Transcription

La Harpe, Frédéric-César de, Mémoires. Deuxième période, 1796-1798 (Cahier B), Plessis-Piquet, [Lausanne], 1804-[1837]

<20> Cahier B

2de Période

Je m'occupois de travaux agricoles,
après mon arrivée dans ma cam=
pagne de Genthod, sans trop
me soucier de Mrs de Berne, sans
me mêler de leurs affaires, lorsque
leur conduite hostile envers moi et les
miens me força enfin à quiter
ma retraite, pour 1 mot biffure repous=
ser leurs attaques
.

Le General Amédée LaHarpe
couvert de gloire, malgré leurs en dépit de leurs
calomnies, venoit d'être tué à
l'Avantgarde la tête de l'Avantgarde
de l'armée d'Italie, après avoir
traité avec 3 lignes biffure
générosité, les patriciens
bernois, officiers dans l'armée
piémontaise, faits prisoniers
parlui, et dont quelques uns

avoient jadis vôté sa proscrip=
tion. Il s'agissoit d'obtenir la
1 mot biffure réhabilitation de sa mémoire, et
pour ses 6 enfans des indemnités qui compensassent
2-3 mots biffure, l'énorme perte
que leur avoit fait éprouver, la
vente forcée des proprietés de
leur père, comandée par par l'esprit
de vengeance de
Mrs de Berne.

Je m'adressai, dans ce but, au Géné=
ral Buonaparte et à l'ambassa=
deur françois Barthèlemy, en
accompagnant ma lettre à celui ci,
d'un Mémoire détaillé, et sollici=
tant son intervention.

Ces démarches n'ayant pas pro=
duit l'effet desiré, je me rendis
à Paris en Octobre 1797, muni de
plein-pouvoirs, et présentai au
Directoire Exécutif, une pétition
accompagnée d'un Mémoire impri=
  qui fut distribué aux
2. Conseils .

Cette démarche avertissoit Mrs
de Berne de l'approche du danger;
ils crurent l'éviter par des demi-=
mesures et par l'Intrigue. 2-3 mots biffure La
memoire du Général Amédée LaHarpe
fut a la vérité réhabilitée, 4-5 caractères biffure sans accorder les
indemnités dues à sa famille, on
rappela plusieurs bannis, mais

un Ainsi la mémoire du Général
LaHarpe fut réhabilitée, sans
toutefois indemniser sa famille,
et quelques proscrits purent ren=
trer dans leur patrie, mais un

nouveau Décret de proscription
fut lancé contre ceux qui avoient
publié des Mémoires. C'étoit mon
cas; aussi voyant qu'il n'y avoit
plus de ménagemens à garder avec
de tels enemis, je publiai successi=
vement plusieurs pamphlets
destinés dans le but de à faire conoitre leurs
<21> oeuvres.

Après la journée du 18Fructidor
qui éloigna Mr Barthelemy
leur protecteur, les circonstances
furent mises à profit, grâce à
leurs fautes et à celles de leurs
associés qui alloient provoquant
début de la ligne biffure le Gouvernement francois par des
hostilités directes et indirectes, et
par de nouvelles persécutions dirigées
contre les patriotes.

Avertis cependant par leurs amis
de Paris et par les quelques Journaux, Mrs
de Berne envoyèrent, au comence=
ment de l'hyver 3 Députés, au
Directoire; et s'ils eussent été
mieux choisis, ou si leurs Comet=
tans, avoient sçu faire usage de
leur trésor, peut être qu'ils auroient
pu conjurer l'orage.

Je sentois si bien de quel poids
seroient dans la balance, les ar=
gumens irrésistibles, qu'il ne
me resta que la mince ressource
de faire révêler ce grand secret
par les Journaux papiers publics, dans l'espoir
que ces Jaseurs incomodes 1 mot biffure
début de la ligne biffure déjoueroient peut être les tentatives corruptrices, et c'est
ce fut en effet, ce qui réussit arriva.

Le choix des Députés ainsi que
je l'ai mentionné dit, étoit mauvais;
c'étoit le résultat d'un amalga=
me entre les 2 partis éxistans
à Berne. Mr Moutach olygar=
que furieux, qui se faisoit ap=
peler Monseigneur, par ses
valets, ne se fioit point à Mr
Tillier, l'home du parti modéré,
tandisque Mr Haller qui
aurroit pu les servir si utilement
par son esprit et ses moyens
supérieurs, se trouvoit neutralisé
par son poste inf subordonné
de Secretaire de la Légation. 
Mr Tillier parut d'abord desi=
rer faire ma conoissance. Mr
Thormann alors Baillif de Morges,
lié avec mon intime ami Monod
m'en avoit fait prévenir, en
me comuniquant par son canal
des bases pour un arrangement.
Ma réponse rép fut conforme
à son voeu. Je désirois bien
sincêrement d'amener les affaires
amener les choses à un Concordat
sans l'intervention de l'étranger,
<22> et j'éspérois encore alors que Mrs de
Berne reconnoissant enfin qu'il
n'étoit plus tems de nous leurrer par
de belles promesses, sentiroient les
apprécieroient les avantages résul=
tans pour eux d'un Concordat, dont
que son extrême urgence recomendoit et dont,
nous leur aurrions tenu compte,
à cette époque, come d'un bienfait, 1-2 mots biffure
extrême urgence recomendoit.

Le banquier Billy Vanberchem
avoit dabord été chargé par Mr
Tillier de me comuniquer ses dis=
positions: je le rendis maitre
de fixer le jour et l'heure de notre
entrevue, en promètant sincérité
et franchise. Pardonnez moi,
Monsieur, ces détails que je vous
épargnerois, si les calomnies dé=
bitées contre moi ne me faisoient
pas mettre un grand prix à con=
vaincre les homes non prévenus 1 mot biffure que
bien que l'ennemi déclaré du
Gouvernement bernois, j'ai pour
=
tant fait tout ce qui dépendoit
vaincre les amis de la paix, que
malgré les persécutions du
Gouvernement de Berne, j'ai fait
dans le tems tout ce qui dépendoit

de moi, pour lui épargner les
calamités qui l'ont accablé de=
puis.

J'attendois toujours l'avertisse=
ment de Mr Tillier, lorsque j'ap=
pris que la députation bernoise
se regardant come très assurée
du succès de ses démarches, avoit
repris sa morgue aristocratique.
Mrs les Députés avoient intêressé
en leur faveur jusqu'à la fin de la ligne biffure 2 personages alors très influens,
la célèbre Baronne de Stael, 1 mot biffure
début de la ligne biffure qu'ils allarmèrent, en lui présentant come iminente la suppression
des droits féodaux dans les Seigneu=
ries que son père (Mr Neker) pos=
sédoit dans le Pays de Vaud, ainsi
que
et son protégé Mr Binjamin
Constant, alors chaud démocra=
te en France, et bon aristocrate
en Suisse. 1 mot biffure Grâce à leurs soins ils avoient
obtenu du Directeur Barras, une
audience, et l'accueil obligeant
de ce Puissant du jour, leur avoit
fait perdre la tête.

Dès ce moment, la victoire
leur parut si assurée, qu'ils de=
mandèrent mon extradition, et
celle des autres patriotes vaudois
réfugiés en France; mais telle
étoit, en même tems, leur ignorance
de ce qui se passoit, que, bien que
la rumeur de leur renvoy pro=
chain circulât deja depuis 3 jours parmi les
Diplomates étrangers, ils n'en
eurent aucune conoissance, et
furent pris au dépourvû.

Ce brusque renvoi étoit un
dernier avertissement. Je ne l'avois
<23> pas attendu pour me plaindre
du procédé de Mr Tillier. Dans
une lettre que j'adressai à mon
ami Monod, pour la remettre
à Mr Thorman je m'expliquai
franchement, tant sur ce point
que sur l'urgence des reformes
quon ne pouvoit plus ajourner,
et qui devoient être complettes.
Je profitai de l'occasion pour
combatre 1-2 mots biffure le projet de le projet de conjurer l'orage
1-2 mots biffure agrêger au en agrêgeant au Patriciat
de nouvelles familles, choisies dans
la Caste sujette, projet dont le
but avoit été sans doute étoit sans doute de sé=
duire mes amis, ou moi. J'en
fis sentir l'inconvenance, et
j'exhortai une dernière fois à
profiter du moment pour faire
spontanément et de bonne grace
ce qui étoit désormais devenu
inévitable. C'étoit risquer
beaucoup dans ma position, de
donner à mes enemis un sem=
blable avertissement; mais,
je devois cette dernière preuve de
dévouement à ceux qui nous
avoient gouverné pendant près
de 3 siècles, aussi bien que le
régime vicieux d'une Aristocra=
tie héréditaire le permettoit, et
surtout je la devois pour ma
tranquillité future.

Mr Thorman envoya ma
lettre à Berne, où elle fit une
impression profonde, dans les
2 partis, des enragés et des
modérés, mais la morgue aris=
tocratique des premiers, 1-2 mots biffure puissans jusqu'à la fin de la ligne biffure
s'indigna des conseils donnés par un ancien
Sujet, qu'on qualifioit d'Archi=
rebelle, qu'on avoit voulu
jadis effigier, et qu'on venoit tout récement
de proscrire. 1 mot biffure

Tout espoir d'accomodement
s'étant ainsi évanouï, vers le
comencement de Frimaire an VIe
(sur la fin de Nov. 1797), je
présentai au Directoire, une
Pétition signée par 22 Ci=
toyens du pays de Vaud, bernois
et fribourgeois, pour sollici=
ter l'exercice de la Garantie
stipulée en 1565 par le
Traité de Lausanne. 
<24> Il ne fut dabord question que
de cette garantie. 

Mes premières ouvertures rélative=
ment à une République une et
indivisible ayant dabord été re=
çues froidement, ne furent de
nouveau prises en considération que
lorsque le Directoire François eut
reconnu que
se fut bien convain=
cu que la Confédération helvéti=
que dévouée aveuglément à ses
ennemis, étoit à la veille de
se prêter à tout, pour leur com=
plaire.

La Pétition fut transmise au
Ministére des rélations extérieures
dirigé à cette époque par Mr de Talleyrand
pour avoir en obtenir un Rapport dans
3 jours; mais 21 jours s'étoient
déja écoulés, et durant cet inter=
valle, on intriguoit au Congrès
de Rastadt, pour intimider le
Directoire, tandis que Mrs de
Berne comptant sur d'ultérieurs
délais, et sur des futurs Contingens
favorables à leur cause, en pro=
fitoient pour envoyer à Lau=
sanne des Comissaires munis de pleinpouvoirs
illimités, et particuliérement
chargés d'entraver, d'espionner,
et de sévir au besoin contre les
partisans de la Pétition présentée.
A la téte de cette Comission se
trouvoit l'ancien Baillif de
Lausanne, le Baron d'Erlach de
Spiez, home d'esprit, à grands
moyens, qui s'étoit fait détes=
ter 6 ans auparavant, par
sa violence, à l'époque des dra=
gonades bernoises.

Les agens de Berne parcourroient
dans le même tems, les autres Can=
tons, pour exciter leurs Gouver=
nans, tant aristocratiques que
démocratiques, à faire cause com=
mune avec le Patriciat bernois.
Une Diète extraordinaire fut
convoquée à Arau, et tandisque
dautres Agens travailloient intriguoient à Rastadt et ailleurs
ailleurs, un Décret ordonnoit de cette Assemblée vint
ordonner
brusquement, que les anciennes
alliances seroient jurées, en
plein air, avec la plus grande
solemnité, et que ce Serment
seroit répété dans tous les cantons
de la même maniére, par les Su=
jets.

Les soi-disant homes d'Etat qui conseillé=
rent et firent adopter ces mesures
<25> n'avoient pas prévu les suites
que pourroient avoir, non pas
le refus, mais seulement, la
simple hésitation: Ils crurent
effrayer le génie de la Liberté, en
impôsant de nouveau, un Ser=
ment de Servitude. Cette hardiesse
témérité accéléra 1 mot biffure la crise.

Dans l'intervalle un Rapport fa=
vorable avait été fait au Directoire par le Mi=
nistère des rélations extérieures, sur
la Pétition mentionnée plus haut,
et le Traité de Lausanne qu'on
avoit dit 1-2 mots biffure longtems cherché
en vain 1 mot biffure retrouvé. Les

Dans l'intervalle Talleyrand
s'étoit vu obligé contraint à présenter son
Rapport sur la Pétition men=
tionée plus haut, et come la Ga=
rantie réclamée, étoit 1 mot biffure
claire=
ment établie par le Traité de Lau=
sanne, qu'on prétendoit avoir
longtems cherché en vain, le

Directoire auquel j'avois recour=
ru je m'étois adressé de nouveau, pour l'engager
à ne pas permettre, come en 1791,
l'oppression des patriotes récla=
mans, prit le fameux mémorable arrêté
du 6 Nivose, qui les mit placa sous
sa protection.

Cet Arrêté fut un coup de
foudre pour Mrs de Berne,
sans pouvoir cependant faire
cesser leurs leurs prestiges illusions. Ils
comirent la faute insigne de
convoquer les milices pour le
10e Janvier 1798, dans le but de
leur arracher un nouveau
serment de fidélité. Quelques
individus, intimidés ou égarés
le prêtèrent en effet, ce qui four=
nit aux Comissaires bernois,
le prètexte d'émettre une Procla=
mation astucieuse, parlaquelle
ils remercioient les Comunes,
espérant par là persuader que
le Peuple s'étoit prononcé en
leur faveur; mais l'imense
majorité de ce peuple, ayant
manifesté son refus par de
bruyantes acclamations, Mrs
de Berne se trouvèrent compromis,
et lorsque le mouvement révolu=
tionaire éclata, le 24e Janvier
1798, on vit manifestement
que leur rêgne avoit cessé.

Quoique les vengeances éxer=
cées par eux, en 1791 fussent
d'une date trop récente pour
être oubliées, nulle violence
ne signala cette dernière cri=
se. Les Baillifs purent se
retirer en paix, avec tous leurs
effets, et leurs richesses, et
plusieurs Patriciens bernois, pro=
priétaires dans le pays de Vaud,
continuèrent à y séjourner,
sans être molestés, trait qui
honore leur caractère de ses habitans.
<26>  Tandis que ces évênemens se passoient
dans ce dernier pays, la partie fran=
çoise du Canton de Fribourg, l'Argovie,
les districts allemands voisins de Berne,
les campagnes bâloises, zuricoises,
lucernoises, les bailliages comuns et le
bas Vallaisetc. etc. devenoient le théatre de
mouvemens insurrectionels. Des Gou=
vernemens provisoires se formoient
de toutes parts, et recherchoient l'appui
de la France contre les anciens Gouvern=
ans qui, à leur tour recourroient
aux Coalisés et obtenoient secrétement
de l'Angleterre des subsides et de l'Autriche, des promesses de secours
avec le Général Hotz officier 1 mot biffure pour comander
leurs forces.  

Les Gouvernans Bernois plus expôsés que les
autres espérerent même rallentir la
tendance révolutionaire, et lui doner
une autre direction, en admettant appelant
dans leur Conseil souverain des Deuxcents
60 Députés des Villes et Comunes alle=
mandes de la campagne, mesure
calculée pour rallier celles ci à leur
cause, et maintenir l'influence du
Patriciat, et agir ensuite 1 mot biffure
contre le pays de Vaud 2-3 mots biffure dont les habitans
l'idiome françois parlant l'idiome françois étoient de
nouveau signalés, come tout prèts à se détacher sépa=
rer de la Suisse, pour devenir françois.

Ces évènemens n'avoient pas encore
eu lieu que le Grand Tribun de Bale,
Mr Ochs, arrivoit s'étoit rendu déjà arrivé à Paris 1 mot biffure
avec Une mission de son Gouvernement pour
négocier rélativement au Fricktal.
Notre conoissance ne datoit que
du mois de Vendémiaire an VIe, mais
notre Correspondance avoit été dès=
lors très active. Je fus charmé
très content de son arrivée. Il avoit
sur les localités de la Suisse et sur
les homes, des d'Etat de ces contrées, des con=
noissances prétieuses qui me man=
quoient complettement. J'ai la
certitude qu'il étoit de très bonne
foi, mais il avoit conservé, sans
s'en douter, quelques uns des pré=
jugés exclusifs des Gouvernans de
sa ville natale, et ses premières
démarches déplurent dabord, par
la teinte aristocratique qu'elles
portoient. Le Directoire françois
si altier et si despotique étoit
pourtant très républicain, et ne
goutoit point le principe bâlois de la
bâlois de la permanence dans les places, des
mêmes homes; il se défioit donc
de tout ce qui pouvoit y rame=
ner.

Nous voici arrivés à l'époque
où prit naissance la Constitution
unitaire de 1798.

Le Directoire françois convaincu
<27> de l'impossibilité de maintenir
le vieil édifice de la Confédération
helvétique, avoit enfin décidé
consenti qu'elle consenti à laisser
1 mot biffure se former sur ses fondations une
fut remplacée par une seule
1 mot biffure République, fortement or=
ganisée, sous un Gouvernement
central; mais cette entreprise
hardie devoit être brusquée pour
réussir, afin qu'on ne put la
contrarier troubler, depuis Rastadt. Il fal=
loit organiser très promtement
le nouvel ordre de choses, et le
mettre en état de se soutenir
par lui même, en peu de semaines., arréter
Arréter les bases de la nouvelle Charte
constitutionnelle, et les faire
adopter par les partisans de la
nouvelle république, 1-2 mots biffure était le
début de la ligne biffure La rédac=
tion de cette Charte fut confiée
le Problème à résoudre. La Solu=
tion fut confiée exclusivement

au citoyen Ochs, à la charge
par lui d'en conférer avec les diverses
députations suisses qui se trou=
voient à Paris, à cette époque,
condition illusoire et qui ne condition illusoire et qui ne
pouvoit être pouvoit être en réalité, que de pure forme
de telles conférences ne pouvant
avoir aucun résultat utile
.

L'essentiel, en effet, dans ce
premier moment, étoit d'avoir
une Charte autour de laquelle
les amis de la patrie pussent se
réunir; or, en faisant dépen=
dre sa rédaction de conférences
avec ces députations, on eut
perdu, en débats inutiles, un
tems précieux. La vérité éxi=
ge enfin de dire que Ochs
ne se dissimulant pas l'im=
perfection de son travail, le
proposa come un simple Provisoire
qui devroit être soumis àux
la discussion d'une Convention
nationale; mais le Directoire
françois rejetta, avec raison,
cette proposition pour le mo=
ment. se rappellant les embarras
qu'avait occasioné la Conven=
tion batave.
Il revisa ensuite le
travail du Cit. Ochs et y inséra quelques
changemens certains articles que ses ennemis
présentèrent dénoncèrent depuis come autant d'a=
vertissemens des 1 mot biffure modifications qu'il mé=
ditoit d'apporter à la Constitution
françoise. 

Il semble après cela, que le
Directoire françois n'aurroit pas du
perdre un instant. Les len=
teurs qui succédérent ne
sont explicables, qu'en suppô=
sant que les Homes auxquels qu'il avoit
<28> confié l'exécution se laissèrent
endormir, ou séduire. 

Une colonne de l'armée d'Italie
se rendant à l'Armée du Rhin, en longeant
début de la ligne biffure le pays de Vaud
y étoit entrée pour protéger les Réclamans.
Quelques semaines plustôt, elle n'aur
=
roit point été arrêtée; mais aver=
tis dans l'intervalle, les Patriciens
et leurs amis avoient finalement réussi à fana
=
tiser ou intimider les paysans
de l'Helvétie allemande, et à force
de sonner le tocsin d'allarme, ils
avoient réuni assez de forces, pour
non seulement pour résister à la
colonne du Général Ménard, mais
pour l'obliger à la retraite, car
rien n'ayant été préparé d'avan
=
ce pour son service, le Général
françois avoit du débuter par des
requisitions et par un Emprunt
forcé, mesures qui créérent à l'instant même
beaucoup, d'ennemis à la France.

Une Colonne de l'armée d'Italie
comandée par le Général Ménard,
qui se rendoit à l'armée du
Rhin, devant longer les frontières
de la Suisse, avoit dans l'inter=
valle, reçu l'ordre de stationner
dans ce voisinage pour appuyer
les négociations qui auxquelles
devoit donner  lieu, l'Arrêté
directorial du 8 Nivose, et
protéger au besoin les récla=
mations des habitans du pays
de Vaud. Les retards apportés
à l'éxécution de cette mesure
avoient, en attendant donné
aux Patriciens et à leurs amis
le tems de fanatiser 1/2 mot biffure et tromper
1/2-mot biffure les paysans de l'Helvé=
tie allemande, de sonner le
tocsin d'allarme d'un bout
dans la Suisse entière, et de
lever des forces assez nom=
breuses, nonseulement pour
1 mot biffure résister à la colonne françoi=
se, mais pour la 1/2 mot biffure
1/2 mot biffure
poursuivre. Un
fort détachement de l'armée
bernoise placé sous le Coman=
dement du Général de Weiss,
1-2 mots biffure avoit pris posi=
tion dans le pays de Vaud,
muni de pleinpouvoirs pour
sévir contre les habitans qui
ôseroient élever des réclama=
tions. Cette attitude hos=
tile ne pouvant 2 mots biffure
ne pouvant 1 mot biffure subsister
sans compromettre le Gouver=
nement françois, des explica=
tions fin de la ligne biffure
1-2 mots biffure furent demandées
par son Général, qui 1/2 mot biffure
1/2 mot biffure
ne pouvant se conten=
ter des réponses équivoques
du Général bernois, lui en=
voya, 1 mot biffure come parlementaire
son Aide de Camp, pour ob=
tenir une réponse cathégori=
que; mais 3-4 caractères biffure au mépris
du droit des gens, une fu=
sillade accueillit ce Parle=
mentaire, dont l'escorte
perdit 2 homes. 1 mot biffure

Cet acte d'hostilité, déci=
da le Général Ménard à
passer la frontière, pour
obliger l'armée bernoise
à évacuer le Pays de Vaud
qui venoit de proclamer
son indépendance. 1 mot biffure
Obligé Contraint de par cet évênement
de suspendre sa marche,
2 lignes biffure
sans que rien eut pu être
préparé d'avance, pour cette son
nouvelle opération, à laquelle le Géné=
ral françois se vit obligé
pour assurer la subsistance
de son armée de débuter par des
réquisitions et par un Emprunt
forcé, qui créérent à l'instant de
nombreux enemis à la France. 

En apprenant ces nouvelles, le
Directoire fs comença à s'apperce=
voir de son incurie. Le Général
Brune reçut aussitôt l'ordre de
prendre le Comandement en chef,
et sans doute aussi, des instructions
pour amuser les anciens Gouvernans,
jusques à l'arrivée des renforts
que le Général de Schaùenbourg
devoit amener des départemens
du Ht Rhin et du Mont terrible.

Le Ministre de la guerre, Schérer
chargé de faire éxécuter ce mou=
vement, y mit de son côté,
beaucoup de lenteur et peu de
bonne grace.

Cependant Brune, en arrivant
à Payerne, avoit trouvé des
forces si inférieures à celles sur
lesquelles il comptoit, qu'il n'en=
trevit que 2 moyens pour tirer
son Gouvernernement du mauvais
pas où il s'étoit engagé. Il se
hâta dabord d'entamer avec les
anciens Gouvernans des négocia=
tions de conférences, dans lesquelles
début de la ligne biffure qu'il eut l'art de
prolonger jusqu'au moment où
il se trouva en mesure d'agir; et
ces grands Politiques donnèrent
dans le piège avec une niaise=
rie digne de simples municipaux de peti=
te ville.

Le 2d moyen tenté par Brune
<29> fut de proposer pour les par=
ties françoise, vallaysanne et
italienne de la Suisse, la forma=
tion d'une république séparée,
qu'il nomoit la Rhodanique. Ce
Général avoit trop d'esprit pour
ne pas regarder cette conception,
come un simple Echauff Echaffau=
dage, ou come un Pis aller qui
pouvoit, à tout hazard, sauver
momentanément, l'honeur de
ses Comettans. Le Directoire
françois s'empressa en conséquence dabord
d'approuver la conduite de
son général. Le soir même j'en
fus instruit par son Président,
(Merlin de Douai) mais durant
la nuit je m'occupai d'un petit
Memoire destiné à développer
les dangers d'une telle mesure,
et dès le lendemain le Directoire
revoqua son 1er Arrêté, par un 2d Arrêté qui me
fut comuniqué imédiatement .
Les détails relatifs à cette af=
faire seroient superflus et
se trouvent en partie consignés dans le Tome
1er des Loix, Arrêtés etc. pour servir
à l'Histoire de la révolution
.

(Lausane 1799. t. 1. p.137. 144
et suiv.) et dans le Bulletin offi
=
ciel de 1798. Seance du 21 Mars.
p. 293). C'est en grande
partie à mes efforts
Ce fut donc en grande partie
à mes efforts, que la Suisse fut
redevable d'être préservée des
conséquences fâcheuses qu'aur
=
roit entrainé le maintien de
cette mesure de circonstance.

Le Directeur Reubell, chargé
particuliérement de la partie
de la Diplomatie qui 1/2 mot biffure relative à
1/2 mot biffure la Suisse, et auquel j'avois
développai, dans une Séance
nocturne de 2 heures, les
facheuses conséquences du 2-3 caractères biffure
maintien de la mesure, pour
les 2 pays, fin de la ligne biffure
les ayant présentées à ses

1-2 mots biffure j'en j'avois plus parti=
culiérement développé les dan=
gers, qui en résulteraient, dans
une audience nocturne de 2 heu=
res, les ayant présenté à ses

Collègues avec l'énergie qui le
caractérisoit, la Rhodanique
s'évanouit, et le projet d'une
République une et indivisible,
fut mainte définitivement main=
tenu. Ce fut donc en grande partie
à
par mes efforts que la Suisse fut
préservée d'une scission, qui
aurroit eu des conséquences
bien funestes pour le maintien
de son indépendance.

Les détails seroient superflus.
Ils sont consignés dans le tome 1er
du Recueil des loix, arrêtés, etc. pour
servir à l'histoire de la révolution,

p. 137, 144 etc. etc. et dans le Bulle=
tin officiel de 1798 (Tome 1er p.
293. Séance du 21 Mars.)

Les circonstances conjonctures començoient alors
dailleurs à se montrer favora=
bles. On étoit rassuré du
côté de Rastadt, et la divi=
sion de l'armée comandée
par Schauenbourg arrivoit
aux frontières de la Suisse.

Dès que les 2 corps d'armée
purent comuniquer, les
<30> Conférences de Payerne furent
rompues et les hostilités succédèrent,
sur plusieurs points.

La stupeur, paroit alors s'être
emparée de Mrs de Berne et de
leurs alliés, au point d'avoir laissé
dans Berne, leur Trésor, leurs
Arsenaux 1-2 mots biffure, leurs Archives,
et la totalité de leurs ressources,
quoique cette place située à 7 lieues
seulement de l'armée ennemie, ne
pût résister à un simple coup
de main. Chaque Patricien as=
piroit au Comandement: on ne
conoissoit plus, ni ordre, ni disci=
pline. Les soldats qui s'en apper=
çurent se crurent trahis et ac=
crurent la consternation. La
facilité avec laquelle ils furent
poursuivis par l'Avantgarde
françoise jusques audelà de
Neùenek inspira à celle ci
un mépris qui dégénéra bientôt
en négligence. La punition fut
promte. Le brave Weber officier
distingué que l'orgueilleux Patri=
ciat avoit subordonné à des
Homes de sa caste, beaucoup moins
capables, parce qu'il étoit né Sujet
dans la classe des paysans, rallia
les fuyards, les harangua, leur
rendit la confiance, et les ramena
au combat.

Les François surpris à leur tour,
furent culbutés, perdirent du
canon et beaucoup de monde.

L'action de Neùenek rétablit
l'honeur national,. mMalheureuse=
ment ses résultats qui pouvoient
être graves, furent nuls, parce=
que Schaùenbourg, ayant bat=
tu une 2de armée aussi 1 mot biffure
désorganisée que les autres, qui
deffendoit les défilés du Graùholz,
venoit d'entrer à Berne. Vous
savez le reste.

Je ferai J'observerai seulement, que
si les François s'emparèrent
du Trésor et des Magazins ap=
partenans au Gouvernement,
c'est que, suivant les loix de la
guerre, ils leur appartenoient,
La puisque Capitulation ne les ayant avoit
pas excepté. Pourquoi les
avoir ainsi laissé aux avant-=
postes, lorsqu'on avoit le tems
et les moyens de les transporter
en arrière des lacs de Thoun et
de Brienz, au coeur des hautes
Alpes? Ce qui fut vraiment
<31> repréhensible, fut d'imposer une
contribution des 6 millions sur les familles gou=
vernantes, mesure oppressive
et impolitique que le droit de
la guerre n'autorisoit pas. 

Tandisque les autres Cantons
acceptoient successivement la
nouvelle Constitution, et nomoient
leurs Députés pour se r avec la
mission de se rendre à Arau,
les agens françois se contrecar=
roient de la manière la plus
fâcheuse. Mrs Mangourit
dans le Vallais, Mr Desportes à
Genêve et Mingaud à Bâle,
etoient en opposition ouverte entreux et
avec les Généraux Brune et
Schauenbourg, ainsi que cela arrive si
souvent en France.

La part que j'avois prise à la
révolution, et ma qualité d'A=
gent des 2 nouveaux Cantons
du Léman et de Sarine et Broye
m'ouvrant l'accès auprès du
Directoire, j'insistai pour qu'il
mit fin à l'anarchie, et nomât
un Comissaire, muni de pouvoirs
très étendus, qui sur le champ pût faire droit
aux réclamations, lever promte=
ment les obstacles, et seconder
les autorités helvétiques dans les
travaux de leur réorganisation.
Cette mesure étoit indispensable;
nous avions besoin d'être éner=
giquement dirigés dans ces pre=
miers momens; c'étoit un vrai
service à nous rendre.

Le choix de l'ex constituant Le=
Carlier, home pur et irréprocha=
ble, atteste la bonne volonté du
Directoire: malheureusement
ce Comissaire ne connoissoit pas
la Suisse, ne parloit que le françois,
et avoit des formes un peu dures.
Il fut enfin dépopularisé dès
son début par la mesure réla=
tive aux Contributions, à la=
quelle il étoit étranger dut at=
tacher son nom, quoiqu'il ne
l'eut point conseillée. Il le
sentit, et demanda son rappel,
mais avant de l'obtenir, il
fit au moins proclamer la
nouvelle Constitution, qui fut
aussitôt mise en activité.

Ce fut durant sa courte mission
que je réussis enfin à faire
comprendre l'extrême convenan=
ce, de créer les nouveaux cantons de la
Linth, du Sentis et dues Waldstetten
<32> qui procura au Gouvernement
central, des moyens plus assurés pour
conserver son pouvoir et son in=
fluence dans ces contrées, et priva
ses ennemis de ceux surlesquels ils
comptoient pour y créer une Vendée
dévorante. Je m'étois jadis op=
posé fortement au maintien de
cette 1 mot biffure absurde 1 mot biffure
1 mot biffure division de territoire, en
cantons conservant leurs ancienes
dénominations, fin de la ligne biffure 2-3 mots biffure
grands et petits, du même nombre
de Députés et jouissant tous également
du droit d'être représentés,
petits et grands, par un mê=
me nombre de Députés.

L'envoi de Lecarlier
me paroissant d'un heureux augure,
je proposai une division plus con=
forme aux principes, et à ce que
demandoient les localités, mais
on ne consentit qu'à la formation
des 3 Cantons cités plus haut.

Lecarlier eut pour successeur
le fameux Rapinat beaufrére de
Reubell. Cette parenté qui de=
voit nous être favorable, tourna
dans la suite, à notre damp.

J'ai dit que Reubell étoit char=
gé particuliérement de ce qui
concernoit l'Helvétie. Ce Directeur
nous vouloit du Bien, il avoit
reconnu, en véritable home d'Etat,
qu'il convenoit à la France de
nous rendre forts, convaincu que
notre position seule, nous feroit
nécessairement employer la tota=
lité de nos forces, en faveur de
notre patrie. et tourneroit à l'avanta=
ge de la sienne.

Reubell ne fut jamais de mes
amis. Il voyoit en moi, un Agent
de la Russie; ainsi la prévention
ne parle point par ma bouche. Il
eut dans la suite, de grands torts
envers nous, mais je le répète;
à l'époque dont je parle, il nous
vouloit du Bien, et pouvoit nous
en faire beaucoup. C'étoit
même dans ce but qu'il nous avoit
fait choisir Rapinat qu'il de=
siroit rendre assez recomandable
pour qu'on le nomât Ambassa=
deur, une fois que l'alliance 1/2 mot biffure
1/2 mot biffure des deux républiques aurroit
été conclue. Rien assurément
ne pouvoit mieux nous convenir;
pourquoi donc n'en provint-il
que du mal?

Rapinat étoit un bon home,
avec peu de moyens, et passable=
ment de vanité, que son Entourage
<33> convertit en Instrument à son
usage, dès qu'il eut réussi à mettre
sa vanité en jeu. Le corps législa=
tif helvétique, de son côté, débuta
par une maladresse fâcheuse, en
n'appelant pas Ochs 1-2 mots biffure au Di=
rectoire helvétique, ou sembloient l'appeller,
ses services récens, sa capacité, la
bienveillance du Directoire françois
et celle de Reubell son ami, sembloient
lui donner le droit de prétendre.

Cet affront non mérité qu'envéni=
mèrent l'envie et la malveillance,
toujours si actives dans les petits pays,
indispôsa beaucoup ce q celui qui
en étoit l'objet, le rendit frondeur,
à son tour, et, come il étoit infiniment plus
versé dans la marche des affaires,
que les Directeurs qu'on lui préféra,
il lui fut facile de faire ressortir
leurs fautes. Les intrigans qui
avoient travaillé contre lui, ne
pensoient guêres à la patrie, qu'il
eut beaucoup mieux servie qu'eux,
dans ces conjonctures.

En effet, les premiers actes du
Directoire helvétique le compro=
mirent avec les autorités fran=
çoises, et en particulier avec
Rapinat. En vain Le citoyen
Zeltner (nomé Envoyé de la Republi=
que helvétique à Paris), et moi
nous efforçames 1-2 mots biffure
début de la ligne biffure en vain de en vain d'interrompre
faire mettre un terme à la correspon=
dance mordante qui venoit de
comencer entr'eux, et dont les
feuilles publiques s'étoient deja
emparées. On eut dit que c'étoit,
à qui amuseroit le Public aux
dépens des 2 partis; et pour
perpétuer la brouillerie, que
mésintelligence, début de la ligne biffure on ne
cessoit de répéter au Directoire
helvétique, que la fierté de la rude fierté de son langage,
le couvroit de gloire, aux yeux de
l'Europe.

La composition de ce Pouvoir
supérieur n'avoit pas rempli
l'attente générale. Come le
respectable Oberlin a partagé
noblement ma disgrace, et que
j'ai eu à me plaindre des ses autres
Collègues, les citoyens Glayre,
Pfyffer et Bay, je m'abstien=
drai d'en dire davantage.

Ce fut peu avant la nomi=
nation du Directoire que l'As=
semblée provisoire du pays
de Vaud
termina sa session, en
décrétant qu'une médaille
seroit frappée en mon honeur.
<34> Cette médaille porte, sur l'un des revers, les
mots que voici : A Fréderic César
LaHarpe le peuple vaudois recon=
noissant.

Dix ans auparavant, en 1789, la
Société helvétique réunie à Olten,
avoit porté ma santé par accla=
mation, après que l'un de ses
membres lui eut fait lecture de
quelques fragmens des leçons que je
donnois alors aux Grands Ducs de Russie.
Ce témoignage 1 mot biffure rendu so=
lemnellement par des homes indé=
pendans, de tous les cantons et de
toutes les classes, que l'esprit de
parti n'avoit point encore travaillé,
est pour moi à mes yeux 1 mot biffure
supérieur d'un prix bien supé=
rieur à cette 3-4 caractères biffure médaille. 
Deux ans seulement après avoir
été honoré de celle ci, (en Janvier
1800), j'étois expulsé du Direc=
toire come un traitre. C'est aussi
pour me rappeller le peu de 1 mot biffure cas
qu'un home sage doit faire de la
faveur populaire, que j'ai fait
graver les mots suivans sur
le tranchant de cette médaille; Ap=
pelé au Directoire le 29e Juin
1798, expulsé le 7e Janvier 1800,
par les ennemis de la liberté et
de l'indépendance, enlevé le 2e
Juillet suivant, et réduit à s'é
=
chaper, pour chercher un azyle
en terre étrangére
. 

Le Directoire helvétique auquel
je rendis compte de ma gestion, come
chargé des pleinpouvoirs des 2 can=
tons du Léman, et de Sarine et Broye
m'offrit obligeament la place que
je choisirois. Sur mon refus il
insista pour que j'assistasse
aumoins de mes conseils le citoyen
Zeltner son Envoyé, avec lequel
j'étois lié d'amitié. 

Il y avoit encore à Paris, à
cette époque, des députés de plu=
sieurs des Gouvernemens provisoires
nés de la révolution. L'intérêt que
tous prenoient aux souffrances de la
<35> comune patrie, joint à l'espèce
de caractère public dont ils pa=
roissoient encore revétus, avoit
laissé introduire le fâcheux abus
de leur faire part du Contenu
des dépêches adressées à l'Envoyé
national. Placé au centre, c'étoit
chez moi qu'on se réunissoit sou=
vent pour conférer; cependant,
come il m'arrivoit de blamer
hautement la 1 mot biffure conduite peu réfléchie des Conseils,
1-2 mots biffure et du Directoire helvéti=
ques, tant à l'égard d'Ochs, que
de Rapinat, il n'y avoit eut plus, à
la fin que Zeltner, dont la confian=
ce en moi, fut demeuréeat 1 mot biffure intacte.
Sur ces entre faittes Le Directoire
ayant dans ces entre faittes ordonné de recueillir
tous les griefs, pour en faire
l'objet d'une note énergique, on à pré=
senter au Directoire françois, on

me comuniqua la préface 1 mot biffure
l'introduction verbeuse et inconvenante
1 ligne biffure 3-4 mots biffure
qui devoit la précéder, et come
je proposai, sinon de la supprimer
entièrement, au moins, de l'abreger
ainsi que d'en adoucir les expres=
sions, on en conçut de l'humeur
et le reste du travail fut poursuivi sans ne me fut
m'être plus comuniqué. Le respectable
Zeltner étoit de mon avis. Nous
pensions l'un et l'autre, qu'il
convenoit d'attendre pour la remettre que la
réception solemnelle de l'En=
voyé de la République, dont
3-4 mots biffure, eut précédé,
puisque le jour de cette récep=
tion importante, qui devoit
faire cesser notre existence pro=
visoire, venoit d'être officielle=
ment fixé, et annoncé au Corps
diplomatique.

Mal'heureusement dans l'intervalle de nouvelles
et plus pressantes injonctions arrivérent d'Arau,
dans l'intervalle, les Députés
insistérent, et la fatale Note
fut présentée, tellement à mon insçu, que
je n'en eus connoissance que
lorsque le mal fut fin de la ligne biffure étoit irréparable.
Nous avons payé cher cette bou=
tade. Reubell justement cour=
roucé des éxagérations, et du
ton ridiculement altier de ce
document eut encore assez de
confiance en Zeltner, pour lui
comuniquer avec franchise
1 mot biffure les observations qu'il
avoit écrittes en marge, et dont
il lui donna une copie, et aux=
quelles il étoit difficile de répondre
<36> d'une maniére satisfaisante. 
Le Directoire françois, croyant de son
côté, voir dans un tel procédé, une
malveillance 1 mot biffure préméditée ajourna
la réception de l'Envoyé helvétique,
à laquelle il vouloit donner beau=
coup de solemnité cérémonie qui
n'étoit point illusoire, puisqu'elle
lui 3 caractères biffure impôsoit l'obligation so=
lemnelle de maintenir son ouvra=
ge coopération et de la faire reconnoitre par
d'autres. Au lieu de celà, nous
dumes persévérer 5 mois de plus
dans une situation précaire, et
pour en sortir il fallut signer
une alliance offensive, qui fut
le Sine qua non, de 2-3 caractères biffure notre reconnois=
sance, come république indépen=
dante.

Loin d'observer les ménagemens
que comandoient notre situation
et surtout notre impuissance,
Mrs Glayre, Pfyffer et Bay, qui
dirigeoient alors le Directoire helvétique sem=
blèrent avoir pris à tâche d'élar=
gir la brèche. Ils favorisèrent
la publicité que les feuilles Gazettes
donnèrent à nos déplorables querelles, dans
le but d'égarer l'opinion, et persévé=
rant dans leur système de plain=
tes et de jérémiades , ils prirent
plaisir à pousser à bout Rapinat,
qui oubliant à son tour toute
pudeur, se permit les violences du
mois de Juin 1798  qui avilirent
tout à la fois la nation et le nou=
veau gouvernement.

Mes avis étant ainsi mal inter=
prêtés par ces prétendus Homes
d'Etat qui confondoient le langage
altier de la foiblesse, avec la vérita=
ble énergie que nous ne pouvions
nous permettre qu'après avoir or=
ganisé promtement le service public,
et en particulier les Finances et le
Militaire, je les leur épargnai
désormais. Mon rôle se borna
à seconder de tout mon pouvoir, le
respectable Zeltner qui, éclairé par
l'expérience, prit sagement sur lui,
de modifier ce qui en avoit besoin,
et se vit bientôt après délivré de
affranchi de l'obligation de confé=
rer avec les députés helvétiques,
qui retournérent dans leurs foyers.
<37> Plus indépendant come simple
citoyen, je présentai aux membres
du Directoire françois, diverses
notes, danslesquelles je leur faisois
connoitre les faits et reclâmois
des mesures repressives des abus, en
même tems que l'adoption d'un
Systême plus conforme aux véri=
tables intérêts des deux pays.
Plusieurs fois ils eurent égard à
mes réclamations.

Je profitai de leurs dispositions
pour rendre service aux ci-devant
Gouvernans, et aux homes qu'on
persécutoit, et pour les persuader leur représenter
qu'il étoit peu généreux et indi=
gne de nous d'éxercer des réactions.
Mrs Pillichody et Rusillon  par=
tisans déclarés de Mrs de Berne,
contre lesquels la fureur populaire
s'étoit déchainée, avoient été con=
duits au Temple. Dans mon
canton, ils étoient à la tête de
mes ennemis personels; j'obtins
leur élargissement. 

On avoit imposé sur les ci-devant
Gouvernans, une Contribution oné=
reuse (6 millions); oubliant ma proscription je me constituai
généreusement leur avocat, et bra=
vai les accusations d'Aristocratie
dirigées aussitôt contre moi, peut-=
être même par leurs émissaires.
Quoiqu'il en soit je rédigeai leurs
mémoires, je courrus et sollicitai
pour eux, et la réduction de plus
de 4 millions sur la Contribution
imposée aux patriciens Bernois en particu=
lier, fut en grande partie 3-4 caractères biffure
due à mes efforts. Le témoigna=
ge m'en a été rendu publiquement
par un témoin oculaire, Mr le
Sénateur Luthardt, patricien
bernois, membre de cette même
Comission des Dix, qui, dans la
journée du 7e Janvier, avoit ma=
nifesté tant de fureur contre moi,
dans son Rapport tant d'injustice et de mauvais vouloir contre nous,
le jour même où mon Mémoire
justificatif fut lu dans le Sénat,
à une époque où il étoit 1 mot biffure reçu
de m'insulter et de me calomnier
impunément, lorsqu'en un mot, la
lâcheté et la bassesse avoient les coudées
franches.  

<38> Je ne me répens point d'avoir cédé
aux impulsions de mon coeur, mais
j'avois obligé des ingrats. 

Les efforts de Zeltner et les miens
ne purent prévenir les évènemens
déshonorans du mois de Juin 18798.
Après avoir, de concert, fait tout ce
qui étoit possible pour éclairer et
calmer le Directoire françois, je par=
tis pour le Département du Calvados
où m'appeloit un procès.

Ce fut à mon retour, que j'appris
la nouvelle de mon élection, à la
quelle je ne devois guêres m'atten=
dre. Dans toute autre conjonc=
ture, mon refus eut été inébran=
lable; mais, je l'avouerai, je n'eus
pas la force de résister à la voix
de ma patrie mal'heureuse, s'adres=
sant à moi du sein de l'ignomi=
nie; je lui sacrifiai les princi=
pes qui m'avoient engagé jusqu'a=
lors à demeurer simple citoyen,
principes vrais, quoiqu'en puisse
dire l'ambition qui se couvre du
manteau du Bien public: Toute=
fois, m'en écartant, j'avois le
pressentiment d'en porter un
jour la peine; il ne m'a pas trompé.

Avant de déclarer mon accep=
tation, il m'importait néenmoins
de connoitre la pensée du Direc=
toire françois à cet égard. No=
tre organisation ne pouvoit se
completter, s'il n'avoit pas confian=
ce dans les homes placés au timon
de nos affaires, et de nouvelles ava=
nies devoient être èpargnées à
l'Helvétie. Ces considérations dic=
tèrent la lettre que je lui écrivis
le 18e Messidor an VI. (6e Juillet 1798) 

Je crus que ma profession de foi
devoit être publique. Les torts de
la France ne l'ont point altérée
dans ses bases fondamentales, et
je suis encore convaincu, qu'il est
de l'intérêt de l'Helvétie, d'être
l'amie et l'alliée fidèle de la
France.

Le réponse du Directoire fran=
çois fut digne de la nation
qu'il gouvernoit , et je goutai
le plaisir bien pur d'apprendre
que mes premiers pas, en qua=
lité d'Home public avoient eu
<39> dans ma patrie l'approbation des gens de bien
dans ma patrie 

Note

  Public

Cette transcription a été établie dans le cadre du projet La Harpe et la Russie (1783-1795).

Etendue
intégrale
Citer comme
La Harpe, Frédéric-César de, Mémoires. Deuxième période, 1796-1798 (Cahier B), Plessis-Piquet, [Lausanne], 1804-[1837], cote BCUL, IS 1918, Ba 2. Selon la transcription établie par Lumières.Lausanne (Université de Lausanne), url: https://lumieres.unil.ch/fiches/trans/1085/, version du 04.05.2017.
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