Transcription

La Harpe, Frédéric-César de, Mémoires. Suite de la cinquième période, 1801-1802 (Cahier G), Lausanne, [1837]

Cahier G

Continuation des Mémoires
de F. C. delaHarpe, depuis le mois
de Juillet 1800 jusques à

l'année

 

Suite de la Ve Période

2d Sejour à St Petersbourg 1801-1802

Retour à Paris

Lettres et mémoires insérés ou indiqués

Résultats généraux du gr Rapport du 4e Mars 1801; fait par
la Comission suprême d'Education - sur l'etat
de celle ci - du 26 Mars 1800 au 11 Févr 1801.
joints à la lettre du 4 Mars 1802

Tableaux A. B. C joints aux Résultats du 4 Mars 1802.

Lettre du 30e 8bre 1801. sur l'assassinat de Paul Ier.

Lettre du 18 Nov. 1801. sur le Cercle de la Cour.

Billet du 18 Nov. 1801. rélatif à la Députation de la Courlande

Lettre du 4e Dec. 1801. sur la violation de la Capitulation de
Naples et la persécution des Patriotes
rentrés.

Lettre du 3 Fevrier 1802. rendant compte des renseignemens
favorables au Landmarschal de Siewers.

Billet du 30e Sept. 1801. adressé à l'Empereur à Moscou, accom=
pagnant un 1er Mémoire sur les affaires
de la Suisse.

Précis historique des faits rélatifs à la Révolution helétiqque hel=
vétique (2d Mémoire du 1er 8bre 1801)

Cahier volumineux du 1er 8bre 1801 de notes explicatives jointes à ce Précis
historique, mais non inséré ici.

Lettre du 9e Nov. 1801. accompagnant un 3e Mémoire sur la
Suisse de la même date.

 

<83> Resultats généraux du grand Memoire
ou Recueil des Faits, sur l'Etat actuel de
l'Education nationale en Russie, du 26e Mars
1800 au 11e Février 1801.

I

Insuffisance des rapports servant de bases,
lesquels sont obscurs, embrouïllés, incom=
plets. Ils devroient être cathégoriques et
précis.

1° sur le nombre et l'espêce des établisse=
mens publics d'éducation, et sur celui des
écoles particulières, pensionats etc. etc.

2° sur le nombre des Instituteurs éxistans
dans chaque Gouvernement, en les classant
selon leurs fonctions. Ces instituteurs
étant souvent attachés à plusieurs établis=
semens publics et particuliers, il doit s'en
trouver sur le papier, beaucoup plus qu'il
n'y en a en réalité

Le nombre 914 des Instituteurs publics
excêde certainement le véritable. (Voyez
le tableau A)

3° sur le nombre des écoles de l'un et de l'au=
tres séxe.

4° sur les travaux de tous, sur le mode
d'enseignement, et sur les progrès des Elè=
ves.

5° sur le mode d'entretien de ces établisse=
mens divers, et sur l'emploi des Fonds
destinés à celui-ci.

On voit par le Mémoire que la Dépense
de ces établissemens est payée aujourdui

a) par diverses Caisses de l'Etat, soit direc=
tement par la Comission, soit par les

Prikazi 

b) par les intérêts de capitaux provenans de
Dons faits par l'Etat ou par les particuliers,
et de fondations pies.

c) par les revenus de bâtimens, ou d'autres
proprietés territoriales

d) par les magistrats des Villes , soit
du produit des Fonds fixes appartenans
ou à celles ci, ou aux Eglises, soit du
produit des contributions municipales.

e) par le montant de souscriptions faittes
par les nobles, les bourgeois ou les mar=
chands.

f) par les corporations appelées gorodskié
Doumi 

g) par les parens des Elêves conformément
aux coutumes locales.

Enfin, il est des provinces, telles que la
Courlande, la Livonie et l'Esthonie, où
ces établissemens sont payés, partie en
argent, partie en denrées, et partie en
jouïssance de fonds de terre.

Tous ces détails devroient être présenté
avec clarté et laconisme.

Le grand mémoire en question et plein de
lacunes qui ne devroient pas s'y trouver.

<84> La 1ère mesure d'un Département chargé
de l'Instruction publique sera sans doute,
de suppléer à ces lacunes, par des Donées
certaines, et son 1er devoir, de tenir la
main à ce que, désormais, on lui adresse,
à des époques fixes, non pas des volumes
informes, mais des rapports détaillés sur
les objets précédens, et des réponses précises
à ses questions. 

II

D'après le Tableau A (page 30° du Rap=
port ) lequel n'est pas complet), il
n'y aurroit en Russie que 93 grandes
écoles, gymnases ou Collèges proprement
dits, 241 écoles primaires inférieures,
et publiques; en tout 334 établisse=
mens nationaux destinés à l'éducation
publique.

On ne comprend, au reste, dans ce
nombre, ni les universités de Moscou
Dorpat et Wilna, ni l'Académie des
Arts, ni les Séminaires éclésiastiques,
ni les Corps de Cadets, ni les maisons d'en=
fans trouvés, ni les autres établissemens
fondés ou dirigés par S. M. l'Impératrice
douairière.

Dorpat est encore au berceau

Moscou a 10 professeurs et de 6 à
800 Etudians.

Wilna a 39 professeurs et
Etudians. 

L'Académie des Arts a    professeurs
et 225 élêves.

Il seroit facile d'avoir le nombre des
Instituteurs et des Elêves des Corps de
Cadets, ainsi que celui des Instituteurs
et Elêves des établissemens dépendans
imédiatement de S. M. l'Impératrice
douairière.

D'après le même Tableau, 914 Insti=
tuteurs seulement, parmi lesquels
se trouvent plusieurs marguîlliers
et Chantres de paroisses, Organistes,
Sacristains etc., sont chargés de l'En=
seignement public.

Un tel résultat prouve mieux
que tous les raisonemens, l'urgence
de mesures promtes, et combien il
importe d'en remettre le soin à un
Département spécial, organisé forte=
ment, pour voir clair et se faire obéïr.

<85> III

Le tableau A montre encore que 20519
écoliers du séxe masculin, et 1044 du
séxe féminin, en tout 21563 individus
seulement, reçoivent l'instruction na=
tionale, dans les 334 écoles publiques 

Ce sont cependant ces écoles, qui doivent
en majeure partie, former des sujets
pour le service de l'Etat, pour le comerce
et l'industrie.

Faut-il donc être surpris de la pénurie
où l'on se trouve, et de la dépendance ab=
solue dans laquelle un aussi vaste Empire
que la Russie, se trouve à l'égard des na=
tions étrangères?

Une principauté de moyenne étendue,
en Allem dans l'Allemagne protestante
renferme plus d'écoles, plus d'Instituteurs
et plus d'écoliers que ce grand pays!
 

Un autre résultat non moins fâcheux
se déduit du petit nombre de femes qu'on
élêve dans les écoles; 1044 seulement!
Les conséquences d'un tel état de barbarie,
sont si frappantes, qu'il seroit superflu
de les énumérer

Si quelque chose pouvoit produire une
diversion consolante, ce seroient les établis=
semens fondés, dirigés ou animés par
S. M. l'Impératrice douairière, établisse=
mens, où l'ordre, la simplicité et le
bon sens président, établissemens faits
pour frapper quiconque a vu ceux des
autres pays, quiconque sçait apprécier,
à sa juste valeur, le bien préparé pour
la Société, par la formation de bonnes
mères de famille.

IV

Les tableaux B et C fournissent de nou=
velles preuves de l'insuffisance des mesures
adoptées jusqu'à présent, et de l'incapacité
ou de la stupeur des homes qui en ont
été chargés. En voici les résumés.

1° Pendant 20 ans (depuis 1781 à 1800) 221
Gymnases, Collèges ou Ecoles seulement
on été fondés dans les provinces; et en

<86> comprenant les 29 écoles primaires de
St Petersbourg et de Moscou, le nombre
total de ces établissemens nouveaux n'a
été que de 250.

2° 216 de ces écoles ont été fondées
pendant les 12 premières années, ce
qui fait 18 par an; et sur ces 12
anées, il en est 5 consécutives qui of=
frent un résultat de 169 écoles; c'est
à dire de 34 par anée, ou d'un nombre
à peu près doublé de celui qu'on avoit
indiqué come nombre moyen.

Enfin il est digne de remarque que
cette brillante période est celle des 5
années qui suivirent imédiatement
la mise en activité de la Comission.

On parla beaucoup, alors, de ses
oeuvres. Des gratifications furent
accordées à celui qui s'attribua exclu=
sivement la gloire de ces miracles,
et à ses obséquieux Cliens. Ces gra=
tifications obtenues, les miracles cessè=
rent.
 

3° En effet, pendant les années suivantes,
le relâchement fut tel que le nombre
des nouvelles écoles ne fut que de 44,
c'est à dire de 4 1/2 par an.

4° Il est remarquable surtout, que durant
les 6 dernières années du rêgne de Cathe=
rine IIde, le nombre de ces nouvelles écoles,
ne dépassa pas 22, c'est à dire 3 1/2 par
année.

5° Trois écoles seulement avoient été fon=
dées pendant les 2 dernières années de
ce rêgne; mais dès que Paul Ier monta
sur le trône, la Comission se réveille
momentanément; elle donne, tout à
coup la vie à 13 écoles, et retombe
bientôt après dans sa léthargie habi=
tuelle.

A quelques causes qu'on attribue ces
tristes résultats, on doit aumoins
convenir, qu'elles sont bien puissantes.
La Comission les connoit-elle? Si elle
les connoit, qu'at-elle fait pour les
combattre? Elle n'a pu, elle n'a
pas du garder le Silence, sans se
rendre indigne de toute confiance.

Si les résultats ci-dessus sont
peu consolans, ils ne sont cependant
pas de nature à inspirer un entier
découragement. En fait d'administra=
tion, il n'est rien qu'on n'opêre, en

<87> procédant avec méthode, et en ma=
nifestant l'inébranlable volonté de
réussir.

Nul pays ne peutêtre civilisé par
des étrangers. Ceux ci ne sont prèsque
jamais en état de démêler ces nuan=
ces imperceptibles d'opinions, de
coutumes ou de préjugés auxquelles
tiennent les indigènes; et, en les cho=
quant ils décréditent les mesures les
plus sages en apparence. Cette classe
d'homes est encore plus détestée en
Russie, que partout ailleurs. Elle y
a tant fait de mal qu'on ne peut
raisonablement éxiger des indigê=
nes, d'admettre des exceptions.

Le dénuement dans lequel se trouve
ce vaste empire, l'obligera à 1 mot biffure
emprunter encore longtems l'assis=
tance des nations étrangères, dont
la civilisation est supérieure à la
sienne; mais il ne faut pas le faire
à l'aveugle, et sans systême, come
cela a eu lieu jusqu'à présent.

Il faut

1° appeler des étrangers capables, leur
faire de bonnes conditions que l'on
éxécutera fidêlement, et récompen=
ser ceux qui le mériteront.

Alors on aurra des instrumens utiles,
et non, le rebut de l'Europe, à un
petit nombre d'exceptions près.

J'insiste sur ce point parce qu'on se
fait un jeu de les tromper
, en comen=
çant par les plus honnêtes. 

Quant aux Instituteurs, par éxem=
ple, il y aurroit une bone mesure à
prendre: ce seroit a) de leur faire subir
un éxamen. b) de donner à ceux qui
l'aurroient subi, le droit de faire
inscrire dans les bureaux du Département
de l'Instruction publique, leurs contrats
d'engagemens c) d'autoriser celui ci
à prononcer en cas de conflit.

Il faut

2° employer ces étrangers à des occu=
pations dont le but principal soit,
la formation d'instrumens russes
destinés à seconder le gouvernement
dans ses vues, pour instruire et civi=
liser d'une manière permanente
.

En même tems qu'on procédera
de la sorte, à cet égard, on avisera
aussi aux moyens de procurer aux
établissemens d'éducation actuellement

<88> éxistans, tout le développement dont
ils sont susceptibles, et par là on
acquerra de bons instrumens indigê=
nes
, qui serviront à leur tour à en
1 mot biffureformer d'autres.

Une surveillance active et éclairée,
devient plus que jamais indispensable
pour obtenir de grands et utiles
résultats; or, cette surveillance
continuelle ne peut être éxercée que
par un Département de l'Instruction
publique bien composé, recevant
imédiatement les ordres de l'Empereur,
chargé de préparer et mûrir les
mesures générales, et de les faire éxécu=
ter.

Si l'Instruction publique étoit en
Russie, au même point où elle est
ailleurs, cette Surveillance pourroit
ne former qu'une Section du Départe=
ment qui sera chargé de l'administration
intérieure. Mais il s'agit maintenant
de créer, conformément aux vues du
Gouvernement, et il n'y a qu'un
Département spécial et bien dis=
tinct qui puisse remplir promtement
et scrupuleusement celles ci.

Il seroit impossible dans ce moment,
de f donner à ce Département, une
organisation définitive; elle ne
peut recevoir son complément que
peu à peu.

En général la Comission des
Ecoles
devroit 1° être dissoute complette=
ment, parce qu'elle feroit beaucoup
de mal par sa permanence. C'est
un corps gangrêné à qui l'Empereur
peut accorder gracieusement, les Inva=
lides. La conservation d'un seul de
ses membres infecteroit bientôt
tout le reste; autant vaudroit n'avoir
rien fait
.  Il éxiste d'autres
moyens pour satisfaire aux préten=
tions de ceux qui ont été corporellement
membres de cette assemblée.

2° Avant sa dissolution, la Comis=
sion devroit rendre compte de sa
gestion, au Ministêre, ou au Dé=
partement qui la remplacera, et
leur remettre la suite des affaires.

<89> Cette reddition de Compte est indispen=
sable pour convaincre de la nécessité
de la mesure; mais il faut fixer
l'époque, à laquelle ce travail devra
être terminé, car on trouveroit sans
celà le moyen de le renvoyer aux
calendes grecques.

3° Le nouveau Département ayant
reçu tous les renseignemens nécessaires,
devroit annoncer, par des Circulaires,
son installation aux divers Gouverne=
mens, ainsi qu'aux établissemens d'é=
ducation, et leur demander un état
de situation
, clair, précis, cathégori=
que de tous les autres établissemens d'éduca=
tion éxistans dans leurs contrées.

Dans l'intervalle, il s'occuperoit de
l'ordre à mettre dans ses travaux,
et de l'organisation de ses bureaux,
de manière à n'avoir que peu
d'employés, mais actifs, probes et bien
payés
. Cette distribution et cette
classification devroient nécessairement
être soumises à l'Empereur.

4° L'ordre de travail du Départe=
ment étant arrêté; à mesure que
les états de situation demandés ar=
riveront, il pourroit s'occuper des
réformes réclamées par les résultats
maintenant connus; et après avoir
déterminé les points principaux de
celles ci, il seroit en état de présider
ses idées sur la marche à suivre pour
en éxécuter méthodiquement toutes
les parties.

Vouloir conseiller maintenant, telles
ou telles mesures, seroit absurde; leur
convenance, ou leur inconvenance dépen=
dent de faits qui ne sont qu'impar=
faitement connus.

Assurément on peut préparer
des matériaux dès ce moment, et
recueillir des Données sur ce qui est
pratiqué ailleurs, afin d'adapter
à la Russie, ce que son tempérament
éxige; mais il ne peut être question
dabord, que de remplacer un Dépar=
tement sans énergie et sans moyens,
par un autre qui soit organisé
plus fortement pour agir.

L'autorité de ce Département
serat-elle départie à un seul
home, ou à plusieurs?

<90> Si je connoissois un home auquel
ce grand ouvrage pût être confié,
je n'hésiterois pas à me déclarer, dans
ce premier moment, pour la 1ère
alternative; car je pense dailleurs,
que là où les établissemens d'instruc=
tion publique éxistent déja, le
Gouvernement ne peut faire rien
de mieux que d'abandoner la direc=
tion aux autorités locales, en se
réservant une simple surveillance.
La difficulté de trouver un tel
home, m'entraine vers la formation
d'un Collège peu nombreux, qu'on
pourroit organiser de manière que
la Présidence eût le droit de prétentieux
de conférer avec l'Empereur. Sa
1ère organisation pourroit être tra=
cée en peu d'articles, dès qu'on
seroit décidé en faveur de la
mesure. 

 

Le
Les faits et les raisonnemens qu'on
vient d'exposer avoient convaincu
l'Empereur de la nécessité de substi=
tuer à la Comission impériale des
Ecoles, un Département spéciale=
ment chargé de l'Instruction pu=
blique., 3 4 mots biffure qu'on
éxigeroit au Ministêre,
La création
de ce département fut même recon=
nue come si urgente; qu'il fut
décidé de la faire précéder celle
des Ministères dont on s'occupoit
alors très activement, et qui fut
décrêtée et réalisée plus tard.
A cette époque, le Département
1 ligne biffure qui alloit remplacer la
1 mot biffuretitre du Département Comission Impériale des Ecoles prendroit
rang, parmi les Ministères, sous
le titre du Ministêre de l'Instruction
publique
.

Je l'avouerai, ce fut un moment
de bonheur pour moi, que
celui, où l'Empereur me comuni=
qua la résolution qu'il avoit
prise, de poser cette grande base
de la prosperité sur laquelle
devoit reposer la civilisation
réelle et la prospérité des millions
d'homes à la tête desquels il étoit
placé. Tant 1 2 mots biffure de
menées avoient été mises en jeu
pour le détourner d détourner
son attention, et lui inspirer
des craintes, des innovations

 

11 pages de tableaux

 

<91> de la défiance contre les Réformes qu'on
lui représentoit come pouvant entrainer des con=
séquences dangereuses, qu'il falloit un
caractêre come le sien, pour n'être point
ébranlé. Une gran

Une grande difficulté restoit néenmoins
encore à surmonter; c'étoit, le choix des
homes à placer dans le nouveau dépar=
tement, et la transmission des affaires
à celui ci, par la Comission qui en
avoit été dépositaire. Cette difficulté
fut applanie peu après mon départ.

Tandis que la création du Départe=
ment de l'Instruction publique s'opéroit=
roit, la Comission chargée de celle
des Départemens ministériels, étoit en
pleine activité. La tâche étoit imen=
se, et demandoit des homes actifs,
infatigables persévérans, et animés des mêmes prin=
cipes que nourrissoit l'Empereur,
décidés ainsi que lui à les faire triom=
pher, et cependant assez sages pour
ne point braver sans nécessité, ces
frondeurs de Cour, dont la horde
impure,1 mot biffure occupoit toutes les avenues,
et s'efforçoit de fausser d'accaparer l'opinion
publique. Ce qui accroissoit les dif=
ficulté de la position, étoit sur=
tout d'administrer à l'aide du
Sénat, dont les attributions n'étoient
point encore fixées, tandis qu'on
en même tems, qu'on s'occuperoit à
classifier, trier et distribuer les
mêmes matériaux, qui devroient désormais
être placés, pour entrer dans les
attributions des nouveaux Départe=
mens ministériels. L'Empereur
fut assez heureux pour découvrir
dans Mr le Comte Kotchoubey et
Novosyltzof le prince Adam Czar=
torysky
, et quelques autres Novos=
syltzof
et quelques autres, les homes
qu'il lui falloit: c'étoient tous de
jeunes gens, qui avoient doués d'es=
prit et de connoissances, ayant des
vues élevées, et cet enthousiasme
qui 1 mot biffure appanage de la jeunesse
qui rend capable de toutes les
1 mot biffure généreuses entreprises.

Animés des mêmes vues, nous fumes
souvent dans le cas de discuter
les questions dont ces Comissaires
étoient occupés, Je fus même Invi=
té à assister avec eux, à une
conférence, dans laquelle1 mot biffure
on devoit 1 mot biffure discuter l'importante
organisation des nouveaux Ministères

<92> et celle de la fixation des attri=
butions du Sénat

mais je ne faisois point partie
de de la Comission. J'y fus toute=
fois appelé, par l'ordre de
l'Empereur, le jour où fu devoient
être discutées, les grandes questions
rélatives à la fixation définitive
des attributions du Sénat, et
à l'organi la fa la création des
nouveaux Ministêres, et où l'on
décida de faire marcher de
front ces 2 grandes opérations.
A son retour de Moscou l'Empe=
reur avoit desiré s'entretenir confi=
dentiellement avec moi des cir=
constances qui l'avoient forcé d'oc=
1 mot biffurecuper le trône de son père.
Cet évênement pesoit sur son coeur.
il avoit besoin de se soulager, en
m'expliquant avec franchise 1 mot biffure
3 mots biffure
découvrant
avec franchise à un ami éprouvé,
les motifs qui ne l'avoient pas
laissé maitre de se soustraire
à ce qu'on avoit éxigé de lui. Les
graves sujets, du mécontentement
public, lui étoient bien connus et depuis
longtems il en redoutoit les graves
conséquences, lorsqu'une volonté
prononcée, qu'on appeloit natio=
nale, vint tout à coup lui signi=
fier, que la nation mettant en
lui son entière confiance, l'appeloit
à la sauver. Des éxemples lui fu=
rent cités pour justifier ce qu'on
éxigeoit. Paul Ier devoit céder
la place à son successeur, mais
à la condition que sa personne
seroit respectée, et ce successeur
forcé d
rien ne put faire soupçon=
ner à ce Successeur, que les
Chefs de l'entreprise, pourroient
abuser des circonstances, pour
recourir à des voyes de fait qui
dont la mort du Monarque détrô=
né seroit le résultat. Alexan=
dre avoit une horreur de ce for=
fait, qu'il n'avoit pu ni pré=
voir, ni punir prévenir, et dont les ins
les instigateurs et véritables auteurs
1 ligne biffure protégés par leurs complices et même
1 mot biffure par l'opinion, avoient du
être épargnes. Il épancha
son coeur dans le mien, me
<93> révéla les détails qui étoient par=
venus à sa connoissance, et m'affli=
gea profondément, en me dëmontrant
l'impossibilité de punir des homes, dont coupables
dont quelques uns ôsoient encore paraitre
se montrer au milieu du Cercle de la
Cour. Pénétré d'indignation et Par=
tageant son indignation, 2 3 mots biffure
1 mot biffure
je me soulageai, en lui adres=
sant le 30e. 8bre 1801. la lettre suivante

 

Sire!

Je prens la liberté d'adresser à V. M. I.
quelques réfléxions produites par
sa dernière conversation.

Une nation poussée à bout par des
rigueurs peut assurément réagir con=
tre ceux qui les occasionent. Cette
vérité de sentiment n'a besoin d'aucune
démonstration, et c'est pour cela qu'il
est superflu d'en faire l'objet d'une
stipulation expresse. Celle ci ne peut
même avoir que de fâcheux résultats;
la nécessité seule bien constatée pouvant
légitimer l'usage qu'on en fait.

Que vôtre nation, Sire, aît été rédui=
te à cette nécessité, c'est ce qui n'est mal=
heureusement que trop réel.

Pour prévenir les suites funestes
qu'eût entrainé la réaction d'une
pareille masse, des remêdes surs et
promts étoient indispensables. Ceux
dont on avoit fait usage dans d'autres
pays étoient certainement applica=
bles à la sitaution de votre pays
patrie, et vos qualités d'héritier
présomtif, de fils, et de citoyen vous
faisoient un devoir de recourir à ces
remêdes. C'est là, Sire, ce que vous
avez du vouloir, et c'est aussi, en effet,
ce que vous avez voulu.

Mais, les homes chargés de mettre
à éxécution ce projet légitime, ont
abusé de votre confiance, et désobéï
à vos ordres.

Cette désobéïssance formelle, Sire
désigne des coupables. Ceux là sans
doute ne l'étoient pas dabord, qui
entrèrent dans l'appartement de
L'Empereur, conformément au plan
convenu, mais tous le devinrent en
protégeant les assassins.

Nonseulement ceux là sont coupa=
bles qui frappèrent l'Empereur, et
qui le firent expirer au milieu des
tourmens d'une longue agonie; ceux
là furent aussi leurs complices, qui
permirent ces atrocités, lorsqu'il étoit
de leur devoir de tirer l'épée contre

<94> les assassins, et d'obéïr srictement
aux instructions données.

Coment 3 homes seuls aurroient=
-ils comis un pareil attentat?
au milieu de 16 autres, s'ils
n'eussent pas été soutenus par
eux?   Eh! que penser d'homes
qui virent froidement étrangler
leur Empereur qui réclamoit
envain leur secours, et ne succom=
ba qu'après une résistance prolon=
gée?

Il m'est donc impossible, Sire,
de ne pas croire qu'on vous a caché
la vérité.

Je n'affligerai point votre coeur
par le récit des détails qui m'ont
été répétés depuis Paris jusques à
St-Petersbourg. Quelque soit la
concordance de ces récits, ils sont
sans doute éxagérés; mais cette cor=
respondance même à l'égard
d'homes regardés partout come
acteurs principaux ne permet
pas de les considérer come inno=
cens, avant qu'ils se soyent lavés.
La renomée qui débite tant de 

mensonges, répand aussi des
vérités.

Il ne suffit pas que V. M. I.
ait une conscience pure, ou que
ceux qui ont l'honeur de la connoi=
tre, soyent convaincus qu'Elle na
cédé qu'à la nécessité. Il faut que
qu'on sache que si Elle a du con=
sentir, après une longue résistance,
à entreprendre pour le Bien de
son pays, ce qu'on avoit éxécuté légi=
timement et avec succès, ailleurs, 

sa loyauté et sa confiance ont
été indignement trompées: il faut
qu'on apprenne qu'Elle punit le
crime, dès qu'Elle le conoit, par=
tout où il se trouve.

L'assassinat d'un Empereur, au
milieu de son palais, dans le sein
de sa famille ne peut demeurer
impuni sans fouler aux pieds,
les loix divines et humaines, sans
avilir la dignité impériale, sans
expôser la nation à devenir la
proye de mécontens assez auda=
cieux pour se venger du monar=
que, disposer de son trône et
forcer son successeur à leur
accorder l'impunité.

<95> C'est à vous, Sire, qui n'êtes monté
sur le trône, qu'à regret, qu'il appar=
tient d'affermir désormais celui de la
Russie, que des révolutions successives
ont ébranlé. Mais, en attendant que
les institutions que vous préparez, lui
rendent ce service, c'est à la Justice
d'en garder les avenues. Elle punit
d'une mort cruelle le vol de grand chemin
comis par des homes que la misère
peutêtre a poussé au crime; et elle
souffriroit autour de Votre personne,
ceux que la voix publique accuse d'avoir
participé à l'assassinat de l'Empereur,
et qui ont été dumoins en Société avec
les assassins.!

Sire! c'est par une justice impartia=
le, publique, sévère et promte que
de pareils attentats peuvent et doivent
être réprimés. Il faut faire cesser en
Russie, le scandale de régicides cons=
tament impunis, souvent même ré=
compensés, rôdant autour du trône,
prêts à recomencer leurs forfaits.

Si V. M. I. me demandoit donc
mon avis, je lui répondrois, qu'il n'y
a que 2 partis à prendre.

Le 1er consisteroit à admettre que les
homes qui entrèrent dans l'apparte=
ment de l'Empereur avec les 3 assas=
sins ne purent les prévenir, explica=
tion bénévole qui, en attenuant la
faute de ces homes, pourroit engager
V. M. I à les éloigner simplement de
Sa personne, ce qu'ils aurroient du
faire d'eux mêmes, depuis longtems.

Le 2d parti seroit de laisser aux
loix leur libre cours.

Si V. M. I. adoptoit ce dernier
parti, le seul peutre qui se concilie
avec sa dignîté, je lui dirois
1° faites éxaminer isolément dabord,
puis confronter, en présence d'homes
intègres, ceux qui appartenoient
à l'escouade qui pénétra dans l'ap=
partement de l'Empereur. C'est
le seul moyen de connoitre la vérité,
que vous n'apprendrez point par d'au=
tres voyes, la crainte ou la malveil=
lance corrompant tous les canaux
par lesquels elle pourroit vous arri=
ver d'ailleurs.

2° faites mettre en jugement, les
barabres qui étranglèrent l'Empe=
reur, et leurs complices, qui en
furent les témoins, ou qui les souf=
frirent. si vous n'aimez mieux les
éloigner.

<96> 3° Veillez à ce que la justice
soit rendue avec promtitude et
impartialité, et prenez des mesures
telles que les créatures des accusés
ne puissent user de leurs moyens
pour troubler le Cours de la jus=
tice.

Je souméts ces réfléxions à V. M. I.
en lui observant, que son devoir,
sa sureté, et sa gloire éxigent
d'Elle, de ne pas renvoyer trop à
se prononcer.

Elle peut compter sur tous les
gens de bien, qui lui feront un
bouclier de leurs personnes, lors=
qu'ils verront que l'indulgence
et l'affabilité ne l'empêchent
pas d'être sévêre et juste éxécu=
teur des loix.

Agréez, Sire, l'assurance de
mon respect et de mon inaltérable
dévouement.

F. C. LaHarpe

 

L'Empereur accueillit mes réflé=
xions avec bienveillance, mais il
me fit observer que les circonstan=
ces ne permettoient pas
, dans ces
premiers débuts de son rêgne, et
lorsque l'attention déja éveillée
par le bruit des reformes projet=
tées, s'occupoit à les 1 2 mots biffure
en
présenter come de dangereuses innovations,
les circonstances ne permettoient
pas l'emploi des mesures sévè=
res, que la justice eut conseillées
par ailleurs. 1 2 mots biffure En présence
d'une noblesse 1 mot biffure toute puissante
accoutumée aux révolutions de
Cour, et à s'aider des Prétoriens
de la garde, pour les éxécuter, il
falloit user de beaucoup de mena=
gemens, pour détourner ses soup=
cons, et se borner à éloigner sous
divers prétextes, ceux qu'il seroit
hazardeux de poursuivre ouvertement. Ces
considérations étoient tirées déduites
des faits éxistans; je dus m'y rendre;
mais en faisant des voeux bien
sincères, pour que des Institutions
protectrices préservassent la Russie de ces se=
cousses dangereuses qui ébranlent
l'ordre social, et qu'elle devoit encore
éprouver en 1826. 1 mot biffure

Dans une de ces visites du soir,
l'Empereur, 2 mots biffure m'avoit
prié d'observer sa manière d'être
1 mot biffure dans le Cercle de la Cour,
et de lui transmettre mes obser=
vations. Je lui fis m'en aquittai le 26e Novem=
bre 1801. dans le par la lettre qu'on
va lire.

 

Sire!

J'ai l'honeur de vous adresser mes
observations sur le Cercle de Dimanche.

En général. V. M. I y a joué son
rôle de très bonne grace. Néenmoins

<97> il m'a paru 1° qu'en entrant dans le
Sallon vous étiez un peu intimidé.

J'en loue votre coeur: jeunesse et modestie
vont bien ensemble. Mais l'Empereur
doit avoir l'air assuré
. Une conscience
pure qu'accompagne l'ardent desir
d'assurer le bonheur de la Russie: voilà
Sire, des titres pour regarder avec as=
surance autour de Vous.

2° Vous avez parcourru le Cercle un peu
rapidement.

3° Vous avez bien adressé la parole à des
homes distingués par l'age ou la di=
gnité, mais il vous en a échappé d'au=
tres qui étoient dans le même cas.

4° Il m'a paru enfin, qu'en partageant
vos fonctions avec S. M. l'Impératrice,
cela vous soulageroit, sans parler du bon
effet que cela produiroit sur ceux qui
vous aiment sincèrement.

 

En transmettant ces lignes à l'Empe=
reur, un hazard me procura l'occa=
sion de lui faire connoitre un pro=
cédé du Conseil, qui pouvoit entrainer
de graves 1 mot biffure n'étoit 1 mot biffure
1 mot biffure
mécontentemens. Les Députés
de la Courlande étoient venus à Petersbourg
pour réclamer contre des mesures ministé=
rielles qui, et n'avoient pu parvenïr
à intéresser le Conseil en leur faveur, par=
ce qu'ils n'avoient point été admis à jus=
tifier leurs réclamations en se présen=
ce des Ministres. Un memoire fort bien
rédigé que j exposoit cependant leur droit bon droit
avec clarté j'en eus connoissance, et
déviant de la loy invariable que je m'é=
tois imposée, rélativement aux affaires
particulières, je crus poudevoir en
faire part en ces termes à l'Empereur
dans le Billet que je viens de rapporter.

 

Cet objet, lui disois je, est digne du plus
sérieux éxamen, et come il éxiste peu
d'harmonie, entre les tribus parlant
le russe et l'allemand, la vérité ne peut
être conue qu'en confrontant les homes
d'opinions différentes.

Cette confrontation pourroit s'opérer
de 2 manières 1° si V. M. I. appeloit
devant Elle les députés de la Courlande
et les ministres chargés de ce Départe=
ment, et adressoit à tous les deux
des questions de fait, pour auxquelles ils devroient répondre
en sa présence.

2° Si V. M. I. ordonnoit d'appeler
les députés ci-dessus devant son
Conseil présidé par Elle même, et
leur adressoit, ainsi qu'à ses minis=
tres les questions de fait de la même
espêce, auxquelles ils seroient invités
à répondre tout de suite.

<98> Un tel mode de procéder, Sire
seroit d'un éxemple salutaire. Il
écoute lui même les députés des pro=
vinces, en contradiction avec ses
Ministres
: voilà ce qu'on diroit, et
bientôt tout l'Empire sçaurroit que
l'Empereur a les moyens de conoitre
la vérité.

Il n'est que ce moyen pour consta=
ter les faits.

Cette affaire me paroit si impor=
tante, vû la position de cette pro=
vince que V. M. I. me pardonnera
de lui en parler.

 

Les Députés de la Courlande furent
en effet appelés devant le Conseil
présidé par l'Empereur, et invités
à s'expliquer avec franchise, ce
qu'ils firent avec un plein succès.
Mais la nouveauté de ce mode de
procéder scandalisa, les partisans
des anciens usages, et l'on ne man=
qua pas de soupçonner que je
pouvois l'avoir conseillé. Le Mini
L'un des Ministres se chargea de
la découverte, et m'ayant rencon=
tré, s'empressa de me raconter
ce qui s'étoit passé, et feignant
avoir une confiance entière, dans
ce qu'il appeloit ma grande expé=
rience, insista avec beaucoup
d'adresse, sur les suites fâcheuses
que pourroit avoir une pareille
inovation, si elle étoit adoptée.
1 2 mots biffure Après l'avoir écouté avec
un calme imperturbable, ma ré=
ponse fut celle d'un home étranger
à cette affaire, mais qui s'éton=
noit beaucoup que les Conseillers
de la Couronne, eussent maintenu
un usage qui en empêchant
d'entendre les raisons de part et d'au=
tre, mettoit obstacle à ce qu'on
découvrit la vérité. Tout cela fut
dit avec un sangfroid, qui décon=
certa le questioneur.

Une autre question imp étran=
gère non moins importante qui
fut agitée dans nos conférences
du soir. J'avois rencontré à Paris
la Princesse Pignatelli Belmonte
veuve du gd maitre de la maison
du roi de Naples, jadis amie de
la reine Caroline, depuis brouil=
lée avec elle, 2 mots biffure avec
proscritte à titre d'amie des
Francois, et forcée lorsque les Alliés
réoccupèrent Naples, de chercher
un Azyle en France, dans l'état
<99> le plus misérable. Cette Dame qui
ne s'étoit jamais mêlée de Politique,
ayant eu avec l'Impératrice Catheri=
ne IIde quelques rélatïons, avoit espé=
ré de pouvoir interesser son petit fils
aux succès des démarches qu'on faisoit
alors pour lui faire restituer quelques
débris de sa fortune, et sachant que
je me rendois en Russie, elle m'avoit
chargé prié de faire valoir ses réclamations,
en même tems que je présenterois celles
des Proscrits napolitains, qui 1-2 mots biffure
se plaignoient de la violation de la Capi=
tulation de Naples, par Ferdinand et
par Nelson. Voici coment je m'acquitai
de cette mission de l'Infortune

St-Petersbourg
4. xbre 1801.

 

Sire!

J'apprens que Madame de Belmonte-Pi=
gnatelli
est à la veille d'obtenir la
main levée du Séquestre de ses biens; ain=
si la généreuse intervention de V. M. I.
en sa faveur seroit inutile superflue
aujourdui. Mais j'ôse la réclamer
en faveur d'un grand nombre d'autres
infortunés, compatriotes de cette Dame.

Vous savez, Sire que les fautes de la
Cour de Naples, les intrigues de quelques
ambitieux étrangers, les fureurs de la
reine et la foiblesse de son époux, ame=
nèrent les troubles de Naples.

Les fragmens du Mémoire imprimé
que j'eus l'honeur de remettre à V. M. I.
avant son départ. (pour Moscou), con=
tenant beaucoup de faits, je suppri=
me celui qui m'avoit été remis en
manuscrit de la part d'un Napolitain
distingué, et me borne à joindre ici
l'extrait d'une lettre écritte de Paris,
par un anglois plein de mérite, réla=
tivement à ces objets.

Parmi ces faits, deux méritent d'être
signales.

1° la fuite du roi qui s'embarque sur
la flotte de Nelson, abandonne sa
capitale et son peuples, fait détruire
ses moyens de deffense, et livre aux

Lazzaroni, tout ce qui se distinguoit
par la naissance, les lumières, l'urba=
nité, la vertu ou les idées libérales.

2° la rentrée de ce monarque dans
Naples, en vertu d'une Capitulation,
signée par les Comandans russes et
turcs, et par le Comodore anglois
Foote.

Veuillez, Sire, jetter les yeux sur
cette capitulation. Elle prouve
ainsi que le Traité de Florence, qu'en
restituant au roi de Naples son

<100> royaume, on avoit voulu prévenir
les vengeances de son entourage,
vengeances que la sa poltronerie précé=
dente anoncoit devoir être terribles.

Cette transaction solemnelle est sa=
crée fut néenmoins foulée aux pieds,
dès le lendemain de sa signature, à
l'instigation de l'Amiral Nelson, du
ministre Acton et du Chevalier Hamil=
ton.

Le Comodore Foote eut le courage
de protester, et Tumbridge, celui de
sauver un grand nombre d'illustres
infortunés. On m'a assuré également aussi
que le Comandant russe avoit aussi
protesté, et je le desire pour l'honeur
du pavillon de V. M. I.

Quoiqu'il en soit, Sire, une
Capitulation destinée à prévenir les
atrocités dont Naples a été le théatre,
ne pouvoit être anullée arbitraire=
ment par l'une des parties contrac=
tantes, sans montrer un mépris
évident pour toutes les autres.

Si l'Empereur de Russie est de=
venu le protecteur gratuït d'un
roi de Naples remplissant noble=
ment sa tâche et fidèle observateur
des traités, cette protection autorise
sans doute à éxaminer s'il n'en
a pas été fait un abus qui compro=
mette la réputation du protecteur.

Il me semble aumoins, qu'on ne
peut contester à V. M. I le droit
de s'assurer très sérieusement, et
par des voyes bien sures, s'il est vrai
que la Capitulation ci-dessus aît été
violée, coment et par qui, et jus=
ques à quel point?
 

d'insister péremtoirement sur
sa ponctuelle éxécution, et sur la
réparation du passé.

Une pareille démarche faitte
avec le calme et la dignité conve=
nables, prouvera, que fidèle à ses
engagemens V. M. I. n'entend pas
qu'on s'en dispense à la légère, pour
la rendre complice d'atrocités desho=
norantes pour le Gouvernement
qui s'en est rendu coupable, et que
les Napolitains, les Anglois et les
François ont mises, ou mettent encore
exclusivement sur le compte de la Russie, qui les
ignore.

<101> Un mot énergique de votre part,
Sire, apprendra à la Cour de
Naples, son devoir. Faites lui con=
noitre que, si vous la soutenez,
ce n'est pas pour comettre des crimes
et que vos braves troupes sont là
pour la garder, non pour 2 mots biffure
être des satellytes de tyrannie.

Qu'à votre langage plein de digni=
té, mais mâle et sévêre, elle re=
connoisse et respecte Alexandre Ier
si elle ne sçait pas se respecter elle
même.

Pardonnez, Sire, ces longueurs
et agréez l'assurance de mon res=
pect.

 

Le coeur généreux de l'Empereur étoit
étoit fait pour comprendre ce langage.
Déjà il avoit témoigné son méconten=
tement de ce qui avoit été fait, et s'em
et s'étoit empressé de faire recomander par ses
agens, des mesures plus humaines qui
produisirent leur effet,. mMalheureusement
il s'étoit écoulé un tems trop long de=
puis la violation de la Capitulation de
Naples, pour qu'il fut possible d'éxécu=
ter ce que je conseillois; fin de la ligne biffure
1 mot biffure mais la désaprobation la plus énergique fut
fut aumoins prononcée sur le mauvais éxemple
qui avoit été donné, et je pus fournir
à aux Infortunés qui m'avoient confié
leurs deffens intérêts, la preuve que je 1 mot biffure 1 mot biffureles
avois soutenus avec chaleur.

Une autre occasion se présenta bien=
tôt de déjouer les menées dirigées par
la méchanceté contre un home de bien.
Dans l'un de ces fréquens entretiens qui rouloient
sur les moyens de soulager le peuple des
campagnes, il fut question 1 mot biffure des
tentatives qui avoient été proposées pour
améliorer la condition des Serfs dans
les provinces allemandes. Ayant dit
à l'Empereur qu'on m'avoit désigné
Mr de Sievers maréchal de la Nobles=
se d'Esthonie, come l'un des homes de
sa Caste, les mieux disposés, il me répon=
dit: "Je l'ai cru come vous. J'avois
conçu pour lui une haute estime, après
l'avoir entendu, sous le rêgne de mon
père, développer avec autant de clarté
que de courage, les griefs de sa pro=
vince. Eh! bien, cet home dans lequel
j'avois espéré trouver des sentimens phi=
lantropiques et libéraux, est l'un des
Seigneurs les plus durs pour ses Serfs"

Soupconant que la malveillance
pourroit avoir forgé cette odieuse
imputation, pour écarter cet home que
<102> que je ne connoissois point, personellement mais
dont j'avois entendu parler, come étant
l'un des nobles qui desiroit le plus
vivement de voir mettre un frein à
1 caractère biffure au régime oppressé des campagnes 2 3 mots biffure,
=gue je témoignai des doutes, et pri=
ai l'Empereur de me permettre
de prendre à son sujet des informa=
tions, dont je lui ferois part: il y
consentit.

L'entreprise n'étoit pourtant pas d'une facile
éxécution En effet,. Il étoit essentiel en
effet qu'on ne se doutât pas de l'intérêt
que j'avois à entreprendre ces recher=
ches, qu'il falloit obtenir de persones
différentes. Je réussis néenmoins, et
Mr de Sievers lui même que je
n'ai jamais vu, ignora toujours
la part que j'y avois prise.

Quoiqu'il en soit, les informations
qui me parvinrent de plusieurs
côtés, lui ayant été toutes favorables,
je me hâtai d'en faire part à
l'Empereur par une lettre du
3e Février 1802, ainsi conçue

 

Sire!

La personne que j'avois priée de
prendre des renseignemens sur Mr
de Sievers m'adresse un rapport
allemand très détaillé sur son
administration rélative à ses pay=
sans, et voici ce qu'elle ajoute à
sa lettre d'envoi "Les paysans de
Ranzen font pour le Seigneur le travail
tel que la Norme l'indique pour la
contrée.

Mr de Sievers ne prend n'éxige pas les tra=
vaux de Secours, (ce qui au reste est
assez d'usage dans tout le pays), de
même que ceux en dédomagement
de la Capitation et des 1 mot écriture livrai=
sons en nature, dont lui seul sup=
porte les fraix.

Ses projets de bâtisse (car c'est là sa
marotte) ne sont pas à charge à ses
paysans. Il y employe des Polonois
et des Russes, et si l'on y voit de
tems à autre de ses propres paysans,
ils y sont volontairement ou pour

acquiter quelque redevance, ou pour
vendre d'une rétribution convenue.

La filature, come imposition, y est
très modérée.

Mr de Sievers leur a toujours
conservé la propriété foncière; et
dans le seul cas où un maitre
paysan
(
Wirth. ) s'étoit
montré incorrigible, il en avoit
été privé, mais 1 mot biffure cette propriété même
avoit 1 mot biffure toutefois été transmise au plus proche
parent.

<103> Le pasteur de Ranzen est toujours prêt à dé=
clarer formellement que les paysans de
Mr de Sievers le respectent come leur
père, qu'il ne les a jamais entendu porter
de plaintes contre leur maitre, que l'on
prétendoit à tort que les paysans de
Ranzen étoient moins aisés que ceux des
terres du voisinage, qu'il seroit très facile
de se convaincre du contraire.
"

J'aurai l'honeur de remettre à V. M. I.
le Rapport original

Le même témoignage m'avoit été trans=
mis précédement.

La chaleur patriotique de Mr de Sievers
et son courage, lui ont fait de puissans enne=
mis.

Tout home qui pense et s'exprime
fortement est sur, à l'instant, de passer
pour une tête chaude, pour un Crane,
pour un home dangereux, et la tourbe
des méchans et des sots répète en
choeur, ces épithètes. Cette espêce d'hom=
mes dailleurs si rare, mérite au contraire
d'être conservée avec soin. Elle seule,
Sire, vous fera connoitre les abus crians.
Elle seule ôsera déchirer les 100 doubles
de filets dont vos pareils sont entourrés.

Pour l'amour de votre peuple ne la re=
butez pas; il suffit à ces homes d'avoir
révélé la vérité; c'est là leur ambition,
leur chimère, leur récompense.

Que la sagesse et la prudence pèsent
ensuite dans leur balance, ce que les
cranes et les têtes chaudes signalent;
rien n'est plus juste; mais protégez
Sire, la seule espêce d'homes qui ôse
braver tout, pour vous faire conoitre
la vérité toute entière.

Si j'en dois croire ce qu'on m'a dit, Mr
de Sievers auroit eu le malheur de
se brouiller avec Mr de V........f qu'on
dit jouïr de la confiance de votre
Procureur général, et influencer quel=
ques fois ses opinions. 

 

L'Empereur
Les résultats de ces informations rem=
plirent d'une joye pure, le noble coeur
d'Alexandre Ier. Mr de Sievers reprit
dans son opinion la place qu'il méri=
toit, et dont il se montra bien digne
plus tard, par la part principale
qu'il eut à l'importante mesure
qui affranchit le 23 May en 1816 les Serfs
de l'Esthonie, et leur donnant une
organisation qui détermine avec
précision leurs droits et leurs devoirs.
Ce grand exemple 1 mot biffure Les Serfs
de la Courlande éprouvèrent en
<104> en 1817. le même bienfait, et l'Empe=
reur 2 3 mots biffure 1 mot biffure passant par Mittau,
le 30e Aout 1817, au moment où la
Proclamation l'oukase d'affranchissement
étoit proclamé au milieu d'une foulle
imense rassemblée tout exprès 2 3 mots biffure 1 mot biffure profita
2 mots biffure de l'occasion pour expliquer aux Serfs qui se
serroient autour de lui, le sens vérita=
ble de l'organisation sous laquelle
ils alloient vivre, avec une bienveillance bonté qui lui
gâgna tous les coeurs.

Les Serfs de la Livonie participèrent virent aussi
en 1819, une organisation toute pareille
succéder à celle sous laquelle ils avoient
gémi. Les Députés de la nobellesse de cette province
lui ayant présenté enfin à l'Empereur la Constitution pré=
parée pour l'affranchissement de leurs
Serfs, 1 2 mots biffure qu'une opposition avoit
longtems retardée, ce monarque leur répondit
"Je suis bien aise de voir que la noblesse
de Livonie a rempli mon attente.

Vous avez donné un éxemple qui méri=
rite d'être imité.

Vous avez agi dans l'esprit de notre
Siècle, et Vous avez senti que les prin=
cipes libéraux seuls peuvent fonder
le bonheur des peuples
."

Ces mesures critiquées dabord avec
amertume, ont fini par être recon=
nues salutaires, et les provinces
en éprouvent aujourdui les bons effets.

La Postérité qui prononcera un
jour son un arrêt sévère sur la 1 mot biffure Sainte
alliance et sur les oeuvres des Con=
grès de Carlsbad, d'Aix la Chapelle,
de Troppau, de Laybach et de Vérone,
2 mots biffure n'oubliera pas sans doute, que
le même souverain que des fourbes
et des pervers avoient engager danstrainé dans
ces dangereux labyrinthes, affran=
chit les serfs de 3 grandes provin=
ces, en n'écoutant que les impul=
sions de son noble coeur, et dona
à la Pologne une constitution libé=
rale, dont qui eut aidé 1 mot biffure secon=
dé sa
résurrection, si elle l'eut mieux appré=
ciée.

Après avoir exposé la participa=
tion que je pris pars aux 1 mot biffure affaires que
S. M. Impériale 1 mot biffure par mes Conseils
aux affaires dont on s'occupoit, au
comencement du rêgne d'Alexandre,
et que ce Monarque vouloit bien me
comuniquer, je dois aussi m'occuper
de celles de ma patrie, sur lesquelles
on n'avoit en Russie que des notions
incomplettes, qu'il importoit de
rectifier. Je trouvai aussi le moyen
de m'acquiter de ce devoir, soit de
bouche soit par écrit à l'aide de
lettres et de Mémoires que j'adressai à
l'Empereur et dont je vai maintenant
rendre compte.

<105> Pendant le séjour que ce Prince fit
à Moscou, durant les mois de Sep=
tembre et d'octobre, je m'occupai
d'un travail destiné à lui présenter
un recit des principaux évênemens
arrivés en Suisse depuis l' depuis sa
révolution, tant sous l'administra=
tion du Directoire helvétique, que
sous les Gouvernemens qui l'avoient
provisoirement remplacé, jusqu'à l'an=
née
fin de 1801, mais J'avois espéré N'.
N'ayant pu le terminer que pour son assez tôt,
retour, je le remplacai momentané=
ment par un autre plus court, 1 mot biffure
que les conjonctures rendoient plus ur=
gent, et qui fut accopmagne le 30e
Septembre du billet suivant.

 

J'attendrai le retour de V. M. I.
pour lui présenter le Précis de ce qui
s'est passé dans nos contrées, depuis
l'année 1797.

La tournure que d'après les papiers
publics, les affaires paroissent y pren=
dre, et la précipitation avec la=
quelle on les traite me décident à
vous envoyer, Sire, le mémoire in=
clus, auquel ma qualité d'Helvétien
tenant fortement à l'indépendance
de mon pays, doit faire tort, mais dont
dont les faits méritent au moins d'être
vérifiés.

En vous le présentant, Sire, j'acquitte
mon devoir envers les 2 objets les plus
plus chers à mon cher, Votre Majesté
Impériale et ma patrie. Agréez
Sire, l'assurance de mon respect.

 

1er Mémoire sur les affaires de la
Suisse adressé le 30e 7bre à S. M. l'Em=
pereur à Moscou.

 

I

La position de l'Helvétie entre l'Al=
lemagne, le Tyrol, l'Italie et la
France, en fait nécessairement, un
point important.

Les dernières campagnes ont tout
dit à cet égard, et maintenant
que les passions sont un peu cal=
mées, on peut apprécier l'impré=
voyance avec laquelle tant de
Cabinets persécutèrent le nouveau
Gouvernement helvétique, unique=
ment parce qu'il avoit adopté
d'autres formes, sans les consulter,
tandis que leur intérêt propre
leur comandoit de maintenir

<106> son indépendance. 

Tenir séparées les grandes puissances
qui convoitent l'Allemagne et l'Italie,
et protéger par son imobilité, les
petits Etats de ces 2 grands pays, est
la tâche de l'Helvétie. Donc l'orga=
nisation intérieure de celle ci doit
être robuste; donc elle doit avoir un
gouvernement central assez fort pour
deffendre seul, sa neutralité, et
pour s'oppôser à la violation de son
territoire.

L'ancienne Confédération pour la=
quelle on eut si longtems des égards
qu'elle ne méritoit guêres, ne pouvoit
plus rendre ces services. La triste
figure qu'elle fit, en se dissolvant, au
comencement de 1798, ne l'a que trop
prouvé.

La Constitution du 12e Avril 1798
étoit assurément bien éloignée de la
perfection; mais, en réunissant les
peuplades diverses de l'Helvétie et
leur donnant un Gouvernement central
capable de développer dans la suite
une grande énergie, elle promettoit
au moins une éxécution fidèle du
rôle confié par la nature aux Helvé=
tiens, pour le maintien de l'équilibre
en Europe.

La résistance que ce gouvernement
central oppôsa en 1799 aux Coalisés,
et aux mécontens, malgré les obs=
tacles qui entravoient sa mar=
che, prouve qu'il étoit constitué
de manière à remplir fidèlement
sa tâche.

Les intrigues de la France, de l'Au=
triche et de l'Angleterre dont il
avoit encourru la haine par son
énergie, parvinrent enfin à le
renverser.

Les Gouvernemens provisoires
qu'on lui substitua depuis le 7 Janvier
1800 n'étant plus soutenus par l'opi=
nion, tombèrent dans le discrédit,
devinrent les instrumens de la France,
qui s'en servit, come les Anglois en
usent aves les
Divans et les Nabobs
du Bengale.

Cette puissance a reconnu néen=
moins qu'un tel mode de vivre, ne
pouvoit durer, et son but actuel,
est de s'assurer exclusivement par

<107> une Constitution de sa facon, les
avantages que la dissolution du
Directoire et le Régime provisoire
lui avoient procuré jusqu'à présent.

Si le Gouvernement françois a fait
insérer dans le Traité de Lunéville,
un article qui réserve à la nation hel=
vétique le droit de changer la forme
de son Gouvernement, il n'est pas moins
vrai, que la Constitution présentée le
7e Septembre dernier , à ce qu'on
appéle la Diète helvétique, est exclu=
sivement l'oeuvre chérie de ce Gou=
vernement , que cette Constitution
tend à éterniser les anciennes riva=
lités entre les cantons, affoiblit le
Gouvernement helvétique, et le met
dans une telle dépendance de la France
France, que l'Helvétie devient prés=
que une province de l'Empire françois. 

II

Ces résultats convienent-ils aureste
de l'Europe?

Abandonner l'Helvétie à la France,
c'est livrer au Géant les portes impre=
nables par lesquelles il peut s'élancer
impunément, bientôt sur l'Allema=
gne et bïentôt sur l'Italie; et ce
résultat est inévitable, si les grandes
puissances conservent de l'humeur
contre la révolution de 1798, demeu=
rent indifférentes à ce qui se passe en
Helvétie, regardent exclusivement
par la lunette du gouvernement
françois, ou de ses Cliens, et se taisent
sur la bizarre Constitution qu'il
dicte à cette contrée.

<108> Les grandes puissances paroissent avoir
adopté 2 systêmes d'agrandissement.
destinés à s'appuyer réciproquement,
le systême des arrondissemens, et celui
des pointes ou des crochets.

En vertu du premier, la France
desire réunir très prochainement à
son territoire, la Suisse françoise qui
formeroit le Rentrant formé par la
chaine du mont Jura, et la cidevant
Savoye dêja incorporée depuis 8
ans, conformément au premier sys=
tême. 

En vertu du 2d systême la France
éxige de la Diète helvétique, la cession
de toute la partie du Vallais qui est
située sur la rive gauche du Rhone.
La fertilité de ce pays est moins ce
qui la touche que sa position topo=
graphique, dont il paroit qu'on
ignore l'importance, ailleurs

Le Vallais est un tube de 25 lieues
de longueur, dans lequel on ne peut
pénêtrer que par les extrêmités, dont
l'accès même peutre rendu impra=
ticable, tant du côté de la Furka,
et du Grimsel, que du côté de St Maurice

Au Nord il est bordé de montagnes
prèsque partout à pic, qui ne permet=
tent que 3 chétives comunications avec
l'Helvétie: sçavoir 1° le sentier condui=
sant de Sion dans le canton du Léman,
autour des hautes montagnes du grand
Moveran
et de la dent de Morcle 

2° le sentier qui conduit des bains de
Leuk
, dans l'oberland par la Gemmi,
sentier praticable seulement pendant
l'Eté. 3° le chemin du Grimsel prati=
cable pour les bêtes de some pendant
5 mois. Avec quelques livres de
poudre tous les 3 peuvent être rendus
tellement impraticables qu'on pourroit
regarder les 26 lieues de distance entre
comprises entre le Grimsel et la dent
de Morcles
, come bordées d'un mur d'ai=
rain.

<109> A l'Ouest, le Vallais comunique avec le
canton du Léman (le C. de Vaud actuel) par
le défilé de St Maurice que peu d'homes
deffendroient du côté de l'Helvétie. 

A l'Est, il est fermé par la Furka
et par la chaine des Glaciers qui tien=
nent au St Gothard, donnent naissance
au Rhone, à la Reuss, à la Tozzia et
au Tésin. Le terrible passage de la
Furka, traverse cette chaine. Praticable
pour les bêtes de some, il conduit par les
vallées de Réalp et d'Urseren à la gran=
de route du St Gothard, et comunique
par la vallée d'Oberalp avec les Ligues
grises et le Tyrol, ce qui le rend bien
important pour celui qui en a les clés.

Au midi, enfin, le Vallais est bordé
par la chaine des hautes Alpes dont
les points les plus remarquables sont,
le Grand St Bernard, le mont Vélan,
le mont Rosa, le Matterhorn, le
Fletschhorn, le Simplon etc. Cette
chaine a de nombreux débouchés vers
l'Italie. Les principaux sont
1° le passage d'Imloch qui conduit
par le Valmaggia et Locarno à
Milan. 

2° Le passage du Binenthal qui débou=
che dans la vallée du Domodossola.

3° la grande route du Simplon qui
debouche dans la même vallée

4° le passage du grand St Bernard qui
conduit à la Vallée d'Aoste.

5° les 2 passages du Col de Balme et de
Valorsine qui conduisent dans la vallée
de Chamouni Dept du Montblanc, et
par les belles chaussées de celui ci à
Genêve.

6° le passage du Val de Lie et la grande
route de l'Helvétie qui conduisent de
St Maurice dans le Département du
Léman.

Tous ces passages tournent le Piémont
et la Cisalpine, qu'ils prenent en
flanc. Celui du Simplon vient
d'être réparé à grands fraix , et les
François se proposent de construire
une forteresse à son débouché.

Si le Vallais leur est abandonné, (et
la composition de la Diète ne per=
met pas de supposer qu'elle résiste)
ils y tiendront en cantonement, un
corps de troupes considérable, et par
les facilités que la navigation du
Rhone et du lac fourniront, ils forme=
ront promtement des magazins et
pourront delà, inonder en moins de
30 heures, le Nord de l'Italie, sans
qu'on puisse les prévenir.

<110> Ce n'est pas tout.

La Constitution destinée à l'Helvétie
par le 1er Consul, la lui livre pieds
et poings liés 1° par l'établissement
du siège du gouvernement à Berne,
comune située à 5 lieues de la fron=
tière françoise, tandis que Lucerne
placée au centre du pays offriroit
un azyle garant de l'indépendance
du gouvernement.

2° par la création bizarre d'un Lan=
daman ayant seul le Département
de la Diplomatie et nomant les Pré=
fets et les autres grands fonctionaires,
et surtout par l'institution d'un
Sénat de 25 membres auquel on
accorde exclusivement la proposition
des loix, le pouvoir dangereux d'impôser
le peuple, et celui bien plus dangereux
encore, de faire la guerre et la paix: as=
semblée qui ne présente aucune
garantie aux Etats voisins et sur la=
quelle le Géant son père conservera
une influence d'autant plus certai=
ne, qu'il lui a préparé d'avance,
des embarras sans nombre pour
la forcer à recourir à son patron=
nage. 

Un tel échaffaudage anonce à
l'Italie et à l'Allemagne méridio=
nale, le sort qui les attend; car
ce n'est pas assurément pour de=
meurer oisive que la république
françoise s'est préparée chez les
Bataves et en Helvétie, une influ=
ence approchante de la domination
qu'elle ne partage avec persone. 

Quant à ce dernier pays, si l'Europe
l'abandonne, il ne lui reste plus
qu'à devenir partie intégrante
du territoire françois, et les Puissan=
ces ne pourront s'en prendre qu'à elles

<111> mêmes d'un évênement qui sera
la suite infaillible et très prochai=
ne, de leur insouciance, ou de leur
foiblesse, et qu'il ne sera bientôt
plus en leur pouvoir d'empécher. 

Qu'on respecte le territoire de la
France, qu'on rétablisse avec la
nation françoise, les ancienes réla=
tions, sans se mêler de son régime
intérieur, les principes et la Politique
le veulent. Mais, souffrir que,
tout en vantant sa modération,
1 mot biffure la France menace le Nord par
les Bataves, et prépare l'asservissement
durable de la Souabe, de la Bavière
et de l'Italie, par le moyen du Vallais
qu'on lui abandonne et de l'Helvétie
qu'on lui permet de gouverner à sa
fantaisie, seroit une faute qui pour=
roit faire subir aux Puissances euro=
péennes, le sort de la Macédoine, de
Carthage et de la Syrie, qu'elles au=
roient mérité.

Ces dangers peuvent-ils s'éviter?
ouï; pourvû qu'on profite du mo=
ment présent, où le Gouvnerment
françois a trop d'affaires sur les
bras, pour pouvoir les terminer
toutes, à sa fantaisie.

Mais, si on lui donne le tems de
s'affermir partout où il a ses soldats
et ses Proconsuls, malheur au témé=
raire qui ôsera soner le tocsin
d'insurrection contre lui!

Il faut surtout s'accorder bien
vite sur les répons à faire aux
questions suivantes.

1° Les puissances européennes ont-elles
le droit d'intervenir à ce qui se
passe en Helvétie?

<112> 2° Si la neutralité et l'indépendance
de ce pays étoient en danger par
suite de ce qui s'y passe, ces puissan=
ces devroient-elles prendre des mesu=
res pour faire cesser ce danger?

3° Si elles reconnoissoient l'urgence de
ces mesures, ne devroient-elles pas, en
les anonçant solemnellement aux
Intéresser, pour calmer les uns et encou=
rager les autres, admettre en principe
les points suivans?

a) l'établissement en Helvétie,
d'une république une et indivisible,
ayant un gouvernement central
fortement organisé, tel à peu
près que l'auroit établi la
Constitution acceptée par le
peuple, en 1798?

b) le droit de la nation helvétique
de ne reconoitre pour Constitution
légitime, que celle qui seroit rédi=
gée par ses vrais représentans,
d'accord avec les puissances euro=
péennes, et présentée à son
acceptation, en l'absence des
troupes étrangères

c) le droit des puissances européen=
nes de fixer, dans un Congrès,
les bases de cette Constitution, de
concert avec les représentans légi=
times de de la nation helvétique,
et celui de garantir en comun,
cette Constitution.

 

Ainsi qu'on peut en juger, il y avoit
des raisons qui rendoit urgentes
pour que ce Mémoire parvint à
Moscou, où suivant tous les pro=
1 caractère biffurebables il seroit question des
affaires de la Suisse, qui ne pou=
voit y compter des deffenseurs éclairés
de ses intérêts, parmi des homes
d'état qui n'avoient pu les bien
connoitre. Faire suspendre tou=
tes mesures, jusqu'au moment
où le véritable état des choses seroit
mieux connu, étoit donc obtenir ce qu'il
y avoit de plus convenable dans
ces circonstances. 1 mot biffure Dans l'in=
tervalle j'eus le tems de mettre
terminer un 2d mémoire desti
sous le titre de Précis historique
des faits rélatifs à la Révolu=
tion helvétique
, un 2d Mémoire
que j'eus l'honeur de présenter
à l'Empreur le 1er octobre 1801 1 mot biffure accopmagné d'un volumi=
neux cahier de notes
, en l'accom=
pagnant d'un Cahier de notes
destinées, au besoin, à fournir les
<113> les éclaircissemens nécessaires, tant
sur les homes que sur les choses.
L'Etendue de ces ouvrages 2 pièces ne
permet pas de les transcrire; elles font
partie de ma correspondance; je me per=
mettrai seulement de citer les paroles
suivantes, come preuve de l'attention
que j'eus toucher constament d'appeler
l'attention de l'Empereur 1 mot biffure

d'inviter l'Empereur à scruter attenti=
vement, tout ce qui lui étoit soumis,
quelque fut la personne qui le lui
présentât, et plus particulièrement lors=
qu'il s'agissoit de maoi personne.

"Quoique l'auteur de ce précis disois-je en terminant ait tâché
de ne pas errer sur les faits, il ne peut
en dire autant des raisonnemens. Ain=
si ce sera toujours un ouvrage de
parti, et c'est la raison pour laquelle
en se bornant à recueillir les faits,
il réserve pour le tems de la vieillesse
l'histoire complette de la révolution
helvétique, et la deffense de l'adminis=
tration du Directoire" 

L'empereur 1 mot biffure
Les memoires du 30e Septembre et 1er
Octobre furent lus par l'Empereur avec
la plus grande attention. Après avoir
médité sur leur Contenu, il m'entretint
dans nos Entretiens du soir
en fit l'objet
1 mot biffure spécial de l'un de nos entretiens
du soir, et toujours fidéle au principe
que de que j'avois adopté pour 1 mot biffure pour base
de nos comunications, de lui soumettre
par écrit mes réponses aux questions
importantes qu'il m'adressoit, afin de
lui donner le tems de les peser avec ré=
fléxion, je lui adressai le 9e Novem=
bre souvent , un 3e Mémoire qu'accomp
que je crois devoir insérer, en l'accom=
pagnant de la lettre que voici.

 

St Petersbourg

9e 9bre 1801

Sire!

V. M. I. m'ayant fait l'honeur de me témoi=
gner chez moi, qu'elle s'intéressoit un peu
à mon pays je prens la liberté de lui
soumettre ce Mémoire.

Je puis, je crois, répondre des faits.

Quant aux opinions V. M. I sçait que je
suis partie intéressée.

Le même desir d'impartialité m'engage
à vous prévenir qu'il éxiste, près ou
autour de votre Légation à Paris un
Conseiller de Cour nomé Cristin se
donnant mal à propos pour un gentil=
home suisse dépouillé de biens imenses
par la révolution, et qu'on m'assure être
fort lié avec les émissaires des anciens
gouvernans. 

Si la Prusse, ou d'autres puissances conti=
nuoient à se montrer indifférentes, il me
seroit impossible de vous conseiller, Sire

<114> d'aller seul en avant pour l'amour
d'elles. Nul n'a la mission de leur
rendre forcément la vue, si elles
préférent demeurer aveugles.

Peut étre encore, que le 1er Consul
qui a tant de motifs pour écouter
V. M. I aurroit plus d'égards pour
ce qu'Elle lui feroit connoitre direc=
tement et privativement, que si
c'étoit en comunauté avec d'autres.
Il semble, ainsi que je le disois au
ministre Fouché, que la destinée
aît placé à la tête des 2 plus puis=
santes nations de l'Europe, deux
homes à idées libérales, pour soula=
ger un peu la pauvre humanité,
s'ils pouvoient s'entendre.
 

Ce seroit certainement un grand bon=
heur pour ma patrie, si V. M. I.
vouloit bien s'intêresser à son sort;
mais je me ferois un éternel repro=
che, de lui conseiller des démarches
qui pourroient la compromettre.

Votre principale affaire, Sire
est la réforme des abus, dans Votre
vaste empire.

Cette réforme demande prèsque
tout votre tems, et suppôse la tran=
quillité au dehors. 50 millions
d'homes qui ont besoin de Vous, doi=
vent l'emporter sur 2 millions, qui
n'ont sur vou d'autres droits, que
ceux qui dérivent de la libéralité de
vos sentimens. Si vous allégez
le sort des premiers, vous aurrez
rempli votre tâche, et fait assez
pour votre gloire.

Agréez, Sire, l'assurance de mon
respect et de mon dévouement sans
bornes.

F. C. LaHarpe

 

Mémoire sur l'Helvétie

On suppose que les Puissances europé=
ennes ont reconu

1° l'importance d'assurer l'intêgrité
du territoire helvétique.

2° l'utilité dont peut être, dans cette
partie de l'Europe, une république
fortement organisée.

3° l'impossibilité d'obtenir ces résultats
sans une Constitution qui donne au
Gouvernement, une force interne
suffisante pour le mettre en état
de deffendre l'indépendance et la
neutralité de l'Helvétie, sans le
concours d'un patronage étranger.

Ces axiomes étant adoptés, 3
questions sont à éxaminer.
1) rétablirat-on l'ancienne Confé=
dération, et avec celle ci l'ancien
régime?

<115> 2) reconnoitrat-on la Constitution
dictée à la Diète, par le gouvernement
françois?

3) rescuciterat-on la Constitution
établie en 1798 avec le Directoire?

I

Rétablir l'ancienne Confédération et
l'ancien Régime, est une chose impossible.

Le gouvernement anglois fidèle à la
maxime du Chancelier Bacon qui ne veut
p de liberté que pour la seule Angleterre,
s'en occupe très activement avec l'Autri=
che.

Le 1er opêre assez ouvertement par
l'appui qu'il accorde aux émissaires des
anciens gouvernans. 

La 2de procède d'une manière plus cachée,
par l'intermédiaire d'anciens Gouvernans des
cantons ci-devant démocratiques, et surtout
par des prêtres. 

Les partisans de l'ancien régime vont
colportant des adresses qu'ils ont fait signer
en cachette, dans les cabarets, et à force d'ar=
gent ou de vin, pour faire croire que le
peuple desire le retour à ce régime. 

Ces vieilles ruses en imposent quelques fois,
surtout lorsqu'elles sont secondées par des
homes adroits, ou lorsqu'elles tendent à
favoriser un Systême auquel tiennent
déjà les gouvernans.

Il éxiste assurément beaucoup de mé=
contens en Helvétie, et les opinions y sont
très divisées; mais on se tromperoit fort,
si l'on pensoit que le peuple des campa=
gnes regrette ses Bourgmaitres, ses Avoyers
ses Sénateurs, ses baillis, et ses patriciens,
leur insolence, leurs éxactions et leurs
monopoles. Pour rétablir pour cela
il faudroit une guerre, et peutêtre qu'on
veut la faire naitre.

Dans l'état actuel des choses, il ne peut
être question pour les puissances européenes,
de favoriser un parti aux dépens de l'au=
tre. Il ne s'agit pas même d'éxaminer,
ce qui est le plus conforme aux principes,

<116> ou à des idées libérales; l'intérêt
politique est l'unique point de vue
sous lequel la question puisse être
envisagée par elles; or, sous ce rap=
port, toute tentative pour rétablir
l'ancienne Confédération seroit une
bien grande faute.

En effet, la foiblesse de cette anti=
que construction a été révélée en
1798 d'une manière si solemnelle,
qu'il n'est aucun home instruit et
impartial qui ôse soutenir de bone
foi, que l'indépendance et la neutrali=
té de l'Helvétie puissent désormais
être maintenues par elle, ce qu'il
seroit facile de développer.

Une Confédération aussi impuis=
sante que celle qui éxistoit avant
l'année 1798, ne peut convenir, ni
au Corps germanique, ni à l'Italie,
ni à la Prusse, ni à la Russie.

En échange elle convient éminement
à l'Autriche 1° parce que l'impuis=
sance de cette Confédération la laisse
fort tranquille pour sa frontière
du Tyrol, d'où elle pourroit, en
cas de guerre, retirer toutes ses
troupes pour les porter ailleurs.

parcequ'elle est assurée du dévou=
ement de la prèsque totalité des
Gouvernans de l'ancienne Confédé=
ration, qui voyent en elle, leur Messie.

3° parce que, lorsqu'elle voudra faire
valoir ses droits sur l'Italie, droits
qu'elle n'a pas oublié, il lui sera
facile de prendre bien vite posses=
sion des cantons des montagnes,
qui sont la citadelle de cette partie
de l'Europe
, citadelle dont elle a
éprouvé l'importance décisive à
ses dépens.

L'Autriche soufle donc le feu
par ses émissaires, afin de regagner
ce que le Gouvernement helvétique
lui arracha en Septembre 1798. 

mais elle ne paroitra que lorsque
tout aurra préparé le succès.

L'Angleterre devroit avoir une
Politique différente; mais, ne re=
gardant la paix, avec la France
que come une trêve, elle voit dans

<117> l'Autriche, son allié nécessaire sur le Con=
tinent, et croit dès lors devoir lui procurer
des moyens nouveaux pour le moment de
l'action.

Ces convenances là sont elles celles de
la Prusse, de la Russie, et du reste de
l'Europe? Il est permis d'en douter.

II

Approuver les oeuvres de la Constitution
décrêtée par la Diète hevétique est une 2de
alternative.

Le traité de Luneville reconnoit à la nation
helvétique, le droit de changer les formes de son
gouvernement; mais ce Traité n'a pas entendu
qu'un tel ouvrage fut entrepris pendant qu'une
armée étrangère occupoit le pays, et le siêge
même du Gouvernement: il n'a pu vouloir
que le droit de parler au nom de la nation
helvétique fut usurpé par une Diète composée
d'homes, auxquels cette nation n'a pas donné
le droit de rêgler ses destinées, dans ces circonstan=
ces. 

Le gouvernement françois avoit voulu dabord
que la Diète approuvât aveuglément le projet
primitif de Constitution imaginé par lui,
pour l'Helvétie; il paroit dès lors avoir con=
senti à quelques modifications

Celles que la Diète a apportées, de son côté,
sont généralement bonnes, puisque l'Unité de
la République, la fusion des cantons, et l'éta=
blissement d'un gouvernement central, s'y
trouvent consacrés.

Avec celà, néenmoins, ce projet a de grands
vices. P. éxemple 1 il rétablit 1° les ancienes
limites territoriales des Cantons, source de
discordes éternelles, que la Constitution de 1798
avoit taries. 2° il crée des administrations
cantonales organisées toutes différement,
armées de pouvoirs incompatibles avec l'unité
d'action que le Gouvernement éxige, qui
croiseront celui ci, s'entraveront mutuelle=
ment, ou se coaliseront contre le gouverne=
ment lui même, sans qu'il puisse l'empêcher,
et souvent même, sans qu'il en soit instruit.

3° il crée confie le pouvoir éxécutif suprême,
à un Sénat de 30 membres, dont les délibéra=
tions toujours prolongées, seront nécessairement
influencées par l'Etranger.

4° il place le siège du gouvernement à Berne,
ville frontière, ce qui rend la puissance la plus voi=
sine, maitresse de ses décisions, dans tous les tems

<118> dans tous les tems. 

L'affoiblissement et l'impuissance seront
les suites imédiates d'un tel ordre de choses,
bon peutre pour l'Amérique, ou dans
une position insulaire, mais qui ne produi=
ra jamais les résultats d'indépendance et
de neutralité que les Cabinets voulant la
paix et l'équilibre en Europe, doivent avoir
en vue, rèlativement à l'Helvétie.

La France et l'Autriche sont les seules puissan=
ces auxquelles cet ordre de choses paroisse
convenir, quoique par des raisons contraires.
Si la dernière ne peut faire rétablir l'an=
cien régime, elle se rabattra probablement
sur cette Constitution, en attendant mieux. 

parce qu'elle lui assure tout de suite, quel=
ques avantages, et lui en promet de plus
grands encore pour l'avenir.

La conduite actuelle de la France, rélati=
vement à l'Helvétie seroit inexplicable,
si, satisfaitte de sa grandeur, de sa
cette puissance renonçoit de bonne foi à la
manie de dominer, pour piller et pour
détruire. Ce n'est point à la France à
craindre la malveillance du gouverne=
ment helvétique. Quelles que fussent
les forces et l'énergie de celui ci, elles ne lui
permettroient pas de provoquer le Géant par
des voyes de fait. Il seroit seulement
desirable qu'elles pussent suffire désormais
à prévenirserver l'Helvétie du retour des véxa=
tions qu'elle a éprouvées, et la missent en
état de maintenir l'inviolabilité de son
territoire, sa neutralité et son indépendance.
Un gouvernement foible et sans énergie,
au contraire, ouvrira dans tous les tems, aux
armées françoises, les portes de l'Helvétie, et souf=
rira qu'elles en fassent un Avant poste pour
envahir, bientôt l'Allemagne et bientôt l'Italie.

<119> La Constitution dont la Diète s'occupe, dans
ce moment, est une oeuvre toute françoise
éxécutée sous des noms et par des instrumens
helvétiques, au nom et pour le compte exclu=
sif de la France, dont les troupes sont là pour
diriger l'orchestre. Afin de la rendre accep=
table, il faudroit donc qu'elle remplit les vues
que doivent se proposer les puissances; c'est à
dire que le futur gouvernement helvétique
devroit être rendu beaucoup plus fort, et qu'il
seroit instant de lui procurer d'un comun accord,
les moyens de se rendre indépendant de ses puis=
sans voisins. Avec des amendemens dirigés
dans ce sens, et seulement avec de tels amendemens,
la Constitution discutée aujourdui, pourroit
être admise. 

Le gouvernement françois s'y refuseroit-il, s'ils
lui étoient proposés par la Prusse, ou par la Russie?
surtout par celle ci qu'il a intérêt de ménager?

III

Un moyen plus facile peut être seroit de resçuciter
la Constitution jurée par le peuple en 1798, et
renversée, sans son aveu, par une faction, le 7e
Janvier et 8e Août 1800.

Les nombreuses lacunes de cette Constitution pour=
roient être remplies, en même tems qu'on corrige=
roit plusieurs de ses articles qui demandent à
être amendés et mieux déterminés; et l'on s'ubsti=
tueroit aux dénominations abhorrées de Directoire,
etc. etc. d'autres noms plus sonores, ou plus à la mode.

Ce retour à un ordre de choses sanctioné par
la nation et cher encore à un très grand nombre
d'Helvétiens, seroit dailleurs dans les principes, pro=
duiroit le meilleur effet, et entraineroit moins
d'inconvéniens. Toutes les autorités éxistantes
en effet, aujourdui, dans la République à

<120> l'exception de celles qu'on appéle mainte=
nant Diète, Conseils législatifs et éxécu=
tifs, provisoires
, ont été créées et organi=
sées envertu de cette Constitution, qui bien que
constament violée par les factieux, est néen=
moins encore en force, puisqu'elle n'a point
été abrogée par une autre
. 

Le Pouvoir Exécutif légitime éxiste encore
aujourdui dans la personne des 3 homes que
la faction dominante expulsa le 7e Janvier
1800, au mépris de la Constitution.

Ces 3 homes qui formoient la majorité légiti=
me
du Directoire , consignèrent par
une protestation formelle, les violences com=
mises dans cette journée, seule ressource qui
leur restoit pour conserver les droits de la
nation, jusqu'à des tems plus prospêres.

Il seroit facile de rendre la vie à ce
Pouvoir, qui par sa nature etoit énergique
et vigoureux.

Mais afin de ne pas réveiller les haines,
et pour n'avoir pas l'air de faire triom=
pher un parti aux dépens de l'autre, on
devroit éxiger aussitot après, la résigna=
tion des homes auxquels la Constitution
l'avoit confié. Deux d'entr'eux l'ont déposée
en main sure, dès le moins de Juin 1800, pour
être remise un jour aux représentans légitimes
de la nation. 

<121> La Constitution de 1798 étoit imparfaite
sans doute, mais ayant été jurée solem=
nellement, le peuple se considéroit come lié
par ce serment, et le gouvernement créé
par elle étoit très fort. Il sauva la
république de 1798 et 1799, au milieu
d'innombrables entraves et de périls sans
cesse renaissans; et parce qu'il opéra
alors avec de chétives ressources, on peut
juger de ce qu'il pourroit faire, si on
lui donnoit le tems d'organiser le service
public, et surtout s'il étoit reconnu
par les grandes puissances.

La fusion de toutes les parties de l'Helvétie,
base de l'unité de la république, de la Centra=
lité, et de la force de son gouvernement, avoit
été, en un mot, si complettement effectuée
par cette Constitution, qu'il ne restoit plus
qu'à donner le dernier poli à la masse, lors=
qu'il fallut la mettre en mouvement; et
l'on peut assurer que, si l'anciene Confé=
dération, ou la Constitution projettée par la
Diète actuëlle, avoient été soumises aux
épreuves que les conjonctures firent subir
au Gouvernement créé par la Constitution de
1798, elles eûssent bientôt succombé.

Modifier cette derniére, de maniére à
rendre l'ensemble plus parfait, et à fortifier
davantage le Pouvoir Exécutif, voilà ce
qu'il faut à l'Helvétie, pour remplir la
tâche que sa position lui impôse.

La Russie et la Prusse intêressées plus que
d'autres à ce que le gouvernement helvétique
soit vraiment, indépendant et fort, puisque
toutes deux sont voisines de l'Autriche, qui
desire le contraire, ne pourroient-elles
faire comprendre au gouvernement françois,
qu'il travaille en faveur de celle ci, au pré=
judice de leurs comuns intérêts? 

La Russie ne peut guêres éspérer d'y réus=
sir seule, elle risqueroit de se compromettre.
Mais il ne lui seroit pas difficile de con=
vaincre la Prusse, que, sur ce point, leurs
intérêts coincident; et le gouvernement françois
se verroit réduit, ou à admettre leur inter=
vention, ou à confesser des vues ambitieu=
ses contraires à ses notes actuëlles.

 

<122> Peu de tems après la présentation
de ce memoire à l'Empereur
Tandis que j'étois occupé momentané=
ment des intérêts de mon pays, le
premier Consul avoit comencé à en en=
tretenir l'Empereur, mais passagé=
rement, dans la correspondance 1 mot biffure
qui s'étoit établie entr'eux. l'Empe=
reur m'ayant lu l'article d'une
lettre du mois récente dans laquelle ce
sujet étoit touché, desira connoitre
mes observations, et il fut convenu
qu'en les rédigeant un nouveau mémoi
sous la forme d'un Mémoire, à trans=
mettre au 1er Consul, 1 2 mots biffure
1 2 mots biffure je joignisse mes idées
sur la réponse qui devoit l'accom=
pagner. Je joins ici ces 2 pièces
qui furent effectivement transmi=
ses au 1er Consul

St Petersbourg 21
Nov. 1801
Sire!
V. M. I. s'intéressa dans tous les tems
à l'Helvétie.

Aujourdui que la paix renait de
toutes parties. Elle

adressées au 1er Consul.
qui après avoir été approuvées par
le monarque genéreux qui s'intéres=
soit à notre sort, futrent transmises
de suite au Chef du gouvernement
françois.

Etendue
intégrale
Citer comme
La Harpe, Frédéric-César de, Mémoires. Suite de la cinquième période, 1801-1802 (Cahier G), Lausanne, [1837], cote IS 1918 BA 7. Selon la transcription établie par Lumières.Lausanne (Université de Lausanne), url: https://lumieres.unil.ch/fiches/trans/1103/, version du 01.07.2019.
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