Appel à communications:
Jean-Pierre de Crousaz, intellectuel lausannois et figure marquante des Lumières suisses de la première moitié du XVIIIe siècle, a été reconnu de son temps pour ses ouvrages de logique, d’esthétique, d’éducation et de mathématiques. Professeur de philosophie et de mathématiques à l’Académie de Lausanne, il est également membre de diverses sociétés savantes européennes. La publication, à partir de 1720, de son Système de réflexions, traité de logique qui assoit sa réputation, coïncide avec le début d’un riche commercium epistolarum. Le Vaudois construit progressivement sa place de pivot d’un réseau de plus de 180 correspondants en Suisse et dans toute l’Europe. Comme le postulait déjà Jacqueline de La Harpe dans sa monographie Jean-Pierre de Crousaz et le conflit des idées au siècle des Lumières (1955), les échanges du savant lausannois avec d’autres membres de la République des lettres délimitent un corpus d’une extrême richesse pour les chercheur.euses, tant en histoire qu’en philosophie.
Étape nécessaire pour tenter de donner du sens à la carrière de Crousaz, la biographie de La Harpe – la plus complète à ce jour, et qui doit être saluée pour sa rigueur et sa minutie – a pris la forme d’un récit linéaire présentant à la fois la vie d’un homme et son œuvre, au prix de catégorisations de ses activités, étudiées de manière cloisonnée. Or, de récents renouvellements historiographiques, notamment en histoire sociale des sciences et des savoirs, ont invité les chercheur·euses à se méfier des catégories, souvent appliquées à un parcours selon une cohérence reconstituée a posteriori.
Organisé en novembre 2026, le colloque aura pour finalité de réexaminer la trajectoire de Crousaz à la lumière de son travail quotidien et d’offrir une contextualisation fine de ses choix à l’heure de possibles bifurcations. L’étude de sa correspondance permettra notamment de cerner les enjeux des opportunités dont il se saisit – ou auxquelles il renonce – et de comprendre, même si tout n’est pas réductible à des stratégies consciemment préétablies, l’importance d’engagements lourds de répercussions sur sa carrière et sa réputation. D’autre part, l’étude de ce vaste corpus, qui pourra entrer en résonnance avec l’étude d’autres sources éclairant la vie et l’œuvre de Crousaz, permettra aussi de construire des analyses par-delà les différentes postures qui peuvent être les siennes – le philosophe, le mathématicien, l’esthète, l’homme politique, ou encore le pédagogue - et par-delà les frontières disciplinaires qui sont loin d’être figées dans la première moitié du XVIIIe siècle.
Le colloque en préparation se propose ainsi de mieux comprendre la genèse de l’œuvre de Crousaz en percevant comment celle-ci se nourrit des liens tissés entre les différentes disciplines et en quoi des articulations entre des réseaux d’échelles différentes (locale, régionale, nationale et internationale) en déterminent les inflexions. Pour atteindre cet objectif, une attention toute particulière sera portée à la manière dont les échanges directs ou indirects permettent de saisir l’habitus en construction d’un savant et conditionnent la modification et la stabilisation de positions épistémologiques, structurant progressivement un espace de pensée savante.
Le colloque se tiendra à l’Université de Lausanne les 20 et 21 novembre 2026 sur une journée et demie. Il s’inscrit dans le Projet CroCo (« Éditer la correspondance de Crousaz », 2025-2026), soutenu par la Maison des sciences de l’homme de Lorraine (Nancy) en partenariat avec la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne (BCUL) et la plateforme Lumières.Lausanne.
Ce projet rendra disponible en ligne la numérisation des deux premiers tomes de la correspondance de Crousaz conservés à la BCUL (IS 2024, t. I et II) ainsi que l’édition d’une centaine de lettres. Un lien vers les transcriptions sera fourni aux participant.es au colloque, qui seront par ailleurs encouragé.es à travailler sur les autres volets de la correspondance, consultable dans son intégralité à la BCUL (IS 2024, t. III à XIV).
Comité scientifique : Sandra Bella, maîtresse de conférences en histoire des mathématiques à l’Université de Lorraine (Archives Henri Poincaré), Daniel Fischer, maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Lorraine (CRULH), Prof. Béla Kapossy, professeur d’histoire moderne à l’Université de Lausanne, Béatrice Lovis, chercheuse à l’Université de Lausanne.
Les communications de 30 mn seront suivies d’un temps de discussion. Le vendredi après-midi sera consacré à la présentation des projets numériques et des archives Crousaz de la BCUL.
Les propositions, d’environ 3000 signes, sont à envoyer pour le 15 mai 2026 à sandra.bella@univ-lorraine.fr, daniel.fischer@univ-lorraine.fr, beatrice.lovis@unil.ch.
→ Consulter le CfP complet (bibliographie).
Liens vers l’inventaire de la correspondance Jean-Pierre de Crousaz (BCUL) :
Liens vers la numérisation des tomes I et II (IS 2024) :
Actualité publiée le 18.03.2026