Colloque "Les vertus républicaines à l’âge du doux commerce", Université de Lausanne, 20-30 juin 2018

  • Gérard de Lairesse, Allegory of the Freedom of Trade, 1672

Les vertus républicaines à l’âge du doux commerce: entre influence, réaction et opposition dans les Lumières suisses, françaises et écossaises.

Université de Lausanne, 29-30 juin 2018, Anthropole 3185.

 

Témoins des profondes mutations qui touchent la société à leur époque, les penseurs des Lumières européennes ne sont pas unanimes quant à la manière d’évaluer les changements sociaux, politiques et moraux qu’implique la diffusion du commerce à large échelle. Bien que tous reconnaissent les effets positifs d’un regain de prospérité, certains craignent la perte des vertus civiques (ou républicaines) et réprouvent la disparition d’un véritable esprit de communauté au profit d’une sociabilité fondée uniquement sur la poursuite des intérêts personnels, alors que d’autres au contraire estiment qu’une poursuite modérée de l’intérêt ne s’oppose nullement à la bienveillance sincère dont les hommes sont capables les uns envers les autres.

Mais l’apparente dichotomie de ces points de vue ne doit pas voiler toute la palette de positions nuancées et approfondies que les philosophes développent à cette époque pour penser le rapport entre vertus civiques et développement du commerce. Ce faisant, ces auteurs se positionnent généralement par rapport à Montesquieu qui, malgré son admiration marquée pour la force des vertus antiques, soutient que les modernes ne peuvent qu’avoir recours à des vertus plus douces, et qui reconnaît les bénéfices du commerce, tout en évoquant la possibilité d’une montée du despotisme comme conséquence de la fragilisation de la liberté. A titre d’exemple, Adam Ferguson (1723-1816), professeur de philosophie pneumatique et morale à l’Université d’Edimbourg, développe un discours républicain qui s’inspire, mais se distingue également, de Montesquieu. Sa critique du Second discours de Rousseau, moins connue que celle d’Adam Smith, constitue un sujet de recherche récent, qui mérite d’être approfondi à l’aide d’études comparatives intégrant d’autres penseurs écossais, suisses ou français, notamment dans le cadre de l’émergence de différentes philosophies de l’histoire.  

Dans la visée interdisciplinaire de l’école doctorale de la CUSO « Études sur le Siècle des Lumières », ce colloque se propose d’étudier le républicanisme à l’âge de la société commerçante en interrogeant les rapports d’influence, d’opposition ou de réaction entre des penseurs suisses, français et écossais. La question du républicanisme sera approfondie sous deux angles en particulier, à savoir la question du genre et celle du progrès des sciences et des arts. D’une part, la distinction entre vertus républicaines et vertus commerçantes recoupe souvent une distinction entre des vertus dites « masculines » (par exemple le courage, la force physique ou la maîtrise de soi) et des vertus dites « féminines » (principalement le commerce qui désigne à l’époque aussi bien les échanges sociaux et affectifs que les transactions pécuniaires). L’idée que l’histoire des femmes est le symbole de l’histoire du progrès de la société en général se double d’une peur de voir émerger une société composée d’hommes « efféminés ». Ainsi, comprendre la manière dont le républicanisme se sert des catégories de genre devrait permettre de mieux saisir la place de la femme au sein de la république. D’autre part, dans le Premier discours, Rousseau défend la thèse provocatrice selon laquelle les sciences et les arts auraient été complices de l’affaiblissement de la liberté et de l’anéantissement des vertus républicaines. Celle-ci a suscité de très nombreux débats que le colloque se propose de revisiter à la lumière des recherches récentes sur les discours républicains suisses, français et écossais, et leurs critiques.

 

Programme

Vendredi 29 juin 2018

09h30 - 11h00 Bertrand Binoche (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) Rousseau : le premier Discours, sans le second.

11h20 - 12h10 Alicia Hostein (Université de Lorraine-Metz) et Marina Leoni (Université de Genève) Théorie de l’homme – théorie de l'architecture : pratiques et enjeux de la généalogie chez Rousseau et Quatremère de Quincy


14h00 - 14h50 Graham Clure (Université de Lausanne) Noble Republicanism and Elective Monarchy in Rousseau's Considerations on Poland.

14h50 - 15h40 Radoslaw Szymanski (Université de Lausanne) et Auguste Bertholet (Université de Lausanne) Education morale pour les citoyens à l’âge du commerce. La Société morale de Lausanne et le cours sur la philosophie morale d’Elie Bertrand.

16h00 - 17h30 Sylvana Tomaselli (University of Cambridge) The twin banes of the history of political thought : dichotomies and republicanism.

Samedi 30 juin 2018

09h00 - 09h50 Helder Mendes Baiao (Université de Lausanne) « Ne rêvons donc pas tout éveillés, mes chers concitoyens » : Jean-Jacques Rousseau dans la tourmente genevoise.

09h50 - 10h40 Sonia Boussange-Andrei (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Université de Neuchâtel) Langage poétique et vertus viriles chez Adam Ferguson.

11h00 - 11h50 Michele Bee (Université de Lausanne) Corrompus et efféminés plutôt qu’insensibles : les vertus d’Adam Smith.

Actualité publiée le 23.05.2018