Transcription

Girard, Grégoire, dit le Père Girard, Lettre à Jean-Baptiste d'Odet, Berne, 07 août 1799

Révérendissime Evêque

Il est tems que je Vous rende compte de ma conduite, et si j’ai differé
jusqu’apresent, c’est que je voulais attendre que j’eusse fait quelques pas
dans ma nouvelles carrière .

Le Choeur de l’eglise  de St Vincent est encore l’endroit de nos assemblées;
Mais si l’affluence continue, ce local sera trop petit, et nous serons obligés
d’en choisir un autre. L’autel est aujourdhui beaucoup mieux, qu’il n’était
au commencement. Dans le milieu s’elève une croix argenté et propre , qui
a quatre à cinq pied de haut. Deux chandeliers d’assortiment sont placés de
chaque coté, et voila tout. J’aimai toujours cette noble simplicité et je suis
enchanté de la trouver ici. Outre la chassuble pas trop simple que l’on nous
a envoyée de Fribourg, nous en reçumes deux autres de Soleure; l’une rouge
et fort propre; et l’autre de draps d’or. L’administration et le Chapitre
se sont fait une fête de nous envoyer ces objets. l’on ne peut exprimer
la joye qu’ils ont éprouvée.

La Messe se dit tous les jours à huit heures. Lorsque quelque autre
Prêtre desire la dire, je lui cède ma place, parceque j’estime qu’il ne faut
ici qu’un seul service par jour. Vous en devinerez aisement la raison. La
<1v> communion se donne durant la Messe. Cet usage est celui de l’antiquité,
il est d’ailleurs dans la nature de la cérémonie, et ce n’est pas ici l’endroit
ou il faudrait s’en écarter. Plusieurs Représentants ayant desiré chanter
la Messe allemande, qui est en usage en Autriche, dans les Evéchés de Bam=
berg, Würzbourg, Spire etc. et même dans une partie de l’helvétie, je me
suis empressé de me prêter à leur desir, qui était aussi le mien. Dimanche
huit jour , l’on a chanté la première fois, et ce chant accompagné de l’orgue
a fait l’impression la plus favorable même sur les protestans. Afin que
chacun pût y prendre part, j’ai fait imprimer le livret, dont j’ai l’honneur
de Vous envoyer quelques exemplaires . J’ai pensé qu’il serait la meilleure
Apologie de la Messe. Les strophes sont prises dans le chant de
Salzbourg. Les Oraisons sont celles du Missel. J’ai ajoute un Epître,
un Evangile et une courte explication des cérémonies, comme je la croyais
convenable au tems et aux localités. Je me suis chargé des frais de
l’impression et le livret se distribue gratuitement. Je me promettais des
succès, mais ils ont passé de beaucoup mon attente. Les Protestants en
demandent avec empressement, et il en est qui disent hautement, qu’on
les a trompé sur la Messe, et que nos cérémonies valent mieux que les
leurs. Tous sont contens, jusqu’à l’imprimeur qui me dit avec atten=
drissement, qu’il avait éprouvé la plus vive joye dans la lecture qu’il
en a faite. Je me garderai bien cependant de profiter imprudemment
de ces aveux. Ici je ne dois pas passer sous silence les bons offices
<2r> du jeune Redlet , qui fait le service de l’orgue. Si j’ai quelque merite dans
cette affaire, il le partage avec moi.

Je prêche tous les dimanches alternativement en français et en allemand .
Mon discours d’entrée était une profession de foi. mon texte était: Praedicamus
Christum crucifixum judais quidem
etc. depuis lors j’ai adopté un plan d’instruction,
elles rouleront toutes sur ces trois objets: La vertu, La religion, et le culte.
Point d’état sans vertu, point de vertu sans religion, et point de religion
sans culte, – voila la liaison de ces objets. Ce n’est pas cependant que je ne
considère ces choses que sous le rapport qu’elles ont avec la prosperité des etats.
Je suis chretien, et je sais que je dois élever mes auditeurs audessus de cette
vie passagère, Mais il faut cependant que prêchant à des Legislateurs, je
les prévienne dans l’occasion contre la politique impie et desastrueuse de
nos voisins. Sans heurter personne je dis la verité toute entière et ma
franchise à concilié à notre Ministère l’estime de plusieurs habitants de cette
ville.

Je suis chargé de Vous presenter un plan au sujet de nos fêtes, que l’on
voudrait faire rencontrer avec celles des Protestants, dans cette commune seule=
ment. Je le tiendrai pret pour votre arrivée ici, car je n’ai pas oublié que
Vous m’avez fait espérer que Vous y viendriez. Les Réprésentants à qui
j’en ai parlé témoignent beaucoup d’empressement à Vous voir.  Si le jour
de l’assomption pouvait Vous convenir: Vous nous chanteriez la Messe et
dimanche en annonçant la fête j’annoncerais votre arrivée. Je desirerais
cependant en être prevenu au plutot, pour prendre des mesures convenables
<2v> non pas pour faire une Messe Pontificale, elle ne pourrait pas trop avoir lieu, mais
cependant pour une Messe d’Evêque.

En attendant l’honneur de Votre réponse je reste avec le plus
profond respect, et la soumission la plus inviolable

De Votre Grandeur

Grég. Girard Cordelier

et Min. du Culte catholique à Berne

Berne le 7 aoûst 1799.

Note

  Public

Présence d'apostilles sur le f. 1r : "7 août 1799. / P. Girard, service paroissial à Berne". Traces de calculs sur le f. 2v.

Etendue
intégrale
Citer comme
Girard, Grégoire, dit le Père Girard, Lettre à Jean-Baptiste d'Odet, Berne, 07 août 1799, cote AEvF VI. Religieux, 1. Cordeliers Minor conventuels, n° 11. Selon la transcription établie par Damien Savoy pour Lumières.Lausanne (Université de Lausanne), url: http://lumieres.unil.ch/fiches/trans/1134/, version du 19.11.2020.
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