot biffure
1/2 mot biffure cohues bruyantes dans lesquelles,
la voix d'un petit nombre de sages, fut
constament étouffée par les clameurs d'une
tourbe, inepte, grossière, ou corrompue.

Quant au mode même du rappel de
ce Pouvoir Exécutif, il pourroit s'effectuer,
ou par une proclamation émise au
nom des 4 membres qui sont en Helvé=
tie, ou par une proclamation du Sénat
Sénat créé en dernier lieu, qui ne la
refusera pas à la France; mais le 1er mode
seroit plus simple et plus convenable.

<134> J'insisterois avec bien plus de force
sur cette mesure que je crois être la
seule bonne, pour opérer facilement,
vite et sans bruit, si je n'étois pas
membre de ce pouvoir éxécutif.

J'aurois même évité de m'expliquer,
si je n'avois pas l'avantage inesti
inestimable d'être connu de V. M. I.
qui peut apprécier mieux que per=
sonne, l'espêce d'ambition qui perce
sans doute dans ce mémoire.

Quoiqu'il puisse arriver, Sire, j'au=
rai rempli mon devoir envers
V. M. I., en lui présentant avec
la franchise qu'Elle aime, ce que je
crois être la vérité, et payé ma
dette à ma patrie, en tâchant de
lui procurer des protecteurs qui lui
assurent la paix, l'indépendance, une
liberté sage et un gouvernement
vigoureux.
Agréez, Sire, etc. etc.

 

En adressant le mémoire qu'on vient
de lire au 1er Consul, l'Empereur
me comuniqua les observations dont
il l'accompagnoit, et que je dois
également transcrire, pour rendre
à son beau caractêre la jus=
tice qui lui est due, et
faire connoitre à mes com=
patrïotes, les dispositions
bienveillantes qui ani=
moient deja alors, cet
éminent philantrope, en
leur faveur.

 

Il est un autre objet surlequel je
dois encore vous entretenir, mais
confidentiellement; c'est de la Suisse.

Sans admettre tous les raisonemens
du mémoire ci-joint, qui m'a été
comuniqué confidentiellement
aussi, son contenu a du me frap=
per.

Il me vient d'un home dont les prin=
cipes me sont connus depuis long=
tems, qui parle de vous Citoyen
1er Consul come, j'aime à en enten=
dre parler, et qui ne peut être
suspect à la France, puisqu'il y a
placé sa fortune et fixé son domi=
cile.

Come lui, je pense, Citoyen 1er
Consul, que celui là pourroit le
mieux venir à bout de l'anarchie
en Suisse, qui l'a comprimée avec
tant de succès dans sa patrie. Le
bon peuple de ce pays mérite bien
qu'on le soustraye à la domination
des factions, qui ne lui laissent, ni
liberté, ni indépendance, et dont
l'éxemple est dailleurs pernicieux.

Rélativement aux moyens, il
me semble, en effet, que nous pour=
rions sans inconvéniens, munir

<135> nos ministres respectifs, d'instructions
concordantes, pour les autoriser dabord,
les agens helvétiques, puis à négocier
avec eux sur les bases d'un ordre de
choses agréable à leur nation, ainsi
qu'aux puissances amies de la paix.

Il n'est pas aussi facile de déterminer
avec quelles autorités helvétiques, on
pourroit entamer ces négociations.

Inviter la Suisse à faire un choix
d'homes chargés de régler ses destinées,
d'accord avec les ministres des puissances
amies, seroit sans doute le plus sage.
Mais, après tant de secousses, et dans un
moment où les partis sont éxaspérés,
cette entreprise me paroit d'une éxécution
trop difficile pour compter sur son succès;
elle pourroit peutêtre devenir le signal
de nouveaux troubles.

Les autorités provisoires et éphémêres
qui se sont succédées rapidément, paroissant
être le produit des factions, ne peuvent
guêres être considérées, come organes du
peuple suisse.

La seule autorité qui pût, peut être,
aspirer à cet honeur, seroit le Pouvoir
Exécutif dont parle le Mémoire, puis=
qu'il éxistoit envertu d'un ordre de choses
adopté par le peuple et non revoqué
par lui jusqu'à présent, que plusieurs
puissances avoient reconnu.

Il seroit assurément plus facile de
traiter avec 4 homes accoutumé au
maniement des affaires en grand, qu'avec
des Sénats, des Diètes, ou des Conseils
législatifs, dont les débats seroient sans
fin; et ce qui accéléreroit encore la
marche des négociations, c'est que ces 4
homes se trouveroient, aux yeux de la
nation, investis d'ancienne date et consti=
tutionellement, de tous les Pouvoirs né=
cessaires pour coopérer puissament avec
nos ministres, avantage que nulle autre
autorité populaire ne paroit réunir au
même degré en Suisse, et sur lequel je
desirerois connoitre aussi confidentielle=
ment, votre opinion.

Je ne sçais, Citoyen 1er Consul, si je
me trompe; mais il me semble que les
Chefs des 2 plus puissantes nations de
l'Europe pourroient, animés come ils le
sont, du desir sincêre de faire le Bien, pour
=
roient acquérir une gloire bien solide,

<136> en protégeant de concert le foible
contre les ennemis des idées libéra
=
les .

Cette gloire, Citoyen 1er Consul, est
bien digne de celui qui a fait de si
grandes choses, et je m'estimerois heu
=
reux de voir comencer par là, entre
nous, une liaison dont nos 2 nations
et l'humanité retireroient de grands
avantages.
  

 

Le Mémoire qu' 1 mot biffure qu'on vient
de lire et la réponse, dont je viens
d'insérer le fragment rélatif à la
Suisse furent adressés, à au 1er Cons
Paris à l'Ambassadeur russe pour
être remis au 1er Consul. Cet ambas=
sadeur étoit le Comte Markof,
ancien Ministre d'Etat sous le rêgne
de Catherine 2de, home d'esprit, d'une
capacité éprouvée dans par des négocia=
tions diplomatiques de la plus haute
importance, mais qui prèsque tou=
jours employé, contre lesa intérêts
françois France l'avoit surtout été, contre
les oeuvres de sa Révolution. Mr
de Markof doué d'un esprit caustique grande sagacité
avoit été chargé de la mission de
Paris pour
Doué d'un esprit délié et
plein de sagacité Mr de Markof fut
choisi come le plus di l'home le plus ap=
te, à veiller aux intérêts de la Russie,
au milieu des intrigues de toute espêce
dont Paris à cette époque, etoit le
grand théatre, et 1 mot biffure nul choix n'eut
été préférable, si cet ambassadeur
eut été plus calme et surtout moins
disposé à se laisser aller à ces cri=
tiques moqueuses, et imprudentes
qui devoient indisposer hautement
le gouvernement auprès duquel il
étoit accrédité.

Les adversaires de ce Gouvernement trou=
vèrent ainsi, dans 3-4 mots biffure
le Représentant de l'Empereur1-2 mots biffure
de 2 mots biffure
même la puissance
qui desiroit avec sincérité, un rap=
prochement, toutes les dispositions 1/2 mot biffure
1/2 mot biffure qui pouvoient l'éloigner, et
s'empressèrent d'en profiter.

Les anciens gouvernans de la Suisse
secondés par l'Emigration françoise
se hâtèrent d'en faire l'épreuve.
Aloÿs Reding qui s'étoit rendu
à Paris, come Landaman de
<137> La Suisse, avec l'espoir de gagner
le 1er Consul, s'étoit aussi muni de recom=
mandations et de
Plein pouvoirs pour pour auprés la Diplo=
matie étrangère, particulièrement
auprès du Comte de Markof, qui se
chargea volontiers de transmettre
une Lettre pour son gouvernement,
et l'accompagna de recomandations
bienveillantes.

la Suisse, dans l'espoir de gagner le 1er
Consul, avoit été muni de recomanda=
tions, près la Diplomatie étrangère
et plus particulièrement autorisé à
agir auprès Mr de Markof, qui
se chargea ne se borna pas à lui
faire un bienveillant accueil, et se
chargea de transmettre à son Gouver=
nement qu'il accompagna de recom=
mandations pressantes.

L'Empereur ayant bien voulu me
parler du Contenu de ces 2 dépêches,
je qui renfermoient plusieurs des faits
et des raisonemens qu'il importoit d'éxaminer
des raisonnemens et des faits importans,
je le priai de me permettre de lui sou=
mettre par écrit mes observations
sur chacune d'elles, ce que j'éxécutai
en ces termes, le 28e Janvier 1802, de la manière,
observations sur la Dépêche du Cte
de Markof qui acompagnoit celle
d'Aloÿs Reding.

 

1) Le 1er Envoyé russe (Général Sprengporten) réussit à merveille
à Paris.

Le 2d (de Kalichef) choqua jusques aux
femes, qui sont étrangères à la Diplomatie.
Le 3e (Mr de Markof) avoit jadis été à
Paris, et ne paroit pas y avoir eu des
amis.

On savoit dailleurs qu'il avoit été très
ardent pour la Coalition et la France
extérieure
; ainsi la défiance précéda
son arrivée, et le ton de la dépêche
me fait soupçonner qu'elle est récipro=
que ; à quoi cela seroit-il bon?
2) Il est naturel que le 1er Consul ne
prenne pas les almanachs de chacun.
Je crois p. ex. qu'il apprécie le désin=
têressement de la Prusse, aussi bien que
la modération anglo-autrichiene etc. etc.,
et nul ne peut trouver mauvais qu'il
résiste à l'influence étrangère, surtout
lorsqu'elle s'éxerce par par l'entremise

<138> de tant de Diplomates, de toutes
les espêces; mais j'attens des preu=
ves pour croire que Bonaparte,
qui certes a le sens comun, veuille
de gayeté de coeur choquer la
Russie avec laquelle tout l'invite
à vivre dans la meilleure intelli=
gence.

3) Il est très possible, qu'on ait ré=
pandu exprès, pour dépopulari=
ser, que la radiation des Emigrés
étoit une clause secrette.

Les émigrés rentrés sont si gascons,
si babillards, et il y a tant de gens
intéressés à les faire jaser!

On répandoit deja ce bruit avant
mon départ, et il devoit être bien
désagréable au 1er Consul, puisque
la Constitution interdit formelle=
ment le rappel de ceux qui ont
porté les armes.

Le seul moyen de montrer la fausse=
té de ce bruit, étoit de suspendre les
radiations.

Des demandes pareilles ne réussissent
qu'autant qu'on les fait confidentiel=
lement, par des intermédiaires, qui
les présentent de manière à ne point
choquer.

Si le Ministre de France à St Pe=
tersbourg demandoit la grace de
sujets russes 1 mot biffure prévenus d'avoir
porté les armes contre la Russie,
assurément ce ne devroit être qu'en
observant les plus grands ménage=
mens, et certes il n'aurroit pas le
droit de se plaindre d'un ajournement.

Il seroit peut être, à propos, Sire,
de préciser à votre Ambassadeur,
vos intentions, en l'invitant à ne
vous transmettre que des rapports
complets
, impartiaux.

Cet avertissement ne sera pas
inutile.

Je suis convaincu que pour neu=
traliser la France et la Russie,
on voudroit les brouiller; et c'est
toujours par des misêres, et en
excitant les amourspropres, que la
Diplomatie comence, faute de mieux.
Fermeté, surveillance et surtout
oreilles ouverstes au pour et au contre
;
le moyen de prononcer juste.

 

<139> Observations sur la Dépêche d'Aloys
Reding
. jointe à celle de Mr de Markof.

 

I

Pour connoitre les faits, il ne faut pas
consulter les homes d'un seul parti.

Mr Lentulus , son introducteur Mr Cristin ,
Mrs Reding, Diesbach de Carouge et leurs
amis , se garderont bien de faire
connoitre la vérité.

II.

Il éxiste à Paris même, des notables
helvétiques des différens partis, qui
aurroient bien autant de droits à être
écoutés, que Mr Lentulus simple bour=
geois de Berne et n'ayant d'autre lettre
de créance, que l'intrigue. Ces homes
sont

1) Le ministre helvétique Stapfer, home
instruit, probe, moral, voulant le
bien . L'ambassadeur russe doit le
rencontrer quelques fois.

2) L'Exministre Zeltner, ancien patri=
cien de Soleure, home connu par sa
probité. Il demeure r. de Provence n. 43
 

3) Monod Ex-Président de la Chambre
administrative du C. du Léman
, home
doux, conciliant, de la plus rare pro=
bité.  Il demeure r. Bergère
n° 1014, et est cousïn de Lentulus.)

4) Bergier, Ex Lieutenant du Préfet
du C. du Léman, demeurant rue du
faubourg poissonière n° .7. home ir=
réprochable, pur, mais un peu vif
et apre.

III

Recueillir des renseignemens, en Suisse
même réussiroit peut être mieux, mais
il faudroit choisir un agent incorruptible,
home à principes, intelligent, sachant
faire causer et garder son secret, hantant
tous les partis, voulant le bien. On pour=
roit lui donner des lettres de recomandation
à titre de simple voyageur, auprès des homes
des divers partis.

<140> IV

Recevoir à St Petersbourg, où l'on
a peu, ou point de Données sur la
Suisse, un Agent des 25 homes qui,
depuis le 28 Octobre se disent les Gou=
vernans de ce pays, parcequ'ils siêgent
sous la protection des bayonnettes fran=
çoises, qui peuvent les expulser à tout
instant, seroit se compromettre, et
pour l'amour de qui?

Ces gouvernans sont en horreur aux
9 dixièmes de la nation, et sans les
Françoise, dont la niaiserie les protêge
encore, il en eût été fait justice depuis
longtems.

V.

On peut juger par le contenu de la dépê=
che de Réding, combien le gouverne=
ment françois, par lequel seul ils
éxistent momentanément, est la dupe
de leur duplicité,  et ce qu'il y a
à espérer de pareils homes qui, une
fois arrivés ici, courroient d'un Minis=
tre étranger à l'autre pour intriguer
à leur profit, et par tous les moyens.

VI.

L'envoi à Vienne de Diesbach de
Carouge
, home taré dans l'opinion
publique, est un pas de clerc de la
part de Reding dont j'espérois mieux.
L'Autriche, pour qui seule, ces Messieurs

<141> Messieurs travaille, n'ôsera pas sans
doute renouer l'ancienne Union héréditaire
(
Erb-verbrüderung) toute seule; mais,
si elle pouvoit encore compter sur des
appuis étrangers, pour tirer les marrons
du feu
, nul doute qu'elle n'en fit l'essai..
Cela pourroit amener au moins le partage
de l'Helvétie
. Convient-il à la Russie
de prendre part à ces intrigues?

Attendre et voir venir seroit plus sur,
plus convenable et plus décent.

 

Ces observations font connoitre peuvent
faire apprécier la nature et le ton
des dépêches auxquelles elles servoient
de réponses et fournirent au moins
les faits 2 mots biffure
quelques Données, pour
les nouvelles instructions quie 1 mot biffure
transmises à l'Ambassadeur reçut l'Am=
bassadeur.

Une nouvelle lettre du 1er Consul
à l'Empereur, de la fin de Février, ou
du comencement de Mars 1802, dont 1/2 mot biffure
1/2 mot biffure quelques passages évasifs
rélatifs à la Suisse, me furent comu=
niqués, 2-3 mots biffure provoqua de
ma part, le projet sui suivant de réponse 1 mot biffure
que je proposois d'être fait par l'Empereur.
3-4 mots biffure

 

L'intérêt que je mêts à l'Helvétie con=
siste purement à desirer, qu'en conser=
vant l'intêgrité de son territoire, elle
ait un territoire gouvernement vraiment
national, constitué assez fortement, non=
seulement pour se soutenir par lui même,
mais pour assurer son indépendance
et sa neutralité par des moyens qui
lui soyent propres, et sur les quels on
puisse compter surement pour l'avenir.

A. L'Europe entière paroit très intêressée
à ce que ce petit pays continue à tenir
séparées, les nations, dont les territoires
l'entourrent.

B. Les puissances amies de la paix doivent
desirer la conservation d'une république
indépendante, dont le territoire servit long=
tems de barrière entre ceux de nations
rivales. 

Tant que ces caractêres essentiels manque=
ront au Gouvernement helvétique, il
sera bien difficile de lui concilier la
bienveillance et les suffrages des grandes
puissances.

 

<142> Il est facile de voir que les affaires
de la Suisse ne devoient pas avancer
beaucoup par des négociations de cette
espêce. Je continuois, il est vrai
à profiter des occasions, pour ne pas
laisser oublier tout à fait mon pays,
aumilieu des affaires importantes
qui absorboient alors toute l'atten=
tion du gouvt russe, et tâchois, 1 mot biffure
1 mot biffure aumoins de faire connoitre
les évênemens qui se passoient, lors=
quils en valoient la peine.

Ainsi 1 mot biffure je comuniquai le 21 Mars à
l'Empereur

Ainsi après avoir comuniquer le 21 Mars à l'Em=
pereur 2 lettres 1 mot biffure

Ainsi en comuniquant le 21 Mars
à l'Empereur, 2 lettres rélatives à
ces objets, je les accompagnai de la
lettre suivante.

 

Sire

Le gouvernement actuel , est sans
force, come sans moyens, et de plus,
sans considération.

En le créant d'un coup de baguette
la France pouvoit avoir eu ces 2 buts,
ou d'en faire l'instrument de ses volontés
ou de se procurer par lui, des prétex=
tes pour étendre, soit son influence,
soit ses limites.

Le 1er but a été manqué; car à
l'exception peutêtre de 2 ou 3 1 mot biffure
individus, les 2 partis qui divisent le
Sénat helvétique, haïssent autant la
France qu'ils se haïssent s'abhorrent entr'eux.

Quant au 2d but, il me paroit com=
plettement atteint.

Les mesures violentes prises par les
nouveaux gouvernans, les ont rendu,
en Helvétie, les objets de la haine et du
mépris; au point que sans le gouver=
nement françois, ils seroient renversés
du jour au lendemain.

Les choix imprudens faits par Reding,
d'un Diesbach , d'un Lentulus et
de tant d'autres connus pour ennemis
jurés de la France qui veut une Consti=
tution libre, ont achevé de dévoiler
les absurdes projets de ces Messieurs
que la fureur des réactions paroit seule
animer.

Il est impossible que le gouverne=
ment françois ne découvre pas enfin,
coment il est joué. Qui sçait même,
s'il n'entre pas dans ses plans de faci=
liter à ces apprentifs politiques, les
moyens de se compromettre toujours
plus vis à vis de lui, afin de pouvoir,
selon les circonstances, ou leur faire
acheter chêrement leur pardon, puis=
qu'il ne tiendroit qu'à lui de les livrer
à leurs adversaires, ou faire payer
la nation pour les fautes de ses chefs
prétendus.

<143> Que deviendroient dailleurs les pièces de la
correspondance qu'un gouvernement étran=
ger aurroit soutenue avec des homes aussi
imprudens qui n'ont, ni tenue, ni discré=
tion, ni politique ?

Il ne peut convenir au Souverain de la
Russie de se mettre en rélation avec des
Gouvernans qui, pareils aux ombres chinoises
pourroient avoir disparu tandisqu'on parle
d'eux.

Si l'Autriche qui aime fort qu'on tire les
marrons du feu pour elle, l'Empire, la
Prusse et l'Angleterre, toutes plus intéressées
que la Russie, avoient reconnu solemnelle=
ment ces Messieurs, et si l'ordre établi
en Helvétie montroit en eux, des Gouvernans
légitimes, se soutenant par eux mêmes
, bien
voulus de la nation, agissant avec sagesse,
capables en un mot, de gouverner, ce seroit
autre chose.

Avant tout au moins, il faudroit écouter ce que
veulent les Puissances ci-dessus. Elles
pourroient bien vouloir, ce qui ne convient
pas à V. M. I., et il seroit fâcheux de
s'être avancé.

Sous le point de vue politique, le sort
de l'Helvétie ne peut et ne doit intéres
=
ser la Russie, qu'autant que son
indépendance sera deffendue par un
Gouvernement qui ne soit, ni françois,
ni autrichien, ni anglois, ni prussien.
Il faut que ce Gouvernement soit
vraiment helvétique, national, et s'il
se peut, énergique
; qu'importe le
reste aux puissances ?

 

Les demarches faittes réïtérées d'Aloys
Reding
, n'étoient pas seulement appuyées
par la l'Ambassadeur, elles étoient
réïtérées par un nouvel auxiliaire, Mr
Amédée Thorman, Patricien bernois, qui
à la fin de Février réussit à faire parvenir par le même
canal une lettre dans laquelle il invo=
quoit fortement l'assistance de la Russie
en qualité de garante du Traité de Tesche
Teschen. La Comunication de cette nou=
velle démarche m'ayant été donnée, en
même tems qu'on desiroit connoitre mon
opinion, je conseillai 1-2 mots biffure d'adresser
à la Légation de Paris la lettre suivante, qu'ac=
compagnoit le 27e Mars le 27e Mars, un développe=
ment des motifs, 2 mots biffures destiné pour
l'Empereur. Voici ces 2 pièces.

Projet de reponse à faire par les agens
diplomatiques russes, aux membres du
Gouvernement helvétique.

 

Mr

J'ai reçu la lettre de Mr Amédée Thorman
du ... Février, et mis sous les yeux de S. M. I.
celle de Mr Aloys Reding.

S. M. I qui estime la nation suisse,
desire assurément contribuer à son bonheur,

<144> et s'en est dêja occupée. Mais, dans
l'état présent des choses, elle ne voit
pas la possibilité qu'il s'établisse des
rélations diplomatiques entre le gouver=
nement russe et ceux qui se présentent
come chargés de traiter au nom de cette
nation.

Si le Traité de Teschen qui rappèle
celui de Westphalie a fait naitre des rap=
ports entre la Russie et la Suisse, ces
rapports qui supposoient l'éxistence
actuelle du Corps helvétique, ne lui pa=
roissent plus se rattacher de la même
manière à l'organisation précaire
du moment.

Les évênemens qui ont produit les Gou=
vernemens éphémêres qui se sont succé=
dé avec rapidité dans ce pays, n'ont
offert jusqu'ici que des combats entre
des factions ennemies, sous l'influence
étrangère.

Rien n'atteste encore que le gouver=
nement actuël mérite plus de con=
fiance, et ait plus d'aplomb. De=
puis le jour de sa création il a subi
diverses métamorphoses, et la faci=
lité avec laquelle il les a subies,
même après le traité de Luneville, et
sans que la nation suisse y aît pris
part ostensiblement, permet de croire
qu'elles ne seront pas les dernières.

Dailleurs, il ne paroit pas qu'aucu=
ne Constitution vraiment digne de ce
nom, aït imprimé au Gouvernement, le
cachet de la Légitimité, et cette Constitu=
tion même, si elle éxistoit, devroit
au moins avoir obtenu l'approbation
des puissantes garantes de la paix de
Westphalie, et intéressées au maintien
de la paix en Europe.

S. M. I. est trop amie de la paix
pour accorder son appui à des partis
isolés, qui se disputent tour à tour, le
comandement, sans qu'on sache à quel
titre, sans qu'on ait de garantie
rélativement à l'usage qu'ils préten=
dent faire de leur puissance momen=
tanée.

Moins intêressée que d'autres à ce
qui se passe en Suisse, S. M. I. juge
donc devoir attendre qu'un gouverne=
ment légitime, vraiment national,
indépendant et fort par lui même,
lui permette de céder au desir q'u'Elle
porte en son coeur, de coopérer à la
prospérité de la Suisse, dont la conservation

<145> come république libre, indépendante
et neutre, lui paroit intêresser l'Eu=
rope entière.

C'est ce que S. M. I. vous charge
Mr de faire connoitre aux agens du
Gouvernement suisse actuël, par voye
de simple information confidentielle.

S. M. I. vous charge de plus
1° de la tenir au courrant de ce qui se
passe en Suisse.

de recueillir des renseignemens sur
les homes et sur les choses, par l'entre
=
mise des individus attachés aux divers
partis, ou les conoissant bien.

de conserver l'impartialité qui est
indispensable pour parvenir à la
conoissance des faits, d'après lesquels
seuls, S. M. I. se décide
...

 

Lettre accompagnant l'envoi à l'Empereur
du projet précédent

 

St Petersbourg 27 Mars
1802

Sire!

Je suis réellement fâché de devoir conseiller
à V. M. I. de persister dans le Systême
d'attendre et voir venir, rélativement à
ma patrie.; mais, quand il s'agiroit
d'entrer en liaison avec le Directoire helvé=
tique lui même, la seule autorité légiti=
me qui aît pourtant éxisté, je ne pour=
rois conseiller différement; en voici
les motifs.

1° Si les rélations de la Russie avec l'Hel=
vétie sont basées sur les Traités de Teschen
et de Westphalie, ces rélations ne concer=
noient pourtant que le ci-devant Corps
helvétique
.

Ce qu'on apppèle aujourdui le gouverne=
ment helvétique, n'étant plus la même
chose, ne jouït plus des mêmes droits.

2° Le gouvernement helvétique actuël est
le produit imédiat de l'influence étran=
gère toute seule.

Les bayonnettes françoises l'ont formé
des débris d'une Diète; et depuis le 28e
Octobre 1801 époque de sa naissance
il a déja subi 2 métamorphoses, aux=
quelles la nation n'a pas eu la moin=
dre part. Qui peut répondre que
ces metamorphoses seront les dernières?

3° Le gouvernement helvétique actuël
ne peut se soutenir par lui même.
Il ne repose sur aucune Constitution
présentée au peuple, acceptée libre=
ment par lui. S'il cessoit un mo=
ment d'être soutenu par les François, il
tomberoit.

<146> Sa conduite ridicule autorise
à croire qu'il n'en a pas pour
longtems; les extraits de lettres
que j'ai eu l'honeur d'adresser à
V. M. I. y préparent dêja.

L'avant dernière Gazette de Ham=
bourg toujours très bien informée
anonce une scission dans le gouverne=
ment, dont 10 membres ont adressé
une protestation au gouvernement
françois lequel fait marcher des troupes.

4° Reconnoitre un pareil Gouverne=
ment, seroit accorder son appui à
une faction isolée, dont les vues ne
sont pas même connues de V.M.I, et
de plus, à une faction abhorrée de
tout ce qui a des idées libérales,
tant pour les actes violens qu'elle
s'est permis, aussitôt après avoir
saisi le gouvernail, que pour les
efforts qu'elle fait dans le but de
remettre la nation sous le joug
des Castes patriciennes des grandes
villes. J'ai expliqué dans une
précédente lettre, coment elle s'y pre=
noit.

Elle a précipité la conclusion de
son travail; son projet de Constitu=
tion étoit tout prêt, lorsque les 10
Sénateurs ont protesté et réclamé
l'appui de la France.

5° Répondre aux 2 lettres  seroit
se mettre en rélation avec ces usur=
pateurs éphémêres, embrasser in=
directement leur parti, s'expôser
à être compromis, soit par la
publicité qu'ils donneroient certai=
nement à la réponse d'une aussi
grande puissance que la Russie, soit
par les correspondances qui seroient
la suite de ce 1er pas, correspon=
dances qui pourroient entrainer
très loin, le gouvernement de V. M. I.

6° Il peut entrer dans les vues de
l'Autriche et de l'Angleterre d'exciter
des troubles en Helvétie.

D'après ce que j'ai vu, je ne doute
pas au moins, que tel n'ait été leur
plan, et je suis en conséquence
peu surpris qu'on y envoye Mr de
Crumpipen
et un ministre anglois,
dont les instructions seront sans
doute de travailler la marchandise
dans le genre austro-anglois.

Peutêtre même que la Prusse ne
voit pas avec peine, des mouvemens
qui peuvent lui procurer de plus
fortes indemnités.  Mais, il ne

<147> convient pas à la Russie d'accorder
son appui à des factions dont la lutte
pourroit amener le démembrement de
l'Helvétie; et surtout il ne convient pas
d'envoyer un ministre, là où il se trouve=
roit entrainé par la manie diplomatique
à intriguer avec les uns ou les autres, là
ou il pourroit devenir le témoin d'opéra=
tions subites qu'il ne pourroit arrêter, et
qui vous forceroient peut être à user de
représailles pour rétablir votre considé=
ration compromise.

Evitez, Sire, tout ce qui pourroit vous
conduire là où vous ne devez point aller;
ne donnez pas dans le piège.

Lorsqu'on vous verra imobile, on se
gardera de vous offenser.

En attendant faites observer par vos
ministres ce qui se passe, en Souabe,
à Francfort, à Munich, à Vienne et
à Paris, mais gardez votre secret.

D'après ces considérations, Sire, il
me semble qu'étant moins intêressé à
tout ceci que les autres puissances, vôtre
rôle est d'attendre froidement et avec
impartialité.

Votre dignité vous interdit toutes
démarches insignifiantes, toutes demi
mesures; or une rêponse directe, soit
de votre part, Sire, soit de la part de
votre ministêre, adressée au Gouverne=
ment helvétique actuël, seroit une
démarche qui vous compromettroit,
parce que vous ne pourriez la soutenir
avec la dignité qui vous convient.

Mais il n'y a pas d'inconvénient à
charger le même agent diplomatique
qui vous a transmis les 2 lettres men=
tionnées ci-dessus, de faire connoitre
aux signataires, votre détermination.

Il seroit même à propos d'ordonner
à vos agens diplomatiques, les plus
voisins de l'Helvétie, de recueillir
désormais des renseignemens vrais, sur
ce qui s'y passe, sur les homes et sur
les choses, de consulter en un mot, des
homes de tous les partis, afin de connoi=
tre, non pas ce qui convient exclusi=
vement aux patriciens, à l'Autriche

<148> à l'Angleterre etc. etc. mais ce qui
convient en premier à la Russie
et à son Empereur.

Sire! ce n'est que par un accord
entre la Russie et la France prin=
cipalement, que nos maux peu=
vent finir; et, ce n'est qu'avec
un gouvernement national, éner=
gique, éxistant envertu d'une
Constitution librement acceptée
par la nation, et ayant aussi
votre approbation, que V. M. I.
peut soutenir des rélations diplo=
matiques.

Cet accord ne peut-il s'établir
ainsi que vous l'avez tenté? Alors
il me seroit impossible de vous
conseiller d'avancer d'avantage;
vos démarches officielles ou semi=
officielles pourroient aggraver
la position du pays que vous
désireriez sauver.

Je joins ici le projet de lettre à
adresser par votre Ministère,
à l'Agent diplomatique russe. 

 

L'insertion de la ma Correspondance
avec 1-2 mots biffure avec l'Empereur, au su=
jet des affaires de la Suisse, étoit es=
sentielle, pour qu'on put bien se
convaincre du rôle que j'avois joué,
dans ce drame, dont les scênes ne
pouvoient être révélées que par
moi.C'étoit de ma part, un devoir et, un besoin de prouver
les documens en mains, coment deja à cette
époque j'éxerçois l'influence et dont montrer les documens en mains,
de quelle espêce étoit deja à cette
époque, l'influence qu'on a préten=
du que j'éxerçois, et dont la Biogra=
phie d'un Magistrat célèbre de l'an=
cien Régime a voulu en 1837
me faire un Crime
 

Je devois à mon pays, ainsi qu'à
moi même de fournir les documens
propres à constater que l'in l'in=
fluence qu'on m'a attribuée
et dont on a voulu plus tard
me faire un grave reproche, fut
constament éxercée come il conve=
noit à l'home de bien.

Des objets d'un intérêt plus
général vont maintenant m'occu=

Des objets d'un intérêt plus général
vont maintenant m'occuper.

Les intrigans, on peut le croire, s'agi=
toient autour du nouvel Empereur,
tsous toutes les formes, et des propo=
sitions de toute espêce, lui étoient
<149> présentées; quelques unes mêmes
3-4 mots biffure revêtues d'une
apparence d'utilité qui pouvoit
le séduire. C'est ainsi p. ex. qu'un
Neuchatelois Fauche Borel fort conu
come agent des Princes émigrés, qui
avoit en étoit arrivé à Petersbourg, sur la fin du rêgne de
Paul Ier 1-2 mots biffure avec le projet, de
se faire concéder le Monopole de l'im=
portation des livres come moyen de faciliter
les opérations de la Censure, et se
voyant appuyé par des homes en
crédit, ôsa persévérer dans son
entreprise, dont j'eus conoissance
malgré le secret avec le quelle elle
se poursuivoit. Je m'empressai
d'en faire part le 19 xbre 1801 à
l'Empereur, en ces mots

 

J'ai de
la peine à croire qu'une pareille
demande pût être présentée, même
en l'embellissant. Mais, s'il en
étoit autrement, voyez venir ceux
qui s'en chargeroient, sans paroitre
les deviner, et prenez les sur le tems;
cela servira de lecon à d'autres.

 

Mr Fauche soupconnant par quei
l'éveil avoit été donné par moi,
se présenta hardiment chez moi,
pour pour justifier son plan, je
ne lui en laissai pas le tems et
m'empressai de 1 mot biffure lui fermai
ma porte, ce qui ne l'empêcha
de sy représenter à Vienne en 1815,
come un espion come agent de nou=
velles intrigues.

D'autres intrigues dip bien
Des menées bien plus dangereuses encore
avoient pour but d'entrainer l'Em=
pereur à des mesures précipitées, en
profitant de ses dispositions philan=
tropiques. Il m'en faisoit part, de tems
en tems, dans ses Visites du soir Lorsque,
et lors que mes opinions n'étoient pas
avoient besoin d'être développées, je
lui en adressois les développemens par
écrit. C'est ce que je fis le encore le
19e Décembre, de la manière suivante.

 

Joseph II voulut réformer les abus dans
ses états. Pour cet effet, il crut devoir
rendre l'administration uniforme pour
toutes ses provinces, sans avoir égard à
leur position topographique, à leurs
besoins particuliers et à leur idiome.
Le moyen dont il usa fut d'abroger les
privilêges des provinces qui lui parois=
soient le gêner davantage.

La dissolution de la monarchie autri=
chienne faillit être le résultat de cette mesure.

<150> Des tentatives pareilles furent hazardées sous Catherine
IIde, mais le tact supérieur dont elle étoit douée, lui
en fit appercevoir les inconvéniens. Il paroit, Sire,
qu'on voudroit revenir là dessus.

Sans éxaminer en lui même, le Systême d'unifor=
mité absolue, en administration, que ses partisans
aurroient bien de la difficulté peine à deffendre, dans
son application à l'état présent de la Russie, je présen=
terai à V. M. I. une seule observation; c'est que la
Prusse à laquelle nul gouvernement n'est comparable
peutêtre dans sa marche mesurée, en fait d'adminis=
tration, a adopté un Systême entièrement opposé, dont
elle se trouve à merveille.

La Silésie et les provinces westphaliennes, habitées en
grande partie, par des Catholiques, lui ont prouvé plus
d'une fois leur dévouement. Elle a adopté la même
marche pour ses provinces polonoises, et le jour vien=
dra où elle en sera récompensée.

Il en a été jusqu'ici tout autrement en Russie, parceque
l'administration des anciennes provinces russes est encore
telle, qu'il y aurroit à perdre pour plusieurs de vos
nouvelles provinces, à être administrées de même.

Je sçais, Sire, que vous voulez mettre un terme aux
abus; mais, en attendant, il paroitroit juste, prudent
et surtout politique de laisser subsister jusqu'à cette
époque, les usages et les privilêges de ces provinces, auxquels
elles renonceront avec bien moins de peine, lors que vous
aurrez quelque chose de mieux à leur offrir.

La situation limitrophe de ces provinces et leur popu=
lation (principalement dans les provinces dittes alleman=
des), par une classe d'homes plus instruits, et dont vous
pouvez tirer un bien grand parti, sont de nouvelles
considérations.

Ces provinces paroissent avoir des ennemis autour de
vous.. Je leur suis étranger, et je crois devoir user du
droit que vous m'avez donné, pour fixer l'attention de
Votre Majesté Imple sur ce qui les concerne.

En fait de réclamation d'usages et de privilêges, il
ne suffit pas, Sire, de l'opinion de vos Ministres et
de Votre Conseil, parmi lesquels ne se trouve pas, je
crois, un seul indigêne de ces provinces, pour prendre
leur deffense.

Il faut admettre en vôtre présence, ainsi que j'ai
pris la liberté de vous l'écrire précédement, les homes
chargés de vous présenter les réclamations de vos
provinces. Ce sont aussi des ministres, puisqu'ils sont
les Envoyés de vos peuples auprès de vous.

Admettez les Sire, à deffendre leurs droits pardevant
vous, et placés en face de leurs adversaires, afin de
connoitre les faits, les objections et les réponses mutuelles
.
Alors on sçaurra que vous voulez connoitre la vérité, et
nul n'ôsera vous la cacher. Si quelcun l'ôsoit, Sire,
que justice éclatante en soit faitte; c'est ainsi que le
respect et l'attachement des gens de bien, entourreront
votre personne.

Fermeté, persévérance et Volonté bien prononcée. On vous
essaye encore; celà doit finir.

Etendue
intégrale
Citer comme
La Harpe, Frédéric-César de, Mémoires. Suite de la cinquième période, 1801-1802 (Cahier H), Lausanne, [1837], cote BCUL, IS 1918, Ba 8. Selon la transcription établie par Lumières.Lausanne (Université de Lausanne), url: https://lumieres.unil.ch/fiches/trans/1110/, version du 30.01.2024.
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